THE SOUL JAZZ REBELS IN BORDEAUX – 30/09/2017

Par Dom Imonk

 

The Soul Jazz Rebels

Une chose est sure c’est que, quoiqu’on en dise, le jazz est furieusement vivant et a envie qu’on l’aime. Il y a pour cela des musiciens qui s’y entendent à merveille pour faire découvrir, ou rappeler toute la diversité de cette musique multiple, des rivages mainstream aux sentiers escarpés du free. The Soul Jazz Rebels font partie de ces passeurs. Ils ont choisi une filière carrément jazz-blues-funk « roots », d’abord pour le plaisir, c’est évident en les écoutant, mais aussi pour séduire un public qui ne demande qu’à se trémousser sur des rythmes qu’il avait déjà connus dans les années soixante, ou même un peu plus tard. Le terrain de jeu de nos musiciens est bien plus qu’une simple chapelle « revival », où ils ne se contenteraient que de jouer des covers d’artistes que pourtant ils vénèrent. Non, leur musique, ils la composent, avec beaucoup de soin et de fraîcheur, et cette précision qui est l’un des ingrédients indispensable pour toucher le public en plein cœur et déclencher instantanément ce fourmillement irrésistible dans les gambettes, qui pousse au dancefloor. On a tous connu ça ! Savoir écrire et sonner comme dans les sixties, ce n’est pas si simple, il faut que le groove soit puissant, nourri d’un soupçon de blues un peu gras, avec l’épice funk à la suave moiteur des soirs d’été, mais pas trop quand même, pour rester actuel, fresh et sans détour. Tout est question de finesse et de tact. Pour se faire une idée, on écoutera leur remarquable « Chittlin Circuit », album sorti en début d’année chez Black Stamp Music, qui est un vibrant hommage au circuit des clubs US comme l’Apollo de Harlem ou le Cotton Club, où se jouait cette musique, prétexte à des jam mémorables. On rappelle que The Soul Jazz Rebels, ce sont Jean Vernhères (saxophone ténor), Christian Ton Ton-Salut (batterie), Hervé Saint-Guirons (Hammond) et Cyril Amourette (guitare). Quatre garçons dans le vent fort de la Great Black Music, c’est dit ! Excellents musiciens, présents sur bien des fronts, on les a vus en juin dernier groover en diable au Festival Jazz 360, faisant ainsi trembler les feuilles et fleurs odorantes des tilleuls de la place de Camblanes. Puis un peu plus tard, c’est Jazz in Marciac qui les accueillait et nos rebelles ont mis le feu au Bis, public soufflé par l’énergie de ce groupe. Immédiateté, simplicité, impact, mais aussi un contact à la chaleur sincère et surtout une âme collective souriante, dont l’ardeur est communicative. Ils ont la pêche et ils vous la donne !

Le concert de samedi dernier au Caillou du Jardin Botanique a en tous points confirmé ces impressions estivales. Jean Vernhères est le front man, il sait mettre l’audience dans sa poche : sourire charmeur, anecdotes et humour, et quand il part au sax, les phrases sont généreuses, savantes et d’un lyrisme qui rend honneur à ces Sonny Stitt et autres Gene Ammons qu’il cite et dont il ne cache pas l’inspiration qu’il en tire. Même chose pour Cyril Amourette. Lui c’est du côté de George Benson période Jimmy Smith que ses doigts le promènent. Attentif et concentré, son jeu est un bijou de précision et ses échappées solistes des modèles du genre, tatouées d’un délicieux grain roots qui les colore, sans l’aide d’aucun effet, le pur son originel. En maître incontesté des baguettes, professeur, leader, sideman, Christian Ton Ton – Salut joue comme un esthète et survole ses peaux et cymbales avec l’inspiration d’un aquarelliste. La beauté naturelle de son jeu, ses relances, ses chorus et cette élégance racée, soudent le groupe avec raffinement et le mettent en valeur sans jamais l’effacer. Du grand art. Attardons-nous sur Hervé Saint-Guirons, qui est notre maître ès orgue Hammond. Il est depuis longtemps la référence en cette ardue matière, et ses collaborations sont légion, avec par exemple Ernest Dawkins, Dave Blankhorn, Monique Thomas et Alex Golino…. « Le Réverend », comme le surnomme affectueusement Roger Biwandu, autre figure importante du jazz local, mais pas que, avec lequel il joue très souvent, notamment à l’Apollo de Bordeaux, est l’un des plus ardents défenseurs de ce jazz-blues-funk, et son jeu remarquable, dont le son est enrichi par sa fidèle « leslie », trahit ses influences qu’il confie être quelque part entre Brother Jack McDuff et Dr Lonnie Smith. Excusez du peu ! Hervé Saint-Guirons  a une belle âme, habitée par la mémoire de ses prédécesseurs et les routes tracées, ainsi que par ce respect de l’autre qui est de chaque instant. Le concert de ce soir n’a donc pas failli à la réputation de ces quatre pointures et de ce groupe très attachant. Ils ont mouillé la chemise en reprenant la plupart des titres de leur récent album, en y insufflant cette ferveur live qui est leur sceau, en un flow up-tempo irrésistible. Deux sets, deux courses folles, on croyait qu’ils nous avaient tout donné, et bien non ! En rappel, le « Filthy McNasty” de Horace Silver est venu porter le coup de grace à une assistance définitivement conquise. Début 2018, Hervé Saint-Guirons indique que le petit frère de “Chittlin Circuit” devrait venir au monde, alors surveillons ça de très près, nous en reparlerons ! En attendant, si vous le pouvez, foncez voir The Soul Jazz Rebels en concert et achetez vite leur disque, l’hiver arrive, il faut vous réchauffer, songez-y !

