C’est la rentrée à la Belle Lurette : Bercy/Dubois/Lubat et du slam !

Texte et photos Philippe Desmond.

La Belle Lurette, Saint Macaire le 8 octobre 2017.

C’est la rentrée du Collectif Caravan à la Belle Lurette de Saint-Macaire. Toujours plein d’idées il a concocté un programme révolutionnaire pour ce dimanche avec la célébration des 100 ans d’octobre 1917, la révolution russe. Quelqu’un arbore même un magnifique sweat CCCP. Autour de Thomas Bercy (p) et Jonathan Hédeline (cb) et puisqu’on évoque la révolution on ne pouvait pas se passer de Bernard Lubat, cette fois à la batterie. Au sax Julien Dubois pour son esprit d’avant-garde et originalité du jour, le slameur Marco Codjia qui anime les sessions slam du Quartier Libre à Bordeaux.

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Avant le concert octobre 1917 ce dernier nous explique un peu l’origine du slam, cette poésie libre, ouverte à tous, que l’on scande -ou pas – qui fait l’objet de tournois, de compétitions si l’on peut dire sur toute la planète. Ne pas confondre avec le rap ou le hip-hop. Marco est slameur et surtout auteur. Il va nous slamer avec un flow impressionnant un poème de sa composition « L’homme crocodile » une allitération de mots en « cr » pleine de rythme mais aussi de sens. De la haute voltige.

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Après l’intervention d’une slameuse avec un texte très noir sur Bordeaux qui donnerait presque envie de quitter la ville place au musiciens que Marco va accompagner pour ce qu’on appelle une performance.

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Sur deux longues suites dont un hommage à Coltrane, l’apport du slam sur la musique, un jazz très libre pour ne pas dire free, va apporter une touche inattendue et vraiment intéressante.

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Textes engagés, musique d’avant-garde, c’est ça le jazz, on l’a déjà dit, le renouveau permanent.

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Développements libres de Julien Dubois au sax alto, rythmique nerveuse de Bernard Lubat à la batterie assouplis par la rondeur de la contrebasse et les nappes aux claviers.

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Sur la terrasse comble, les gens ayant annexé une partie du parking, une fois la surprise passée on apprécie. Il faut dire que le public fidèle à ces après-midis de jazz est ici friand de découvertes. Ce lieu pour ça est admirable et insolite.

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A l’intérieur de la Belle Lurette une expo photos de Kami intitulée « About men and politics » accrochée jusqu’au 30 décembre et consacrée aux manifs souligne l’esprit engagé et citoyen du Collectif Caravan. Une remarque qui n’engage que moi, le tarif des photos paraît décalé par rapport au sujet qui relate souvent des revendications liées au pouvoir d’achat.

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La deuxième partie de l’après-midi est consacrée à la jam habituelle et là les instruments sortent de partout pour enfiler les standards avec des musiciens de tous âges et de tous niveaux ; une vraie jam ouverte, le blog en a souvent parlé. Celui qui souffle dans son bugle est le même que celui qui a fait le Sainte Croix du Mont que je suis en train de siroter, il n’y a qu’ici qu’on peut voir une chose pareille ! Première jam de la saison et certainement dernière en plein air avant de s’entasser dans la chaude ambiance de la Belle Lurette chaque premier dimanche du mois.

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Alors souhaitons une belle saison au Collectif Caravan qui organise le 28 octobre à Monsaguel (24), en association avec le Maquizart, un concert du Coltrane Jubilé intitulé « Orphée »

Coltrane Jubilé Quartet
Thomas Bercy – piano, compositions, arrangements et direction artistique
Maxime Berton saxophones ténor et soprano
Jonathan Hedeline  contrebasse
Gaétan Diaz  batterie

Avec la participation de
Bernard Lubat causerie & batterie
Claude Magne danse contemporaine
Marco Codjia slam
Sébastien Arruti – trombone

Aux âmes bien nées… Boeuf de la belle Lurette.

par Philippe Desmond

La Belle Lurette,

Saint-Macaire (33) le dimanche 4 juin 2017

La jam de la belle Lurette est un moment toujours très agréable, tout l’hiver et encore ce printemps elle a attiré pas mal de musiciens chaque premier dimanche du mois, en fin d’après-midi, une façon bien gaie de finir le week-end quand déjà l’esprit commence inconsciemment à penser au lundi matin. Le jazz pour combattre le blues…

Hier les conditions étaient toutes autres, un dimanche aussi mais veille d’un lundi de congé, un horaire méridien, une installation en terrasse bien agréable, un apéro très frais et des plats excellents. Cool.

Dernière séance avant la pause estivale avec autour du trio habituel Thomas Bercy (piano), Jonathan Hédeline (contrebasse) et Gaëtan Diaz (batterie) un invité local le trompettiste Bruno Bielsa. Il a eu juste la place à traverser, il est ici chez lui et n’arrive pas tout seul. Il a avec lui deux de ses élèves Théo, déjà adolescent et Timothée encore un enfant, pensez donc douze ans. Bruno est en effet professeur de trompette au conservatoire de Marmande et à l’école de musique l’Ardilla de Saint-Macaire.

Comment ne pas citer le Cid quand on entend le jeune Timothée : « Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années ». Ce tout jeune trompettiste nous l’avions remarqué lors du « Jazz Day » du 30 avril, il jouait dans le marching band et s’était déjà intégré dans la jam finale, tard dans la nuit, mais un peu noyé au milieu de tant de musiciens.

Hier nous avons pu en savoir davantage sur son talent naissant, car il en a le gamin ! Il a quasiment volé la vedette à ses ancêtres.

Le répertoire d’hier très New Orleans au début, avec un typique « second line » a planté le décor, du jazz enjoué, des standards bien adaptés à un bœuf. Théo et Timothée se sont ainsi lancés dans le grand bain sous le regard bienveillant de leurs aînés. Car il faut le souligner, ici la jam est vraiment ouverte, tout le monde a sa chance, elles est idéale pour débuter, pour ce premier pas si difficile à faire et qui, s’il se passe bien, pourra vous embarquer pour toute une vie. Si Théo est encore un peu timide dans ses interventions, Timothée fait lui preuve d’une étonnante maturité pour ses douze ans. Techniquement il est déjà très bon avec un son clair, net, il lit très bien et arrive à jouer en déchiffrant et il ose se lancer dans des chorus bien sentis.

