Youpi (quartet) ! C’est jeudi du jazz à Créon !

par Philippe Desmond, photos Jean-Pierre Furt

Créon le 13 avril 2017

Youpi ! Les vacances scolaires de printemps arrivent – on ne dit plus vacances de Pâques depuis quelque temps pour ne choquer personne ! – et avec elles une soirée des « Jeudis du jazz » à Créon, deuxième youpi ! Facile à retenir, tous les jeudis veilles de vacances intermédiaires.

Youpi ! Il y a encore une dégustation de vin, le château Castelneau de Saint-Léon, un bordeaux blanc et rouge bien agréable.

Bon j’arrête avec les « youpi », parlons plutôt du groupe qui va jouer ce soir : Youpi Quartet !

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Quatre musiciens qu’Action Jazz connaît bien et apprécie. L’ossature, les créateurs du projet sont Emilie Calmé superbe flûtiste et Laurent Maur remarquable harmoniciste qui nous font de temps en temps le plaisir de revenir jouer dans la région entre deux tournées en Chine, en Corée, en Mongolie et même aux USA ; deux artistes internationaux, comme l’ignorent la plupart du public présent ce soir. Le public ici se moque des étiquettes, des références, il vient par curiosité et pour l’ambiance très bon enfant et conviviale qui règne, et en confiance tant la programmation est toujours à la hauteur. Et en plus il écoute, et drôlement attentivement même, c’est à souligner.

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Duo insolite pour une formation qualifiée de jazz – c’en est, je confirme – et augmenté d’une rythmique hors pair composée d’Ouriel Ellert à la basse électrique et Curtis Efoua à la batterie. Ces deux compères aux références de très grande qualité sont présents dans de nombreux autres projets, tapez leur nom sur le blog et vous en aurez la confirmation.

Assis à une table de musiciens dont de nombreux créonnais – la ville de Créon les attire visiblement – assiette charcuterie/fromage avalée et bouteille(s) de Castelneau débouchée(s) je sens qu’on va passer une bonne soirée.

Sur la scène baignée de rouge – la lumière pas le vin ! – le quartet installe de suite son univers car il en a un, original et chaleureux. Toujours insolite même pour une oreille habituée que ce duo harmonica chromatique et flûte ; ou plutôt flûtes : traversière alto ou basse et bansuri, flûte indienne en bois. Toujours insolite le contraste entre ces instruments plutôt délicats et la rythmique puissante qui assure une belle assise à l’édifice.

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D’un titre à l’autre, ou dans une même composition, on passe d’une ambiance planante à un déferlement d’énergie avec toujours la présence mélodique des deux duettistes, à l’unisson ou en solo. Le timbre de l’harmo rappelle souvent l’accordéon ou plutôt le bandonéon. La maîtrise de Laurent Maur est absolue et il tire de ce petit instrument, finalement assez simpliste, une variété inouïe de sons. Il reçut en son temps les encouragements du regretté Toots Thielemans et a obtenu de nombreux prix, c’est un grand de cet instrument.

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Emilie Calmé varie les effets avec ses trois flûtes le bansuri n’étant pas le moins intéressant avec ce feutré du bois. Elle tisse des climats voyageurs et nous emporte loin avec l’utilisation d’effets électroniques aériens. Les improvisations s’étirent, le dialogue s’installe avec Laurent, on se complète, on se soutient, on s’échappe. C’est tout simplement magnifique.

La rythmique toujours très présente dynamise – et parfois dynamite – le tout avec puissance et précision. Ouriel Ellert n’en rajoute pas et il utilise sa basse très souvent de façon mélodique prenant des chorus sensibles.

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Curtis Efoua dans cet univers souvent délicat trouve parfaitement sa place et ses fulgurances tombent toujours juste ; il est un régal à entendre et aussi à voir.

