Poussez-vous, voilà l’Apollo All Star Band !

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

 L’Apollo Bar, Bordeaux le 11 octobre 2017.

Les rendez-vous mensuels de l’Apollo pour les cartes blanches à Roger Biwandu font partie des passages obligés. Variés, du trio aux presque big bands, du rock au jazz en passant par la soul ou le hip hop, avec les musiciens du coin ou des surprises comme Camélia Ben Naceur, Christophe Cravero, John Beasley, Patrick Bebey et d’autres, ils sont une source de plaisir sans arrêt renouvelée. On y retrouve les habitués du lieu, concert ou pas, les fidèles des cartes blanches, les amis, les potes, des musiciens beaucoup de monde toujours.

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Pour les rater il faut vraiment vivre en ermite car Roger Biwandu inonde les réseaux sociaux des semaines avant avec un teasing toujours alléchant. Autre avantage les couche tôt peuvent venir car à 22 heures pétantes la musique s’arrête, pas les tireuses de bière par contre. Bon d’accord c’est un peu frustrant mais deux heures de musique surtout avec l’engagement des musiciens c’est très correct, surtout pour le prix du billet d’entrée ; il n’y en a pas, c’est gratuit mais il est de bon ton de – bien – consommer. Derrière le bar Caro et son équipe turbinent dans un mouvement brownien – Robert pas James – permanent. Alors on s’accommode de l’étroitesse du lieu, du côté boîte de sardines – non ils ne la chantent jamais – du boucan ambiant car l’ambiance est toujours festive et cool même si parfois, souvent, toujours, c’est hot.

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D’ailleurs ça fait vingt ans que ça dure cette histoire ce n’est donc pas par hasard. Vingt ans que Roger le chef spirituel de l’endroit y use ses peaux et ses baguettes au seul motif de nous régaler et de se régaler lui aussi. Depuis six ans que je fréquente l’endroit je n’ai pas raté beaucoup de mercredis soir mais je regrette les quatorze années précédentes passées souvent devant la télé…

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Hier soir le programme était le suivant : de la soul, du funk, du jazz, du R & B (Rythm’n Blues c’est trop compliqué à écrire) avec l’Apollo All Star Band. Avant de déclencher une polémique du genre : All Star Band  mais pour qui ils se prennent… précisons que c’est du second degré appelé aussi humour, celui d’une bande de potes qui jouent ensemble pour la grande majorité depuis des années et ne s’en lasse pas ; ça s’entend. Mais attention ça rigole pas pour autant question qualité musicale, le boss veille. Le tromboniste du soir, un Basque, dont je garderai l’anonymat car il craint son patron, me dit que quand on joue avec Roger il faut s’y jeter à fond, pas le choix il faut y aller. Ah bon c’est pour ça que tu as tout explosé ce soir ! Mais il n’a pas été le seul, nous avions devant nous une bande de fous furieux échappés de l’asile, Attila et sa bande qui brûlent tout sur leur passage.

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Le premier à en faire les frais a été le « Chicken » – rendu célèbre par Jaco Pastorius – qu’ils ont saigné, plumé et vidé pendant dix minutes. Ils ont ensuite envoyé du bois sur « Knock on Wood » de Floyd, pas Pink trop soft mais Eddie, avec des cuivres flamboyants.

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Avec eux pas besoin d’aller chez le docteur comme ils vont nous le rappeler avec « I Don’t Need no Doctor » de Ray Charles ; sacrée version chantée et guitarisée par Dave Blenkhorn. Suivront des titres de Stevie Wonder – non, la série s’arrête là,  pas de Gilbert Montagné au programme – des Brecker Brothers avec « Inside Out » vous savez l’ancien générique de Jazz à Fip. Au fait avez-vous signé la pétition pour la sauvegarde des locales de FIP notamment  celle de Bordeaux/Arcachon. FIP c’est la musique qu’on aime mais presque surtout les annonces des concerts et événements locaux que l’on fréquente ; plus de locales plus d’annonces ! Plus d’annonces plus événements… (lien en bas de page).

Il y aura même le légendaire « Moanin’ » d’Art Blakey, dont c’est l’anniversaire – mais depuis le 16 octobre 1990 il ne peut plus venir – introduit magnifiquement à l’harmonium, pardon à l’orgue par Hervé Saint-Guirons ; et oui à force que Roger l’appelle le Révérend on finit par se tromper.

