Jazz à Caudéran : Atrisma / MT4

photos Thierry Dubuc.

La Pergola, vendredi 10 novembre 2017.

Le week-end en pente douce

Des mois de réflexion et de préparation et déjà deux jours sur trois de passés !

Soirée cool hier soir, pour les bénévoles d’Action Jazz d’abord, pas grand chose à remettre en place, presque rien à ranger…

Mais surtout soirée cool musicalement avec deux groupes pleins de délicatesse.

TDBK3999-Modifier

Alain Piarou nous présente de façon très paternelle le trio Atrisma, lauréat du Tremplin Action Jazz 2015. Ces trois jeunes musiciens issus du Conservatoire National de Région de Bordeaux sont bien soutenus par notre association ce qu’ils auront l’élégance de souligner. Sur des compositions de Vincent Vilnet (piano, synthé, moog, effets) le trio va proposer son univers plein de délicatesse et de modernité.

TDBK3989-Modifier

Johary Rakotondramasy n’est pas un guitar hero, il caresse sa guitare plus qu’il n’en joue, il en tire des sons subtils et chauds souvent en retenue mais toujours mélodieusement.

TDBK3900-Modifier

Même chose pour Hugo Raducanu à la batterie avec laquelle il fait plus de musique que de percussions, en jouant avec finesse mais aussi modernité par un usage intelligent de pads électroniques.

TDBK3956-Modifier

Le lunaire Vincent virevolte d’un clavier à l’autre, du beau piano à queue aux synthés les plus modernes. Musicalement on est vite pris dans un cocon d’émotions, de la joie à la mélancolie. On pense à Satie, à Pierre Henry à d’autres. Prise de risque pour ces jeunes musiciens qui n’ont pas choisi la facilité au grand bonheur du public surpris et sous le charme comme les commentaires de l’entracte le confirmeront. Pour les initiés une confirmation que ce concert d’hier.

TDBK3869-Modifier

A l’entracte un ami me confie qu’il lui manquait quand même la contrebasse ; attends un peu tu vas être servi…

TDBK4005-Modifier

Au tour de MT4 de faire connaissance avec le public. Que cache ce drôle de nom ?Certains comme nous on connu MC5 mais vraiment rien à voir. MT c’est Marc Tambourindéguy qui comme son nom l’indique n’est pas breton et comme il ne l’indique pas, joue du piano ; 4 parce que quartet tout simplement. Marc est aussi la cheville ouvrière de « Jazz sur l’herbe » le festival d’Anglet au Pays Basque. Mais ce soir il est pianiste et ravi du beau piano qui lui est proposé ; c’est Alain Claudien qui a fourni l’instrument dont vous pouvez lire le portrait dans la dernière Gazette Bleue #25 de novembre.

TDBK4051-Modifier

Avec Marc, Pascal Ségala à la guitare, le bordelais Pascal Legrand à la batterie et Jean-Luc Fabre à la contrebasse ; mon ami est sauvé. Le public aime les étiquettes pour définir ce qu’il va entendre alors allons-y. Disons que l’univers de MT4 peut s’approcher de celui de Pat Métheny dont Pascal Segala a d’ailleurs écrit une jolie biographie.

TDBK4014-Modifier

Musique délicieusement élégante, mélodieuse, romantique parfois, toujours pleine d’harmonie. Des improvisations qui ne sont pas prouesses mais émotion, une musique qui vous enveloppe délicatement, confortablement . La voix fredonnante de Marc rajoute cette couleur humaine à ce jazz déjà chaleureux. Régal du piano en son naturel, de la guitare aux cordes pincées avec suavité, de la batterie caressée mais pas que, de ce son si rond et profond de la contrebasse.

TDBK4047-Modifier

Finir la semaine, trépidante pour beaucoup, dans cette ambiance là est vraiment une offrande, un début de week-end en pente douce.

TDBK4041-Modifier

Tiens à propos de pente, celle de la scène caractéristique des plateaux de théâtre. Elle est si prononcée que Jean-Luc Fabre en perdait ses repères aux balances, la position de la pique de l’instrument étant plus basse que d’habitude et modifiant ainsi son équilibre, surtout pour les accords aigus sur lesquels il se penche. Le diable est dans les détails.

Et nous voilà donc au troisième jour du festival avec un plateau de choix encore.

Les gagnants du Tremplin Action Jazz 2017 d’abord, les bordelais de Capucine tous issus du CNR avec leurs compositions originales la guitare de Thomas Gaucher et le vibraphone de Félix Robin dialoguant sur la rythmique de Louis Laville à la contrebasse et de Thomas Galvan aux baguettes. Un répertoire qui vit, qui s’étoffe en public, encore un groupe de la nouvelle génération à découvrir.

