Shekinah Rodz à l’indispensable Caillou

par Philippe Desmond

C’est le cœur de l’été, des festivals de jazz partout dont le plus gros à deux heures et demie – et pas mal d’euros de péage – de Bordeaux mais toujours le Caillou qui maintient son rythme de 4 concerts par semaine, comme toute l’année, une balise rassurante vers laquelle on revient après être parti au large.

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Cet été après des années de vicissitudes réglementaires enfin réglées, tout se passe à nouveau dehors quand cette météo capricieuse le permet. Un fil rouge pour cette saison, parmi une programmation riche et éclectique, les chanteuses et le Jazz Ladies Festival. Mais on ne peut pas être partout et je n’aurai vu que Charlotte Wassy en duo chant piano ; impressions mitigées, bonnes concernant la qualité de sa voix et sa présence, plus mesurée quant à la nature des arrangements trop dérangés des standards proposés.

Le concert de l’australienne Hetty Kate – amusant non ? – a lui été très réussi, devant un public nombreux alors que le Saint Emilion Jazz Festival avait déjà aspiré pas mal de monde ; celui qui m’a dit ça n’est peut être pas très objectif mais je lui fait confiance car ce n’est pas un fanfaron, c’est un artiste, un vrai. C’est Olivier Gatto qui accompagnait ce soir là Hetty avec d’autres musiciens bordelais.

La transition est faite car ce soir c’est lui qui est aux manettes et cette fois avec sa chanteuse favorite, sa dame de cœur Shekinah Rodz ; deux valeurs très sûres de la scène bordelaise et internationale ce qu’il ne faut pas oublier ; leur notoriété rayonne bien au delà de notre satanée rocade ! Au piano Loïc Cavadore toujours trop rare par rapport à son talent et aux baguettes le fidèle Philippe Gaubert très investi dans l’association Music [at] Caillou. La terrasse est bien remplie au pied de la désormais célèbre scène-remorque.

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Venir au Caillou en été c’est un moment paisible, décontracté, on est en ville mais déjà un peu à la campagne les pieds sur des dalles ou la terre, l’herbe y est parfois folle, les tables n’y sont pas alignées ; loin des convenances guindées de certains endroits ici on vient pour passer un bon moment ; on y mange bien et comme dit l’autre « quand la musique est bonne », ce qui est la norme ici, tout va bien.

Olivier Gatto et Shekinah ont plusieurs projets en cours, la finalisation d’un album commencé cet hiver avec le Spiritual Warriors Orchestra, des musiciens de haute volée – voir blog fin janvier et début février – et « Alma Caribe 5 » et son All Stars de la scène bordelaise à la rentrée.

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Ce soir ils ont venus faire ce qu’il font si bien, nous régaler de standards mis à leur sauce et magnifiés par l’éclatante Shekinah. Au chant, à la flûte, au sax alto, au soprano elle n’arrête pas de nous surprendre sur des morceaux qu’on pourrait penser trop familiers. « Little Sunflower » de Freddie Hubbard par exemple et sa joyeuse et douce mélodie, ce qu’elle y fait à la flûte est remarquable, soufflant, chantonnant, gémissant dans le bec, à la Roland Kirk me souffle Dom Imonk.

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« Body and Soul » classique des classiques, elle se l’approprie vraiment, quant à « What’s Goin’ On » de Marvin Gaye la version du quartet est de toute beauté. Et oui Shekinah n’est pas toute seule, « derrière », ou plutôt ici à côté, Olivier et ses grosses cordes noires y va de son chorus plein d’émotion comme l’histoire que relate ce titre dont la chaleur du sax alto masque la dramaturgie. Loïc Cavadore en sideman excelle, s’impose parfois alors que me dira t-il il n’entend pas très bien le son du groupe. Pour nous c’est parfait. Même remarque de Philippe Gaubert qui va jouer tout en retenue notamment sur un solo plein de délicatesse lui l’habituel puncheur.

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Dans « God Bless The Child » Shekinah révèle à ceux qui la découvrent tout son talent et toute sa puissance, habitée par ce titre ; les conversations s’arrêtent, les fourchettes se posent, il se passe quelque chose ; God bless Shekinah !

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A la pose une avalanche de fromage recouvre notre table ; il doit y avoir des vaches et des chèvres dans le Jardin Botanique et ils écoulent le stock. La soirée est douce, enfin, on passe un bon moment. Cet hiver aussi on en passera d’autres ici mais dans l’ambiance surchauffée de la salle très souvent bondée.

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Un « Summertime » très arrangé, puis une élève de Shekinah – et oui elle donne des cours pensez-y – qui monte sur scène chanter la peur au ventre, un final avec « Thieves in the Temple » de Prince version Herbie Hancock et voilà une soirée sympa comme sait en proposer le Caillou qui s’achève.

