Evidence et Christophe Maroye autour de John Scofield

 

Texte et photos Philippe Desmond.

Il se trouve que j’ai vu John Scofield sans le savoir en 1976 aux arènes de Bayonne pour ce fameux concert déjà relaté dans le blog (lien en fin d’article) ; il « accompagnait » Billy Cobham et le regretté George Duke. C’était l’époque de Stratus et de Spectrum, il avait 25 ans, moi pas encore. C’était le plein essor du jazz rock porte d’entrée dans le jazz pour pas mal d’entre nous. Depuis, baptisé jazz fusion – en opposition au jazz infusion ? – ce genre s’est un peu éteint et ça fait plaisir que des musiciens encore bien jeunes – et pas nés à l’époque – s’intéressent à cette musique.

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Aussi ne fallait-il pas rater cette soirée au Caillou ou le groupe Évidence du bassiste Shob accueillait, non pas John Scofield, mais Christophe Maroye dont la dernière Gazette Bleue vous parle en long en large et en travers. Aux claviers Xavier Duprat (entre autres le Mister X de Mister Tchang), à la batterie Simon Renault

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Et bien croyez moi il y a des soirées comme ça, toutes simples, où on se prend un gros panard. Et encore ils sont restés raisonnables question décibels dans un Caillou bien plein ; on les entendait très bien quand même, merci mes bouchons d’oreilles parfois.

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Du jazz-rock, du jazz ? Du rock ? Qu’importe ! Le plaisir d’une grosse rythmique avec un Simon Renault impeccable, un drumming d’une clarté limpide, chaque temps marqué avec précision et énergie, un vrai régal.

Bien sûr un Shob au sommet comme toujours, c’est dans le coin et au delà une vraie référence des grosses cordes, ça groove, ça funke, ça rocke ça donne envie de se mettre à la basse.

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Déchaîné comme jamais aux claviers, prêt à exploser le piano numérique du Caillou, tantôt en son naturel parfois en son Fender-Rhodes , se levant pour triturer son clavier Nord et en sortir ces sons caractéristiques de ce type de musique, Xavier Duprat a visiblement lui aussi apprécié le concert.

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Avec son originale guitare de luthier, une Pensa MK 90, Christophe Maroye a pris sans complexe – il en a largement les capacités – les habits de John Scofield. Là aussi une grande clarté de jeu, pas d’esbroufe, c’est un sacré guitariste qu’on a dans le coin sachez-le.

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Répertoire complet avec notamment « Boogie Stupid » qui ne peut que vous faire bouger, l’explosif « I’ll take less », le sautillant « Hottentof », le style boucherie – dixit Christophe – de « Make Me » et d’autres.

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Il y a avait le feu au Caillou hier soir, même en cuisine…

Set list :

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https://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n25-novembre-2017/

Retour vers le futur : Bayonne 1976

 

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Les légendes à l’oeuvre …

Par Annie Robert, Photos : Lydia de Mandrala, Thierry Dubuc.

Chroniques Marciennes  # 4
Marciac 2 Août  2016

Les légendes à l’œuvre.

John Scofield / John MacLaughlin

 

John Scofield/Bill Stewart/Steve Swallow

John Scofield/Bill Stewart/Steve Swallow  (Photo : Lydia de Mandrala)

Deux grands noms de la guitare sont à l’honneur ce soir sous le chapiteau, deux légendes, deux aînés impressionnants,  inspirateurs de cohortes de guitaristes qui se sont déliés les doigts sous leurs rifs  à s’en faire des ampoules.
Une affiche de  rêve et un régal anticipé.
C’est John Scofield, compagnon de Jerry Mulligan et de Miles Davis, avec son allure de gentleman modeste et sa barbiche de père Noël qui entame la soirée. La guitare brillante comme un soleil noir se met à chanter tout de suite le blues en motifs à la fois éclatants, enveloppants et clairs, d’une virtuosité affolante. Une atmosphère intime s’installe, où le bavardage amical et musical est de mise entre le public et lui avec des coups de colère, et des confidences. Il occupe la scène et notre tête, sans effraction.

