Voyage à Tuba – suite du Printemps du Tuba

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Rocher de Palmer, dimanche 9 avril 2017

L’avantage avec la musique, la vraie, l’intérêt avec les musiciens, les vrais, c’est que l’on est jamais au bout de ses surprises.

A priori « le Printemps du Tuba » ne nous concernait pas à Action Jazz. Le tuba et le jazz oui peut-être, avec un de ses dérivés, le sousaphone – ou soubassophone – celui qu’on enroule autour du corps, utilisé dans le jazz New Orleans ou en fanfare. Sinon le tuba… D’ailleurs à y regarder de près on devrait dire LES tubas car ils forment une famille entière dans les cuivres. Du bugle, et oui, au sousaphone, il y en a de toutes les tailles, de toutes les formes, des plus tubas que d’autres, des hélicons, des bombardons, que des noms sympathiques.

Mais il se trouve que la manifestation était organisée par des musiciens qui enseignent la musique mais surtout qui ont des attaches fortes au jazz : Gaëtan Martin éminent tromboniste de jazz et tubiste et Franck Dijeau chef de son big band de jazz entre autres. Et reconnaissez qu’un concert où on annonce 80 tubistes sur scène c’est alléchant. Et c’est comme ça qu’on se retrouve un dimanche après-midi ensoleillé, comme pas vu depuis des lustres, enfermé dans la 650 du Rocher.

Ils sont là tous ou presque les tubistes, mais, surprise, il y en a de tous les âges, des garçons, de nombreuses filles, certains de 7 ans, des adultes hommes et femmes, des amateurs visiblement et des pros, on en connaît comme Fred Dupin et son énorme sousa, un pilier de la scène New Orleans bordelaise.

Michel Godard et au fond Fred Dupin au sousa

Sur scène ça brille de mille feux. Ils sont venus des écoles de musique de la ville, de la région et d’au delà, grâce à leurs professeurs Franck Duhamel, Thomas Leforestier, Julian Cousteil, Joël Golias, Damien Sepeau, Jérôme Lallemand qui ont participé très activement à l’organisation.

C’est beau à voir et plein d’espoir pour l’avenir de la musique et donc pourquoi pas du jazz. Le répertoire ne va en effet pas être classique, allant de titres jazz NO funk à des arrangements contemporains sur de la musique baroque en passant par des titres de pop de Peter Gabriel, Sting et des Beatles.

Les deux invités de marque sont toujours là après leur splendide concert de la veille (voir la chronique précédente d’Annie Robert). Michel Godard est un des maîtres français du tuba, inclassable, brisant les frontières du classique, de la musique contemporaine et du jazz ; rien que le choix son instrument laisse à penser que le personnage est libre, un tuba anodisé bleu du plus bel effet.

Jon Sass – ça rime avec brass –  est son alter ego américain et hier soir ils étaient pour la première fois sur scène ensemble. Son tuba est à la mesure de son gabarit, géant.

La pédagogie de Michel Godard envers ce public composé de néophytes pour la plupart, venus en famille voir leur enfant pour beaucoup, est limpide, pleine d’humour et de gentillesse ; son intervention avec un trio de solistes de 6 ou 7 ans de moyenne d’âge tirant de leurs tubas des rugissements sur un fond chaud et cuivré de tous les autres était un moment de grâce.

Michel Godard nous fait aussi découvrir cet instrument insolite datant du XVème siècle le serpent, ancêtre du tuba. A contrario du saxophone qui est un bois fait en cuivre il est lui assimilé à un cuivre alors qu’il est en bois, recouvert de cuir et à embouchure en corne (autrefois en ivoire). Un son profond et chaud inattendu.

Michel Godard au serpent

Michel Godard au tuba nous montre ce qu’est la respiration continue ou circulaire, sur une improvisation nommée « Aborigènes » en hommage à ceux qui l’ont créée, aucun blanc pendant près de cinq minutes et surtout de la musique.

Jon Sass lui nous démontre le modernisme de l’instrument, le mêlant notamment de hip-hop. De son énorme tuba il est capable de tirer les finesses les plus inattendus comme les grondements les plus fous.

« Fragile » de Sting nous est apparu dans une version hors de toute référence musicale, métamorphosée par ces 80 cuivres, une émotion palpable, de la beauté pure ; très bel arrangement de Gaëtan Martin. Et tous ces petits qui jouent ça, réalisent-ils ?

Gaëtan Martin à la baguette devant Jon Sass

« Helter Skelter » des Beatles il fallait y penser et bien ils ont osé et heureusement, quelle énergie ! Habib Daabour, un tout jeune batteur assisté du chevronné Julien Trémouille, assure le beat derrière ; Franck Dijeau est au clavier et visiblement s’éclate alors qu’un guitariste vu très récemment ici même dans l’univers si différent de Post Image régale à la guitare, Patricio Lameira.