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Le répertoire est fait surtout de compositions de chacun des membres auxquelles s’ajoutent un titre de Julien Lourau « Ginger Bread » ou encore « la Cambiada » de l’Argentin Gerardo di Giusto. « Blagal Bolero » reste mon titre préféré avec ses nappes de flûte électro étonnantes et une énergie rythmique détonante ; j’ai donc de la chance car c’est ce titre qu’ils reprennent en rappel. Youpi !

Voilà c’est fini, on a bien passé une bonne soirée, excellente même. Emilie et Laurent en trente secondes ont rangé leur petit matériel – malins tous les deux d’avoir choisi ces instruments –  rendant jaloux mon voisin de table contrebassiste…

Merci à Carlina Cavadore, à Serge Moulinier et toute leur équipe de bénévoles de l’association Larural et rendez-vous en octobre pour la 9ème saison des « Jeudis du jazz ». Mais avant toute cette belle équipe sera sur le pont pour le « Chapitoscope » un très bel événement multiculturel, du 10 au 14 mai prochain !

 

Prochains concerts de Youpi Quartet :

14 avril  Caillou du jardin botanique
Esplanade Linné, Bordeaux
réservations: 06 85 99 32 42

15 avril   Quartier Libre
30 rue des vignes, Bordeaux
infos: 06 25 80 60 53

16 avril Central do brasil
6 rue du port, Bordeaux
réservations: 05 56 92 38 67

20 avril  Lucifer
35 rue de Pessac, Bordeaux

22 avril Tremplin de l’umj

19 Rue des Frigos, Paris 13ème (14H00-14h30)

Album en pré-vente sur : https://www.youpiquartet.com/

http://www.festivalchapitoscope.com/

 

Nokalipcis lumineux aux Jeudis du Jazz

par Philippe Desmond, photos Jean-Pierre Furt.

« Jeudi du Jazz » à Créon le 16 février 2017.

En décembre dernier au Rocher de Palmer nous avions découvert Nokalipcis, le projet mené par Mickaël Chevalier (compositions, direction musicale et bugle) avec Nolwenn Leizour (contrebasse), Francis Fontès (piano) et Philippe Valentine (batterie). Le blog avait relaté leur premier concert et la Gazette Bleue de janvier avait présenté le projet en page 24 (liens en fin d’article).

C’est donc avec beaucoup de plaisir que nous (AJ) nous sommes rendus à Créon pour leur prestation lors de la 3ème  soirée de la 8ème saison des « Jeudis du Jazz », une véritable institution ! Plaisir double, musical donc et aussi convivial tant ces soirées sont agréables à vivre. Accueil sympathique, dégustation de vin – hier soir le domaine de Coulonges en Haut-Benauge – la bière locale « Saint-Léon », tapas, pâtisserie et une écoute toujours aussi attentive, très appréciée des musiciens.

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Plaisir musical assuré, mais peut-être plus d’effet de surprise comme la première fois au Rocher ? Certes, mais une grande claque quand-même devant tant de qualité ! Ils ont été éblouissants, « la lumière certainement » me dira humblement Nolwenn quand je le lui dirai à la fin du concert en la qualifiant d’Impératrice. Son jeu à la contrebasse qui donne cette profondeur au son de l’ensemble, ses chorus pleins de nuances, sa complicité avec Francis Fontès pendant tout le concert ont épaté tout le monde.

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Lui aussi a fait forte impression, à ceux qui ne l’avaient jamais entendu bien sûr mais aussi aux habitués ; on ne se lasse pas de ses développements au piano, de sa virtuosité mais aussi de ce groove permanent qui l’habite. Non seulement on ne s’en lasse pas mais on en redemande.

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En face, côté cour, nous avons eu droit à une leçon de batterie de la part du professeur Valentine ; deux jours après la Saint Valentin c’était hier la Saint Valentine, un festival. D’un bout à l’autre sur sa Rolls de batterie, une Craviotto acajou/érable moucheté, il a plus que tenu le tempo, il a fait de la musique. Quelle palette, sans esbroufe, sans morceau de bravoure racoleur, mais à quel niveau ! Son duel avec Francis Fontès sur le dernier titre « 40ème Nord » a été une apothéose.

