Poussez-vous, voilà l’Apollo All Star Band !

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

 L’Apollo Bar, Bordeaux le 11 octobre 2017.

Les rendez-vous mensuels de l’Apollo pour les cartes blanches à Roger Biwandu font partie des passages obligés. Variés, du trio aux presque big bands, du rock au jazz en passant par la soul ou le hip hop, avec les musiciens du coin ou des surprises comme Camélia Ben Naceur, Christophe Cravero, John Beasley, Patrick Bebey et d’autres, ils sont une source de plaisir sans arrêt renouvelée. On y retrouve les habitués du lieu, concert ou pas, les fidèles des cartes blanches, les amis, les potes, des musiciens beaucoup de monde toujours.

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Pour les rater il faut vraiment vivre en ermite car Roger Biwandu inonde les réseaux sociaux des semaines avant avec un teasing toujours alléchant. Autre avantage les couche tôt peuvent venir car à 22 heures pétantes la musique s’arrête, pas les tireuses de bière par contre. Bon d’accord c’est un peu frustrant mais deux heures de musique surtout avec l’engagement des musiciens c’est très correct, surtout pour le prix du billet d’entrée ; il n’y en a pas, c’est gratuit mais il est de bon ton de – bien – consommer. Derrière le bar Caro et son équipe turbinent dans un mouvement brownien – Robert pas James – permanent. Alors on s’accommode de l’étroitesse du lieu, du côté boîte de sardines – non ils ne la chantent jamais – du boucan ambiant car l’ambiance est toujours festive et cool même si parfois, souvent, toujours, c’est hot.

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D’ailleurs ça fait vingt ans que ça dure cette histoire ce n’est donc pas par hasard. Vingt ans que Roger le chef spirituel de l’endroit y use ses peaux et ses baguettes au seul motif de nous régaler et de se régaler lui aussi. Depuis six ans que je fréquente l’endroit je n’ai pas raté beaucoup de mercredis soir mais je regrette les quatorze années précédentes passées souvent devant la télé…

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Hier soir le programme était le suivant : de la soul, du funk, du jazz, du R & B (Rythm’n Blues c’est trop compliqué à écrire) avec l’Apollo All Star Band. Avant de déclencher une polémique du genre : All Star Band  mais pour qui ils se prennent… précisons que c’est du second degré appelé aussi humour, celui d’une bande de potes qui jouent ensemble pour la grande majorité depuis des années et ne s’en lasse pas ; ça s’entend. Mais attention ça rigole pas pour autant question qualité musicale, le boss veille. Le tromboniste du soir, un Basque, dont je garderai l’anonymat car il craint son patron, me dit que quand on joue avec Roger il faut s’y jeter à fond, pas le choix il faut y aller. Ah bon c’est pour ça que tu as tout explosé ce soir ! Mais il n’a pas été le seul, nous avions devant nous une bande de fous furieux échappés de l’asile, Attila et sa bande qui brûlent tout sur leur passage.

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Le premier à en faire les frais a été le « Chicken » – rendu célèbre par Jaco Pastorius – qu’ils ont saigné, plumé et vidé pendant dix minutes. Ils ont ensuite envoyé du bois sur « Knock on Wood » de Floyd, pas Pink trop soft mais Eddie, avec des cuivres flamboyants.

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Avec eux pas besoin d’aller chez le docteur comme ils vont nous le rappeler avec « I Don’t Need no Doctor » de Ray Charles ; sacrée version chantée et guitarisée par Dave Blenkhorn. Suivront des titres de Stevie Wonder – non, la série s’arrête là,  pas de Gilbert Montagné au programme – des Brecker Brothers avec « Inside Out » vous savez l’ancien générique de Jazz à Fip. Au fait avez-vous signé la pétition pour la sauvegarde des locales de FIP notamment  celle de Bordeaux/Arcachon. FIP c’est la musique qu’on aime mais presque surtout les annonces des concerts et événements locaux que l’on fréquente ; plus de locales plus d’annonces ! Plus d’annonces plus événements… (lien en bas de page).

Il y aura même le légendaire « Moanin’ » d’Art Blakey, dont c’est l’anniversaire – mais depuis le 16 octobre 1990 il ne peut plus venir – introduit magnifiquement à l’harmonium, pardon à l’orgue par Hervé Saint-Guirons ; et oui à force que Roger l’appelle le Révérend on finit par se tromper.

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On rencontrera « Mustang Sally » qui ne raconte pas l’histoire d’une Ford pas très propre comme certains le croient encore, plein d’autres choses et un final participatif – oui c’est la grande mode en ce moment – avec « What’d I Say ». Éclectique, magnifique.

Citons la section de cuivre exceptionnelle avec de gauche à droite Laurent Agnès (tr) déchaîné,

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Régis Lahontâa (tr) en mode suraigu,

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Sébastien Iep Arruti (tb) tonitruant,

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la section de bois avec Loïc Demeersseman explosif au sax ténor

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et Guillaume Schmidt volubile aux sax alto et baryton ;  raaahh le sax baryton !

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Et oui vous pouvez vérifier, les sax sont des bois, les quelques grammes de roseau de l’anche l’emportent sur plusieurs kilos de cuivre. En bref tout ça c’est des vents, attention je n’ai pas dit du vent ! Super arrangements de la section complète, c’était gigantesque notamment ce passage un peu libre, sinon free.

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Dave Blenkhorn a été nickel au chant et plusieurs fois nous a joué le guitar hero, registre dans lequel on le connaît moins.

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La Leslie d’Hervé Saint-Guirons n’a pas été ménagée mais il lui aurait préféré un vrai ventilateur tant il a donné de sa personne. Il a lui aussi régalé l’Apollo.

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A l’arrière mais comme au rugby, en attaque permanente à l’aile droite un gigantesque Shob à la basse – quel chorus il nous a fait exploser à la figure ! – qui avec, à l’aile gauche, tapi dans l’ombre prêt à bondir, le grand Roger Biwandu à la batterie, je précise pour celui qui ne le saurait pas, ont assuré un – soul – train d’enfer, le boss dirigeant tout le monde de la voix ou par son jeu sans avoir l’air d’y toucher. Un vrai capitaine d’équipe.

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Vous avez peut-être deviné qu’on ne s’est pas ennuyé une seconde hier soir, on a surtout passé un moment extra même si l’acoustique du lieu n’est pas idéale mais on passe là dessus, c’est tellement sympa à l’Apollo de nous accueillir ainsi !

Bon je me calme.

 

PS : Prochaine carte blanche à l’Apollo le mercredi 8 novembre avec Nolwenn Leizour (cb), Mickaël Chevalier (tr), Jean-Christophe Jacques (sax), Hervé Saint-Guirons (e-piano) et bien sûr le boss Roger Biwandu (dr). Et ceux qui croient ne pas aimer le jazz, venez,vous changerez d’avis !