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Merci à Benoît Lamarque et son équipe d’entretenir cette flamme musicale bordelaise et en plus il aura bientôt une bonne nouvelle à annoncer…

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http://lecaillou-bordeaux.com/jazzATcaillou/jazz-a-bordeaux/

https://www.atevenements.com/

 

 

Concert « Freedom in Bordeaux » : Bordeaux Jazz All Stars.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat (sauf N&B).

La Grande Poste le 19 mai 2017.

Il y a cent ans, en 1917, les Américains volaient, ou plus exactement naviguaient, à la rescousse de notre pays. La France les avait bien aidés cent-quarante ans auparavant avec l’élan de Lafayette parti à bord de la Victoire et non de l’Hermione.

Le contingent américain débarqua pour une partie à Bordeaux avec une bonne part de noirs et parmi eux des musiciens de jazz.

Car le jazz est né dans cette communauté établie le long du Mississipi comme va nous en parler Philippe Méziat au cours de sa conférence à la Grande Poste dans le cadre de la manifestation « Freedom in Bordeaux » organisée par l’association de Karfa Diallo, Mémoires et Partages. Voir Gazette Bleue #22

L’origine du jazz, son arrivée en France, voilà l’objet de cette merveilleuse soirée dans ce nouveau lieu artistique de Bordeaux, « espace improbable » comme le qualifient eux-mêmes ses responsables.

Une salle imposante sous un dôme de cathédrale constellé de mille petits hublots et de massifs oculus. Une ambiance Art Déco pour cet ancien bureau de poste, certes le bureau central de la ville de Bordeaux, mais à la destination fonctionnelle initiale sans rapport avec sa métamorphose actuelle. Désormais devenu un endroit multiculturel, du théâtre, de la musique – des musiques – de nourritures intellectuelles, il propose aussi aussi des nourritures plus prosaïques avec un restaurant et un bar. Un endroit atypique qu’il faut maintenant faire découvrir au Bordelais et faire vivre.

Quel plaisir de le voir rempli, d’abord pour la conférence, avec un public sage et attentif puis pour le concert du « Bordeaux Jazz All Stars ». Attardons-nous sur ce nom de baptême ronflant de l’orchestre car lors de la promotion du concert on a senti sur les réseaux sociaux certains sarcasmes à son sujet. C’est à la fois du second degré mais, il faut le reconnaître, c’est aussi une vérité. Bâti autour de Roger Biwandu (batterie) et Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale) ,

deux musiciens majeurs basés à Bordeaux mais au rayonnement international, il propose des musiciens de grand talent et de belle expérience. Citons-les : Alex Golino (Sax ténor),

Sébastien Arruti (trombone),

Laurent Agnès (trompette),

Guillaume Schmidt (sax alto et soprano)

et Loïc Cavadore (piano).

Pas de femme ? Si, la merveilleuse Monique Thomas au chant.

Philippe Méziat est là avec ses goûts toujours d’avant-garde mais le choix du répertoire répond lui à d’autres contingences. Et celui choisi par Le BJAS va s’avérer parfaitement adapté à l’assistance composée aussi bien de connaisseurs – mais au fait c’est quoi cette tribu – que de novices venus passer un bon moment et découvrir un lieu. En majorité un hommage au jazz à la fois classique et innovant de Art Blakey et de ses Jazz Messengers les bien nommés. De la bonne BAM, black american music.

Un concert qui malgré l’acoustique difficile du lieu va enthousiasmer le public, un plaisir musical partagé entre la scène et la salle, la grande classe en plus. Au milieu du set Monique Thomas va enchanter l’assistance de sa présence, de son talent et de son charme. On le sait, mais tant l’ignorent, nous avons ici à Bordeaux cette perle qui fait tant elle aussi pour son art avec notamment les jams vocales qu’elle organise chaque mois au Caillou du Jardin Botanique ; rendez-vous en octobre après la pause estivale.

La fin du concert avec les « tubes » d’Art Blakey, « Moanin’ » et « Blues March » verra même le public se lever et danser ! C’est aussi ça le jazz ne l’oublions pas, une musique qui donne envie de bouger , de s’exprimer, pas seulement intellectuelle, pas que celle qui fait peur à certains.

Il y a 100 ans le jazz débarquait à Bordeaux il y est toujours avec ses valeurs sûres comme ce soir, ses espoirs avec une foultitude de jeunes talents issus du conservatoire de Région – en examen de fin d’année au Rocher en ce même soir – et tant de musiciens de tous horizons pleins d’idées et de projets. Puissent-ils s’exprimer eux aussi devant une large assistance, ce grand public un peu trop formaté par le easy – poor – listening ambiant et le tirer sinon vers le haut, vers autre chose…

Et on est tous d’accord, pas besoin d’attendre 100 ans de plus !