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On rencontrera « Mustang Sally » qui ne raconte pas l’histoire d’une Ford pas très propre comme certains le croient encore, plein d’autres choses et un final participatif – oui c’est la grande mode en ce moment – avec « What’d I Say ». Éclectique, magnifique.

Citons la section de cuivre exceptionnelle avec de gauche à droite Laurent Agnès (tr) déchaîné,

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Régis Lahontâa (tr) en mode suraigu,

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Sébastien Iep Arruti (tb) tonitruant,

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la section de bois avec Loïc Demeersseman explosif au sax ténor

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et Guillaume Schmidt volubile aux sax alto et baryton ;  raaahh le sax baryton !

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Et oui vous pouvez vérifier, les sax sont des bois, les quelques grammes de roseau de l’anche l’emportent sur plusieurs kilos de cuivre. En bref tout ça c’est des vents, attention je n’ai pas dit du vent ! Super arrangements de la section complète, c’était gigantesque notamment ce passage un peu libre, sinon free.

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Dave Blenkhorn a été nickel au chant et plusieurs fois nous a joué le guitar hero, registre dans lequel on le connaît moins.

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La Leslie d’Hervé Saint-Guirons n’a pas été ménagée mais il lui aurait préféré un vrai ventilateur tant il a donné de sa personne. Il a lui aussi régalé l’Apollo.

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A l’arrière mais comme au rugby, en attaque permanente à l’aile droite un gigantesque Shob à la basse – quel chorus il nous a fait exploser à la figure ! – qui avec, à l’aile gauche, tapi dans l’ombre prêt à bondir, le grand Roger Biwandu à la batterie, je précise pour celui qui ne le saurait pas, ont assuré un – soul – train d’enfer, le boss dirigeant tout le monde de la voix ou par son jeu sans avoir l’air d’y toucher. Un vrai capitaine d’équipe.

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Vous avez peut-être deviné qu’on ne s’est pas ennuyé une seconde hier soir, on a surtout passé un moment extra même si l’acoustique du lieu n’est pas idéale mais on passe là dessus, c’est tellement sympa à l’Apollo de nous accueillir ainsi !

Bon je me calme.

 

PS : Prochaine carte blanche à l’Apollo le mercredi 8 novembre avec Nolwenn Leizour (cb), Mickaël Chevalier (tr), Jean-Christophe Jacques (sax), Hervé Saint-Guirons (e-piano) et bien sûr le boss Roger Biwandu (dr). Et ceux qui croient ne pas aimer le jazz, venez,vous changerez d’avis !

Pétition FIP : https://www.change.org/p/pr%C3%A9servez-et-d%C3%A9veloppez-fip-la-p%C3%A9pite-%C3%A9clectique-de-radio-france

 

Concert « Freedom in Bordeaux » : Bordeaux Jazz All Stars.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat (sauf N&B).

La Grande Poste le 19 mai 2017.

Il y a cent ans, en 1917, les Américains volaient, ou plus exactement naviguaient, à la rescousse de notre pays. La France les avait bien aidés cent-quarante ans auparavant avec l’élan de Lafayette parti à bord de la Victoire et non de l’Hermione.

Le contingent américain débarqua pour une partie à Bordeaux avec une bonne part de noirs et parmi eux des musiciens de jazz.

Car le jazz est né dans cette communauté établie le long du Mississipi comme va nous en parler Philippe Méziat au cours de sa conférence à la Grande Poste dans le cadre de la manifestation « Freedom in Bordeaux » organisée par l’association de Karfa Diallo, Mémoires et Partages. Voir Gazette Bleue #22

L’origine du jazz, son arrivée en France, voilà l’objet de cette merveilleuse soirée dans ce nouveau lieu artistique de Bordeaux, « espace improbable » comme le qualifient eux-mêmes ses responsables.

Une salle imposante sous un dôme de cathédrale constellé de mille petits hublots et de massifs oculus. Une ambiance Art Déco pour cet ancien bureau de poste, certes le bureau central de la ville de Bordeaux, mais à la destination fonctionnelle initiale sans rapport avec sa métamorphose actuelle. Désormais devenu un endroit multiculturel, du théâtre, de la musique – des musiques – de nourritures intellectuelles, il propose aussi aussi des nourritures plus prosaïques avec un restaurant et un bar. Un endroit atypique qu’il faut maintenant faire découvrir au Bordelais et faire vivre.