Pétition FIP : https://www.change.org/p/pr%C3%A9servez-et-d%C3%A9veloppez-fip-la-p%C3%A9pite-%C3%A9clectique-de-radio-france

 

La grande classe de Monique Thomas.

A noter une écoute remarquable du publicPar Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Chez Thierry Valette, samedi 7 octobre 2017.

Le chant ne s’improvise pas, il s’apprend et l’idée qu’il est plus simple d’apprendre à maîtriser sa voix qu’un instrument est fausse. Bien chanter demande beaucoup de travail, et chanter devant du public réclame du courage.

Ce samedi nous sommes une bonne cinquantaine à assister à la restitution en public du travail effectué lors du « Jazz Lab », un stage en début d’été animé par Monique Thomas. Thierry Valette, chanteur amateur au sens beau et noble du terme et lui aussi élève de Monique, nous accueille dans sa belle demeure viticole au milieu des vignes. Le public ? Ses amis, ceux des musiciens, des stagiaires, des amis d’amis…

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Six stagiaires vont se succéder servis à merveille par un trio référence, Hervé Saint-Guirons au piano, Timo Metzemakers à la contrebasse et Didier Ottaviani à la batterie.

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Hervé est aux anges, il inaugure le piano Yamaha C3X, celui avec les oreilles arrondies – pas Hervé, le piano – les connaisseurs apprécieront. « Il faut qu’il se libère un peu, se détende mais il est déjà remarquable » me confie t-il. Il va d’ailleurs ce soir procéder à un rodage accéléré.

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Quelques gourmandises salées, quelques verres de l’excellent vin du cru, le Clos Puy-Arnaud et c’est parti pour une soirée de jazz vocal.

Monique Thomas est une personne sensationnelle, en plus de ses qualités musicales et de son grand professionnalisme elle est pleine de fraîcheur et d’humour. Sa présentation du concert en Franglais suite à l’impossibilité de départager ceux qui la souhaitaient en Anglais ou en Français est drôlissime. De quoi détendre moins le public, lui pas inquiet, que les chanteurs et chanteuses qui attendent leur tour.

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Elle explique le travail effectué avec les stagiaires. Recherche des arrangements, répétitions, et enregistrement d’un CD en studio ainsi que le travail de traduction en Français des standards pour en comprendre le sens et les nuances, pas toujours facile même si on maîtrise l’Anglais, la compréhension étant indispensable pour faire passe de l’émotion.

C’est Monique qui place le curseur très haut en chantant les deux premiers standards dont une superbe version de « Love for Sale » scattée en duo avec Timo. Le répertoire tourne autour de standards. Meriem Lacour, chanteuse professionnelle plutôt folk mais qui a suivi ce stage de jazz vocal me précise qu’un des objectifs était en effet la maîtrise de ce langage universel, celui qui permet de se glisser instantanément parmi des musiciens inconnus.

Monique chante avec une facilité apparente, fruit d’un travail intense et constant. Ne prend-elle pas elle-même régulièrement des cours de chants ! Expressivité, nuances, large tessiture elle a vraiment la grande classe. Et ce soir elle a donc aussi une autre classe, celle de ses élèves.

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C’est Caroline Leyrit qui passe au tableau la première avec « Lullaby of Birdland » ; elle a seulement six mois de chant derrière elle et en deux minutes son trac se transforme en une certaine aisance, son corps se libère, devient expressif, prestation étonnante pour une quasi débutante. Monique est ravie, il faut la voir dans son coin le regard plein de bienveillance, murmurant les paroles comme pour aider l’autre.

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Au tour du maître des lieux, Thierry Valette. Lui il a des années de chant derrière lui mais il travaille encore sa voix caractéristique assez haute et un peu voilée. On sent le métier, il commande le trio – impeccable – sur « I Concentrate on You » de Cole Porter.

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Bénédicte Brachet enchaîne ; elle a été une des premières connaissances de Monique Thomas quand l’Américaine est arrivée en France et à Bordeaux, parlant quatre mots de Français. Elle s’est remise au chant récemment et s’est déjà jetée à l’eau plusieurs fois lors des jams vocales au Caillou.

Une autre chanteuse qui avec Thierry Valette tenait un peu la scène dans les années 90 revient au chant, Dominique Mianne-Evrard. On sent en effet le métier qui revient sur « Time after Time » ; elle a choisi un titre pas facile, le second le sera encore moins, pour se mettre en danger et se forcer à progresser !

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Autre habitué des jams vocales , l’anglais Bill Walters qui reprend avec élégance « Hey Laura » de Gregory Porter. Évidemment pour lui pas de problème de langue, un obstacle de moins que les autres pour ce crooner.

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Meriem Lacour seulement accompagnée par Hervé Saint-Guirons nous livre quasi a cappella un « I fall in love too easily » de toute beauté, une prise de risque maximum avec un arrangement on ne peut plus dépouillé.

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Un premier set remarquable ponctué par Monique Thomas avec « Teach me Tonight » ; vraiment la grande classe. Quant au trio de l’avis des musiciens c’est pour eux une autoroute sur laquelle ils avancent en toute confiance. A noter en plus une écoute remarquable du public.

Autour d’un verre et de quelques parts de tartes on reprend ses esprits. Pas facile l’exercice auquel on vient d’assister pour chaque chanteur, pas le temps de se chauffer la voix, de déstresser, un moment vraiment pas aisé pour eux.

Au second set chacun refera un titre dont un seul en Français chanté par Bénédicte, le très émouvant « Petite Fleur » sur la musique de Sidney Bechet , « The Best is Yet to Come » comme une promesse de Bill Walters, « I didn’t know what time it was » avec Meriem, et « The Second Time Around » titre bien nommé, Caroline devant s’y reprendre à deux fois dans la bonne humeur générale…

Final avec Monique et Thierry sous forme assez rapidement de questions réponses, la première amenant malicieusement le second vers des sphères haut perchées impossibles dans un éclat de rire général.

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Alors si vous voulez vous aussi connaître le bonheur de chanter, le trac qui émoustille, la joie d’être avec d’excellents musiciens contactez Monique Thomas dans son école de Bègles « Vocal Arts Studio ».

