TONY PAELEMAN – Camera Obscura

  • chez :  Shedmusic

par : Alain Flèche

 

Tony Paeleman : piano

Julien Pontvianne : sax t.

Nicolas Moreaux : bass

Karl Jannuska : drums

Quartet faussement discret. Démarre ce disque par des arpèges, une ambiance, promenade incertaine, puis quelques pas plus pressés, la voix de Sonia Cat Berro finit de préciser le caractère onirique de ce morceau. Le suivant, plus précis. Les doigts couvrent largement le clavier, rapides sans virtuosité superfétatoire, lents aux changements de rythmes, appuyés pour souligner la rentrée du sax. un touché délicat ou fort, selon les nuances proposées. Beaucoup de passages écrits où se mêlent variations, interprétations, improvisations…

Une reprise : Roxanne . A la façon de… difficile de rapprocher ce travail d’autre chose de déjà entendu. Parfois un son, une suite, un accord, pourraient faire penser à… mais non, c’est un vrai musicien qui organise un ensemble original, de musiciens ensembles, de titres assez différents avec une trame, un fil, ambiances imagées,  qui rendent le tout cohérent. La basse double souvent les thèmes exposés  sur le piano, elle reste très fidèle aux indications du leader. La batterie est sage, mais pas trop. Ses débordements empêchent de reconnaitre les lieux, l’oreille se perd à chercher des repères, des temps qui s’étendent, les mélodies s’étirent.

Et puis, plein d’invités ! Pierre Perchaud prête sa guitare à 2 titres. sur la 7ème plage, rien de moins que les anches et bois de Christophe Panzani, d’ Emile Parisien et de Antonin Tri Hoang. Écriture à caractère marqué, avec des décalages qui pourraient passer pour des incertitudes si ce n’était la savante maitrise qui ne laisse rien au hasard. Peut être peut on évoquer Frank Zappa et son travail sur le synclavier ? Tony Paeleman en peaufine de même ses compositions, sauf qu’ici, ensuite, l’interprétation en regarde chacun qui est prêt à prendre le risque de s’immiscer dans cette architecture tout de même un peu « obscure »! Sombre comme un bout de film en noir et blanc, sans tristesse ni souffrance. Juste un pincement au cœur, comme quand, en forêt, on ne reconnait plus le chemin habituel…

Et justement, pour clore cette écoute, séparation apparente tant imprègne, du sens de ce disque, les sens de l’auditeur, une autre reprise, de Charlie Haden : « Our spanish love song ». Profondeur. Pleurs sans larmes.  Nostalgie de chemins à découvrir. A écouter, et réécouter sans crainte de se lasser, dans ces richesses toutes en demi teintes.

www.tonypaeleman.com

Franck Amsallem – Chronique de « Sings Vol.II »

FRANCK ANSALLEM

Par Dom Imonk

Parue le 01 mars 2015 dans la Gazette Bleue N° 9

Franck Amsallem a passé vingt ans aux États-Unis, du début des années 80 jusqu’à son retour en France, à l’aube de ce siècle. Ce fut d’abord à Boston, où tout jeune il étudia un temps au Berklee College of Music, puis ensuite à New York où il se perfectionna à la Manhattan School of Music, avant que d’enregistrer en trio son premier album en 1992, « Out a Day ». Gary Peacock et Bill Stewart sont de la fête, la classe absolue ! Franck croque à pleine dent la « grosse pomme » qui l’accueille, en faisant ses armes aux côtés de grands du jazz. Parmi eux : Gerry Mulligan, Joshua Redman, Kevin Mahogany, et, sur disque, Joe Chambers, Scott Colley, Tim Ries et Leon Parker. Par la suite, il s’est associé à d’autres très sérieuses pointures, sur certains de ses albums, comme Elisabeth Kontomanou, Stéphane Belmondo, Rick Margitza, Olivier Bogé, Daniel Humair et Riccardo Del Fra. La liste est encore longue, et elle situe le haut niveau d’exigence de notre homme.
Ajoutons qu’aux quatre coins de la planète, ses tournées et participations à des festivals réputés furent et sont toujours nombreuses.
Ce nouveau disque est le onzième, et les photos de New York (de Gildas Boclé) qui ornent sa pochette, indiquent la passion demeurée intacte de Franck Amsallem pour cette ville fascinante.
Comme sur son précédent album « Amsallem sings » (2009), le pianiste a décidé d’ajouter ses cordes vocales à l’arc en ciel de sa musique. Mais c’est en trio qu’il nous revient, entouré de musiciens de renom, avec lesquels les liens sont forts. Sylvain Romano (contrebasse), au jeu solide, profond et délicat et Karl Jannuska (batterie), précision du drive, espace et envolées qui évoquent son Canada natal, offrent en écrin leur alchimie rythmique au jeu subtil, lumineux et généreux du leader. Franck Amsallem ne cache pas son admiration pour Hank Jones ou Ahmad Jamal, et on retrouve ce pigment dans le feeling new-yorkais qui l’anime, et qui pourrait aussi faire penser à un Kenny Werner. L’été dernier, j’avais eu le plaisir de voir ce trio, en after hours à L’Atelier (Marciac), le jeune Viktor Nyberg remplaçant Sylvain Romano ce soir-là. Le club s’était bien vite rempli, le concert en deux sets fut délectable. Un moment de grâce et d’émotion, tant la musique jouée collait au lieu, tournoyant de pierres en poutres et enveloppant le public d’une chaleur suave, qui fait la force de ce jazz-là. L’occasion d’apprécier en « live » la qualité de jeu de ce trio, mais aussi d’écouter le chant de Franck Amsallem en direct. On ressent dans sa voix un réel plaisir de chanter, un entrain et une expressivité qui sont maitrisés et contenus, une sorte de sobriété, sans effet gratuit façon crooner cheap, plutôt un côté chic et classe, qui ne choque pas. Il laisse sa chance aux mots qu’il dit, mais ne les materne pas trop. Si j’osais, je dirais qu’il y a dans sa voix un soupçon de Chet Baker et de Ben Sidran, qui est lui aussi pianiste. A part « Paris remains in my heart » signé par Élizabeth Kontomanou et lui, les thèmes abordés sont tous des reprises, pas toutes très connues, mais quelle musique! Neuf bijoux qu’on (re)découvre, de « Never will i marry » à « Two for the road ». On passe par des moments saisissants d’intensité, avec par exemple « If you could see me now », « Dindi », « How deep is the ocean » et un « Body and Soul » très recueilli. Quelques autres morceaux surprise sont là pour vous séduire et vous les écouterez en boucle. Bien bel album d’un jazz vrai et profond. On a comme l’impression furtive d’être revenu à New York City, l’espace d’un voyage éclair !

Par Domimonk

http://www.amsallem.com/

Fram Music Productions – FRA 002