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Mickaël Chevalier ne s’est pas trompé en s’entourant de ces trois musiciens, avec une telle rythmique il est parfaitement en confiance pour nous régaler au bugle, « plus de Trumpet depuis les élections américaines » plaisante-t-il. Ce son de bugle plus chaud et velouté – avec parfois quelques effets surprenants – est parfaitement adapté au climat musical souhaité, du new bop mélodieux, à la fois énergique (« la Fuggita » en entrée qui a saisi toute l’assistance) et plein d’émotion (« Butterfly’s Dream de Nolwenn ou encore « Ballade pour Gino » écrit par Mickaël pour son grand-père). Mickaël rappelons-le a composé une dizaine de titres magnifiques – album « Tara » – complétés par la composition de Nolwenn, « Song for John » et le nerveux « Crisis » de Freddie Hubbard (un de mes titres favoris). Dire qu’il a un peu mis la musique entre parenthèses depuis quelque temps…

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Quatre super musiciens mais pas dessus tout une osmose et une impression de sérénité sur scène qui s’est transmise à l’assistance. Comme souvent ici un public venant à la découverte, sûr de passer un bon moment et friand de découverte ; et nombreux, plus de deux cents personnes, les réservations de repas étant bouclées depuis mardi midi !

Merci encore aux bénévoles de l’association Larural de proposer des plateaux de cette qualité  – « Mais d’où sont-ils » m’a t’on demandé ? de Bordeaux Madame ! – tout en désacralisant le jazz ; la fidélité du public est leur récompense. Et une mention aux techniciens son et lumière, c’était parfait.

Donc nous reviendrons le jeudi 13 avril pour le Youpi quartet !

 

Liens :

http://blog.actionjazz.fr/a-bord-du-tara-avec-le-nokalipcis-project/

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n20-janvier-2017/

http://www.mickaelchevalier.com/projet/nokalipcis-quartet/

portrait de Francis Fontès dans la Gazette Bleue #13 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n13/

portrait de Nolwenn Leizour dans la Gazette Bleue #4 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n4/

 

 

Tri-Nation guitar trio aux jeudis du Jazz

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Jeudi 15 décembre 2016, Centre Culturel de Créon (33)

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Les vacances se profilent, celles de Noël à en croire les guirlandes lumineuses qui jalonnent mon parcours jusqu’à Créon pour un traditionnel « jeudi du jazz », systématiquement placé avant chaque congé scolaire. Traditionnelle dégustation de vin avec ce soir un délicieux « La Parcelle » de Haux.
C’est au Tri Nation Guitar trio d’animer le lieu à l’invitation de nos amis de l’association Larural, des gens précieux. Une nouvelle fois la salle est pleine, ceux qui connaissent et ceux qui viennent découvrir, les plus nombreux. Le nom du groupe s’inspire librement de celui du championnat de rugby, désignant ici les trois pays pratiquant ce sport dont sont originaires les guitaristes, l’Australie de Dave Blenkhorn, l’Argentine de Gaston Pose et la France de Yann Pénichou. Sur scène donc, un drôle de mélange avec un wallaby, un puma et un coq pour une cohabitation qui va s’avérer des plus harmonieuses.

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Mise en scène minimaliste sur fond de rideau rouge et surprise quant au choix des guitares. Dave dispose d’une Stratocaster de rocker, immaculée, Gaston d’une guitare acoustique et Yann de sa guitare de jazz demi-caisse. Choix délibéré pour trancher de l’uniformité de timbre du jazz manouche par exemple ? Oui mais pas seulement, Gaston me confiera que le choix de la Strato par Dave est dû à un problème sur sa demi-caisse lors d’une répétition et que le résultat leur a plu justement par ce contraste.