Merci Thierry pour l’accueil de grande qualité !

www.vocalarts-studio.com

THE SOUL JAZZ REBELS IN BORDEAUX – 30/09/2017

Par Dom Imonk

 

The Soul Jazz Rebels

Une chose est sure c’est que, quoiqu’on en dise, le jazz est furieusement vivant et a envie qu’on l’aime. Il y a pour cela des musiciens qui s’y entendent à merveille pour faire découvrir, ou rappeler toute la diversité de cette musique multiple, des rivages mainstream aux sentiers escarpés du free. The Soul Jazz Rebels font partie de ces passeurs. Ils ont choisi une filière carrément jazz-blues-funk « roots », d’abord pour le plaisir, c’est évident en les écoutant, mais aussi pour séduire un public qui ne demande qu’à se trémousser sur des rythmes qu’il avait déjà connus dans les années soixante, ou même un peu plus tard. Le terrain de jeu de nos musiciens est bien plus qu’une simple chapelle « revival », où ils ne se contenteraient que de jouer des covers d’artistes que pourtant ils vénèrent. Non, leur musique, ils la composent, avec beaucoup de soin et de fraîcheur, et cette précision qui est l’un des ingrédients indispensable pour toucher le public en plein cœur et déclencher instantanément ce fourmillement irrésistible dans les gambettes, qui pousse au dancefloor. On a tous connu ça ! Savoir écrire et sonner comme dans les sixties, ce n’est pas si simple, il faut que le groove soit puissant, nourri d’un soupçon de blues un peu gras, avec l’épice funk à la suave moiteur des soirs d’été, mais pas trop quand même, pour rester actuel, fresh et sans détour. Tout est question de finesse et de tact. Pour se faire une idée, on écoutera leur remarquable « Chittlin Circuit », album sorti en début d’année chez Black Stamp Music, qui est un vibrant hommage au circuit des clubs US comme l’Apollo de Harlem ou le Cotton Club, où se jouait cette musique, prétexte à des jam mémorables. On rappelle que The Soul Jazz Rebels, ce sont Jean Vernhères (saxophone ténor), Christian Ton Ton-Salut (batterie), Hervé Saint-Guirons (Hammond) et Cyril Amourette (guitare). Quatre garçons dans le vent fort de la Great Black Music, c’est dit ! Excellents musiciens, présents sur bien des fronts, on les a vus en juin dernier groover en diable au Festival Jazz 360, faisant ainsi trembler les feuilles et fleurs odorantes des tilleuls de la place de Camblanes. Puis un peu plus tard, c’est Jazz in Marciac qui les accueillait et nos rebelles ont mis le feu au Bis, public soufflé par l’énergie de ce groupe. Immédiateté, simplicité, impact, mais aussi un contact à la chaleur sincère et surtout une âme collective souriante, dont l’ardeur est communicative. Ils ont la pêche et ils vous la donne !

Le concert de samedi dernier au Caillou du Jardin Botanique a en tous points confirmé ces impressions estivales. Jean Vernhères est le front man, il sait mettre l’audience dans sa poche : sourire charmeur, anecdotes et humour, et quand il part au sax, les phrases sont généreuses, savantes et d’un lyrisme qui rend honneur à ces Sonny Stitt et autres Gene Ammons qu’il cite et dont il ne cache pas l’inspiration qu’il en tire. Même chose pour Cyril Amourette. Lui c’est du côté de George Benson période Jimmy Smith que ses doigts le promènent. Attentif et concentré, son jeu est un bijou de précision et ses échappées solistes des modèles du genre, tatouées d’un délicieux grain roots qui les colore, sans l’aide d’aucun effet, le pur son originel. En maître incontesté des baguettes, professeur, leader, sideman, Christian Ton Ton – Salut joue comme un esthète et survole ses peaux et cymbales avec l’inspiration d’un aquarelliste. La beauté naturelle de son jeu, ses relances, ses chorus et cette élégance racée, soudent le groupe avec raffinement et le mettent en valeur sans jamais l’effacer. Du grand art. Attardons-nous sur Hervé Saint-Guirons, qui est notre maître ès orgue Hammond. Il est depuis longtemps la référence en cette ardue matière, et ses collaborations sont légion, avec par exemple Ernest Dawkins, Dave Blankhorn, Monique Thomas et Alex Golino…. « Le Réverend », comme le surnomme affectueusement Roger Biwandu, autre figure importante du jazz local, mais pas que, avec lequel il joue très souvent, notamment à l’Apollo de Bordeaux, est l’un des plus ardents défenseurs de ce jazz-blues-funk, et son jeu remarquable, dont le son est enrichi par sa fidèle « leslie », trahit ses influences qu’il confie être quelque part entre Brother Jack McDuff et Dr Lonnie Smith. Excusez du peu ! Hervé Saint-Guirons  a une belle âme, habitée par la mémoire de ses prédécesseurs et les routes tracées, ainsi que par ce respect de l’autre qui est de chaque instant. Le concert de ce soir n’a donc pas failli à la réputation de ces quatre pointures et de ce groupe très attachant. Ils ont mouillé la chemise en reprenant la plupart des titres de leur récent album, en y insufflant cette ferveur live qui est leur sceau, en un flow up-tempo irrésistible. Deux sets, deux courses folles, on croyait qu’ils nous avaient tout donné, et bien non ! En rappel, le « Filthy McNasty” de Horace Silver est venu porter le coup de grace à une assistance définitivement conquise. Début 2018, Hervé Saint-Guirons indique que le petit frère de “Chittlin Circuit” devrait venir au monde, alors surveillons ça de très près, nous en reparlerons ! En attendant, si vous le pouvez, foncez voir The Soul Jazz Rebels en concert et achetez vite leur disque, l’hiver arrive, il faut vous réchauffer, songez-y !

Par Dom Imonk

souljazzrebels.com

facebook.com/blackstampmusic

THE SOUL JAZZ SETLIST :

1° set :

1 – Chittlin blues (Cyril Amourette)

2 – Baby Foot Party (Jean Vernhères)

3 – Bap Boss (Christian Ton Ton-Salut)

4 – Don’t Stop the boogalou (Hervé Saint-Guirons)

5 – Smoothie shoes (Cyril Amourette)

6 – Mojo (Christian Ton Ton-Salut)

2° set :

1 – Inner City Street (Jean Vernhères)

2 – Boogie Trop (Jean Vernhères)

3 – The night remember (Hervé Saint-Guirons)

4 – Mooving the lawn (Cyril Amourette)

5 – Betty Boop (Cyril Amourette)

Rappel :

Filthy McNasty (Horace Silver)

Biwandu 4tet : Tribute to Kenny Garrett

par Philippe Desmond.

L’Apollo, Bordeaux

 le mercredi 10 mai 2017

Nous revoilà de retour au rendez-vous mensuel de l’Apollo pour la Carte Blanche à Roger Biwandu. Du jazz ce soir avec un tribute to Kenny Garrett. Attention pas Kenny G le sirupeux saxophoniste de smooth jazz – bel oxymore – mais le grand souffleur, surtout  d’alto, celui que la planète jazz s’arrache.