  • Set list :
- On The Ginza
- Feeling Good
- In Case You Missed It
- Falling In Love With Love

avec Monique Thomas
- Tight
- Up Jumped Spring
- Lady Be Good (pour Ella qui aurait eu 100 ans le 25 avril)

- Little Man
- One By One
- Moanin’

Rappel :
- Blues March
  • Liens :

http://www.memoiresetpartages.com/

http://lagrandeposte.com/fr/

Gazeette Bleue #22 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n22-mai-2017/

  • Portraits :

Roger Biwandu : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

Olivier Gatto : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Alex Golino : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n20-janvier-2017/

Monique Thomas : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n8/

Sébastien Arruti : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Loïc Cavadore : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n15/

Laurent Robino à l’Avant-Scène

 

Par Philippe Desmond

Bar l’Avant-Scène

Bordeaux le samedi 29 avril 2017

Il est toujours intéressant d’aller découvrir un jeune musicien surtout quand il est entouré « d’anciens » disons de gens qui ont déjà fait leur preuves. C’était le cas ce samedi soir à l’Avant-Scène le petit bar qui est pourtant un haut lieu du jazz bordelais. Combien y sont passés et de célèbres en plus !

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Nous voilà donc ici pour retrouver le Bordelais de 26 ans à peine, le saxophoniste alto Laurent Robino. Sauf qu’il a fait des infidélités à notre pourtant si belle ville – tout le monde le dit maintenant, ça doit être vrai – pour suivre un cursus au conservatoire de musique de San Sebastian, le réputé Musikene. Etudes mais aussi rencontres de nombreux musiciens et non des moindres notamment au gros festival de cette ville. Des progrès et ainsi l’admission dans le non moins prestigieux Prince Claus Conservatorium de Groningen en Hollande en 2015. L’occasion, en relevant ce brillant cursus, d’évoquer avec cet ancien du Berklee College de Boston qui l’accompagne ce soir le manque flagrant en France d’une formation universitaire diplômante de haut-niveau pour les musiciens. Certes il y a les conservatoires mais les équivalences avec l’étranger sont plus difficiles à faire car moins nettes du fait du type de formation moins universitaire, au sens d’universel, qu’ailleurs. Un sujet de plus pour nos futurs dirigeants si jamais la formation culturelle venait enfin à les intéresser… Mais ce n’est pas le propos.

Cet ancien de Berklee c’est le musicien et contrebassiste Olivier Gatto du très solide donc. A ses côtés à la batterie Philippe Gaubert toujours dans les bons coups lorsqu’un bon musicien débarque à Bordeaux, un vrai pivot local.

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Ils ont joué en trio les jours précédents mais ce soir puisqu’il y a un piano sur place il y aura aussi un pianiste, Loïc Cavadore, que personnellement j’adore. Pour se faire entendre il a déshabillé complètement le piano le faisant ressembler à ces bastringues de saloon tels que le cinéma nous les fait revivre , ou invente. Spectacle insolite que cet I-Phone posé contre les marteaux pour délivrer la grille.

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Attablé à mes côtés, mais il ne jouera pas, un autre ancien de Berklee, le saxophoniste ténor Alex Golino. Il est venu écouter un de ses anciens élèves qui va le remercier en lui jouant une composition be-bop écrite en son honneur « Goalino » ; qu’Alex lui ait permis d’atteindre son but est évident. Car Laurent Robino en plus d’être un excellent saxophoniste alto au son naturel et chaleureux, profitant de toutes les tonalités que lui offre son instrument est aussi un très bon compositeur.

Il va nous le montrer aussi par cette belle ballade, dédiée elle à sa maman présente ce soir. Loïc Cavadore la débute en solo par un concerto – il a une formation classique, ça se sent – et une fois que les trois autres l’auront rejoint prendra un chorus inspiré de toute beauté. Tout le concert il va nous régaler.

Olivier Gatto est ce soir en grande forme, la Juve a gagné la veille et à l’approche de la rencontre contre Monaco mercredi il est remonté comme une pendule. En attendant il va nous montrer qui il est si on ne l’avait pas déjà remarqué. Sa longue et lyrique intro d’une autre composition de Laurent dédiée cette fois à son oncle ou ce chorus d’un autre monde mêlé de percussions à la façon d’un Mingus, d’une profondeur très émouvante dans le « Steeplechase » de Charlie Parker vont même arriver à nous surprendre encore. Les réactions du public très averti pour la plupart sont révélatrices.

C’est ce qui est bien avec le jazz quand un concert comme celui-ci, tout simple (!) sans tapage, purement acoustique, arrive à vous procurer de fortes émotions.

On sent même parfois le jeune Laurent au spectacle. Philippe Gaubert n’a pas la tâche facile ce soir, lui le puissant batteur il doit aussi rester au service des autres pour leur tisser un tapis de percussions adapté. Baguettes, balais, mailloches tout va y passer pour construire une ambiance rythmique impeccable.

Avec un telle trio Laurent est en confiance et aussi bien dans ses compos que dans les standards (« Nardis » de Miles, « Beatrice » de Sam Rivers…) il fait chanter son alto blanc – ça va avec tout – ose prendre des risques, qui d’après les mimiques que fait Olivier le surprennent parfois. Encore un peu de timidité dans ses présentations mais qui disparaissent vite bec en bouche. Un musicien qui monte c’est sûr.