La culture musicale elle viendra comme ce « I Don’t Mean a Thing (If It Ain’t Got That Swing) » qu’il ne connaissait pas ou « Irène » un très joli titre français des années 40, inconnu de tous sauf de Sébastien Faure, le quatrième trompettiste du jour, qui en avait amené les partitions. Et bien chaque fois il a brodé sur le thème, visiblement jamais satisfait de lui alors que nous étions nous emballés. Il fallait voir son prof Bruno Bielsa l’encourager à continuer.

On sent ce jeune motivé et avec de réelles dispositions. Reste maintenant à travailler et à polir cette pierre que je n’oserais pas encore qualifier de précieuse, ne nous emballons pas…

Les vieux n’ont pas démérité bien sûr. Si vous aimez la trompette écoutez un jour Bruno Bielsa, il en tire des aigus qui n’existent même pas, à la fois fins et puissants et avec la sourdine il n’a rien à envier à Chet. Le trio toujours au top avec un réel plaisir à jouer et à partager et un solo de batterie exceptionnel – parmi d’autres – de Gaëtan qui a réussi à nous chanter la mélodie de « Caravan » avec ses baguettes.

  • Timothée tu veux jouer quoi ? demande Thomas
  • « A Night in Tunisia ».

Et c’est parti et que je te prends le chorus de trompette du haut de mon mètre vingt. Franck Marissal en est tout intimidé lui qui a plus de quarante ans d’expérience à la guitare.

Le concert va se terminer mais voilà que débarque dans le bar une troupe de bikers américains, pas en Harley mais à vélo, descendus certainement de leur paquebot amarré à Bordeaux, des séniors en casquettes et bermudas ; alors ça repart pour trois titres pour leur montrer que le jazz c’est aussi une affaire de Français et que s’ils ont Trump ici on a des trumpetists. Le groupe et sa star Timothée doivent désormais faire le buzz sur les réseaux sociaux dans le Middle West ou la West Coast vu le nombre de photos prises.

Vraiment un très joli moment dans cet endroit si agréable, plein d’espoir pour l’avenir.

 

A noter à la Belle Lurette une exposition étonnante d’œuvres de Patrick Deletrez.

 

Mayomi Project : Latin Jazz à la Belle Lurette

Par Philippe Desmond.

La Belle Lurette, samedi 22 avril 2017.

Saint Macaire (33)

Pendant tout ce mois d’avril la Belle Lurette s’ouvre à tous les styles de jazz. Après le tonitruant concert de jazz fusion de Tom Ibarra, le jazz hard bop mélodieux de Nokalipcis, l’ambiance ce samedi était au jazz latino avec le Mayomi Project.

Mayomi Moreno est cubaine, installée dans la région depuis quelques années. Certains l’ont connue comme chanteuse avec Akoda ou encore actuellement avec le Latin Spirit. Elle a décidé de monter son propre projet et ce soir c’était le 4ème concert de cette formation.

Les influences sont ses propres racines, les traditions afro-cubaines et plus largement world music tout ceci avec une forte touche de jazz notamment dans les parties instrumentales empreintes de liberté et d’improvisations. Chantant en espagnol ses textes sont évidemment plus difficiles à capter mais, comme elle le précise en français lors de ses présentations avec cet accent si dépaysant, font référence à son pays d’origine, tel qu’elle le voit ou le rêve d’ici, évoquent bien entendu l’amour, quelquefois perdu, la fête et d’autres thèmes universels.

Mayomi c’est surtout un tempérament de feu, une boule d’énergie communicative, le corps toujours en mouvement et une voix, une vraie voix puissante certes mais surtout pleine d’émotion.

Elle a su s’entourer de musiciens dont on pourrait douter qu’il soient français et non cubains. Ça sonne authentique avec donc cette signature de jazz que certains pratiquent plus couramment. Grosse assise rythmique avec Gaëtan Diaz, un familier du lieu, batteur tout-terrain puissant et fin, capable de mener n’importe quel type de rythme ; avec Thomas Labadens un excellent bassiste capital dans ce genre de musique mais sans en faire trop ; avec Lionel Galletti et son armada de congas, son bouquet de batas indispensables pour la couleur latina ou cubana. Des envolées rythmiques infernales de haut niveau ont ainsi transformé la Belle Lurette en club – prononcer cloub – de Santiago de Cuba, la ville d’origine de Mayomi.

En soutien de la voix et pour soutenir la mélodie il y a Michaël Geyre au clavier électrique, qui nous avait bien caché son jeu, plus habitués que nous sommes à l’entendre à…l’accordéon ; il est un redoutable pianiste extraordinaire dans ce registre latino. Usant très parcimonieusement mais fort à propos d’effets électros, il appose cette couleur très jazz grâce à ses chorus inspirés et bouillonnants. « Je ne joue pas souvent de piano » me dira t-il… Ah bon ! « D’ailleurs de temps en temps on m’appelle même pour que je conseille un pianiste… » ; sans commentaire.

Mais le leader c’est Mayomi, par la plupart des compos bien sûr, même si des standards cubains sont repris, et aussi par son abattage, invitant le public à participer, à chanter à danser. Elle scate aussi et dans un registre coloré inhabituel. Oui on est loin du jazz figé, on est dans la fièvre, l’émotion. « Un ou deux cuivres en plus et ce serait parfait » me glisse un ami, pourquoi pas.

Le groupe sera bientôt en résidence à Sainte Eulalie avec la réalisation d’un album et un concert le 16 juin prochain.

Il s’en passe des choses à cette Belle Lurette et ce n’est pas fini, samedi prochain il y aura le jazz swing de Flora Estel et Hot Pepino, de la musique pour tous les goûts vraiment.

Et n’oubliez pas, le lendemain, dimanche 30 avril, aura lieu le deuxième « Jazz Day » de Saint Macaire avec notamment Le Coltrane Jubilé autour de Thomas Bercy et Maxime Berton avec Bernard Lubat comme invité et l’exposition de photos des « Blue Box » le collectif de photographes d’Action Jazz ; pas de chance, aucun n’était avec moi ce soir.