Dans le rôle de sa doublure Jean-Christophe Jacques, un de ses plus fervents admirateurs et un de ses excellents serviteurs. Il étrenne en concert son nouveau sax alto un Keilwerth Sx90 R en finition vintage gravée, une merveille d’instrument tout comme son soprano du même facteur, lui aussi une bête de course. Reste à s’en servir et autant le dire on ne sera pas déçu, on sera même enthousiasmé.

Deux autres fidèles du boss Roger complètent la formation. Hervé Saint-Guirons est au piano électrique et Nolwenn Leizour à la contrebasse, tout va donc bien se passer.

Beaucoup de musiciens et pas des moindres sont là ou vont venir faire un tour, gage d’intérêt pour ce concert et à les voir écouter ils apprécient.

Kenny Garrett a déjà à son actif plus d’une quinzaine d’albums dont la plupart sont de ses compositions, il aussi marqué de sa présence pas mal d’œuvres de la fin de la carrière de Miles Davis, il y a donc le choix pour le répertoire. Il va être varié avec des compositions de Kenny Garrett donc ainsi que de Michaël Jackson, le « Human Nature » repris par Miles, ou « Giant Steps » où JCJ enfile le costume sombre de Coltrane pour nous montrer que lui aussi sait se servir d’un sax alto.

Le premier titre va donner le ton de la soirée, du jazz nerveux dynamique et un rodage accéléré du nouveau sax alto. Celui-ci sonne merveilleusement à la fois chaud et puissant, précis dans les aigus et  ténor dans les graves. Jean-Christophe ne va pas être avare de chorus et la soirée avançant ceux-ci vont atteindre des sommets.

Personnellement si j’ai un morceau à retenir c’est « Sing a song of song », un titre de 1997, mon préféré de Kenny Garrett. Une mélodie toute simple pure et belle propice aux improvisations des plus délicates aux plus enflammées. Hervé va s’y mettre le premier dans un chorus qu’on aurait écouté toute la nuit, relayé par Jean-Christophe à l’alto qui va partir vers des sommets.

Nolwenn entretient la rythmique avec verve, répétant à l’envi les trois accords phares de celle-ci ; on l’entend mieux que dans le premier set mais il a fallu qu’elle pousse les curseurs à fond pour arriver à se faire entendre au milieu de ce bouillonnement de musique. Roger lui est dans le rôle d’une de ses idoles Jeff « Tain » Watts, un des créateurs du titre, et ça doit le motiver encore plus ; il est éblouissant, délivrant parfois quelques scuds explosifs !

Quant au sax alto tout neuf « ça y est il est bien ouvert ! » me confiera Jean-Christophe Jacques ; tu m’étonnes !

On n’est jamais déçu par ses soirées à l’Apollo on en redemande même et bien le mois prochain ce sera double ration ! Le samedi 10 juin Roger Biwandu and guests seront de retour à l’Apollo qui fêtera son 20ème anniversaire  ainsi que le mercredi 21 juin pour la fête de la musique.

Set list :

2 Down & 1 Across
The House That Nat Built
She Wait For The New Sun
Human Nature
Giants Steps

Wayne’s Thang
Lonnie’s Lament
Delta Bali Blues
Sounds Of The Flying Pygmies
Sing A Song Of Song

Happy People

Christophe Maroye : Release Party au CIAM

par Philippe Desmond, photos Jean-Maurice Chacun.

CIAM Bordeaux

Vendredi 5 mai 2017

Concert Release Party de l’album « No Turning Back » de Christophe Maroye hier soir au CIAM, la dynamique école de musiques – au pluriel – de Bordeaux. Action Jazz l’avait présenté en avant-première dans la Gazette Bleue #20 de janvier et il nous tardait de voir sa restitution sur scène. Très beau disque en effet, qui tranche de la production actuelle, instrumental aux climats variés il flirte avec pop, rock , blues et jazz. Un album où la guitare est reine, acoustique, électrique, avec ou sans effets.

Son dernier CD comme il dit avec humour car c’est surtout son premier, a été enregistré à trois mais là ils sont cinq, Christophe ne pouvant pas de dédoubler en live. Ainsi Didier Ottaviani est toujours aux baguettes et Hervé Saint-Guirons aux commandes de son orgue Mojo, accompagné de Leslie, sa fidèle cabine. Le trio est complété par Matthis Pascaud à la Fender Jazzmaster et la Lap Steel Guitar, Marc Vullo tenant la basse électrique.

Deux amplis par guitare, une grosse sono, des pédales d’effets partout, de quoi permettre à la musique de vous traverser les oreilles et tout le corps, on va s’en rendre compte de suite.

  1. Le premier titre est en effet la synthèse de ce tout que l’on va entendre, une atmosphère souvent aérienne malgré une forte rythmique, originale de surcroît avec l’utilisation de pads par Didier Ottaviani – pour une fois – et une mélodie simple.

On est de suite emporté par la profondeur de la musique. On pense au Floyd – surtout avec « Where We End » pourtant la guitare sonne plus comme celle de Mark Knopfler que de David Gilmour. Si j’en parle c’est que Christophe revendique l’influence du premier, il lui a d’ailleurs dédié un titre « #MK ».

Christophe est un sacré guitariste et il jongle avec ses guitares, citons les : Fender Statocaster et Telecaster, Gibson Les Paul et une originale Pensa MK 90 (du luthier de NYC Rudy Pensa) la guitare de devinez qui ; on vient d’en parler.

Guitariste mais pas guitar hero, pas de concours de vitesse, de démonstration technique sans émotion, mais des chorus ressentis et toujours mélodieux. L’usage sage et élégant des effets est à souligner et les dialogues avec la guitare de l’excellent Matthis Pascaud – récemment vu au Rocher avec Benoît Lugué – marquent la forte présence de cet instrument, c’est bien un album de guitariste comme va nous le confirmer la surprise finale.

Excellent compositeur aussi comme le prouvent les dix titres du CD auxquels on a droit ce soir. Une musique qui propose des climats, fait défiler les paysages. Du funk parfois comme « Disco Disco » du blues avec « NOLA Dreaming » où ce soir le rare lap steel de Matthis remplace le banjo de l’album.

L’occasion pour Hervé Saint-Guirons de s’éclater au Mojo, pas au mojito… On adore Hervé à l’orgue.

Dans l’ombre essayant de se cacher, mais souvent chambré avec fausse maladresse par Christophe et le running gag du « dernier album », se tapit Marc Vullo. Homme discret mais bassiste omniprésent il assoit la rythmique de façon magistrale ; indispensable.

Sur le dernier des dix titres, l’influence guitaresque est à son comble, Didier Ottaviani laissant ses baguettes pour une guitare acoustique dont les accords –  chaque fois acclamés – vont émailler une belle ballade ; surprise pour – presque – tout le monde !