John Scofield (Lydia de Mandrala)

John Scofield   (Photo : Lydia de Mandrala)

Autour de lui, Bill Stewart assure une pulsation active et prenante qui sait également se montrer discrète et faire le minimum quand il faut; un simple petit frappé sur la cymbale faisant résonner en nous toute la nostalgie du blues.
Steve Swallow avec  son allure de vieux monsieur fatigué, blanchi sous le harnais, son regard de myope, déploie à travers  sa basse acoustique (instrument peu conventionnel) un toucher tout en finesse, un suivi attentif et un soutien intelligent. Les liens entre les trois musiciens sont évidents, faciles, et naturels. Gouttes de fusion, effets de réverb et sons légers de cathédrale soulignent encore davantage la dextérité des doigts, le discours jamais inutile.

Steve Swallow

Steve Swallow    (Photo : Lydia de Mandrala)

Il fait moite sous le chapiteau, la salle est transpirante mais les motifs s’élancent en lianes d’eau, la guitare s’accroche aux poutrelles, berce la nuit puis  la réveille, l’éclaire et la secoue. La mélodie se tord, et se contorsionne mais ne s’évanouit jamais, elle se promène en liberté. Si elle s’avance masquée, c’est pour mieux revenir  s’amuser sur le manche de nacre. La country s’invite dans une ballade minimaliste d’une pure simplicité et disparaît. Le rock éclabousse comme un  blues moderne, criant la joie, la nostalgie ou la peur. Un mélange non forcé, tout fraternel.
John Scofield nous a emmené pour un moment unique dans ses jardins d’eucalyptus, dans ses déserts de pierre. On s’est senti privilégié de pouvoir partager cela avec lui, avec eux.

Un changement de plateau plus tard, John McLaughlin, 74 ans aux prunes, une allure de jeune homme flegmatique investit la scène.

John Mc Laughlin (Lydia de Mandrala)

John Mc Laughlin     (Photo : Lydia de Mandrala)

Un son énorme, éclairé à l’électrique, dopé au groove  éclate et ne nous lâchera pas.  Ca pulse dur et fort, le palpitant s’emballe, les tempes tapent, les pieds aussi et les poumons se remplissent d’air.  Ca déménaaaaaage !!
Jazz fusion, rock, influences indiennes, John Mclaughlin est de ceux qui cherchent et s’aventurent, marquent leur temps et les mémoires des musiciens.
Dans un français charmant, il présente longuement et  avec amitié ses side-men : des « rolls » musicales : Etienne Mbappe  à la basse, dont les mains gantés de noir nous gratifieront de plusieurs solos  à tomber en pamoison, Gary Husband qui passent des claviers à la batterie avec le même talent ( «  C’est agaçant les gens comme ça !! » dira McLaughlin en riant) et Ranjit Barot , batteur indien inventif, formé aux tablas et  aux «  ti ke tah, tah ! », fort comme un rock dont la formation complétera ce melting-pot ouvert.

Etienne M Bappé Lydia de Mandrala)

Etienne M Bappé      (Photo : Lydia de Mandrala)

Les morceaux proposés sont de structure solide où l’improvisation a la part belle.  Des ballades  se transforment en acmé totale, et en groove terrifiant  pour finir dans la douceur d’un accord de blues. La guitare pleure, rit, gémit, chuinte et gronde. Les battles s’enchaînent : piano/ guitare, batterie/ piano/ et un fantastique échange batterie/ batterie mêlé de scats indiens.  John McLaughlin s ‘appuie sur plusieurs morceaux – hommages. Un à  l ‘ « Abadji » maître indien des tablas  où le chant se croise avec les reverb et les vibratos, pour finir en souffle et en voix seules.  Et une autre pièce en souvenir de Paco de Lucia «  El hombre que sabia » qui nous prendra au cœur et à l’estomac par sa force évocatrice des rythmes andalous qui affleurent.
Sont-ils des rockeurs qui jazzent, des jazzeux qui indianisent, des indiens qui rockent ? Peu nous importe. Leur musique nous enflamme sans problèmes, et au fond de la nuit, les yeux  baissés par la fatigue, rompus de notes, on en redemande encore, un petit peu plus, un petit peu plus….

John McLaughlin & Etienne M Bappé (Thierry Dubuc)

John McLaughlin & Etienne M Bappé     (Photo : Thierry Dubuc)

Une belle soirée étoilée hors du chapiteau et dans le chapiteau. Deux guitares, deux hommes, deux héritiers, deux  semeurs d’avenir.
Deux voies. Deux voix.
Et nous tous pour les entendre.