Le Printemps du Jazz à Saint-Macaire

Par Philippe Desmond

La Belle Lurette, Saint-Macaire (33) le 2 avril 2017 ; jusqu’au 30 avril.

Ce soir c’est jam session à la Belle Lurette de Saint-Macaire dans le Sud Gironde comme chaque premier dimanche du mois, de 17 à 19 heures ou plus.

Mais celle-ci est un peu particulière car intégrée au « Printemps du jazz » manifestation qui va courir en ce lieu jusqu’au 30 avril avec un très grand nombre de concerts et d’événements. En association avec le Collectif Caravan, l’asso l’Ardilla et Radio Entre 2 Mers, ce dynamique café à forte coloration musicale a décidé cette année de mettre le paquet. Il faut dire que l’endroit est devenu très populaire pour tous les amateurs de jazz mais pas seulement, grâce à une programmation riche et variée ; un lieu ouvert convivial et sympathique.

Au programme des concerts, des expos photos, des rencontres, des ateliers, des parades, des repas, tous nos sens seront sollicités. Action Jazz est bien sûr partenaire de cet événement.

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Tout a commencé vendredi avec un concert du trio de Thomas Bercy (p) avec Jonathan Hédeline (cb) et Gaëtan Diaz (dr) qui invitait le saxophoniste alto Julien Dubois. Celui-ci avait choisi le répertoire d’Eric Dolphy ce musicien terrassé à 36 ans par une crise de diabète mal soignée nous privant d’un des plus grands talents de sa génération ; un passeur entre le hard-bop et le free comme le répertoire joué ce soir là le souligne. Un excellent choix pour un concert de ce fait contrasté, alternant entre les titres accessibles et d’autres plus complexes. Y amenant l’avant veille au Caillou, deux proches pas spécialement amateurs de jazz, ou du moins le croyant, j’avais d’ailleurs une petite appréhension concernant l’estime qu’ils me porteraient toujours ou plus du tout à la fin. Et bien il ont beaucoup apprécié, certainement aussi grâce à la magie du live qui rend toujours la musique, et celle-là en particulier, plus lumineuse. La qualité des musiciens ne gâte rien évidemment. Julien Dubois avec sa verve, sa volubilité et sa précision est parfaitement à son aise dans les habits d’Eric Dolphy dont il ne cherche pas pour autant à singer le jeu. Il a assez de talent pour se l’approprier. Vendredi la Belle Lurette était paraît-il bondée pour ce concert.

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Samedi c’est Stéphane qui représentait Action Jazz pour un concert totalement improvisé suite aux ennuis de santé du saxophoniste initialement programmé ; je le cite « Une petite halte à la Belle Lurette de Saint Macaire pour y découvrir le trio AMOUR SUPREME CORPORATION formé par Franck Assémat : Sax Baryton / Louis Lubat : Batterie / Nikola Raghoonauth : Poète performer. Encore une soirée de musique à la marge mais ô combien réjouissante et quand le chant se fait créole, le sax baryton devient saccadé et la batterie de Louis Lubat semble l’ensorceler, on est aux anges. »  Complet là encore.

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Et donc ce soir la jam session, lancée par deux titres d’Eric Dolphy Bird’s Mother puis la sublime ballade « Serene ». Là encore le bar se remplit, beaucoup d’habitués et donc de musiciens. En plus du quartet initial il seront au moins une douzaine à occuper la scène à tour de rôle. Il y a presque la queue, certains s’entraînant à l’écart.

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Auparavant Julien Dubois a animé une petite conférence évoquant son parcours, ses goûts et influences, son métier de musicien et de professeur directeur au CNR. Aussi bavard et passionné qu’avec son sax alto ! Retrouvez son entretien pour la Gazette Bleue #13 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n13/

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Surprise d’entendre Alexandre Aguilera pour une fois au sax alto et non à la flûte, mesure des progrès fulgurants de Marina Kalhart à la contrebasse, confirmation du talent de Fred Marconnet au sax ténor, le punch de Philippe Gaubert aux baguettes, découverte de nouveaux musiciens plus ou moins confirmés mais accueillis les bras ouverts dans cette jam.

Un blues en si bémol, puis « Alone Together », plein d’autres titres dont un « Take the A Train » explosif qu’on ne risquait pas de rater !

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Tout cela dans un décor fait de pochettes de 33 tours de jazz d’époque dont certaines mythiques, objet d’une expo pendant le Printemps du Jazz. A noter que le collectif « Blue Box » des photographes d’Action Jazz exposera ses clichés de musiciens très bientôt, juste à côté de la Belle Lurette.

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Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire, allez à Saint-Macaire, en plus la ville en elle même est très intéressante avec ses vestiges médiévaux.

Programme complet sur :
http://www.bar-labellelurette.com

 

 

Alexis Valet in Bordeaux, Février 2017

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre) Thierry Dubuc (Club House) Dom (Caillou)

 

Ça faisait belle lurette qu’Alexis Valet n’était pas revenu taquiner les marteaux de son vibraphone Musser dans le 3.3, et il nous manquait beaucoup ! A ses amis musiciens d’abord, puis à nous, ses addicts, son public, lui qui avait éberlué le jury du Tremplin Action Jazz 2016 avec son sextet, et en chopa tranquille le grand prix. Le Festival Jazz 360 ne s’y trompa pas en juin dernier, en le programmant dans la foulée à Quinsac, et le festival de jazz d’Andernos non plus, le mois suivant. Et puis nous l’attendons de pied ferme à Beautiran, en juin prochain, dans le cadre du Jazz & Blues Festival, et en divers autres projets, mais chut, on vous dira tout au moment voulu.