Belle conclusion de ce concert de Christophe Maroye dans une ambiance sympa avec une salle remplie de tous ses potes. Il a bien embarqué tout le monde dans son univers.

Un rappel avec une deuxième couche de « No Turning Back » où malgré le titre on retourne en arrière sur le premier titre joué et un beau succès qui en appelle d’autres espérons le.

www.christophemaroye.com

Hommage à Blue Note par Roger Biwandu quintet.

par Philippe Desmond, photos Rémy Dugoua

L’Apollo de Bordeaux, le 16/11/2016

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Un concert dédié au label Blue Note, Action Jazz dont le logo est une note bleue ne pouvait pas le manquer ; remarquez que les cartes blanches à l’Apollo, personnellement je n’en ai pas raté beaucoup. Ces cartes blanches elles sont depuis toujours (1997 !) dans les mains de Roger Biwandu, dans des registres divers, de la pop à la soul en passant ce soir par le jazz, du vrai, du bon, du bop.

Hommage donc au label historique du jazz, Blue Note le bien nommé. Fondé aux USA en 1939 par Alfred Lion et Max Margulis, ce label a vu passer tous les plus grands du jazz. Un peu en déclin dans les 70’s il a bien redémarré dans les 80’s et d’ailleurs ce soir une de ses artistes emblématiques actuelles se produisait à Bordeaux : Norah Jones chantait en effet au Femina pour un concert complet depuis des lustres. Amateurs de jazz ou de star system ? Réponse dans la chronique à paraître en suivant.

Et bien nous, nous étions à l’Apollo avec Roger Biwandu (batterie), Alex Golino (sax ténor), Mickaël Chevalier (bugle), Hervé Saint-Guirons (piano électrique) et Olivier Gatto (contrebasse) et nous n’avons pas regretté. Un Apollo confortable ce soir, du monde mais pas cette foule oppressante de certains soirs, des conditions idéales pour se régaler en musique…et au bar qui pour une fois est accessible !

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« Driftin’ » d’Herbie Hancock ouvre le concert sur un bon tempo, gai et enlevé. De la musique classique presque, 1962 pensez donc ! Mais toujours aussi moderne. Ce qu’il a de remarquable dans ces cartes blanches c’est que tout se passe quasiment sans répétition, chacun « faisant ses devoirs » (dixit Roger) dans son coin pour le soir du concert venu s’accorder avec ses partenaires. Ça tourne rond dès le départ. Il faut dire que les musiciens présents ne sont pas là par hasard, Roger Biwandu ne prenant jamais de risque, vu l’exercice, et s’entourant toujours des meilleurs pour le type de musique choisi.

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« Hocus Pocus » ensuite, de Lee Morgan avec Mickaël Chevalier dans le rôle du trompettiste, mais au bugle, instrument qu’il ne quittera pas de la soirée. Il me dira le préférer de plus en plus à la trompette pour la suavité du son. Il vient même d’en commander un tout neuf. Chacun prend sa part du morceau, les chorus s’enchaînent naturellement, pas de démonstration, de la musique tout simplement.

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Le très alerte et mélodieux « Una Mas » – vous connaissez tous – de Kenny Dorham – vous connaissez moins – arrive ensuite et s’étire au gré des chorus, piano très délicat d’Hervé, sax volubile mais pas trop d’Alex, liberté du bugle de Mickaël, rythmique nuancée mais solide d’Olivier, batterie créative et sans cesse différente de Roger, du jazz quoi.

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« Fee Fi Fo Fum » de Wayne Shorter, issu du magnifique album « Speak No Evil » radoucit l’atmosphère avant le sprint de « Moment’s Notice » de John Coltrane. Superbe.

Une pause pour faire tourner encore plus le bar et nous voilà repartis avec Hank Mobley et « Take Your Pick ». Bravo à Roger Biwandu pour le choix des titres et un tour d’horizon quasi complet du catalogue Blue Note dans le style Hard Bop qui le caractérise. « Punjab » de Joe Henderson ensuite, puis le grand classique « Around Midnight » de Monk alors qu’il n’est que 21 heures 30. Magnifique version.

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Arrive un de mes favoris avec « Crisis » de Freddie Hubbard qu’ils vont tordre près d’un quart d’heure avec verve et intensité, proposant chacun des chorus percutants. Ce titre est d’une tension qui ne vous lâche pas, excellent choix. « The Kicker » d’Horace Silver et, enfin, le solo de batterie de Roger attendu toute la soirée. Ce soir je l’ai senti sérieux, impliqué, concentré, cette musique, parmi toute celles qu’il aime, c’est quand même sa favorite et il ne voulait certainement pas décevoir ; opération réussie et quand il se lâche Biwandu devient Triwandu.

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Roger annonce que c’est la fin du concert mais il reste encore un peu de temps avant le couperet de 22 heures, strictement respecté en ce lieu, ce que nous appelons musique devenant, passé cette heure, tapage pour le voisinage. Alors allons-y pour un rappel avec le standard « Moanin’ » de Bobby Timmons écrit pour Art Blakey et ses Messengers. Intemporel.

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Quand après le concert je demande à Mickaël Chevalier pourquoi il n’a joué que du bugle la réponse arrive « depuis les élections aux USA, no more Trumpet » avant de m’en donner la raison musicale évoquée plus haut.

Encore une soirée de grande qualité, amicale en plus, dans un Apollo rénové magnifiquement. Prochaine carte blanche le 21 décembre dans un tout autre registre, un hommage à Bambi…

 

Si tu ne vas pas à la musique, la musique ira à toi !

Par Gwénola Guichard, Photos : Pascal Voviaux

The Soul Jazz Rebels

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Ce 15 octobre les Soul Jazz Rebels ont joué à domicile, dans le confort feutré d’un salon, faisant des infidélités aux traditionnels clubs de jazz et festivals.

Le quartet est composé de quatre musiciens talentueux : Hervé Saint-Guirons à l’orgue, Cyril Amourette à la guitare, Jean Vernhères au saxophone ténor et Christian « Ton Ton » Salut à la batterie.

Une quarantaine de personnes se sont retrouvées non loin de Bordeaux chez Jean-Gabriel pour écouter ce quartet au groove efficace. Ce nouveau concept de concert fut fort apprécié par le quartet. Faire venir la musique aux gens s’ils ne viennent pas à elle, en voilà une bonne idée.

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Convivialité et simplicité étaient au rendez-vous. Profiter d’une pause lors du concert pour discuter avec les membres du groupe aux abords du buffet ou autour d’un verre ajoute à l’originalité de l’expérience.