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« Favela » de Jobim lance harmonieusement le concert laissant découvrir la structure du groupe. Gaston Pose « une section rythmique à lui tout seul » selon Dave, les deux autres se partageant les mélodies et les chorus ; mais il y aura des exceptions bien sûr. « Freight Train » de Coltrane ensuite dans une version méconnaissable pleine d’une légèreté insolite pour cette évocation d’un train de marchandises. Le ton du concert est donné, il va être cool, apaisant, paisible, trop me confie même un ami. Et bien justement tout ça fait le plus grand bien et d’ailleurs la salle s’en accommode parfaitement avec une réelle écoute, toujours remarquable ici.

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Baden Powell bien sûr avec « Berimbau » immortalisé chez nous par le « Bidonville » du grand Nougaro. Harmonie des guitares, rythmique impeccable. Ils enchaînent avec une version blues intimiste et minimaliste de « Mood indigo » de Duke Ellington, chantée par Dave, les notes des guitares roulant comme des perles. Le tour d’horizon des grands jazzmen continue avec un thème de Charlie Parker sur un tempo plus envolé, de Bird bien sûr.
Dave Blenkhorn joue mais il compose aussi et en bon Australien il nous propose sa « Dave’s Bossa Nova », Gaston marquant le tempo sur sa caisse de guitare. Un medley avant la pause confirme le choix éclectique et grand public du répertoire avec « Nuages » dont je n’avais jamais entendu la mélodie sortie d’une Stratocaster – ça marche drôlement bien – enchainé par « Les Copains d’Abord » et conclu par la valse « Indifférence » de Tony Murena.
L’ambiance dans la salle est très sereine, très bon enfant et déjà les musiciens se mêlent au public ce qui est toujours apprécié.

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On repart avec Django et sa « Douce Ambiance », de circonstance donc, puis une version insolite de « Cherokee » celui-ci devant être un cousin des autres, vivant dans une tribu brésilienne. Gaston Pose lui aussi compose et propose « Ma Moitié de Citron » à l’intro claptonienne. Sur le titre suivant il reste seul en scène avec une autre composition personnelle, une douce chanson d’amour « Samba para Anita de Jerez » ; le message pour Anita me paraît très clair malgré mon Castillan de Costa Brava… A l’issue de cette ballade Gaston nous précise avec humour qu’il est « le tranquillo des trois » ; pas toujours. Encore un titre de Gaston avec « Valse para Lucho Gonzalez » en hommage au musicien péruvien et enfin une belle composition de Yann Pénichou « Blue Sleeves ». Musicalement tout cela est d’une grande délicatesse, à l’opposé des guitar heros et des concours de riffs de certains, on est ici dans l’élégance, la sensibilité.
Un nouveau medley annonce la fin du concert, un pot-pourri plutôt – mais au fait pourquoi pourri ? – car fait de titres bien de chez nous, pensez-donc, « La Javanaise », « La Mer » et « La Vie en Rose » ! Et toujours cette belle harmonie des guitares devant le public captivé et le plus discipliné du monde.
En rappel « une version de « Sunny » avec un arrangement, que personnellement j’adore, qui en dévoile un peu plus sur l’énergie et le groove qu’est capable aussi de transmettre le trio qui ce soir est resté très sage, trop répète mon ami. Mais non, un peu de douceur dans ce monde de brutes ça fait un bien fou !

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No Mad dynamite The Party

par Philippe Desmond.

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Pour une fois nous partons au cinéma. L’association Larural que nous connaissons pour ses « jeudis du jazz » souvent chroniqués dans ce blog, proposait ce vendredi soir une projection ciné-concert du drôlissime film de Blake Edwards « The Party », l’histoire d’une réception hollywoodienne qui tourne mal à cause de la présence d’un acteur gaffeur incarné par le grand Peter Sellers ; un prélude aux contemporains « Very Bad Trip » mais surtout dans la lignée de Chaplin, Keaton ou Tati.

La BO du film signée Henri Mancini va du jazz cool à la Bossa Nova en passant par des sonorités pop de l’époque ; nous sommes en 1968. Cette BO est une forte caractéristique du film, pourtant le groupe No Mad la dynamite -allusion au début du film – en la réécrivant et en la jouant en live à la façon des accompagnateurs de films muets.