La mini tournée a débuté au Caillou du Jardin Botanique, par une invitation le 09 février du pianiste Thomas Bercy, et son trio, dont on connait les doigts fort inspirés et l’amour qu’il porte à McCoy Tyner, auquel il dédie une nouvelle fois son concert. Accompagné de Jonathan Hedeline et de Philippe Gaubert, Alexis Valet est invité à les rejoindre pour cet étourdissant hommage. C’est irrésistible, le jeu collectif est ample et s’illumine de ces cieux bleutés, au charme desquels les late sixties succombèrent. Liberté, lyrisme tynérien, tatoué Trane. Alexis part en des flow aériens lumineux, soutenus par  Jonathan Hedeline qui raffole de ces riffs répétitifs qui bâtissent une hypnose boisée. Philippe Gaubert est le batteur de la situation, Puissant, brut d’âme, un peu comme Elvin.  Thomas Bercy, veille, drive, et tague de couleurs indélébiles de beauté les thèmes joués, sur les dents d’ivoires qu’il dompte. On est sous le charme.

Dès le lendemain, nous voici partis pas très loin, au Club House (ex Comptoir du Jazz), un lieu qui est friand de tous genres de musiques bien câblées, et en particulier de new-groove. On retrouve ainsi avec joie l’Edmond Bilal Band, toujours formé de Paul Robert (sax elec), Simon Chivallon (claviers), Mathias Monseigne (basse) et Curtis Efoua Ela (batterie). Ce groupe s’est forgé un style bien punchy, qui allie jazz, groove, un soupçon de world, mais aussi une electro savamment dosée. Et ça a fini par payer car leurs concerts sont désormais bondés, vu que tout en restant fidèles à leur ligne originelle, ils la font diablement évoluer, tout en partageant leur expérience, comme ce soir-là avec Alexis Valet, lequel va s’en donner à cœur joie en plongeant direct dans le flux tumultueux de ses hôtes. Ça chauffe sévèrement au Club House, le public est aux anges. Un groupe qui a carrément les bons marteaux pour enfoncer les clowns !

La semaine suivante, notre vibraphoniste ne prend aucun répit, vu que dès le mercredi, on le retrouve à la traditionnelle jam du Quartier Libre, et le lendemain au même endroit avec son quartet : Simon Chivallon (claviers), Gaëtan Diaz (batterie) et Samuel F’Hima (contrebasse). Un set de « mise en place » selon Alexis Valet, mais qui révèle pourtant une grande qualité de jeu, sur des compositions inspirées, genre échappées, où les solistes s’envolent sur un jazz décomplexé, ample et inventif. On a certes ses références, mais on joue hors les chapelles, frais et libre. Les interactions entre les quatre sont agiles et de haute volée, pas besoin de filet, même pas peur du vide. Une vie intense, où l’on s’observe, où tout s’imbrique, se suit, se tient tête un temps ou deux, puis se réconcilie, dans une fluidité de son naturelle. Et c’est là l’une des forces de ce quartet, une harmonie savante, où clavier et vibraphone ondulent et ne font plus qu’un par moment, les deux flottant sur une rythmique souple, précise, et percutante, quand il le faut. Bref, ce quartet est un vrai bonheur et ce concert annonce clairement la couleur de ce qui se jouera le lendemain au Club House, même formation, mais sous le nom de Simon Chivallon Quartet.

Beaucoup de monde, c’est vendredi, et l’on veut du jazz, on n’appelle pas ce lieu « ex Comptoir du Jazz » pour rien ! C’est donc Simon Chivallon qui prend les rênes de ce concert et présente ce qui va se jouer ce soir. Très fin clavier, omniprésent sur la scène parisienne, il dit certes préférer le piano acoustique, mais c’est déjà l’un des maîtres de la jeune génération des claviers électriques, quelle dextérité, quelle sonorité de Rhodes ! Le concert va donc proposer à peu près les mêmes compositions que la veille, quasiment toutes d’Alexis Valet, et quelques reprises arrangées avec humour (ces titres !). Tout semble mieux en place que la veille. Un lieu différent, un public peut-être plus nombreux, et la vivante présence des amis musiciens du cru, dont Thomas Gaucher (Capucine), qui enregistrera le concert. « Hey it’s me you’re talking to” (de Victor Lewis), élégant et disert,  nous met bien en condition,  et les solistes s’enflamment avec grâce. Rythmique de luxe et réactivité au top pour étayer ce joli morceau. “Moustaches à souris” n’en trahit pas la noblesse, et même si d’aucuns pouffent dans la salle à son simple énoncé, cette composition tient fort bien la route et dévore comme un morceau de fromage, l’attention particulière que lui porte le public. Là aussi, interplay, liquidité clavier/vibraphone, walking réfléchi de la basse, drumming articulé et propulseur attentif. Le reste suit avec la même aisance innée, avec un très beau chorus de contrebasse sur « Rikuom » (ne le lisez pas à l’envers !), et Simon et Alexis qui profitent de l’aspiration. Tout ça nous  mène à « Luc », puis au très beau « Tergiversation » (de Gene Perla, version de Warren Wolf) qui clôt le premier set. Démarrage du deuxième set en mode groove acidulé, avec « Funkin dog » un tube d’Alexis Valet qui fait fourmiller les gambettes sur un flow très Herbie & The Headhunters, dont le thème reste rivé à nos mémoires 70sardes. Tout baigne, coucher de soleil sur le pacifique, regards désabusés des palmiers géant du Sunset bvd, sur nos décapotables qui cruisent sur son vieux bitume, chemises à fleurs, autoradio à fond et Ray Ban, bref, on y est ! Même mood avec « 1313 » qui remet le couvert, en plus soft. Magie de cette compo, qu’on verrait bien en bo de thrillers genre Mannix ou Bullitt, impression west coast seventies. C’est fou de savoir écrire des trucs pareils !

Retour à un jazz plus vintage avec l’entrée d’Olivier Gay au buggle pour trois thèmes rondement menés, « Triple chaise » (arrangement du « Steeplechase » de Charlie Parker), thème très développé, chacun y allant de son solo, celui de Gaëtan, scotchés nous fûmes, « Apple Teyron » (hommage à Tom Peyron de l’Isotope trio, dont Olivier est le trompettiste) et enfin un splendide « Beatrice » (Sam Rivers), où Simon Chivallon, emporté par l’émotion, citera même le « Resolution » de Coltrane, avant de refermer ce beau live.