Le concert a été organisé par un musicien et passionné de jazz dans sa propre maison et le groupe l’a bien ressenti. Ils ont apprécié le climat de la soirée et la configuration du lieu, proche de celui d’un club et adapté à la musique jazz.

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Les Soul Jazz Rebels se sont formés il y a un an et demi et leur collaboration s’est concrétisé par l’enregistrement d’un album, « Chittlin Circuit », chez Black Stamp Music. On y retrouve uniquement des compositions originales auxquelles participent tous les membres du groupe.

Le quartet revient aux racines blues du jazz, celui qui se jouait dans les clubs enfumés et un peu sales dans les années 1960. Un son que l’on entend de moins en moins, déplore Jean Vernhères, le saxophoniste ténor.

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Ils proposent un jazz instinctif et chaleureux, dans la proximité. Une musique simple en apparence mais ultra maîtrisée. Tout repose sur l’improvisation. Le son est un peu gras mais très énergique.

Leur musique se veut un jazz abordable, pas élitiste. Et la réaction enthousiaste du public confirme cette volonté d’une musique accessible. En fin de concert certains ont partagé une danse tandis que d’autres se levaient pour mieux partager leur enthousiasme, sans oublier un rappel unanime.

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L’initiative de concert privé a vocation à promouvoir la musique de jazz hors des cercles d’initiés et gagnerait à être imitée.

 

www.souljazzrebels.com

Album « Chittlin Circuit » chez Black Stamp Music

Monique Thomas Quartet « C’est si bon »

par Philippe Desmond, photos Irène Piarou.

Centre culturel de Créon, jeudi 20 octobre 2016.dsc00413

Il en va des habitudes comme du reste ; il y en a souvent de mauvaises mais heureusement il y en a de bonnes. Les « jeudis du jazz » de Créon d’après vous font partie desquelles ? Bien sûr des secondes et cela depuis maintenant huit saisons. Toujours le dernier jeudi avant les vacances scolaires… sauf cette année avec ce calendrier insolite où elles ont commencée un mercredi. Mais ce léger dérèglement n’aura pas suffi aux deux cent cinquante personnes présentes de rater ce rendez-vous.

Larural, l’association qui pilote de main de maître ces soirées n’est pas allée bien loin pour programmer cette première session de la saison. Elle a certes été chercher une chanteuse américaine mais à deux rues d’ici, la désormais Créonnaise – depuis 2005 – Monique Thomas. Pour l’accompagner, et bien plus encore, le batteur Didier Ottaviani son mari à la ville, Hervé Saint-Guirons à l’orgue et Yann Pénichou à la guitare.

Le principe de la soirée est toujours le même, ouverture des portes à 19 heures, dégustation de vin – ce soir les vignobles Desages à Baron – assiette garnie, pâtisserie, et à 20 heures jazz !

Carlina Cavadore et Serge Moulinier présentent le spectacle et la saison qui s’annonce, les lumières s’éteignent et comme à chaque fois ici le miracle se produit. Une salle animée, bruyante jusque là devient la plus attentive qui soit, avec une écoute exceptionnelle. Les musiciens apprécient vraiment.

Nous ne le savons pas encore mais nous allons assister à un concert exceptionnel mené de main de maîtresse par une époustouflante Monique Thomas. Non seulement elle chante merveilleusement mais elle a une présence scénique étonnante, capable de passer des émotions dans son chant tout en assurant les transitions avec un humour et une fantaisie remarquables. Une aisance incroyable, de la puissance, des nuances, des graves aux suraigus, aucune esbroufe, aucun procédé, un talent pur… et certainement beaucoup de travail !

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Monique est américaine donc, élevée au Gospel à Philadelphie. Messe obligatoire chaque dimanche, un peu contrainte et forcée, mais contrairement à chez nous où l’ambiance y est souvent mortifère, rythmée par ces chants et rythmes qui ne peuvent vous laisser de marbre et parlent à vos émotions, croyants ou pas. C’est de cela dont elle va tirer cette envie de chanter pour notre plus grand bénéfice ce soir.

Monique a décidé de nous faire un tour d’horizon du jazz, du Gospel au New Orleans et bien d’autres aspects. Départ en trombe avec un premier titre dynamique où transparaît déjà l’aisance de la chanteuse et la maîtrise des musiciens. L’orgue sonne très bien, déjà un chorus d’Hervé pour s’en persuader, la guitare de Yann est chantante et Didier se joue de sa batterie avec sa finesse habituelle. Ça devrait bien se passer.

Assez vite Monique attaque un Gospel commencé a cappella, puis rejointe par le trio et les battements de mains du public. Ce public elle va l’embarquer avec elle toute la soirée, le sollicitant, le faisant chanter, taper dans les mains comme dans le traditionnel « Sea Lion Woman » ou « See Line Woman » repris par Nina Simone, mais aussi en lui donnant le frisson comme dans cette déchirante version de « Strange Fruit » chantée dans un silence de cathédrale, quelques larmes coulant sur les joues de certains, dont les miennes. Il faut dire que les étranges fruits en question ne sont autres que des pendus, des esclaves noirs, un témoignage d’une autre époque que certains, lors des élections américaines qui se profilent, aimeraient voir revivre… Monique l’Américaine passe aussi un message politique, plus précisément humaniste.

Mais aussi Monique la Créonnaise qui exprime avec humour sa joie de vivre ici et de se produire devant ce public local. Public qu’elle va gâter avec par exemple ce très bel arrangement de « Cheek to Cheek » et ses variations de rumba, avec le classique « Moanin’ » d’Art Blakey sur lequel elle va scatter superbement, le trio étalant lui tout son talent. Répertoire éclectique avec aussi le langoureux « Tight » de Betty Carter, « Look for the Silver Lining » message d’espoir, « Basin Street Blues » où Monique nous fait vocalement le solo de trompette de Louis, « Let my People Go » avec au passage un message contre le racisme, le sexisme, l’oppression…

Une leçon de chant, de swing, mais aussi de l’émotion et du contenu, loin d’un récital sans saveur, avec des musiciens que nous connaissons par cœur à Action Jazz mais qui nous ont encore épatés ce soir. Ils étaient pourtant un peu inquiets car même si les titres étaient des standards, c’était la première fois qu’ils les jouaient dans cette configuration et avec ces arrangements.

Final de « second line » Irène et Alain Piarou, habitués de NO, ayant des fourmis dans les jambes ; « là-bas pour ce genre de morceau tout le monde se lève et défile en faisant tourner les serviettes » précise Irène. En France aussi on fait tourner les serviettes mais pas là-dessus…

Salut et rappel enthousiaste du public qui se voit offrir une merveille de « C’est si bon » Monique, en bon professeur qu’elle est, guidant le chant de tous. Un bonheur.

