« Body and Blues » d’Eric Séva : le concert.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Rocher de Palmer, vendredi 13 janvier 2017.

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Ce concert, pour nous, était un peu spécial car mardi dernier nous avions eu la chance d’assister à une séance de répétition du projet du saxophoniste et compositeur Eric Séva, « Body and Blues », lors de sa résidence au Rocher de Palmer (voir article précédent du blog) et nous allions en voir l’aboutissement. Autant dire de suite que nous avons été émerveillés. Entre mardi et cette musique qui commençait à sortir du moule, encore brute, pleine de bavures et hier soir l’œuvre finale parfaitement ajustée, polie dans les moindres recoins, il y avait eu un travail fabuleux. On l’oublie ou on ne le sait pas, mais la musique n’est pas que talent et virtuosité de l’instrument, la musique, la bonne, est aussi le fruit d’efforts, de travail, de prises de risque, d’essais. Et l’aisance affichée des musiciens sur la scène de la 650 n’était que la conséquence de tout cela.

Après une intro aérienne et parfois évanescente, utilisant quelques effets d’électro, la couleur blues du projet est tout de suite apparue. Eric Séva au sax baryton, dont il est un maître, a très vite engagé un duel avec Manu Galvin et sa guitare pour cette composition nommée « Mister Slide ». Sacré saxophoniste et sacré guitariste. Le concert est lancé instantanément, on est de suite dans le vif du sujet, ce beau sujet qu’est le blues, musique mère par excellence comme nous l’expliquera Eric Séva avec la douce et élégante élocution qui le caractérise.

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Dans « Mini Scopy Blues », un blues boogie, le dialogue démarre très vite entre Eric Séva et son baryton aux effets électroniques, dont une pédale wah-wah, et Christophe Cravero au piano, le ton monte, le son monte – à noter la parfaite sonorisation du concert – c’est beau. Le drumming de Stéphane Huchard tout en contraste est remarquable, à entendre et à voir.

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« A Gogo » enchaîne sur un rythme funk-cajun (?) avec les riffs de guitare jamesbrowniens sur un tapis énorme de contrebasse aux mains de Christophe Wallemme. La clarté cristalline du piano arrive à s’extraire de ce gros son, c’est superbe. Ces cinq musiciens que nous avons devant les yeux c’est une énorme chance pour nous, des références absolues dans leur catégorie, associés ici pour la première fois à l’initiative d’Eric Séva et de Sébastian Danchin son directeur artistique. Un coup de maître.

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Et pourtant nous ne sommes pas au bout de notre contentement car arrive sur scène pour deux titres, un bluesman, un vrai, un pur, Harrison Kennedy dont l’aura se répand instantanément dans la salle. Deux notes d’harmonica, trois mots chantés et on a compris à qui l’on avait affaire : un grand ! Eric au soprano et Harrison vont nous embarquer dans un blues lent et profond ; on y est ! On y est encore plus avec le titre suivant joué en seul duo très roots soprano/banjo, la voix chaude d’Harrison provoquant des frissons de bonheur.

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« Train Clandestin » nous les avions vus le travailler mardi et là nous en sommes pantois ! Quelle différence entre la version brute et celle-ci, un monde. Tours de passe-passe du baryton et de la batterie pour nous figurer le train qui s’ébroue, et qui une fois lancé parcours grâce à la légèreté du piano ces paysages dégagés. Le duel final des bielles manivelles de Stéphane Huchard donnant petit à petit leur pleine vapeur avec le baryton d’Eric Séva est une réelle trouvaille.

« Bivouac » une jolie ballade fait retomber la pression ; les morceaux lents sont peut être ceux où l’on ressent le mieux l’unité du groupe et il suffit de capter quelques gestes d’amitiés et de contentement entre les musiciens pour ici la vérifier. La tension va monter au gré des chorus de chacun. On avait oublié que la basse électrique était aussi une guitare, Christophe Wallemme nous le rappelle avec talent. Christophe Cravero n’est pas en reste quant à Manu Galvin il vous arracherait des larmes avec la plainte de sa guitare. Au sax soprano Eric Séva excelle aussi, il en sort un son très pur plein d’émotion.
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« Body and Blues » plein de délicatesse nous montre aussi le talent d’Eric au sax sopranino, le plus petit de la famille. Curieusement Eric Séva ne joue pas, ou rarement, d’alto et de ténor, préférant ce grand écart instrumental.

« Red Hat » un gros blues pour finir, ou presque, ovation, tapage, vivas et rappel avec le retour d’Harrison Kennedy pour « I Feel Good » qu’il nous fredonne ? Non, pour la ballade des ballades, dans laquelle il endosse avec respect les habits de Ray Charles qui lui vont comme un gant, « Georgia » ; une version magique, vocalement et instrumentalement.