Final en beauté avec Eric Séva et son projet « Body & Blues » pour un concert coïncidant avec la sortie de l’album du même nom. Un CD superbe que vous pourrez faire dédicacer ce soir. Au tour d’Eric Séva et de ses saxophones, Noé Huchard (piano), Manu Galvin (guitare), Christophe Wallemme (contebasse), Stéphane Huchard (batterie) et Michael Robinson (chant) que des pointures ! Hommage au blues la musique source avec une musique d’une grande richesse.

Et toujours l’exposition dans le hall des photographes d’Action Jazz.

Places sur www.actionjazz.fr

A ce soir ! Il y aura même une petite surprise gourmande à la fin…

Retouvez sur ce blog les articles sur tous ces groupes en tapant leur nom dans la case rechercher.

https://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n25-novembre-2017/

« NOUR » Electro soul jazz et dessin live !

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Pôle Culturel Ev@sion d’Ambarès (33), vendredi 3 novembre 2017.

PM- NOUR-2017 4-2

Attention les oreilles, attention les yeux !

Le bonheur du spectacle vivant c’est justement qu’il est vivant et ainsi capable de surprendre. La surprise est d’autant plus grande quand elle vient de quelqu’un que vous croyez connaître artistiquement pas cœur. Cette personne c’est Valérie Chane-Tef qu’Action Jazz a toujours suivie avec Akoda et ses différentes formes, Ceïba, Nougaro en 4 Couleurs, en duo avec Diana Baroni…

Quand lors d’un de ses spectacles elle a rencontré la chanteuse Laurène Jean-Pierre-Magnani le courant est passé de suite, un courant électro même.

PM- NOUR-2017 -2

Valérie a toujours un projet en tête elle est dans le coup d’après, Laurène elle a toujours le cerveau en fusion, l’esprit vif et plein d’humour ce qui ne gâte rien. Et ainsi dans le plus grand secret et suite à la proposition du directeur du Pôle Culturel Ev@sion d’Ambarès, qui leur a donné carte blanche pour une résidence et un concert, elles ont inventé un spectacle. Car il s’agit bien d’une invention.  Le nom du projet ? « NOUR », la lumière en Arabe. Le thème ? Ce qui se passe dans notre cerveau ! A y réfléchir et vu comment fonctionne le mien ça peut vite devenir n’importe quoi, mais ça ouvre aussi des perspectives infinies à la créativité et à la poésie.

Valérie est pianiste, Laurène chante, les deux composent . Avec le fonctionnement électrique du cerveau l’électro avait naturellement sa place et c’est ainsi que Thibault Despagne s’est retrouvé aux machines. Il fallait aussi de la vie, du rythme et ainsi l’excellent batteur Hugo Raducanu (Atrisma) a intégré l’équipe. Le cerveau fonctionne avec des contrastes, il fallait donc en créer ; va pour un trio de cordes : Élisa Dignac au violoncelle, Élodie Robine à l’alto et Thérèse Labrousse au violon.

03112017-_DSC2605-2-2

Pour traduire tout ce qui se passe dans nos têtes la musique n’était pas suffisante et ainsi le dessinateur Joachim Sontag a apporté sa palette graphique et numérique.

Voilà donc un projet osé et complexe élaboré lors d’une résidence de cinq jours, techniquement difficile à mettre en place, musicalement pas facile non plus. Cette sortie de résidence a ainsi montré bien plus qu’un teasing, un vrai concert de presque une heure qui ne demande qu’à se développer.

La surprise en arrivant c’est la scène, séparée du public par un voile en tulle noir translucide et qui va on va le voir servir d’écran à la projection graphique. Les premières notes, ou plutôt les sons, pénètrent notre corps par des fréquences sub-basses provenant des machines ; personnellement j’adore cette sensation. Sur l’écran en même temps que la batterie s’anime et que des voix lointaines se font entendre, se trace ce que je pense être un arbuste ou une fleur et qui n’est autre qu’un neurone avec ses synapses et ses dendrites.

PM- NOUR-2017 -2654

Les rendus sonores et visuels sont immédiatement spectaculaires. Puis le piano se fait plus présent avec un son naturel contrastant avec les effets ondulants des machines et la batterie percutante ; Laurène nous révèle sa voix, merveilleuse. Elle va nous éblouir davantage dans la reprise de Bjork « Hidden Place » sur un tapis d’hyper basses, un piano en gouttelettes et la trouvaille du trio de cordes .