Autour du grand écran six musiciens de la Drôme et de l’Isère, Élodie Lordet (chant, accessoires) Florent Hermet (contrebasse, plat à tartes !), Julien Cretin (accordéon), François Vinoche (batterie), Nicolas Lopez (violon, bruitages aquatiques), Pierre Lordet (clarinettes,  guitare, clavier). Ils ont lancé ce projet sur une idée de Nicolas Lopez fan absolu du film ; comme moi. Ce film je le connais par cœur, découvert sur le tard dans les années 90 il est devenu culte pour moi et aussi pour mes filles encore toutes jeunes à l’époque. De nombreux enfants étaient là hier soir et se sont bien amusés d’ailleurs. C’est donc avec une curiosité mêlée d’inquiétude que je me suis rendu au centre Culturel de Créon.

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Le prologue hilarant et sa scène à grand spectacle passés, le groupe attaque fort sur le générique avec un thème proche de l’initial aux accents indiens, comme le héros principal du film. Ça commence bien car ça joue très bien

Ensuite il me faudra un temps d’adaptation, la bande son originale non musicale alternant avec des passages joués sans les bruits d’ambiance hormis quelques bruitages. Il est vrai que le début du film est d’un rythme assez lent et peu bruyant mais par contre truffé de gags. Certaines scènes sont d’ailleurs passées en accéléré, choix délibéré des artistes, ceux-ci accélérant bien sûr le tempo.

La scène avec le perroquet et sa mangeoire « Birdy Num Num » (à l’origine du nom du groupe électro Birdy Nam Nam) est – à ma grande joie – sauvegardée avec les dialogues : « intouchable » me dira Elodie Lordet.

Petit à petit la musique s’installe et se fond dans le film. Tous les styles y passent, du jazz aux sonorités orientales ou d’Europe centrale aux ballades langoureuses chantées par Elodie – très bien et avec humour – notamment à la place du classique « Nothing to Lose ». De l’humour musical encore quand le sax de l’orchestre de la party est doublé par un kazoo tremblotant et des tas d’inventions parfaitement synchronisées avec le film. Période et situation obligent la pop est aussi très présente et revisitée. Une vraie création musicale qui leur aura pris seulement six jours voilà maintenant quatre ans ; le spectacle est joué partout plus d’une dizaine de fois chaque année depuis.

Quand le film part en vrille dans un délire total je me surprends à oublier que les musiciens sont là. Je le leur dirai comme un compliment. Un vent de folie parcourt leur musique, tout comme il parcourt l’image. Un regard sur l’écran ou leur retour image, les musiciens obéissent au chef d’orchestre : le film. C’est lui qui donne la cadence, les parties chantées devant même se synchroniser avec les lèvres de l’actrice. On est loin de l’accompagnement des films muets, celui-ci ne l’étant pas, même si les dialogues s’effacent beaucoup devant les situations, comme chez Tati. De temps à autres l’improvisation n’est pas non plus oubliée. Un pari gonflé réalisé avec brio.

Merci encore à Larural de proposer au public – nombreux hier soir – des spectacles toujours originaux. Et comme toujours avec eux cela se termine entre amis autour de la table, les musiciens, dans leur grande générosité, s’installant pour un set de standards et de jazz Klezmer. On mange, on boit on danse, on est à Créon !

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http://www.la-curieuse.com/artiste/156-the-party

http://www.larural.fr/

Pink Turtle aux « Jeudis du Jazz » de Créon

par Philippe Desmond, photos : Philippe Desmond et Tony Hoorelbeck

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Nous voilà à la mi-octobre et donc les vacances (déjà diront certains, enfin diront d’autres) de Toussaint. Ainsi comme le veut la tradition – et oui c’est la septième saison – aujourd’hui est un des « Jeudis du Jazz » à Créon. Quatre rendez-vous annuels juste avant les vacances de Toussaint, de Noël, d’hiver et de printemps.