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Un tout jeune de 19 ans viendra rejoindre avec succès le quartet avec sa trompette, Vincent Gaubert, le fils, sur « Well You Needn’t » de Monk. Festival de chorus pour tous sur ce dernier titre, super. Un autre Gaubert est là aussi mais avec ses 13 ans n’ose pas sortir son sax.

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Mais dans le jazz ce n’est jamais fini et c’est Iano Anselmo qui prendra les baguettes pour un bonus en trio piano contrebasse batterie.Un excellent choix que d’être venu ici alors que la programmation musicale et particulièrement jazz dans les environs était ce soir très riche. Choisir c’est renoncer dit-on, mais là vraiment aucun regrets !

Et demain la journée va être riche et longue avec le Jazz Day #2 à Saint Macaire mais ça on vous en reparlera dans la Gazette Bleue de juillet, patience !

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C’est bon vous avez noté, il s ‘appelle Laurent Robino.

Shekinah Rodz quintet en préambule à « Août of Jazz » de Capbreton

par Philippe Desmond.

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Capbreton, le mardi 9 août 2016.

C’est la deuxième année d’existence du festival de Capbreton sous le nom « Août of Jazz » faisant suite au festival « Fugue en Pays Jazz » créé par le regretté Christian Nogaro disparu brutalement en 2014. Il se déroulera du 19 au 21 août mais des préambules, des teasers pour faire moderne, ont été organisés. L’un se déroulera le mardi 16 à 19h près de l’Estacade avec le Old School Funky Family, remarquable brass band, chroniqué dans la dernière Gazette Bleue, l’autre a eu lieu ce mardi place de l’Hôtel de Ville.

Le quintet de Shekinah Rodz a ainsi entre ouvert le festival en beauté, la sienne et celle de sa musique. Le concert démarre sous le soleil devant un parterre complet, très familial – moi compris avec mes filles et mes petits enfants – et curieux de ce qui va se passer. C’est bien de faire découvrir ce fameux « jazz » à un auditoire néophyte, moi pas compris donc.

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Shekinah Rodz (vocal, flûte, sax alto) est entourée pour l’occasion des excellents jazzmen bordelais, Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale), Roger Biwandu (batterie), Loïc Cavadore (piano électrique) et Sébastien Iep Arruti (trombone). Ça promet donc…

Le fameux « What’s Going » on de Marvin Gaye, sans ses paroles militantes, ouvre le concert. Il va être étiré au gré des chorus de chacun, magnifié. Olivier introduit d’un hardi solo de contrebasse le très mélodique « Little Sunflower » de Freddie Hubbard qui lui aussi va partir dans des directions différentes – mais jamais loin de l’itinéraire initial – proposées par les chorus de chacun. On sent le public accroché, les musiciens sont bien dans la chose. Shekinah qui a joué de l’alto sur le premier titre nous épate maintenant avec sa flûte. Elle joue de celle-ci en chantant en même temps, en poussant de petits cris et soudainement se met à se tapoter les joues, les lèvres toujours sur l’instrument, modulant le son de sa bouche avec les clés de la flûte ! Je ne l’avais jamais vu faire ceci et pour cause puisqu’elle m’avouera que c’est la première fois ! Le public est sous le charme d’un tel éclat de talent.

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Les sidemen ne sont pas en reste. Loïc et son visage imperturbable, limite inquiétant, fait chanter son clavier et nous offre de belles envolées,

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Sébastien les joues et le corps gonflés au maximum, limite inquiétant, se joue merveilleusement de son instrument à géométrie variable, Pas avare de longs chorus, avec ou sans sourdine, il démontre au public ce qu’on peut faire de bien avec un trombone.

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Olivier tel une statue, limite inquiétant, assure l’assise du quintet et décoche parfois quelques flèches comme avec la corde d’un arc ou propose de subtiles chorus avec sa « grosse guitare » dixit mon petit fils.

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Roger, lui pas du tout inquiétant, concentré mais souvent le sourire aux lèvres rythme le tout de ses baguettes, balais ou mailloches, avec sa fluidité habituelle. Il est venu léger – c’est les vacances, la plage – caisses grosse et claire, une cymbale et le charley, mais suffisamment armé pour faire des prouesses.

Shekinah étale une autre facette de son talent au public qui la découvre en chantant merveilleusement « Mi triste problema » puis vient « Mercy Street » de Peter Gabriel, comme quoi le jazz… « Big Nick » et « Wise One » de John Coltrane réconcilient les puristes – sont ils là ? – avec le répertoire. Répertoire haut de gamme pour ce type de concert grand public, preuve de respect envers lui. Chacun des musiciens a de l’espace pour s’exprimer, on le sent, ils s’écoutent.

Le seul problème c’est qu’il commence à faire un froid de loup, Loïc grelottant est à la peine pour finir un chorus, Shekinah me dira qu’elle a eu du mal à actionner les clés de son saxophone, quant à Roger il se fait carrément porter un k-way, presque un ciré de marin du port si proche.