Quel plaisir de le voir rempli, d’abord pour la conférence, avec un public sage et attentif puis pour le concert du « Bordeaux Jazz All Stars ». Attardons-nous sur ce nom de baptême ronflant de l’orchestre car lors de la promotion du concert on a senti sur les réseaux sociaux certains sarcasmes à son sujet. C’est à la fois du second degré mais, il faut le reconnaître, c’est aussi une vérité. Bâti autour de Roger Biwandu (batterie) et Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale) ,

deux musiciens majeurs basés à Bordeaux mais au rayonnement international, il propose des musiciens de grand talent et de belle expérience. Citons-les : Alex Golino (Sax ténor),

Sébastien Arruti (trombone),

Laurent Agnès (trompette),

Guillaume Schmidt (sax alto et soprano)

et Loïc Cavadore (piano).

Pas de femme ? Si, la merveilleuse Monique Thomas au chant.

Philippe Méziat est là avec ses goûts toujours d’avant-garde mais le choix du répertoire répond lui à d’autres contingences. Et celui choisi par Le BJAS va s’avérer parfaitement adapté à l’assistance composée aussi bien de connaisseurs – mais au fait c’est quoi cette tribu – que de novices venus passer un bon moment et découvrir un lieu. En majorité un hommage au jazz à la fois classique et innovant de Art Blakey et de ses Jazz Messengers les bien nommés. De la bonne BAM, black american music.

Un concert qui malgré l’acoustique difficile du lieu va enthousiasmer le public, un plaisir musical partagé entre la scène et la salle, la grande classe en plus. Au milieu du set Monique Thomas va enchanter l’assistance de sa présence, de son talent et de son charme. On le sait, mais tant l’ignorent, nous avons ici à Bordeaux cette perle qui fait tant elle aussi pour son art avec notamment les jams vocales qu’elle organise chaque mois au Caillou du Jardin Botanique ; rendez-vous en octobre après la pause estivale.

La fin du concert avec les « tubes » d’Art Blakey, « Moanin’ » et « Blues March » verra même le public se lever et danser ! C’est aussi ça le jazz ne l’oublions pas, une musique qui donne envie de bouger , de s’exprimer, pas seulement intellectuelle, pas que celle qui fait peur à certains.

Il y a 100 ans le jazz débarquait à Bordeaux il y est toujours avec ses valeurs sûres comme ce soir, ses espoirs avec une foultitude de jeunes talents issus du conservatoire de Région – en examen de fin d’année au Rocher en ce même soir – et tant de musiciens de tous horizons pleins d’idées et de projets. Puissent-ils s’exprimer eux aussi devant une large assistance, ce grand public un peu trop formaté par le easy – poor – listening ambiant et le tirer sinon vers le haut, vers autre chose…

Et on est tous d’accord, pas besoin d’attendre 100 ans de plus !

  • Set list :
- On The Ginza
- Feeling Good
- In Case You Missed It
- Falling In Love With Love

avec Monique Thomas
- Tight
- Up Jumped Spring
- Lady Be Good (pour Ella qui aurait eu 100 ans le 25 avril)

- Little Man
- One By One
- Moanin’

Rappel :
- Blues March
  • Liens :

http://www.memoiresetpartages.com/

http://lagrandeposte.com/fr/

Gazeette Bleue #22 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n22-mai-2017/

  • Portraits :

Roger Biwandu : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

Olivier Gatto : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Alex Golino : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n20-janvier-2017/

Monique Thomas : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n8/

Sébastien Arruti : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Loïc Cavadore : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n15/

Thomas Bercy trio et Guillaume Schmidt : déjà Noël !

Par Philippe Desmond.

Café du Sport, Uzeste (33) dimanche 27 novembre 2016.

Thomas Bercy (piano électrique), Jonathan Hédeline (contrebasse et basse électrique), Jéricho Ballan (batterie) ; invité Guillaume Schmidt (sax alto et ténor).