La formule a légèrement changé et désormais l’entrée est payante mais rien à voir avec les prix pratiqués à la Patinoire ou à Bercy, ici on ne vous demande que 5 € avec en plus l’assurance d’assister à un spectacle de qualité. Ce soir ça va donc être le cas, comme d’habitude.

L’organisation remarquable est toujours assurée par l’association Larural et ses bénévoles. Assiettes de tapas, pâtisseries maison, dégustation et vente de vin, bar, tout est fait pour passer un moment convivial et ce soir 230 personnes vont en profiter ; oui, plus de 200 personnes un jeudi soir à Créon pour écouter du jazz !

Au programme Pink Turtle ; ça faisait un moment que je poursuivais la tortue sans arriver à la rattraper car le projet m’intéressait beaucoup : interpréter, au vrai sens du terme, des standards, non pas de jazz – c’est d’un banal – mais de rock, de pop, de disco, de soul à la sauce swing et jazz. Le nom du groupe serait ainsi une référence à Pink Floyd et aux Turtles (« Happy Together »).

La formation en septet c’est une section rythmique girondine avec Jean-Marc Montaut au piano, Laurent Vanhée à la contrebasse et au sousaphone* et le local de l’étape Didier Ottaviani à la batterie ; trois soufflants – et chanteurs – parisiens, Pierre-Louis Cas au sax ténor à la flûte et à la clarinette, Julien Silvand à la trompette et Patrick Bacqueville au trombone ; une chanteuse à la voix claire et puissante, elle aussi parisienne mais surtout très gironde, June Milo. Tous excellents.

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Comme d’habitude en ce lieu –- le brouhaha convivial du repas s’arrête instantanément à l’arrivée sur scène des musiciens, précédée d’une présentation de la saison par Serge Moulinier, organisateur quand il n’est pas musicien. Toujours une belle écoute ici, ce n’est malheureusement pas partout le cas

Et là le jeu va commencer à chaque table, identifier le premier le titre joué car les arrangements d’une rare qualité – de Julien Silvand et Jean Marc Montaut – ne vont pas nous faciliter la tâche tant ils nous prennent souvent à contre-pied. Mais au-delà du quizz on va surtout se gaver de bonne musique.

Le premier titre est facile à trouver malgré son arrangement enjoué très swing, bien différent de la version originale, « Walk on the Wild Side » de Lou Reed. Le ton est donné, on va aller de surprises en surprises.

« Sweet dreams » de Eurythmics nous offre un scat plein d’humour – et de talent – de  Patrick Bacqueville .

Puis dans « Hotel California » après un début plein de finesse et une montée en puissance, les connaisseurs apprécient la reprise à la note près du long solo de guitare original par les trois cuivres, d’abord en solo puis en accord parfait.

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Tiens ça je connais, c’est quoi ? Ah oui « Get Lucky », Daft Punk mais façon Nat King Cole, enfin au début car très vite la trompette de l’excellent Julien Silvand nous entraîne dans l’univers un peu free de Miles Davis de la fin des 70’s, la rythmique s’en donnant à cœur joie.

On poursuit avec une version débridée de « Dirty Dancing » (le seul titre que je n’ai pas reconnu, pas mon truc mais les dames s’en sont chargé). Du swing, du swing !

Cette rythmique qui arrive, on la connait, c’est « All Blues » de Miles, mais ces paroles et cette mélodie n’est-ce pas « Satisfaction » des Stones ? Si bien sûr, June la chante avec douceur pendant que les cuivres attaquent du Lalo Schifrin, « Mannix » en l’occurrence, June glissant alors vers le « What’d I Say » de Ray Charles, pour revenir au thème initial. Une prouesse jubilatoire mais pas du tout artificielle, grâce à une écriture au rasoir. Ecriture mais aussi exécution, les musiciens sont remarquables, on connaissait bien sûr les Bordelais mais on découvre que les Parisiens savent aussi jouer du jazz !

Le« Smoke on the Water» est aussi enflammé que l’incendie de Montreux dont il parle, chanté à la Cab Calloway – avec les mêmes chaussures bicolores – par l’inénarrable Patrick Bacqueville. Du Deep Turtle.