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Un blues dynamique pour finir avec une salle debout et un bonheur partagé entre le public et les musiciens qui avoueront après le concert leur grande satisfaction de la réussite de ce projet.

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Dire qu’il restait des places dans la 650 alors que le concert était gratuit !

Le groupe rentre en studio la semaine prochaine pour enregistrer le CD « Body and Blues » dont tous les présents d’hier attendent la sortie avec impatience. On reparlera de tout cela dans la Gazette Bleue de mars.

www.ericseva.com

 

« Body and Blues » – Eric Séva en résidence au Rocher.

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Mardi 10 janvier 2017, Rocher de Palmer

« Pourquoi vous aimez la musique ? » Drôle de question, vaste question ! La personne interpellée s’en tire par une pirouette : « Et toi tu aimes manger ? Oui, alors pourquoi aimes tu manger ? » C’est Eric Séva qui répond à une enfant d’une classe d’un collège voisin présente à cette répétition, plus précisément à cette résidence de préparation du nouveau projet du musicien « Body and Blues ».

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Les enfants mesurent-ils le privilège qu’ils ont d’être ici, aux premiers rangs de la 650 du Rocher de Palmer. Ils assistent tout comme nous à la naissance d’une œuvre, d’un spectacle.

La veille encore, tout n’était que notes sur des partitions, en papier ou numériques. Chacun avait certes déchiffré et travaillé dans son coin les compositions originales du créateur du projet, le saxophoniste Eric Séva, mais rien n’était encore en place.

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Ils sont cinq musiciens pour le moment à travailler sur la scène, six avec le directeur artistique dont la part de travail n’est pas du tout négligeable ! Eric Séva donc, Christophe Cravero aux claviers, Christophe Wallemme à la basse et contrebasse, Stéphane Huchard à la batterie et Manu Galvin à la guitare.

« Vous êtes connus ? » demande ingénument un enfant. « Pas vraiment par le grand public pourtant celui-ci nous a certainement déjà entendus, car les uns et les autres il nous arrive d’accompagner Renaud (murmures d’admiration des jeunes), Sanseverino, Zaz (re-murmures), Lambert Wilson… Nous sommes surtout des artisans » enchaîne Stéphane Huchard, « pas connus mais reconnus dans la profession ce qui pour nous est plus important. »

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Ils sont tous en effet de sacrés musiciens et si Eric les a choisis ce n’est pas par hasard. Au delà du talent le premier critère, important pour lui, c’est l’amitié et l’estime réciproque. Deuxième critère les influences de chacun, leur polyvalence, leur ouverture musicale.

Qu’il est intéressant d’assister à ce dialogue entre eux lors de la naissance des titres. L’un propose un chorus, l’autre un riff de guitare « Ah oui c’est bien ça, tu peux le refaire », un changement de tonalité. « Là c’est un peu long », « Oui » confirme Sébastian Danchin le directeur artistique. « On le refait plus court mais on garde ton intro » ; « Ce dialogue au milieu je ne le sens pas, je n’ai pas l’habitude en plus j’avais une clé du baryton collée, excuse moi» déclare Eric plein de doute, « Mais si insiste c’est très beau et original ». Ils le refont et ça fonctionne parfaitement. Un petit tour vers l’ordinateur pour vérifier si c’est la bonne version de la partition. Une hésitation entre le soprano ou le sopranino, on essaye, on tranche. Pendant les temps morts chacun travaille sa partie sans amplification, discrètement. Un rire par ci, une pique par là, ambiance détendue mais très studieuse. En concert ça paraît tellement facile et pourtant quel travail.

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Petit à petit ce qui n’était que notes, mesures, tempos, tonalités, grâce aux propositions de chacun, devient musique. « Un groupe pour moi ,me dit Eric, c’est la démocratie, on doit s’écouter, se faire confiance ».

La Gazette Bleue de mars reviendra en détail sur le projet, sachez que c’est un hommage au blues, la racine du jazz, « Cette musique populaire comme celle que j’ai jouée à mes débuts dans les bals avec mon père » me confie Eric Séva. Aux enfants présents Sébastian donnera du blues une magnifique explication qui se conclut par « Le blues c’est quand on est malheureux mais que cette musique nous donne du bonheur ». La couleur blues sera soulignée par la présence dans le groupe du grand blues man canadien Harrison Kennedy qui malheureusement hier n’arrivait que le soir. Il chantera sur trois des 10 ou 12 titres du projet.

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Vendredi soir à 19h30 au Rocher ne ratez surtout pas le concert de fin de résidence d’Eric Séva « Body and Blues » . Juste une petite info : c’est gratuit en plus ! Un vrai cadeau. Le groupe enregistrera un CD en studio dès la semaine prochaine. A suivre…

Alors à vendredi !

 

https://www.lerocherdepalmer.fr/artistes/eric.seva/