Soirée réellement magique offerte par ce groupe qu’il faudra suivre car il fourmille de projets. Le lendemain, le quartet d’Alex Valet jouait au Baryton à Lanton, et le dimanche à La Belle Lurette à Saint Macaire, autre lieu précieux pour le jazz et par les âmes belles et passionnées qui l’animent. Fin d’un tournée éclair pour Alexis Valet, grandement appréciée, l’homme qui vibre, mais n’est pas aphone, quand il s’agit de jazz. Revenez vite messieurs, we miss you !

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre) Thierry Dubuc (Club House) Dom (Caillou)

La jam de la Belle Lurette invite Stéphane Barbier

par Philippe Desmond.

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C’était la rentrée des Jams du Collectif Caravan hier à la Belle Lurette de Saint-Macaire (33). Chaque premier dimanche du mois pour ceux qui l’ignorent. Le trio habituel, composé de Thomas Bercy (piano), Jonathan Hédeline (contrebasse) et Gaëtan Diaz (batterie), accueillait comme invité le saxophoniste ténor Stéphane Barbier. Remarquable musicien venant du sud de la région, un quasi désert jazz, – hors des jolis festivals d’Anglet et Capbreton – Pays Basque compris selon ses dires. Il était très heureux d’être là et a transmis cette joie dans son jeu.

La soirée a démarré avec trois titres de McCoy Tyner, le thème de la soirée, les musiciens entrant de suite dans le vif du sujet, des compositions tendues, riches et foisonnantes. Ce même quartet jouera d’ailleurs ce répertoire samedi prochain dans le même lieu (apéro rencontre à 19h, concert à 21h30) et dimanche 15 à 20 h au Quartier Libre à Bordeaux ; le teaser d’hier soir est très prometteur !

Place à la jam, c’est le but de cette fin d’après-midi avec l’arrivée d’Alex Aguilera à la flûte. Il sera l’invité du prochain bœuf du dimanche 5 février. Dans ses mains la flûte traversière, instrument de musique classique par excellence, s’encanaille et dans ce registre jazz il en tire la quintessence. Le titre de McCoy Tyner choisi, « Walk Spirit, Talk Spirit » – White Spirit comme plaisante Jonathan – ce thème cyclique, envoûtant en est tout métamorphosé.

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Rentre ensuite un néo jazzman, pourtant d’âge mûr, Franck Marrissal. Son CV depuis 1972, plus de 1500 bals avec des orchestres de variété du coin. Il s’est mis au jazz récemment et comme un bon élève il a travaillé un chorus pour « Stella by Starlight » toute la semaine. Vu ses grimaces en jouant, le résultat ne lui convient guère mais tout va bien, les autres l’aident et l’encouragent. Cette jam est d’un excellent esprit et vraiment ouverte. La preuve Amandine une jeune trompettiste y fait sa première intervention du genre sous l’aile protectrice et bienveillante d’Alex Aguilera. Le cœur bien au delà du tempo avouera-t-elle, la gorge un peu nouée mais un baptême réussi !

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Fabrice un autre guitariste, lui aussi de Cadillac comme Franck, rejoint le groupe avec sa jolie demi-caisse qu’il maîtrise parfaitement.

Thomas toujours aussi énergique emballe les thèmes, Stéphane les éclaire de son jeu de ténor toujours mélodieux, Jonathan et sa grosse 5 cordes assure une présence créative agrémentée de quelques chorus bien sentis, quant à Gaëtan son drumming toujours très inventif force l’admiration. Les jammers ont bien de la chance de s’intégrer à un tel quartet.

Et jammeuses car en voilà une, Marina Kalhart d’abord à la contrebasse, à peine plus d’un an de pratique, puis au chant qu’elle pratique depuis plus longtemps mais en public depuis moins d’un an… Et à chaque fois des progrès fulgurants ! Ça sert à ça les jams quand elles se font dans cet esprit.

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Pour ceux qui ne connaissent pas cet endroit très sympa dans le joli village médiéval de Saint Macaire, profitez d’une jam du dimanche pour le découvrir, ça commence à 17h et finit vers 19h avec systématiquement l’immuable « Caravan » générique du Collectif du même nom, dans une version à chaque fois nouvelle et surprenante ; une gageure.

Merci à Cécile et Sylvain pour leur accueil et leur passion.

Prochaines jams du Collectif Caravan : le 5 février avec Alex Aguilera (fl) et Hervé Saint-Guirons(p), le 5 mars avec Marie Carrié (vo) , le 2 avril avec Julien Dubois (s), le 4 juin avec Bruno Bielsa (tp). Pas de jam en mai mais le 30 avril « International Jazz Day » dont on connaîtra bientôt le programme.

Mais la Belle Lurette a sa propre programmation et consacrera tout le mois d’avril au jazz avec notamment le Tom Ibarra 4tet le 8.

http://www.bar-labellelurette.com/

https://www.facebook.com/Collectif-Caravan-170711356335248/

Guillaume Schmidt à la Belle Lurette ; un bœuf et une boucherie !

Par Philippe Desmond

La Belle Lurette, St Macaire le 6/11/2016

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Ceux qui voulaient passer une fin de dimanche tranquille et qui sont venus à la jam de la Belle Lurette sont vraiment mal tombés. Ils nous ont mis un souk – et je suis poli – tous ces musiciens à vous faire regretter le canapé rouge de Drucker à la même heure.

Pourtant tout s’annonçait bien, au trio de base composé autour de Thomas Bercy au piano, de Jonathan Hédeline, le fidèle, à la contrebasse et Jéricho Ballan à la batterie s’ajoutait un invité de luxe en la personne du saxophoniste Guillaume Schmidt trop rare dans le coin.

Et bien dès le premier morceau, pas de round d’observation, la bagarre a déjà commencé, « la branlée » me dira plus tard Sébastien Iep Arruti toujours prompt à venir partager son punch avec ses adversaires/partenaires.