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Je n’étais pas revenu au café du Sport depuis février dernier et cela m’a fait rudement plaisir d’y retourner. Pour plusieurs raisons, l’affiche du soir bien sûr, on va y revenir, mais aussi pour le lieu et les gens qui le fréquentent.
Aller écouter du jazz un dimanche soir au fin fond de la campagne girondine, pour certains ce n’est pas très rock’n roll ; ils ne savent pas ce qu’ils perdent. Quant à ceux qui claironnent que le jazz est élitiste ils feraient bien de venir faire un tour ici.

Ce dimanche en cette fin d’après-midi ensoleillée le café du Sport a déjà vécu une journée riche avec l’organisation, à l’intérieur et sous la tonnelle, du marché de Noël. Et oui à Uzeste et grâce à Marie-Jo on est aussi à l’avant garde du marketing et Noël s’affiche dès la fin novembre ! Mais ici on trouve seulement de l’artisanat du coin et non du Sud Est asiatique, des pâtisseries et gourmandises locales, et une librairie éphémère. Mais place aux musiciens, le stand des gâteaux et de chocolats (délicieux) en fait les frais, le lieu n’est pas immense.

Le trio de Thomas Bercy a invité Guillaume Schmidt pour un concert hommage à Eddie Harris et Ornette Coleman, deux saxophonistes mais deux univers différents. Les quatre avaient joué ensemble lors de la dernière jam de la Belle Lurette (chronique du 9 novembre dernier) mais là il nous proposent un concert entier.

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Comme à la maison

Le « Broadway Blues » d’Ornette Coleman ouvre le concert avec son swing entraînant et sa mélodie enjouée. Guillaume arrivé fatigué va instantanément recharger ses batteries, alto en bouche. Les gens s’installent tant bien que mal, sur des chaises, par terre, au bar où déjà quelques piliers pointent leur nez et où le vin chaud diffuse son parfum de cannelle. Il y a pas mal d’enfants dont ce petit blondinet de 4 ou 5 ans devant moi, fasciné par le son du sax alto ; tu sais que tu as de la chance bonhomme d’être là ? Quant à Dehli la chienne, elle commence ses allées et venues entre les spectateurs.

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Un petit bonhomme subjugué

Et au milieu de tout cela, dans ce décor typique et décalé, adossé à la cheminée encore fumante, le quartet qui joue de mieux en mieux.
L’agréable agitation va s’estomper avec le titre suivant, « Lonely Woman » d’OC, introduit par la longue et lente plainte au sax ténor étonnamment épaulée par un tempo très rapide des cymbales, la tension montant progressivement lors du passage de piano. L’écoute est maximum, drôlement bien le public ici.

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Un peu louche ce Jéricho…

Contrairement à son titre « Cold Duck Time » réchauffe l’atmosphère avec son groove accrocheur. Et oui nous sommes avec Eddie Harris, une musique plus facile diront certains mais tellement agréable ; le quartet s’éclate, nous aussi. « Epthylipo » (?) une composition de Guillaume Schmidt apaise un peu l’ambiance. Guillaume possède différents registres dans lesquels il excelle mais ses compositions sont plutôt dans la douceur et l’élégance, comme celle-ci.

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Guillaume Schmidt au ténor

Retour au groove avec « Freedom Jazz Dance » d’E.H et l’invitation faite à Sébastien « Iep » Arruti de rejoindre le quartet. A peine sorti de sa housse le trombone du Basque va monter en température ; on sent le plaisir des cinq larrons d’être ensemble. Et Dehli qui passe et repasse.

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« Iep » en invité surprise

C’est la pause, le chapeau va tourner dans les mains de Michel qui, à mesure que la soirée avance, va se révéler un excellent ambianceur ou chauffeur de salle, n’hésitant pas à encourager le public à danser, en montrant l’exemple, ou à débriefer les morceaux : « le truc que vous venez de faire à la fin, on aurait dit les Tontons Flingueurs » dit-il aux musiciens  hilares. Ou encore après « Palinodie »,  une jolie ballade composée par Guillaume Schmidt, « Tu peux me refaire un slow, je suis sur un coup » ; impayable. Jouer sérieux – car ça joue excellemment bien – sans se prendre au sérieux, voilà la vérité.

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Michel et ses commentaires éclairés

« Turnaround et « The Blessing » d’O.C ont lancé le second set qui va se terminer énergiquement par « Listen Here » d’E.H, chacun des musiciens – les cinq pour finir – y allant de son chorus devant quelques danseurs et dans la gaieté générale. Et Dehli qui fait sa ronde.