Par Dom Imonk

souljazzrebels.com

facebook.com/blackstampmusic

THE SOUL JAZZ SETLIST :

1° set :

1 – Chittlin blues (Cyril Amourette)

2 – Baby Foot Party (Jean Vernhères)

3 – Bap Boss (Christian Ton Ton-Salut)

4 – Don’t Stop the boogalou (Hervé Saint-Guirons)

5 – Smoothie shoes (Cyril Amourette)

6 – Mojo (Christian Ton Ton-Salut)

2° set :

1 – Inner City Street (Jean Vernhères)

2 – Boogie Trop (Jean Vernhères)

3 – The night remember (Hervé Saint-Guirons)

4 – Mooving the lawn (Cyril Amourette)

5 – Betty Boop (Cyril Amourette)

Rappel :

Filthy McNasty (Horace Silver)

Si tu ne vas pas à la musique, la musique ira à toi !

Par Gwénola Guichard, Photos : Pascal Voviaux

The Soul Jazz Rebels

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Ce 15 octobre les Soul Jazz Rebels ont joué à domicile, dans le confort feutré d’un salon, faisant des infidélités aux traditionnels clubs de jazz et festivals.

Le quartet est composé de quatre musiciens talentueux : Hervé Saint-Guirons à l’orgue, Cyril Amourette à la guitare, Jean Vernhères au saxophone ténor et Christian « Ton Ton » Salut à la batterie.

Une quarantaine de personnes se sont retrouvées non loin de Bordeaux chez Jean-Gabriel pour écouter ce quartet au groove efficace. Ce nouveau concept de concert fut fort apprécié par le quartet. Faire venir la musique aux gens s’ils ne viennent pas à elle, en voilà une bonne idée.

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Convivialité et simplicité étaient au rendez-vous. Profiter d’une pause lors du concert pour discuter avec les membres du groupe aux abords du buffet ou autour d’un verre ajoute à l’originalité de l’expérience.

Le concert a été organisé par un musicien et passionné de jazz dans sa propre maison et le groupe l’a bien ressenti. Ils ont apprécié le climat de la soirée et la configuration du lieu, proche de celui d’un club et adapté à la musique jazz.

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Les Soul Jazz Rebels se sont formés il y a un an et demi et leur collaboration s’est concrétisé par l’enregistrement d’un album, « Chittlin Circuit », chez Black Stamp Music. On y retrouve uniquement des compositions originales auxquelles participent tous les membres du groupe.

Le quartet revient aux racines blues du jazz, celui qui se jouait dans les clubs enfumés et un peu sales dans les années 1960. Un son que l’on entend de moins en moins, déplore Jean Vernhères, le saxophoniste ténor.

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Ils proposent un jazz instinctif et chaleureux, dans la proximité. Une musique simple en apparence mais ultra maîtrisée. Tout repose sur l’improvisation. Le son est un peu gras mais très énergique.