Guillaume avait dû préparer son sax alto en mode préchauffage car de suite il a pris les tours sur le « Cold Duck Time » d’Eddie Harris. Le froid de canard on ne l’a pas senti longtemps croyez moi. Parmi les sax, l’alto n’est pas celui que je préfère mais aux mains et au bec de Guillaume je dois avouer que je craque. Il a un timbre, un grain qui ôtent cet aspect un peu trop aigu et clinquant que je trouve à l’instrument ; ce n’est que mon avis mais je le partage. Premier chorus à couper le souffle, pas le sien heureusement , et évidemment Thomas qui lui emboîte le pas car quand il est question de folie il arrive de suite. Il va finir par le casser ce clavier ! Derrière Jonathan et Jéricho commencent leur marathon car tout comme Thomas ils ne vont quasiment pas avoir de pause de toute la soirée. Ils ne seront pas avares de solos et tant mieux pour nous. Sauf que le marathon commence au sprint ! Pas de répit ils enchaînent sur « Broadway Blues » d’Ornette Coleman sur un tempo bien speedé. Tout ce vacarme ameute le voisinage – et même les Bordelais arrivés en nombre – et le bar se remplit aussi vite que les verres se vident. Que ce lieu est chaleureux !

Après ces deux titres, pas le temps de se recoiffer et voilà la jam qui commence avec l’arrivée sur le ring d’un bel athlète, le redoutable poids lourd basque Sébastien Iep Arruti, le roi de la coulisse. « Listen Here » d’Eddie Harris à la mélodie guillerette va ressortir toute cabossée de cette rencontre avec ces tueurs.

Vous l’avez compris on s’est régalé.

Petite trêve avec « In a Sentimental Mood » où un premier guitariste rejoint la bande. Jeu en finesse et douceur de Guillaume, il sait tout faire très bien, une place pour Jonathan à la contrebasse et des prouesses de Jéricho aux balais. « Saint Thomas » voit Olivier Normand et son sax ténor rejoindre le groupe pour une très belle joute avec Iep.

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Un autre guitariste est là qui a un âge certain débute en jazz sous le regard bienveillant de Thomas le chef de jam, Alex Aguilera régale de sa flûte et l’ambiance monte, monte. Le Collectif Caravan qui organise ces soirées peut-être fier d’animer ainsi des endroits hors de Bordeaux qui méritent aussi cette ouverture vers le jazz.

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Pas de bœuf sans « Cantalupe Island » avec Laurent excellent à la basse électrique très funk, pour une version très punchy de ce classique.

Un peu de douceur alors que la fin approche avec la venue de Marina Kalhart qui nous chante « Speak Low » de Billie Holiday, Guillaume lui offrant de temps en temps un tapis de velours au ténor et un band enfin calmé. Marina enchaîne en prenant la contrebasse de Jonathan , elle aussi sous le regard bienveillant du patron qui lui laisse une belle place pour un long chorus ; ça sert à ça les jams, on y progresse à vue d’œil ou d’oreille.

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Amusant de voir lors de ces bœufs chacun avec son classeur de partitions voire son petit carnet pour les plus traditionnels ou un pad pour les plus branchés. On échange deux trois infos, on fixe la tonalité et c’est parti. Un regard par ci, un signe par là pour lancer les chorus, un cri parfois et c’est une affaire qui tourne.

Arrive le générique de fin, immuable ici, avec bien sûr « Caravan », mais un modèle de compétition, châssis rythmique renforcé pour résister aux accélérations et aux breaks, habillage chatoyant pour flatter l’esthétique.

Une boucherie ce bœuf, on reviendra !

La jam de la Belle Lurette c’est chaque premier dimanche du mois de 17 heures à 19 h 30 environ. Prochaine date le 4 décembre avec le guitariste Dave Blenkhorn comme invité.

Le quartet de base de ce soir jouera le dimanche 27 novembre à 17 heures chez Marie-Jo au Café du Sport à Uzeste. Allez-y le lieu est super sympa en plus.

Alex Golino : hommage à Hank Mobley

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

La Belle Lurette, Saint-Macaire le 22 octobre 2016.

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Il y a bien longtemps que je n’étais pas allé à la Belle Lurette la bien nommée. Exactement depuis le 30 avril dernier pour l’International Jazz Day ; et oui en Anglais dans le texte, Saint-Macaire n’a t-elle pas été sous protectorat anglais au Moyen-Age !

Après un break cet été le Collectif Caravan a donc repris ses activités en association avec cet endroit depuis le début de l’automne et ça nous manquait. La première jam, début octobre – chaque premier dimanche du mois de 17 heures à 19 heures – a ouvert la saison de jazz et d’autres concerts, de rock ou de chanson française ont déjà eu lieu. Pierre et Sylvain qui ont repris l’établissement en 2011 sont de grands amateurs de musique et bien heureusement nous font partager leur passion (lire la Gazette Bleue #17).

Ce soir l’invité est Alex Golino, le saxophoniste ténor Italo-Gréco-Bordelais, un invité de marque tellement son talent est grand. La formation avec qui il joue est le trio habituel composé de Thomas Bercy au piano, Jonathan Hédeline à la contrebasse et un « petit nouveau », Alban Mourgues aux baguettes. Ce dernier, longtemps élève du maître de la batterie Charles « Lolo » Bellonzi, fait partie des batteurs qui montent qui montent et c’est une chance de le voir souvent désormais dans le coin, lui qui n’habite pas la région mais Poitiers. Ah oui au fait Poitiers c’est la Région maintenant !

Mai ce soir la vedette c’est Alex Golino qui a décidé de rendre hommage à un de ses collègues saxophonistes, pas forcément celui dont le nom vous vient de suite en tête, mais qui a pourtant laissé une belle trace en tant que leader (une trentaine d’albums) ou comme sideman (Jazz Messengers, Donald Byrd, Miles Davis, Dizzie Gillespie…) ; il s’agit d’Hank Mobley, compositeur très prolixe dans les années 50-60. Alex joue justement dans ce même registre, c’est un bopper, un hard bopper mais tout comme Hank, il excelle en Bossa Nova.