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Dehli en vadrouille

Ne vous y trompez pas, sous cet aspect de fantaisie il s’agit ici de vraie musique, de vrai jazz, une bonne partie du public est faite de réels amateurs qui viennent chercher, en plus de la qualité musicale, un moment de partage.
C’était déjà Noël ce soir à Uzeste, on reviendra c’est sûr , en janvier je crois fêter les Rois.

Guillaume Schmidt à la Belle Lurette ; un bœuf et une boucherie !

Par Philippe Desmond

La Belle Lurette, St Macaire le 6/11/2016

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Ceux qui voulaient passer une fin de dimanche tranquille et qui sont venus à la jam de la Belle Lurette sont vraiment mal tombés. Ils nous ont mis un souk – et je suis poli – tous ces musiciens à vous faire regretter le canapé rouge de Drucker à la même heure.

Pourtant tout s’annonçait bien, au trio de base composé autour de Thomas Bercy au piano, de Jonathan Hédeline, le fidèle, à la contrebasse et Jéricho Ballan à la batterie s’ajoutait un invité de luxe en la personne du saxophoniste Guillaume Schmidt trop rare dans le coin.

Et bien dès le premier morceau, pas de round d’observation, la bagarre a déjà commencé, « la branlée » me dira plus tard Sébastien Iep Arruti toujours prompt à venir partager son punch avec ses adversaires/partenaires.

Guillaume avait dû préparer son sax alto en mode préchauffage car de suite il a pris les tours sur le « Cold Duck Time » d’Eddie Harris. Le froid de canard on ne l’a pas senti longtemps croyez moi. Parmi les sax, l’alto n’est pas celui que je préfère mais aux mains et au bec de Guillaume je dois avouer que je craque. Il a un timbre, un grain qui ôtent cet aspect un peu trop aigu et clinquant que je trouve à l’instrument ; ce n’est que mon avis mais je le partage. Premier chorus à couper le souffle, pas le sien heureusement , et évidemment Thomas qui lui emboîte le pas car quand il est question de folie il arrive de suite. Il va finir par le casser ce clavier ! Derrière Jonathan et Jéricho commencent leur marathon car tout comme Thomas ils ne vont quasiment pas avoir de pause de toute la soirée. Ils ne seront pas avares de solos et tant mieux pour nous. Sauf que le marathon commence au sprint ! Pas de répit ils enchaînent sur « Broadway Blues » d’Ornette Coleman sur un tempo bien speedé. Tout ce vacarme ameute le voisinage – et même les Bordelais arrivés en nombre – et le bar se remplit aussi vite que les verres se vident. Que ce lieu est chaleureux !

Après ces deux titres, pas le temps de se recoiffer et voilà la jam qui commence avec l’arrivée sur le ring d’un bel athlète, le redoutable poids lourd basque Sébastien Iep Arruti, le roi de la coulisse. « Listen Here » d’Eddie Harris à la mélodie guillerette va ressortir toute cabossée de cette rencontre avec ces tueurs.

Vous l’avez compris on s’est régalé.

Petite trêve avec « In a Sentimental Mood » où un premier guitariste rejoint la bande. Jeu en finesse et douceur de Guillaume, il sait tout faire très bien, une place pour Jonathan à la contrebasse et des prouesses de Jéricho aux balais. « Saint Thomas » voit Olivier Normand et son sax ténor rejoindre le groupe pour une très belle joute avec Iep.

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Un autre guitariste est là qui a un âge certain débute en jazz sous le regard bienveillant de Thomas le chef de jam, Alex Aguilera régale de sa flûte et l’ambiance monte, monte. Le Collectif Caravan qui organise ces soirées peut-être fier d’animer ainsi des endroits hors de Bordeaux qui méritent aussi cette ouverture vers le jazz.

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Pas de bœuf sans « Cantalupe Island » avec Laurent excellent à la basse électrique très funk, pour une version très punchy de ce classique.

Un peu de douceur alors que la fin approche avec la venue de Marina Kalhart qui nous chante « Speak Low » de Billie Holiday, Guillaume lui offrant de temps en temps un tapis de velours au ténor et un band enfin calmé. Marina enchaîne en prenant la contrebasse de Jonathan , elle aussi sous le regard bienveillant du patron qui lui laisse une belle place pour un long chorus ; ça sert à ça les jams, on y progresse à vue d’œil ou d’oreille.