PM- NOUR-2017 -2786

Des chœurs célestes bouleversants, un onirisme planant, une version de toute beauté. Avec ces paysages qui se dessinent sous nos yeux on est emporté très loin, on perd ses repères. Mais avec facétie Laurène se charge de nous ramener à la réalité en duo avec Valérie répétant qu’elle ne tourne pas en rond, une roue de bicyclette un peu cabossée se traçant à l’écran. On est là pour parler de ce qui trotte dans la tête, des émotions les plus gaies à d’autres plus noires.

PM- NOUR-2017 -2631

Arrivent les ombres chinoises des musiciens sur du jazz hip hop, un long et beau solo à l’alto aux effets électros, puis un titre très profond et dense joué derrière une foule s’étoffant de personnages inquiétants comme notre cerveau en invente souvent. C’est beau, tout « simplement ».

PM- NOUR-2017 -2761

Plus aucune référence pour s’accrocher, les oreilles sont bousculées, les pupilles impressionnées, les cerveaux vrillés. Quel culot mesdames de nous secouer comme ça, quel dépoussiérage, quelle belle idée !

PM- NOUR-2017 -2733

Bravo aussi à Thibault Laisney au son et Fred Warmulla à la lumière, inventive et violente parfois, qui ont une part prépondérant dans cette réussite.

On en veut davantage pour que ce projet si lumineux devienne éblouissant !

« Les chemins de traverse »

Par Annie Robert, Photos : Irène Piarou
Atrisma   Quartier Libre          25 février 2017
                         

Atrisma Quartier Libre 25-02-2017 013

Atrisma

Après cinq jours d’enregistrement sur leur nouvel EP, le trio bordelais Atrisma donne à entendre devant un public venu bien nombreux, leurs toutes nouvelles compositions au Quartier libre. La nuit calme et fraîche est  à l’unisson de leur jazz délicat, onirique par instant, renforcé par des mélodies claires, des structures travaillées, et une énergie sans faille.
Au centre, sagement assis sur son tabouret, Johary  Rakotondramasy et sa guitare rouge carmin, installe tranquillement, souplement, avec tact et subtilité un groove tout en finesse. C’est une merveille de guitariste qui ne cessera pas de dessiller nos yeux et de sublimer nos oreilles, à l’aise dans tous les domaines du jeu.

Johary Rakotondramasy 062

Johary Rakotondramasy

La mélodie suit, elle bavarde avec joie ou romantisme sur les claviers habités de Vincent Vilnet, compositeur de la plupart  des morceaux et hardi combattant de la musique libre. Ca roule, ça discute, le ton est  féroce ou discret. La batterie lance le combat ou l’apaise, calme les ardeurs ou les relance.

Vincent Vilnet 028

Vincent Vilnet

C’est une musique d’évocation, impressionniste et voyageuse qui se déroule et se renforce. On accompagne les circonvolutions des pensées, leurs chemins de traverse, la tension des nerfs, les larmes des muscles fatigués, les vibrations du souffle. Un des morceaux  se nomme «  le voyageur immobile » et c’est véritablement ce qui caractérise ce trio, sa capacité à emporter l’auditeur dans des moments colorés chacun de manière précise, comme des paysages mentaux qui s’animeraient pour nous : des souvenirs ou des oublis, des désirs ou des soucis. C’est tantôt confortable et tonique, tantôt déroutant mais toujours captivant. Les styles se croisent et se métissent.

Johary - Hugo 020

Johary Rakotondramasy et Hugo Raducanu

La marche dans les chemins de traverse peut reprendre, on a le sentiment de suivre leurs pas, leurs idées musicales, dansantes et sautillantes, portées par le groove ou bien tristes et mélancoliques, parsemées d’arpèges.  Ils nous prennent par la main, la ballade est quelques fois ardue, il faut grimper, éviter les roches amères mais le  paysage est là, avec des airs de sable et de prairies, de tempêtes et de hauts fonds. Le travail d’Hugo Raducanu à la batterie est un modèle du genre, varié, créatif, roulant ou soyeux  suivant les besoins. Souvent en contraste, parfois en contrepoint, il ne se contente pas de souligner, il bouscule, ou encadre, relance avec une complicité patente, au service de ses deux compères mais libéré.