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« A Baptist Beat », un Gospel, lance la soirée, avec de suite swing et chaleur. Alex démarre dans les graves d’un son moelleux et chaud, le ton est donné il va se lâcher. Car Alex ténor au velouté élégant n’est pas du genre à se mettre en avant et ce soir ça va vraiment faire plaisir de l’écouter totalement libéré. « Recado Bossa Nova » très mélodieux commence classiquement jusqu’au chorus de Thomas Bercy qui le fait exploser. Diabolique, infernal Thomas Bercy comme va le qualifier Alex lors des présentations. Je n’ai pas vérifié mais je doute qu’il n’ait que dix doigts…

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Jonathan fait chanter, voire même danser, sa contrebasse, ce qui n’est jamais une mince affaire et on découvre Alban au drumming complet et inspiré . Dans la ballade suivante « Darn That Dream » il se fait tout en discrétion et légèreté tout comme ses deux collègues alors qu’Alex nous caresse voluptueusement de son sax. Un régal.

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La Belle Lurette est pleine à craquer, toutes générations confondues avec même des enfants en bas âge, la bonne humeur est palpable, un vrai club de jazz, animé, vivant, à l’écoute, ou pas, on s’y sent bien.

Quelques mots sur la magnifique exposition des dessins de Cyril Pi-R représentant des portraits de musiciens célèbres ; elle est visible à la Belle Lurette jusqu’au 5 décembre.

Le plus dynamique « The Morning After » nous prouve qu’Alex Golino est du matin car il s’y fait très volubile ; Jonathan nous la fait presque guitar hero soutenu par le chabada d’Alban avant que le pianiste fou ne nous éclabousse de notes bleues. « The Morning After » on peut parfois être déçu… mais pas cette fois, quel bonheur !

« Avila and Tequila » nous montre l’étendue du registre d’Hank Mobley, ce hard bop mélodieux et dynamique caractéristique de cette époque.

La pause est bienvenue, il règne une chaleur tropicale dans le bar et les musiciens ont déjà bien travaillé. La sono bar diffuse le « Funky Blues » de Charlie Parker, on est entre de bonnes mains. C’est l’occasion de faire connaissance avec Alban qui n’est pas là par hasard ayant maintes fois joué avec Thomas Bercy, et même avec Alex. Alors que parfois certains se plaignent que le jazz sommeille à Bordeaux, Alban nous remet les idées en place en parlant du désert musical de Poitiers…

 

Hank Mobley a collaboré avec Miles notamment sur le premier thème du second set « One Day My Prince Will Come » que les enfants présents n’ont pas forcément identifié comme étant issu de « Blanche Neige ». Belle version.

« Funk and Deep Freeze », « Chain Reaction » nous propulsent gaiement vers la fin du concert. Gros swing pour le rappel, certaines dansent, les chorus continuent, on y passerait la nuit. Alex Golino a fait plus qu’honneur à son invitation, bien mis en avant ce soir il a pu faire admirer toute sa palette et pour sûr qu’on le reverra dans les parages. Pour couronner cette belle soirée j’ai même la chance de débriefer le concert avec lui en le ramenant à Bordeaux car il était venu ici non avec le A train mais le 17h52.

Epilogue : cette fin de semaine est un très spéciale pour Jonathan Hédeline qui après cinq ans et de multiples démarches vient d’obtenir son statut d’intermittent. Ses collègues lui ont offert pour l’occasion sa photo prise par Alain Pelletier  et qui faisait partie de la magnifique exposition des photographes d’Action Jazz au printemps ici à Saint Macaire. Pas peu fier Jonathan !

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Arcades fire à Saint-Macaire

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

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Il fait un froid de loup, des courants d’air humides chargés de la pluie qui tombe s’immiscent entre les piliers des arcades séculaires partiellement protégées par des bâches tendues à la hâte suite au déplacement à l’abri du concert. Ces arcades pourtant les musiciens vont y mettre le feu.

Tous les amateurs de jazz du Sud Gironde et aussi les étrangers de la grande ville comme nous, attendaient cette soirée avec impatience. Grâce notamment à Herbie Hancock et sous le patronage de l’UNESCO existe depuis 2011 “la journée internationale du jazz” . Deux événements majeurs cette année dans ce cadre, l’aimable concert à la Maison Blanche chez Barack, et donc cette soirée à Saint-Macaire. Les amis du Collectif Caravan, de Simone et les Mauhargats, de l’associaton l’Ardilla et de la Belle Lurette ont relevé le défi et organisé celle manifestation dans la cité médiévale de Saint-Macaire.

Point d’orgue – sans orgue – de cette manifestation le concert du trio Thomas Bercy (p), Jonathan Hédeline (cb) et David Muris (dr) avec des invités de luxe, les jeunots Alex Aguilera (fl), Alexis Valet (vib) et le trop rare Jean-Christophe Jacques (ss, sa, st). Bruno Bielsa (t) le local de l’étape viendra aussi les rejoindre.

Le répertoire fétiche du trio est celui de McCoy Tyner, rien moins.

Mais avant, en même temps que ne commence le bal des merguez des saucisses et des tire-bouchons, l’école de musique locale de l’Ardilla nous offre avec ses élèves une première partie pleine de promesses avec un répertoire de qualité allant de Miles Davis (“Jean-Pierre”) à Stevie Wonder (“Superstition”) en passant par Julien Lourau. La “salle” est pleine malgré le sale temps, le bordeaux et le sainte-croix du mont aidant un peu à préchauffer les corps.

Dans ce lieu chargé d’histoire médiévale, les ménestrels apparaissent, comme descendus des cadres de l’exposition des clichés de Thierry Dubuc et Alain Pelletier, les photographes d’Action Jazz, où ils figurent en bonne place (jusqu’à fin mai). Déjà magnifiquement réels sur les photos les voilà de chair et d’os.

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Le concert va être à la hauteur de l’attente. On a déjà entendu le trio et des invités dans ce répertoire qu’il maîtrise parfaitement (voir chroniques du 24/1 et 22/2 sur ce même blog) mais ce soir, là formation à géométrie variable, du trio au septet, va se sublimer. Oubliés les doigts gelés sur les touches, les baguettes et les cordes, la sueur va même perler sur le fond de Thomas Bercy qui comme toujours ne ménage pas son énergie. Bon sang mais quel pianiste dans ce registre fécond de McCoy Tyner !

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Jonathan Hédeline de sa stature de commandeur, impassible derrière sa grosse boîte va border toute cette énergie, il est incroyable de maîtrise rythmique et ses interventions solitaires sont toujours très musicales.