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Amusant de voir lors de ces bœufs chacun avec son classeur de partitions voire son petit carnet pour les plus traditionnels ou un pad pour les plus branchés. On échange deux trois infos, on fixe la tonalité et c’est parti. Un regard par ci, un signe par là pour lancer les chorus, un cri parfois et c’est une affaire qui tourne.

Arrive le générique de fin, immuable ici, avec bien sûr « Caravan », mais un modèle de compétition, châssis rythmique renforcé pour résister aux accélérations et aux breaks, habillage chatoyant pour flatter l’esthétique.

Une boucherie ce bœuf, on reviendra !

La jam de la Belle Lurette c’est chaque premier dimanche du mois de 17 heures à 19 h 30 environ. Prochaine date le 4 décembre avec le guitariste Dave Blenkhorn comme invité.

Le quartet de base de ce soir jouera le dimanche 27 novembre à 17 heures chez Marie-Jo au Café du Sport à Uzeste. Allez-y le lieu est super sympa en plus.

Carte blanche à Roger Biwandu à L’Apollo

par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc, X

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Depuis des années l’Apollo – pas de Harlem, celui de Bordeaux – donne régulièrement carte blanche à Roger Biwandu musicien et batteur éclectique. C’est le mercredi, une fois par mois environ et à l’heure de l’apéro, de 19 h à 22 h pétantes, voisinage oblige.

A chaque fois il s’entoure d’excellents musiciens – Roger est exigeant et il a raison – leur choix dépendant du répertoire et du thème de la soirée. En général c’est un hommage à un artiste, quelquefois à un genre comme la musique West Coast. Ainsi avons-nous eu droit à du jazz, Art Blakey Wayne Shorter, Miles Davis, Herbie Hancock, Franck Sinatra, Al Jarreau… de la pop avec les Beatles, Sting et Police, Mickael Jackson… de la soul avec Earth Wind & Fire, Stevie Wonder, James Brown, etc. Roger Biwandu est inclassable – et ne le souhaite pas – il aime la musique et en possède une culture des plus larges.

Du trio à un orchestre de neuf musiciens comme ce soir le résultat est toujours enthousiasmant. Le lieu est à chaque fois bondé, la température y monte vite, les gorges s’assèchent et donc au bar la belle équipe de l’Apollo ne chôme pas. Les potes se retrouvent, souvent en bandes c’est bruyant et à la fois attentif à la musique. Les musiciens – qui sont ici chez eux et s’y retrouvent nombreux – prennent la place d’une des attractions habituelles du lieu, le billard et le public s’entasse comme il peut devant eux. Mojitos, bières belges, rosé circulent au milieu de ce chaos.

Ce soir avec neuf musiciens c’est aussi l’embouteillage « sur scène » (il n’y en a pas).  Pour sûr l’Apollo ce n’est pas la salle Pleyel, le son n’est pas non plus génial (sauf ce soir justement). Le concert se mérite mais quel plaisir au final ! Ça se passe comme au tennis en deux sets gagnants et toujours gagnés et à 22heures pile donc ça s’arrête, public en délire ou pas ; souvenir de fermeture administrative passée…

Musicalement la qualité est toujours au rendez-vous, le boss a des exigences et s’il y a très peu – ou pas – de répétitions c’est que chacun a ses devoirs à faire à la maison longtemps à l’avance. Ils ont certes tous l’habitude de jouer ensemble, tout cela a l’air facile mais il y a du boulot derrière.

Ce soir une partie de la fine fleur bordelaise est là pour régaler. Tous  de vrais musiciens sans étiquettes trop marquées même si certains sont plus proches du jazz que d’autres. Le flyer annonce « Tribute to Ray Charles and artists soul/Rythm’n blues », on va voir que ce n’est qu’une vague indication.

Quand j’arrive les musiciens sont en train de se faire photographier tous en costumes sombres et cravatés. La grande classe et le concert va le confirmer, le ramage étant à la hauteur du plumage…

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Ce soir c’est la fête du Mirror, pas moins de cinq cuivres sont disposés en première ligne derrière les pupitres. Orgue, basse, batterie complètent le dispositif avec en « leader » Dave Blenkhorn à la guitare et au chant.