Fin de premier set tonitruante avec « Everybody Needs Somebody To Love » des Blues Brothers avec une rythmique au taquet et des cuivres en fusion.

Après la pause, suivront « Wake me up » de Wham puis une version méconnaissable du tube de Barry White « You’re the First, the Last… », « Rehab » d’Amy Winehouse, le « Girl You Really Got Me Now » des Kinks transformé en ballade bluesy. Un festival !

Une rythmique jungle de big band introduit « Black Magic Woman » – non pas de Santana mais de Peter Green de Fleetwood Mac – qui va vite se transformer en cha-cha-cha des 50’s.

Même le « Hard Day’s Night » des sous-mariniers jaunes passe à la moulinette de la Tortue Rose, dans le style crooner cette fois.

Un coup de « Happy » à la sauce 30’s et voilà le final avec « Grease », June nous fait pousser des hou-hou-hou, ce qui dans mon cas, vu son charme et sa tenue vermillon de chaperon rouge, me transforme instantanément en Wolfie de Tex Avery ! Elle chante très bien au fait !

En rappel une version déconcertante du slow de compétition « Still Loving You » des hard-rockers allemands de Scorpions conclut l’affaire.

De la super musique, beaucoup d’humour et de finesse, sans pitrerie et finalement une forme de respect de ces compositions parfois usées à qui ils redonnent une nouvelle jeunesse grâce à un lifting pour le moins original, le tout dans une joie communicative. Du vrai jazz et du vrai Music Hall ! C’est roboratif me glisse un ami.

Comme tout cela a eu l’air facile et pourtant les trois-quarts des titres étaient nouveaux – bientôt un album –  et joués pour la première fois en public après une résidence de travail à Créon la semaine avant le concert. Ce travail pour nous public reste dans l’ombre alors qu’il est immense pour arriver à un tel niveau de qualité. Comment répètent-ils, les uns à Bordeaux, les autres à Paris ? Et bien tantôt ici, tantôt là-bas, le TGV faisant le reste et souvent dès 6 heures du matin à la gare Saint-Jean. Etre musicien est certes une passion mais c’est aussi un métier difficile et exigeant, du moins pour les vrais pros comme ceux qui nous ont régalés ce soir. Pensez-y quand vous allez en écouter de bons, ils méritent le respect.

* ou soubassophone

 

 

 

www.pinkturtle.fr/

www.larural.fr/

 

Nougaro en 4 couleurs

Créon le 16 avril 2015.

Texte : Philippe DESMOND ; (belles) photos : Thierry DUBUC

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La salle bondée est bruyante, animée, vivante, gourmande, les assiettes passent, les pâtisseries circulent, le son des bouchons qui sautent rythmant le tout. Nous sommes à Créon pour un traditionnel jeudi du jazz. Au menu, pardon au programme, un hommage à Claude Nougaro. Du jazz Nougaro ? Et comment ! Serge Moulinier qui présente la soirée rappelle que le 12 avril 2002 le petit taureau déjà atteint était venu ici-même pour son spectacle « Fables de ma Fontaine ».

C’est à la mode les hommages, même du vivant des artistes, Renaud, Dutronc y ont eu droit dont le dernier récemment. Des hommages vraiment ? Des dommages plutôt, tant ces produits marketing sont insipides de par les adaptations et les interprétations par des pseudo-vedettes.

Ce soir nous sommes dans un autre registre nous allons vite le découvrir. D’abord celui qui va chanter est une femme…

Un narrateur est aussi présent. Pas n’importe lequel, Christian Vieussens. Qui mieux que lui, compagnon de musique et de bouteilles de Claude lors de ses collaborations avec la compagnie Lubat, lui qui a un peu le même gabarit et qui a surtout la même verve et le même amour des mots, ces mots qu’on casse comme des œufs, qui mieux que lui pour citer ses poèmes, parler ses chansons, jouer avec ses mots ; un « homme lettres ». Il va ainsi ponctuer le récital des textes poétiques de Nougaro, ces textes plein d’allitérations gourmandes comme Claude l’avait fait à la fin de sa carrière dans ce lieu.