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Hommage à Prince pour finir avec un «Thieves in the Temple » méconnaissable mais au bon sens du terme et pas de rappel, le public et les musiciens étant frigorifiés. Sale vent du nord qui sévit sur notre côte Atlantique et fait ressembler nos soirées d’été à des après midi d’hiver… Mais ça valait le coup de rester pour ce préambule au festival qui aurait pu aussi bien tenir la tête d’affiche.

Par contre la semaine du festival s’annonce chaude, aussi bien pour la météo que pour la programmation. Allez-y, outre le off gratuit, il reste encore des places pour les soirées des vendredi 19 et samedi 20 août.

Mardi 16/8 à 19h à l’Estacade : Old School Funky Family (gratuit)

Vendredi 19/8

  • à 11h place de l’Hôtel de Ville : Béré Quintet (Jacky Bérécochéa trompette / Alex Golino saxophone tenor / Didier Datcharry piano / Tima Metzemaker contrebasse / Guillaume Nouaux batterie) gratuit

  • à 21h Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Paul Lay Trio (Paul Lay piano / Clemens Van Der Feen contrebasse / Dre Pallemaerts batterie)

  • à 22h30 Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Chris Potter saxophone / Didier Lockwood violon / Lars Danielsson contrebasse / Antonio Farao piano / Lenny White batterie

Samedi 20/8

  • à 19h place de l’Hôtel de Ville : Bignol Swing (Guibs, Yoneeger et Djé guitare & chant / Matt contrebasse et chant) gratuit.

  • à 21 h Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Sinne Eeg quartet (Sinne Eeg voix / Martin Schak piano / Lennart Ginman contrebasse / Zoltan Zsörz batterie)

  • à 22h30 Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse): Géraldine Laurent & Pierrick Pédron saxophone alto / Éric Le Lann trompette / René Urtreger piano / Henri Texier contrebasse / Louis Moutin batterie.

Dimanche 21/8

  • à 18h30 Librairie Vent Délire, rencontre avec René Urtreger.

  • À 19h place de l’Hôtel de Ville : Gabacho Maroc (Chant, guembri Hamid Moumen / Percussions africaines, chœurs Frédéric Faure / Saxophone téno, chœurs Illyes Ferfera / Saxophone alto, chœurs Charley Rose / Basse Eric Oxandaburu / Batterie Vincent Thomas / Claviers Maximilien Helle Forget / Chant, oud, percussions Aziz Fayer). Gratuit

Compte rendu du festival dans la Gazette Bleue #19 de novembre.

Loïc Cavadore trio invite Sonia Nédelec ; du travail d’artistes

Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier.

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Les « Jeudis du Jazz » pour leur septième saison sont devenus un rendez-vous apprécié dans le Créonnais et au-delà. On parlerait presque d’habitude les concernant. Justement ces habitudes elles ne doivent pas s’installer dans le monde culturel et musical en particulier. Le programme de ce soir va être la parfaite illustration de ce qu’est un vrai travail d’artistes, avec ses prises de risques et ses mises en danger, loin d’une routine facile mais ennuyeuse à la longue.
Loïc Cavadore a eu carte blanche pour ce concert ; il a même eu page blanche ; il lui a été proposé une création pour l’occasion. La voie qu’il a choisie, celle de reprises de morceaux et chansons connus peut ainsi paraître hors sujet, la réalité est toute autre, il s’agit bien d’une vraie création de jazz, d’un spectacle complet et cohérent. Mais cela personne ne le sait avant le concert, ça va être la surprise.
Le public est un peu plus lent à arriver que d’ordinaire – mais il sera là – ce qui permet de déguster tranquillement le vin du jour du château Couteau ; un fait exprès pour cette soirée qui va couper les habitudes ? Assiettes de tapas, pâtisseries préparés par les bénévoles de Larural tout est là pour passer une bonne soirée.
Loïc Cavadore s’installe au piano, Nolwenn Leizour à la contrebasse et Simon Pourbaix à la batterie ; Sonia Nédelec l’invitée du trio les rejoint très élégante dans sa drôle de robe en corolle.

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L’intro de Simon aux mailloches ne permet pas de deviner le premier titre qui va au fil du phrasé de Sonia se laisser découvrir ; oui nous entendons bien « I’m Only Sleeping » des Beatles mais déjà le ton est donné, ce n’est pas une reprise c’est une interprétation au vrai sens du terme.
La contrebasse profonde de Nolwenn Leizour lance « Scarborough Fair » de Simon & Garfunkel chantée subtilement pas Sonia sous les gouttelettes de piano de Loïc et le drumming toujours enthousiaste de Simon, encore tout en retenue avant le final surprenant en climax de cette si jolie ballade. Superbe adaptation avec cette liberté qu’offre le jazz.