L’Apollo se remplit d’un coup aspirant tous ceux qui sirotaient en terrasse et c’est parti ! Avec du Floyd, non pas Pink mais Eddie et son très musclé Knock on Wood. La puissance des cuivres, avec deux trompettes, un sax ténor, un sax baryton (trop rare et si indispensable avec la Soul) et un trombone ! Avec ce dernier Sébastien Iep Arruti va nous faire un festival toute la soirée régalant ses compères musiciens en même temps.

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Dès le premier titre tout le monde est décoiffé et pour calmer l’assistance arrive comme une surprise « La Mer » de Charles Trenet en version « Beyond the Sea » magnifiquement chantée par Dave Blenkhorn et sa chaude guitare jouée sans aucun effet électronique.

Puis on repart à fond avec « Hot Pants Road » de James Brown. Ah le son du sax baryton avec Guillaume Schmidt aux commandes ! Je me souviens enfant d’un concert de Nino Ferrer époque « cornichons » et du son de ce sax qui m’avait marqué et de l’orgue bien sûr. Et ce soir justement Hervé Saint-Guirons lui d’habitude si posé se déchaîne avec le sien ; longtemps que je ne l’avais vu aussi démonstratif ! La cabine de l’orgue ventile à 10000 tours. (portrait d’Hervé dans la dernière Gazette Bleue #10)

« Do nothing till you hear from me » d’Ella Fitzgerald et Dave fait son crooner. Il fait aussi sonner magnifiquement sa demi-caisse. « Il joue en la » me précise Dany guitariste bordelais légendaire. Si tu le dis…

« Mustang Sally »  de Mark Rice et non de Wilson Pickett qui lui l’a rendue célèbre, déchaîne la foule qui répond à Dave par des « ride Sally ride » ; Laurent Agnès et Régis Lahontâa et leurs trompettes lâchent les chevaux, des mustangs donc, Loïc Demeersseman et son ténor déboulent  au grand galop, Sébastien et Guillaume font du rodéo. Derrière Roger Biwandu très présent et Marc Vullo impeccable tiennent les rênes de cette cavalerie, ce dernier avec la discrétion habituelle d’un poste pourtant indispensable ; pas de basse pas de groove. Et là gros groove…

Tiens une intro de batterie fameuse, Roger l’adore, c’est « Blues March » d’Art Blakey, avec cette formation c’est tout simplement de la dynamite. Et là on comprend que c’est lui Roger le patron, celui qui commande les chorus, les breaks, les relances. On voit aussi qu’il est heureux, ça tombe bien nous aussi !

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Bon ça sent quand-même un peu l’arnaque de concert, il est où Ray Charles ? Le voilà enfin avec la reprise de « What I said », inusable. Dave le crooner se lâche dialogue avec le public sur ce tube interplanétaire : Heyyy ! Heyyy ! Hooo ! Hooo ! Derrière c’est toujours aussi flamboyant.

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La pause arrive à point nommé. Tout le monde est épaté même nous qui avons l’habitude.

Ça reprend, pas de chapeau, pas de lunettes noires mais une belle version de « Everybody needs somebody » puis le titre jazzy et chaloupé « Killer Joe » de Bennie Golson, un morceau des Meters, à nouveau Art Blakey et  « Moanin’  » et enfin « Hit the Road » de qui vous savez. Le feu à l’Apollo. Rappel avec Ray jusqu’à 22 heures pile, c’est la règle.

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Un tel concert ça vous regonfle, une vraie thérapie, même mon mal au dos a – presque -disparu. Une amie s’approche de moi les yeux brillants « c’est le bonheur » me dit-elle ; ah bon ce n’était pas pour moi ces scintillements…

Pour vous dire la qualité du concert, même le Messi et son Barça en ont attendu la fin pour marquer enfin des buts constatera Roger.

Je redis la chance que nous avons de vivre des moments de cette qualité grâce à ces artistes et aussi à l’Apollo qui entretient cette flamme depuis toujours.

Prochaine carte blanche à Roger Biwandu le dimanche 21 juin ici pour la Fête de la Musique.

Heyyy ! Heyyy ! Hooo ! Hooo ! On rentre de l’Apollo….