Ce soir il fallait être à Créon, le feeling du jazz y était présent. Prochain rendez-vous le jeudi 15 décembre avec le Tri Nations trio.

http://www.moniquethomasmusic.com/

Grain de sable au Caillou, grain de folie chez Alriq

par Philippe Desmond

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C’est l’été, enfin pas tous les soirs, et les gens sortent, beaucoup, beaucoup plus qu’avant. L’offre est il est vrai plus importante, riche et variée. Le jazz, qui nous tient à cœur, n’échappe pas à la règle, Cet avant dernier week-end de juillet il y a même embouteillage de festivals : Saint-Emilion, Andernos, Lesparre en Gironde et Sanguinet tout près dans les Landes. Il faudra d’ailleurs un jour réunir tous ces organisateurs passionnés qui se marchent un peu sur les pieds.

A Bordeaux dès le mercredi et quelquefois avant, ça s’agite sous les lampions ou sur les terrasses. Sur les terrasses ? Pas si simple.

Grain de sable au Caillou.

Surprise hier soir en arrivant au Caillou du Jardin Botanique, la terrasse est occupée par les convives du restaurant, on entend jouer les musiciens mais on ne les voit pas sur la remorque scène habituelle. Ils jouent à l’intérieur devant un nombreux public un peu entassé. Si vous suivez un peu ce blog vous vous souvenez que déjà l’an dernier le Caillou avait dû interrompre les concerts en terrasse à 22 heures pile suite à la plainte d’un riverain pourtant pas tout près, gêné par le bruit. Patrouille de police municipale dès 21h59 pour veiller au respect de la loi, concerts qui se finissent dans la frustration générale alors que la nuit commence à peine, drôle d’ambiance. Non loin de là ça continue à guincher chez Alriq, ça bastonne des watts à Darwin et ça déménage des décibels au parc des Angéliques avec les concerts d’ « Allez les Filles ».

La saison d’été 2016 démarre, les concerts retrouvent leur rythme de croisière dans de douces nuits bastidiennes, tout va bien. Mais pour le Caillou, à la suite d’une autre procédure lancée par ce riverain, la Mairie n’autorise plus l’organisation des concerts en extérieur, pour le reste de l’été, les musiciens joueront dedans.

Un grain de sable qui bloque un Caillou. Pendant ce temps les flonflons, les watts, les décibels à portée d’oreilles de notre plaignant, continuent alors que finalement l’endroit le plus paisible, le plus soft en est lui privé. On marche sur la tête. Il faut sauver le Caillou, le soutenir pendant cette période difficile, Benoît Lamarque et son équipe font un énorme effort d’animation et de promotion de la musique de qualité, locale ou nationale, allez-y, continuez à y aller, cet acharnement n’est, espérons le, qu’un mauvais passage.

Hier soir donc le quartet composé du guitariste anglais Denny Ilett, du guitariste australo-bordelais Dave Blenkhorn, de l’organiste Hervé Saint-Guirons et du batteur Roger Biwandu étrennaient cette configuration insolite, musiciens dedans et une partie du public dehors ! Concert plein de gaîté émaillé par le grand rire de Roger sur de rares pains ou sur des trouvailles piégeuses des autres. Georges Benson, Ray Charles, les Beatles avec une belle version de « Come Together » et un festival de guitare, blues et roots pour Denny plus jazz et aérienne pour Dave. Toujours ce super son d’orgue d’Hervé et sa Leslie et l’omniprésence enthousiasmante de Roger, pourtant monté léger avec une caisse claire, une grosse caisse, une cymbale et un charley. Denny Ilett, Roger Biwandu, Hervé Saint-Guirons seront en quartet avec Laurent Vanhée (cb) au festival de Saint Emilion à 21h30 ce samedi au parc Guadet (gratuit).

Grain de folie chez Alriq

Dans toute épreuve il faut trouver des points positifs ; le concert finissant assez tôt au Caillou cela permet d’enchaîner vers la Guinguette Alriq dont la convention municipale est inattaquable ; ou pas.

Comme d’habitude l’endroit est pris d’assaut et ce soir c’est Stéphane Seva qui en profite. Avec un octet (on ne se refuse rien) et sur un répertoire de Sinatra élargi à Ray Charles, Duke, Stéphane va installer une ambiance de folie. Il est entouré de Ludovic de Preissac au piano , Didier Ottaviani à la batterie, Christophe Jodet à la contrebasse, Pascal Drapeau à la trompette, Cyril Dubayl Dubiléau trombone, Cyril Dumeaux au sax baryton et ténor, Michael Cheret au sax alto et à la flûte

La piste de danse est bondée alors ça danse partout ailleurs, dans les allées, dans le restaurant ! Beaucoup de swing, un style qui est très en vogue à Bordeaux en ce moment grâce à de nombreuses associations. Quel contraste avec l’aspect semi-clandestin du Caillou, bizarrerie administrative oblige ! En vrai meneur de revue Stéphane Séva va animer cette soirée, soutenu par un presque big band pour le plus grand bonheur des danseurs. Le final dans lequel Stéphane prend son washboard est époustouflant sur le « I dont mean a thing » et ses doo wap doo wap doo wap, les dés à coudre finissant rouges comme de l’acier en fusion après un duel avec la batterie très jungle de Didier Ottaviani, quelle énergie !

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Il est minuit, tout le monde à passé une superbe soirée d’été terminée à une heure raisonnable, les poules et les vilains petits canards dorment eux depuis longtemps ; ou pas. On a tous besoin de ces moments de joie et de fête surtout en ce moment, alors pourvu que ça dure !

Du Quartier Libre au Chat qui Pêche. Bordeaux 03 juin 2016

Par Dom Imonk

 