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On commence à comprendre la thématique du spectacle, de la pop tordue en jazz ; tu parles ! Voilà Brel qui déboule en attendant sa « Madeleine » qui ne viendra pas ; Sonia et le trio vont s’appliquer à traduire l’anxiété de l’attente dans un affolement complet du tempo qui passe du be-bop au hard-bop pour finir dans une déstructuration totale. La Madeleine est en miettes. Il me remonte alors à la mémoire ce concert de Brel vu en 1967 ici à Créon lors d’une Fête de la Rosière…
Voilà maintenant « Manon » ce joyau de Gainsbourg dans une interprétation sensible et émouvante, Simon aux baguettes s’y révélant explosif dans un développement surprenant du thème. Que de créativité des musiciens sur ces thèmes qu’on pourrait croire figés !

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Le titre suivant n’est pas connu du grand public mais c’est un morceau fétiche de Loïc Cavadore qui le propose souvent, « Bebe » d’Hermeto Pascual, une bossa nova qui va virer à la samba en passant par un superbe chorus de Nolwenn Leizour. Quel talent et quelle présence, la blondeur de ses cheveux et de sa contrebasse sur ce fond de rideau rouge.

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Le dernier titre du premier set, joué en trio, est une composition de Loïc Cavadore « Le Joueur de Flûte » écrite pour une pièce de théâtre. Une mélodie très riche qu’il développe subtilement au piano.
Curieusement une partie du public a l’air un peu désarçonné par ce qu’il a entendu avec – toujours ici – une écoute très attentive. C’est vrai que le groupe n’a pas choisi la facilité à une époque où nous sommes inondés de reprises édulcorées ou sans plus d’intérêts que les originaux, chantées – et non interprétées – par des vedettes en mal de vente de disques ou des chantailleurs de télé-crochets… Une autre partie du public, dont je fais partie, adore.

Le second set ne va pas ménager ses surprises, à commencer par une version d’un autre monde de « Modern Love » de David Bowie ; il a dû se régaler de là-haut. Une version qui après un départ truffé de breaks monumentaux vire au concerto ! « Ah si j’avais eu un vrai piano ! » me dira Loïc, lui qui a une formation classique et qui, en soliste virtuose qu’il est, épate même ses musiciens, son développement n’étant pas écrit et changeant à chaque fois me dira Nolwenn. Le tempo insistant de la grosse caisse le ramène sur terre, le thème revient, Sonia le reprend, c’est superbe.

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Climat poétique avec un titre de Nick Drake artiste peu connu disparu jeune dans les années 70. Sonia Nédelec y est à son aise, elle fait preuve de douceur et de délicatesse.

Une pluie de perles au piano introduit « Summer Soft » de Stevie Wonder, cette si belle chanson aux variations de tonalités caractéristiques. Et là devinez quoi, on enchaîne sur un titre de Pierre Perret, un des plus émouvants « Lily » avec des accords de piano que ne renierait pas Corea ; expressivité de Sonia, un choix osé, un choix réussi.

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Dernier titre avec « Al Otro Lado Del Rio » hommage au Che et une prise de risque absolue de Sonia Nédelec qui sans micro et a cappella enveloppe la salle de sa voix.

En rappel l’atmosphère se détend avec le petit bijou de Juliette « Tu Ronfles » lancé par une intro incroyable et amusante de Nolwenn Leizour à l’archet ; sa contrebasse respire, souffle, ronfle, s’ébroue !

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Prise de risque est l’expression qui revient dans les commentaires élogieux de fin de concert, merci à ces organisateurs et à ces artistes d’en prendre ainsi. C’était la première de ce spectacle, il y a des réglages à faire avouent les musiciens – « On a essayé de faire rentrer des ronds dans des carrés » lance Loïc – mais le niveau musical et artistique est déjà au dessus de bien des propositions actuelles.

Prochain « Jeudi du Jazz » en octobre avec des surprises nous a alléché Serge Moulinier…

http://www.larural.fr/

 

 

La Gazette Bleue N° 15 vient de sortir ! Spécial Tremplin 2016

Bonsoir à tous !

Voici la Gazette Bleue N° 15 Mars 2016 ! Spécial Tremplin dont Philippe Desmond nous fait retour, ainsi que des entretiens avec Eric Seva et Loïc

Cavadore. Beaucoup de chroniques dont les siennes, ainsi que celles d’Annie Robert, d’Antoine Rodriguez, de Sylvain Cadieux et de Bernard Merle.

Merci à eux, ainsi qu’à Alain Pelletier, Thierry Dubuc, Alain et Irène Piarou, tous les partenaires, et à vous fidèles lecteurs !

Et n’oubliez pas le précieux agenda.

Bonnes lectures !