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Ça commence, la lumière est belle, pourtant « la Pluie » arrive aussitôt pour nous faire des claquettes. Ils sont là tous les cinq dans un décor minimaliste et élégant. Et elle se met à chanter. Elle, Carole Simon merveilleuse de charme, rayonnante dans sa robe corset. Et ça va aller crescendo dans l’émotion et dans la beauté musicale. « Ma cheminée est un théâtre » nous révèle les racines espagnoles de Carole, ses bras mimant les flammes avec cette grâce de la danseuse de flamenco qu’elle sait être aussi. C’est beau une femme qui chante.

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Mais ils sont cinq donc et je n’en ai évoqué que deux ; ce soir on célèbre Claude, artiste au prénom mixte, un homme et une femme pour dire ses mots c’est logique finalement.

Sur scène Valérie Chane-Tef au piano et avec quel talent mais surtout créatrice de ce projet un peu fou. Arrangements, réécriture tout ça c’est elle. Elle dirige le groupe de son beau regard bienveillant, même pas peur d’endosser le costume de Maurice Vander ! A la rythmique le discret et excellent Benjamin Pellier et sa basse et le local de l’étape Didier Ottaviani remarquable de finesse et de précision. Avec eux pas de problème, le jazz sera lui aussi à l’honneur.

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Les titres s’enchaînent dans des arrangements originaux ne singeant pas les œuvres originales mais les interprétant – au vrai sens du terme – avec audace et respect à la fois. « Splaouch », « Paris mai », « Une petite fille »… Carole nous dira qu’elle a dû adapter les paroles qui à l’origine sont celles d’un homme et qui auraient pu être ridicules dans sa bouche, une réussite encore.

Après une pause où le public déjà interloqué a pu un moment retomber sur terre, le concert part vers des sommets d’émotion. « Cécile ma fille » bouleversante – des larmes de bonheur coulent, je confirme – « Il y avait une ville » surréaliste et magnifiée, « Le cinéma »…

Christian Vieussens seul nous susurre alors de sa flûte la mélodie de « Rimes » d’Aldo Romano, nous en récite les vers, puis reprend son instrument accompagné par le public d’un doux murmure chantant ; magique.

Le jazz, le narrateur l’a évoqué, Don Byas, Mingus… le voilà qui déboule maintenant. « A bout de souffle » et Dave Brubeck (dans lequel chanteuse et musiciens n’ont pas le temps de s’écouter et foncent, me dira Carole, elle accrochée à l’histoire eux au rythme) « Sing Sing Song » et Nat Adderley, « l’Amour sorcier » et Maurice Vander, « Bidonville » et Vinicius de Moraes… Ce concert est une merveille.

Après l’ovation finale d’un public debout voilà le sublime « Dansez sur moi » version française du « Girl talk » de Neal Hefti ; tiens un clin d’œil ?

Une ombre s’éclipse dans les cintres, n’ai-je pas aperçu une écharpe blanche ? Lui aimant tant les femmes je suis sûr qu’il est venu faire un tour pour les écouter et les voir magnifier son œuvre. Les hommes n’ont pas démérité loin de là, il a bien dû avoir envie de leur donner une tape dans le dos.

Pari audacieux, pari risqué mais pari bien gagné ! Merci à ces artistes pour ce concert, merci à Valérie Chane-Tef pour son audace. Personnellement il y a longtemps que je n’avais pas eu une telle émotion. Allez les voir le 13 juin au Centre Culturel La Ruche à Saucats dans le cadre du festival Jazz and Blues.

Merci à l’équipe de Larural d’offrir – c’est le mot juste – au gens la possibilité de découvrir des belles choses car il est sûr que la majorité des personnes présentes ne venaient pas pour ces artistes en particulier mais parce qu’elles savaient que la qualité serait au rendez-vous. On était même au-delà.