Capucine Quartet

Capucine Quartet

En quelques mois, le Quartier Libre est devenu un lieu incontournable des nuits Bordelaises, en accordant certains soirs une attention particulière au jeune jazz émergeant de la Cité. En effet, beaucoup de nouveaux talents, dont une majorité formée au Conservatoire tout proche, viennent y jammer tous les mercredis, à partir de 18h, et c’est l’occasion de les découvrir, dans ce lieu que peu à peu ils s’approprient, pour notre plus grand plaisir. Grâce en soit rendue aux clairvoyants programmateurs. Mais il n’y a pas que le mercredi qu’on y festoie, pour preuve, vendredi dernier se produisait « Capucine Quartet », un tout nouveau groupe formé de quatre jeunes et talentueux musiciens du cru, qui sont venus raconter leur histoire en quelques thèmes bien inspirés, et joliment tournés. L’écriture, c’est surtout le fait de Thomas Gaucher (guitare) et de Felix Robin (vibraphone) mais, à ce qu’ils nous ont confié, cela devient vite affaire commune, en partage d’idées avec Louis Laville (contrebasse) et Thomas Galvan (batterie). Thomas Gaucher nous cite ses riches influences, de Grant Green à Lage Lund, en passant par Kurt Rosenwinkel, et on en retrouve quelques sucs dans son jeu agile, au boisé élégant, tout en restant sobre et roots dans ses effets et ses sons. Il y a une réelle complicité entre tous, et en particulier avec Felix Robin qui, d’une belle envolée, a ouvert « Intership », l’un des titres phare du quartet. Grâce, fluidité et couleurs marquent son jeu déjà bien assuré, sur un magnifique Bergerault, et fondent une vraie alliance avec le guitariste. L’autre moitié du groupe est indispensable. Une rythmique solide et inventive, qui charpente à ravir ce jazz frais et acidulé, par les lignes de basse sobres et efficaces de Louis Laville, se partageant entre walkings effrénés mais domptés et chorus volubiles, et par le subtil drumming de Thomas Galvan, dont on retrouve avec plaisir le tact et la délicatesse sur les balades, aux balais et dans quelques bruissements coloristes, mais qui se révèle redoutable s’il s’agit de grossir le trait et d’initier un puissant pouls binaire, quand le ciel du tempo s’obscurcit. D’autres compositions comme « Armand », « Journal du Dimanche », « Casa Pino »et les standards « If I should lose you » (Robin/Rainger) ou « Pent-Up house » (Rollins), achèvent de nous convaincre qu’il faudra suivre de près ce « Capucine quartet », dont on se régalera des floraisons futures !

La Jam du Quartier Libre

La Jam du Quartier Libre

Et comme toujours au Quartier Libre, après une pause houblon bien rafraîchissante, voici venu le moment tant attendu : une jam libre et délurée, et de celle-ci, on se souviendra. Alexis Valet, figure marquante de ces lieux (et de quelques autres…) et musicien très pointu, s’empare du vibraphone, dont il semble jouer à quatre mains, et c’est reparti ! On rappelle que son sextet a remporté le Prix du Jury du Tremplin Action Jazz 2016, et qu’on retrouvera cette vive formation à Quinsac, le dimanche 12 juin à 13h30 Place de l’Église, dans le cadre du Festival Jazz360. La fête a donc repris, en un bien joyeux festival où se succèderont Louis Gachet à la trompette, Alexandre Aguilera à la flûte, Alexandre Priam-Doizy à la basse, Nicolas Girardi puis Yoan Dupuy à la batterie, Charlotte Desbondant et Émeline Marcon au chant, ainsi qu’un grand gaillard à l’accordéon. L’un des doigts de Jonathan Bergeron n’étant pas disponible pour jouer du sax, celui-ci nous a quand même offert en final un scat d’anthologie, qu’on n’est pas prêt d’oublier ! Soirée bouillante, finie sur les chapeaux de roue, on en redemande ! Il faut vraiment assister à de tels concerts dès qu’on le peut, venir voir ces jeunes musiciens, discuter avec eux, être présent et les encourager. Il y a de la vie pour un jazz tous âges dans la nuit Bordelaise, il faut bien la pister, elle serpente un peu partout. Preuve en est que, sur les conseils d’un avisé camarade, nous nous sommes ensuite retrouvés à cinq minutes de là, au Chat qui Pêche, pour un autre superbe concert…

http://capucinequartet.wix.com/jazz

http://quartierlibrebordeaux.com/v1/

Alex Golino Quartet

Alex Golino Quartet

Il est presque minuit, rien de mieux que les choses imprévues même s’il se fait tard. Nous voilà donc arrivés au Chat Qui Pêche, cercle associatif qui, une bonne partie de l’année, propose des artistes de diverses tendances, dont celle du jazz. Thomas Saunier, responsable du lieu, nous accueille chaleureusement, pour l’un des derniers concerts de la saison, la programmation devant reprendre en septembre. Ce soir, c’est le quartet du grand Alex Golino qui se produit. Muni de son imposant saxophone ténor, il va nous faire rêver, accompagné de trois superbes pointures : Hervé Saint-Guirons à l’orgue électronique, Didier Ottaviani à la batterie et Yann Pénichou à la guitare. Le concert est à peine commencé et l’on admire le cadre de ce lieu, à la touche kitsch intemporelle qui ravive les mémoires, comme cette affiche du festival Sigma 1985. On s’assoie dans de profonds canapés un peu usés, ou sur des chaises au bar, on est bien calé, et en position idéale pour l’écoute. La musique flotte tel un nuage ensoleillé et les envolées d’Alex Golino soufflent des brises d’été dont la grâce et la volupté sont d’une classe assez irrésistible. Son jeu subtil et patiné nous envoute. Les thèmes abordés sont variés et mettent quelques glorieux aînés à l’honneur. On fond à l’écoute des « Corcovado », « Wave » et autre « O grande amor » de Jobim, qui placent notre saxophoniste à de limpides altitudes, jadis fréquentées par Stan Getz et Joe Henderson, quoiqu’on puisse parfois penser à un Harold Land. Le groove a aussi marqué cette intime soirée, le public arrivant petit à petit en quête d’after hours. Ainsi, quelques perles de Kenny Burrell, mais aussi de Wes Montgomery, sont  venues à point nommé souligner la belle inspiration du jeu précis et expert d’Hervé Saint-Guirons et de Yann Pénichou, deux associés défenseurs du son vintage, pur et sans fard, qui vénèrent ces artistes et n’ont pas hésité à prêter leur âme à ce fin répertoire. Rappelons que l’an dernier, nos deux compères s’étaient retrouvés sur le superbe « Up & Down » du Yann Pénichou Organ Trio. Tout le monde s’est donc visiblement régalé de « Far Wes », « SOS » et du mélancolique « West Coast Blues » de Wes Montgomery, mais aussi de thèmes plus classiques tels que  « Kenny’s sound » et « Chtilin’s con carne » de Kenny Burrell. Autre artisan du son du quartet, Didier Ottaviani, qui est probablement l’un des batteurs les plus passionnants qui soient, car une élégance naturelle se retrouve en tous points et coins de son jeu. Chez lui, tout est affaire de couleurs savamment dosées, de scintillements qui luisent plus qu’ils n’éblouissent,  ses roulements, attaques et breaks d’une délicate précision, effleurent à baguettes retirées dès l’impact, en faisant danser les sons, avec légèreté et en douce vélocité. Au cours des deux sets, comme pour adoucir un peu plus l’atmosphère, le groupe nous a aussi joué quelques autres pépites, gorgées de feeling, parmi lesquelles « Invitation » (Kaper/Washington) et « Love letters » (Victor Young), histoire de jouer les chats, avec nous les souris, et de pêcher l’envie de bien vite les retrouver.

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