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Sébastien Arruti Quartet au Caillou, Bordeaux le 08/01/2016

Par Dom Imonk, photos Thierry Dubuc

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Pour le troisième concert de l’année au Caillou du Jardin Botanique, c’est le Sébastien Arruti Quartet qui est finalement venu jouer vendredi dernier, suite à l’indisponibilité de Shekinah Rodz, à laquelle nous souhaitons un prompt rétablissement. Infatigable acteur de la scène régionale, notre homme a su gérer l’urgence, et s’est donc emparé de son précieux trombone, de quelques partitions, et a pu compter sur trois autres très sérieuses pointures amies, qu’on a toujours plaisir à retrouver. Sébastien, plus Olivier Gatto à la contrebasse, Loïc Cavadore au piano et Philippe Gaubert à la batterie, un quartet de classe qui allait chauffer un public venu nombreux et qui en avait grand besoin, après toutes ces pluies. Le premier set démarre, nos musiciens se mettent en place et trouvent leurs marques, ils se testent, le moteur commence à bien tourner et le voici à température. Son carburant ne pollue pas mais enivre, il est à base de standards, que l’on découvre pour certains, des thèmes plutôt classiques et rafraîchis, qui gambadent allègrement, du « Byrd’s House » de Donald Byrd au « Bag’s groove » de Milt Jackson, en passant par « Drop Me Off in Harlem » de Duke Ellington et « New Orleans » de Hoagy Carmichael, ces deux derniers présents sur le disque « Got Bone ? » de Sébastien Iep Arruti. On a aussi pu apprécier une composition du patron : « Camp de Sélection N5 », et on s’est régalé du suave « There Is No Greater Love » d’Isham Jones et du délicieux « Cherokee » de Ray Noble.

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Fin du premier set qui nous donne l’occasion de parler des musiciens. On est impressionné par le jeu ample et généreux d’un Sébastien Iep Arruti toujours souriant, c’est important. D’abord, la beauté et le son de l’instrument, puis la maîtrise, ce lyrisme entier, qui nourrit de savantes envolées, entrecoupées de silences et de micro-scats cuivrés, qui relancent le rythme, à la manière d’un « funkyste » enjazzé. Bop et New-Orleans sont fondus par un tel feu. On se reportera à son album « Got bone ? », où le morceau « Slide by slide » semble bien être un vibrant hommage à Slide Hampton.

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Olivier Gatto est une force tranquille, imperturbable, en symbiose spirituelle avec son instrument. Il en articule les sons, de rythmes en chorus, on comprend ses notes parce qu’il nous les parle. Son jeu précis nous émeut par sa profondeur, comme chez un Ray Brown ou un Charlie Haden. L’intense présence du bois, de la nature et le respect qui leur est dû, sont en interligne de ses cordes.

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Loïc Cavadore nous a conquis par son jeu de piano subtil et très riche, main gauche, main droite, aucun répit. Une belle science pianistique, particulièrement mise à contribution, face à la justesse un peu rétive de son instrument ce soir-là. Pilier indissociable de ce quartet, il l’est aussi de la scène régionale où on l’aimerait plus présent. Messieurs les organisateurs, it’s up to you ! Régalons nous de son tout dernier opus « Andantino » qui vient de sortir, à écouter sans modération.

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Enfin, last but not least, Philippe Gaubert est lui aussi un musicien qui mouille sa chemise pour le jazz. Il est omniprésent, et en particulier au Caillou où il s’investit sans compter. Son jeu puissant fourmille d’idées et en fait par exemple l’un des complices favoris d’Ernest Dawkins, quand il vient en France, c’est dire ! Ce soir on a senti son drive plus intériorisé, il y avait certes de belles frappes, mais dans la retenue, plutôt des frôlements (appuyés) et des caresses (expertes) de peaux, bien adaptés au répertoire en fait. Et le tout enjolivé d’un jeu de cymbales foisonnant.
Le break terminé, voici un deuxième set qui débute par deux perles qu’il fallait aller chercher. Tout d’abord le « Juliano » de Julian Priester, écrit à l’origine pour Max Roach, morceau au souffle de liberté, servi par une très belle interprétation du quartet, qui ouvre les grilles et s’envole. Suit une reprise vraiment bien ficelée du « Mo’ Better Blues » de Bill Lee (le papa de Spike), joué par Branford Marsalis dans le film du même nom. La cerise du gâteau au Caillou, ce sont les jams, et nous avons été gâtés !

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La magnifique et rare Carole Simon se trouvait parmi le public. Après le concert, elle nous confiera être devenue adepte du be-bop, grâce à ces musiciens qui l’invitent ce soir. C’est d’un chant éblouissant qu’elle va illuminer le « Bye Bye Blackbird » de Ray Henderson. Son scat emporte tout, avec une délicatesse, une inventivité et une précision qui nous ont laissés sans voix.