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Avec lui derrière – et oui toujours derrière – David Muris, tantôt en force tantôt en nuance avec les balais, balise le chemin de son tempo, pas facile avec une musique aussi riche et variée. Le trio est en osmose ça se voit, ça s’entend.

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Quant aux invités ils vont épater tout le monde. Les deux jeunes n’ont jamais joué avec les deux autres, ils ne se connaissaient pas. Les regards admiratifs des uns envers les autres et réciproquement lors de chorus vont être éloquents du plaisir de leur rencontre. Alex Aguilera et sa flûte s’envolent régulièrement vers des sommets et Alexis Valet au vibraphone ajoute cette couleur cristalline avec une virtuosité de plus en plus maîtrisée. Pourtant ils ont presque les doigts gelés.

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L’invité spécial du jour, Jean-Christophe Jacques, nous met en pratique les propos qu’il a tenus sur l’improvisation lors de sa conférence d’avant concert à la Belle Lurette. Prise de risque absolue pour un plaisir musical non dissimulé. Que ce soit au sax alto ou avec ses deux bêtes de course l’alto et le ténor (mais qu’ils sont beaux ses Keilwerth !) il va sublimer ce répertoire en parfaite osmose avec le trio original ; on le sent vraiment dans le truc. Bruno Bielsa et sa trompette gillespienne au pavillon tendu vers le ciel, va venir livrer avec lui quelques folles joutes ! On a oublié le froid, c’est arcades fire à Saint-McCoy !

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Le « Walk Spirit, Talk Spirit » final est époustouflant, joué et étiré en septet au tempo de métronome du rimshot de David. Pas de rappel demandé car tout le monde, musiciens compris, repart vers la Belle Lurette pour une jam de clôture, un bonus de deux heures qui va s’avérer magnifique dans le bar bondé.

Cécile la chef d’orchestre du jour est enfin soulagée ! Dire que l’annulation a un moment été envisagée à cause de la météo ! Bravo et merci à tous les bénévoles qui eux aussi ont pris part au succès de la soirée. Quelle belle initiative que de faire vivre culturellement ces territoires à l’écart des grandes villes. Quelle merveilleuse ambiance cela produit ! Quelle belle soirée conviviale et musicale.

L’an prochain on annonce du beau temps ça va être énorme !

 

La jam de la Belle Lurette

par Philippe Desmond.

Le Collectif Caravan anime culturellement le sud Gironde avec de la musique, de la danse, de la poésie, des expositions ; Caravan comme itinérant et en clin d’œil au standard du Duke. Cet après-midi le Collectif est associé avec un de ses partenaires actifs, un lieu très vivant de la musique, le bar à vins café de Saint-Macaire, la Belle Lurette.

Au programme la désormais traditionnelle jam de jazz ; nous ne sommes pas très loin de Bazas je devrais plutôt dire un bœuf. Pour lancer la session, autour du trio de base composé de Thomas Bercy au piano, Jonathan Hédeline à la contrebasse et David Muris à la batterie il y a ce soir un invité de marque le solide tromboniste Sébastien Iep Arruti que tout le monde se dispute en ce moment.

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Face au très volubile Thomas Bercy, Iep est armé pour donner la réplique avec sa maîtrise de ce curieux instrument que reste le trombone (lire à ce sujet le très joli article d’Annie Robert dans la dernière Gazette Bleue http://fr.calameo.com/read/002896039fe292618ac83 ) on va vite en avoir la preuve. David et Jonathan ( non pas ceux-là !) ne sont pas en reste et le quartet de circonstance fonctionne très bien.

Le bar se remplit tranquillement et des musiciens commencent à apparaître, trahis par leur housse ou étuis. La jam va ainsi vite se mettre en place. Un trombone de plus, Bruno Bielsa le local de l’étape et ses trompettes, le bordelais Fred Marconnet (Soundscape) au sax ténor, un guitariste, deux batteurs…

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Dehors il pleut des cordes, dedans c’est un déluge de notes dans l’ambiance très cool de l’endroit. L’accueil ici est très sympathique, on a affaire à des passionnés ça se sent. « Ca taquine l’embouchure ! » me dit avec un grand sourire le barman lors d’un chorus enfiévré des cuivres. On se souvient que Belle Lurette c’est aussi la copine de Gai Luron ; ici justement il n’en manque pas de ces derniers.

Les standards se succèdent, de be-bop ou de New Orleans. Un de mes préférés arrive avec « Song for my Father » d’Horace Silver.

Est-ce à force de jouer le feu que Bruno Bielsa a porté le métal de sa trompette au rouge ? Non, il joue avec une Tiger en ABS du plus bel effet et qui sonne très bien. Lui qui est professeur de trompette dans le coin me précisera que la légèreté de ce modèle (je confirme) est bien adaptée pour les jeunes, la trompette se jouant en principe horizontalement et non inclinée à la Miles ou comme Freddy.

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Au bar on déguste des produits locaux, du vin rouge bien sûr mais aussi le nectar proche de Sainte Croix du Mont ; drôlement chouette de finir un dimanche dans ce lieu.

Le concert bœuf se finit évidemment avec le standard « Caravan » ; joué et rejoué me direz vous et bien figurez-vous que Fred Marconnet, qui est quand même un saxophoniste très chevronné , m’avouera ne l’avoir jamais joué auparavant ! Et puis un standard c’est un prétexte pour improviser et là c’est toujours la surprise comme l’est la citation de la mélodie de « A Night in Tunisia » embarquée dans la caravane par Bruno Bielsa.

Tout le monde se retrouve autour d’un petit verre, non pas encore tous, Sébastien donne des conseils à un tout jeune garçon à qui il fait même essayer son trombone ; le jeune en effet apprend l’instrument…depuis trois jours.

Le Collectif Caravan, la Belle Lurette font partie des organisateurs de l’International Jazz Day à Saint-Macaire le 30 avril ; concerts, marching band, expo photos… A ne pas manquer et d’ailleurs Action Jazz est partenaire à travers l’exposition des œuvres de ses photographes. https://www.facebook.com/events/111081652625728/

Merci à toutes ces personnes de faire vivre ainsi des lieux avec de la musique de qualité . Le succès est là car le bar a fini bondé.

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http://www.bar-labellelurette.com/