Leur musique se veut un jazz abordable, pas élitiste. Et la réaction enthousiaste du public confirme cette volonté d’une musique accessible. En fin de concert certains ont partagé une danse tandis que d’autres se levaient pour mieux partager leur enthousiasme, sans oublier un rappel unanime.

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L’initiative de concert privé a vocation à promouvoir la musique de jazz hors des cercles d’initiés et gagnerait à être imitée.

 

www.souljazzrebels.com

Album « Chittlin Circuit » chez Black Stamp Music

Soul Jazz Rebels au Molly Malone’s

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc (NB) et Pierre Murcia (effets).

soirée au Molly Malone 83 Quai des Chartrons, Bordeaux, 33000 France

Un coup de blues le dimanche soir ? Alors soignons le mal par le mal, direction le Molly Malone’s car il paraît qu’il va s’y jouer du blues. Du monde ce soir et du matériel sur la minuscule scène avec le quartet Soul Jazz Rebels pour l’hebdomadaire concert de fin de dimanche.

Le quartet est composé de solides musiciens, le local de l’étape Hervé Saint Guirons (portrait dans la Gazette Bleue #10 de mai 2015) à l’orgue, les Toulousains Cyril Amourette à la guitare et Jean Vernhères au sax ténor, Christian Ton Ton Salut – surtout citoyen du monde tellement il le parcourt – à la batterie. Tous sont de remarquables sidemen appréciés des autres musiciens et pas des moindres. Ils sortent juste du mixage du premier album du groupe « Chittlin Circuit » chez Blackstamp Music qui sortira en juin.

Structure toulousaine donc pour ce groupe que le Bordelais a rejoint l’an dernier pour y apporter son talent d’organiste et donner la couleur sixtie’s souhaitée par Ton Ton Salut. On est me dira Hervé dans une musique simple de jazz blues, deux accords mais surtout du groove. La plupart des titres joués vont être des compositions originales « à la manière de ». De qui ? On pense évidemment à Lou Donaldson le saxophoniste d’Art Blakey qui mena ensuite une carrière souvent associé à des organistes. Mais la palette est plus large bien sûr, Jimmy Smith, Lonnie Smith…

« Un jazz simple d’abord qui demande juste d’être joué parfaitement » précise Hervé avec sa modestie habituelle. C’est le cas ce soir et pour la plus grande joie du nombreux public. Car les musiciens en plus de la cohésion du groupe vont nous proposer à tour de rôle un festival de chorus.

Jean Vernhères (néo bordelais en fait) possède une très belle musicalité au ténor avec lequel il est capable de développer des thèmes à l’infini avec un groove épatant.

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Cyril Amourette (quel joli nom) est une référence à la guitare et va nous régaler avec sa Gretsch demi-caisse aussi bien lors de chorus riches et magnifiques qu’en soutien du groupe où il sonne parfois comme un autre sax. La puissance du groupe lors de certains passages fera ainsi penser qu’on entend un big band.

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Hervé a sorti l’orgue donc et bien sûr sa Leslie*. la couleur et le velouté qu’apporte l’orgue sont décisives dans le son vintage du groupe, aussi bien en rythmique de basse jouée du pied gauche (à pied de chaussette!) qu’en harmonie au clavier. Un vrai plus.

Derrière mais souvent devant Ton Ton Salut à la batterie et la richesse de son drumming vont époustoufler tout le monde, ses propres musiciens compris. Il suffit de les regarder lors des solos aux baguettes pour le comprendre. Quel grand batteur ! Ça swingue, ça bounce, ça groove grave.

Les bières de toutes couleurs, les burgers, les fish and chips virevoltent au milieu d’un tumulte de notes réjouissantes car ce blues jazz plein de groove est une musique gaie. Le public est ravi. Et comme les musiciens se régalent aussi ils ne vont pas nous priver, des tempos d’enfer aux ballades blues dont une très belle composition d’Hervé Saint Guirons.

Trois sets gagnants avec un renfort bordelais dans le troisième en la personne du guitariste Yann Pénichou pour une dernière manche époustouflante sous les cris du public ; ce soir le Malone’s n’a pas molli.

On attend l’album avec impatience ainsi qu’un clip qui vient juste d’être tourné et qui promet d’être très original…

http://www.souljazzrebels.com/

*Cabine Leslie : un système de haut parleur avec diffuseur rotatif qui donne ces effets de son tournant à l’orgue