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Puis c’est sur « But Not For Me » de Georges Gershwin qu’arrive Nolwenn Leizour, qui chipe la contrebasse d’Olivier Gatto, pour en faire sa « Mémé » d’un soir, et en extraire un drive subtil et agile, avec l’élégance de jeu qu’on lui connait. Deux jeunes musiciens rejoignent enfin le groupe pour y souffler leur passion, Alex Aguilera à la flûte et Mathieu Tarot à la trompette. Ils sont très talentueux et savent raconter de belles histoires, par des chorus inspirés, qu’ils pourraient presque jouer jusqu’au bout de la nuit. Le public ravi en redemande et les voici repartis, sous le regard bienveillant de Sébastien Iep Arruti, dans un superbe « The Theme » de Miles Davis. On n’en revient pas, mais quelle soirée ! Le quartet se reforme pour un bien soulful « (Sittin’ On) The Dock Of The Bay » d’Otis Redding, et le rappel final, « Pour Tonton » (de Sébastien), sera empreint d’un peu de tristesse, rendant hommage à l’oncle de Philippe Gaubert.
Encore une belle soirée qui fait montre de la vivacité du jazz à Bordeaux, et en particulier de ce lieu, le Caillou du Jardin Botanique, à la programmation très futée, que l’on peut apprécier tout au long de l’année, en dégustant si on le souhaite, les succulents plats au menu de sa carte.

Rappel : Loïc Cavadore trio au Molly Malone’s

Par Philippe Desmond (désolé pas de vrai photographe avec moi…)

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La chronique récapitulant une année d’Action Jazz a obtenu un succès phénoménal, alors comme le font nos artistes préférés vous avez droit à un rappel, un « encore » comme disent nos amis américains.

Après les agapes païennes de ce long week-end et la frénésie de ces fêtes il fallait finir en douceur alors quoi de mieux que le Molly Malone’s le pub irlandais du quai des Chartrons qui chaque dimanche soir propose de 18 heures 30 à 21 heures un concert souvent dans un registre plutôt cool. Pour les fatigués du foie – qui moi ? – les parfums de fish and chips ou la simple vue des hamburgers géants sont un peu moins cool, mais après tout on est dans un pub pas chez un marchand de sushis.

La musicienne Rachael Magidson qui s’occupe de la programmation a choisi ce soir le trio du pianiste Loïc Cavadore. Ça tombe très bien car la Gazette Bleue de mars parlera de son premier album « Andantino » que nous avons eu la chance d’écouter et qui est très réussi ; c’est ainsi l’occasion de voir ça en live.

Christophe Jodet est à la contrebasse comme sur l’album mais le batteur Didier Ottaviani étant en vacances – et oui musicien c’est un métier pour ceux qui l’ignorent encore et ils ont le droit eux aussi de prendre des congés – c’est Simon Pourbaix qui le remplace. Ceux qui connaissent ces deux excellents batteurs imaginent déjà le contraste entre le stoïque et élégant Didier et l’exubérant et expressif Simon…

Loïc Cavadore n’est pas le plus connu des pianistes locaux et bien c’est très dommage car il est excellent. Bien servi par un piano certes électrique mais surtout très bien sonorisé, il va nous faire admirer un toucher d’une grande délicatesse, intimiste parfois mais aussi capable de changements de cadence avec un bon groove ou des couleurs orientales. Il a une formation de pianiste classique, ça s’entend et ça se voit quand on a la chance d’être juste à côté de ses mains. Une vraie confirmation pour ma part après la découverte de ses capacités sur le CD.

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Simon Pourbaix toujours aussi jovial va lui aussi jouer le plus souvent en retenue, ne sachant pas où mettre ses grandes jambes et ses grands bras dans le minuscule coin qui lui est réservé. Il nous fait une prestation remarquable d’inventivité avec des rim shots ou des cross-sticks bien sentis (je frime un peu depuis que je me suis mis à la batterie), des caresses à ses cymbales en profitant quand-même lors de montées en tempo et en volume pour lâcher les chevaux qu’il a sous le capot. Un régal dans son rôle de doublure

Derrière, et oui, dur métier, un contrebassiste c’est toujours derrière, Christophe Jodet  nous fait partager sa musicalité caractéristique au service d’une rythmique impeccable et nous offre quelques chorus bien sympathiques. Avez-vous vu à ce propos ce dessin qui circule sur le net où l’on voit un délinquant entre un contrebassiste et un policier, ce dernier répondant au musicien qui lui demande s’il a parlé « oui, pendant un chorus de contrebasse tout le monde parle » ! Bien injuste et vacharde cette vilaine blague pour ces piliers de l’édifice musical jazz.

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Le répertoire varié passe entre-autres du mélodieux « Bebê » du brésilien Hermeto Pascoal au groovant « The Jody Grind » d’Horace Silver, en passant par un arrangement par Loïc de « Andantino » de Katchaturian (mais si vous connaissez, Gainsbourg l’a piqué pour son « Charlotte for Ever ») ou une version émouvante du « Life On Mars » de David Bowie. Chaque fois le trio prend son temps et en parfaite harmonie développe les thèmes, Loïc Cavadore s’amusant à les entraîner vers de fausses fins. Du beau boulot, idéal pour cette soirée d’entre fêtes qui malgré quelques craintes de l’organisatrice a fait se déplacer pas mal de personnes. Elles ont eu raison ! Quelques figures locales du jazz présentes pour soutenir les collègues, c’est aussi bien sympa.

Voilà les amis, le concert 2015 est terminé, « bon bout d’an » comme on dit en Provence (prononcer bon boudin !) et à l’année prochaine ! Allez, une tisane et au lit.