Hugo Raducanu 071

Hugo Raducanu

Piano, guitare et batterie, la disposition est peu courante, porteuse de grands avantages (deux instruments harmoniques) mais aussi dépourvue d’une basse permanente. Pas de soucis pour autant, chaque instrumentiste prend en charge cette ligne à tour de rôle, discrètement, sans qu’à aucun moment, on s’aperçoive d’un manque.
Si leur virtuosité à ces trois-là, est bien réelle, elle n’est jamais ostentatoire. Elle est au service du morceau, du moment, de l’intention. Ils ne cherchent pas à nous en mettre plein les mirettes, à nous en donner pour notre argent avec trois milles notes au kilo. Ce  n’est pas un simple jeu cérébral, mais une vraie création pensée et collective, comme une symphonie libre, certes complexe dans ses contre-pieds, ses changements de rythme et de style mais toujours parlante, toujours évocatrice, un vrai ton et un vrai univers.
Le rappel, mâtiné de blues et de rythme des îles, porté quasiment seul par Johary à la guitare, se finira par des accords debussyens au piano et  une  résonance  à la cymbale d’une simplicité parfaite. Une conclusion claire pour une soirée  à circuler dans les chemins de traverse d’Atrisma.
Leur EP sort bientôt ; un conseil : ne le ratez pas !!

Atrisma Quartier Libre 25-02-2017 077

Vincent Vilnet, Johary Rakotondramasy, Hugo Raducanu

 

L’or du monde d’Innnvivo…  une pépite !

 

IMG_2194

Par Annie Robert

Beaucoup de monde ce 16 avril au Bootleg pour la sortie du nouvel EP du groupe Innvivo, désireux de découvrir ou de redécouvrir ce Hip Hop mâtiné de jazz  si caractéristique de ce groupe bordelais.
Leur atmosphère, leur couleur sont reconnaissables. Peu de rythmes en boîtes, même si les pédales et les effets sont présents; pas de répétitions à l’infini mais un sens important de la composition.
La section basse /batterie (Didier Bassan/ Louis Gaffney) bien solide et charpentée se fait animale et vitale et possède la discrétion voulue et la rigueur souhaitée. Elle est inventive et présente mais sans excès ni surenchères. Autour, les deux guitares véloces et agiles de Clément Laval et Mathias Monseigne  se partagent les rifs, tantôt mélodiques tantôt rythmiques. À travers leurs prestations, on sent que ces deux-là ont été biberonnés au jazz, qu’ils ont transpiré sur les airs des plus grands, et que John Scofield n’a plus de secrets pour leurs phalanges. Ils offrent ainsi à chaque morceau un côté délicat, onirique qui manque parfois au Rap et au détour d’un slam des accords de jazz et quelques gouttes de funk. Ces quatre-là sont des musiciens dans l’âme et la tripe, ils passent des guitares aux claviers, des effets aux rythmes sans problèmes, ils se glissent dans chaque morceau avec justesse.
Et puis, tenant la scène par sa présence, ses textes poétiques et forts, son phrasé impeccable, il y a le chanteur. Hugo Raducanu s’impose à la fois comme rappeur  et comme « meneur de jeu ».
Batteur  dans d’autres groupes, il sait faire jaillir le rythme, le martyriser, le froisser, le développer en souplesse. Il en joue comme un chat avec une souris.
Dire que son atmosphère est noire serait excessif, mais elle est pour le moins désenchantée et parfois inquiète. Il célèbre la nature, le monde,  mais aussi les difficultés à être, à partager, les révoltes et les sursauts «  il était mille fois la comédie humaine ». Sauf pour certains grands rappeurs, le hip-hop, peut sembler pêcher parfois par son vocabulaire limité ou ses images simplistes. Mais là ce n’est pas le cas, le jeune homme sait filer la métaphore, se promène dans une poésie créative. Il s’amuse des images, il trouve « comment remettre du bois dans le feu de l’homme ». Et le public le trouve avec lui conquis à la fois par la qualité des textes et la musicalité du groupe.
Dans ce set varié, Innvivo passe de moments forts et puissants frôlant l’acmé totale à des instants plus doux, ou mélancoliques  à l’exemple de ce morceau  magnifique en trio : la guitare acoustique, la voix et le violoncelle d’une invitée surprise, un beau moment à la fois d’écriture et d’improvisation.
Pas un instant d’ennui, pas de redites, pas de mélodies standardisées.
Ce groupe  renouvelle et enrichit avec bonheur le genre. Il mérite plus que notre attention et le public présent lui a mille fois rendu son énergie.
L’EP  quant à lui intègre en plus quelques voix d’accompagnement fort belles et à propos. L’enregistrement lisse peut être un peu la force du live mais c’est une raison de plus pour se déplacer et les voir «  pour de vrai » .
« L’or du monde » est un petit bijou !!

Allez les gars continuez « à remettre du bois dans le feu de l’homme », ça réchauffe !!