Habib Daabour et derrière Patricio Lameira et Franck Dijeau

Venu là presque par hasard, je suis sur le postérieur, pour être aussi poli que les cuivres devant mes yeux, des frissons me parcourent le dos et mes yeux s’embuent un peu…

Un vrai bonheur cette matinée dans l’univers du tuba !

 

 

Play list :

Black out in NYC (Comp. Bonerama Arrangement: Gaëtan Martin)

Book of Love (Peter Gabriel Arrangement: Gaëtan Martin)

Ballo Delle Ombre (Maurizio Cazzati Arrangement: Gaëtan Martin)

Ca va s’arranger (comp. Michel Godard Arrangement: Gaëtan Martin)

Helter Skelter  ( the Beatles Arrangement Jon Sass)

Fragile (Sting Arrangement: Gaëtan Martin)

The Wizard (Comp Bonerama Arrangement: Gaëtan Martin)

Michel Godard / Jon Sass « Tu vas voir, ce que tuba voir !!  »

par Annie Robert, photos Philippe Marzat

Rocher de Palmer
Cenon/ Bordeaux 8 mars 2017

Michel Godard et Jon Sass

Foi d’un pipeau à coulisse, si quelqu’un m’avait affirmé avant ce concert, que le tuba pouvait être un instrument inventif voire subtil, je lui aurais pouffé au nez sans ménagement…ouarf !

Quoi, ce gros tortillon cuivré, cette fausse trompette version XXL, cette espèce de balourd de fond d’orchestre…délicat ?
Voyons, soyons raisonnables : joyeux certes dans les bandas et les orphéons, pimpant c’est sûr, puissant sans conteste dans les musiques militaires…mais créatif et léger ?
Mea culpa. Faisant fi des clichés et des idées reçues, le concert de ce soir a prouvé largement le contraire, avec brio, en ouvrant l’océan des possibles.
Deux grands noms associés, deux grands maîtres de cet instrument, le français
Michel Godard et l‘américain Jon Sass venaient de guider les oreilles, les doigts et les souffles d’un dizaine de professeurs, de professionnels et de formateurs durant une master class dans le cadre du Printemps du Tuba qui se tenait à l’école de musique de Cenon.
La restitution live de ce travail fut magistrale et riche, la soirée des surprises à tous les niveaux.

Jon Sass

D’abord seuls sur scène et réunis pour la première fois, les deux tubistes ont déployé toute l’étendue de leur talent. Pédagogues, complices, proches du public, désireux de faire découvrir les capacités insoupçonnées de leur instrument, ils se sont glissés dans des bruissements d’éléphants joyeux, des claqués de langues et des mouvements de groove sans faille alternant chacun la ligne basse ou l’impro. Les embouchures, comme des cornes d’abondance se sont remplies de petits souffles, de chants murmurés ( on peut chanter en soufflant dans un tuba !!), de meuglements swing.

Michel Godard

Le tuba révélait peu à peu sa non-limite…Que se soit dans « Passa mezzo » de Michel Godard, sur un thème renaissance, ou dans « In Mémoriam », on s’est plu à suivre des phrasés rapides ou simples, des sons faibles tellement maîtrisés qu’ils s’approchaient de la contrebasse. On a suivi le solo de « Spectro walk »  de Jon Sass comme une marche dans l’inconnu remplie de changement de couleur et de tempo. Et on est resté pantois devant « Aborigène » un solo de Michel Godard autour des musiques australiennes et du Didjeridu , roulé dans un souffle circulaire sans silence avec une intensité croissante et décroissante sans pause aucune; une prouesse technique certes mais pas seulement : un vrai propos, une véritable atmosphère,
Retour au jazz proprement dit ( on ne s’en était pas vraiment éloigné…) avec « 
Beautiful Love » et la découverte d’un instrument étonnant, le serpent, ancêtre des tubas et des sax , qui accompagnait le plein chant au moyen âge, un long tube de bois courbé, dont on bouche les trous comme une flûte et qui a donné au morceau une douceur tragique et délicate, comme une mystérieuse trompette de brume claire.
Une découverte supplémentaire avec une galaxie de sonorités nouvelles.

Oscar Arabella au serpent et Patricio Lameira à la guitare

Puis se sont agrégés les dix stagiaires de la masterclass, avec toute la famille des tubas ( enfin presque, il paraît qu’il y en a d’autres….) : les euphoniums, les contretubas et les soubassophones plus une batterie et une jolie guitare. On est passé alors dans des mouvements collectifs, plus symphoniques avec Michel Godard à la direction d’orchestre. De «  Trace of grâce » à « Blue light » en passant par « Deep memories » les morceaux se sont enchaînés comme autant de chants et contre-chants, d’harmonisations délicates et de danses par-dessus le pavillon. Les soubassophones ont enfourché des solos improbables, la guitare leur rendant la pareille, un classiquo- jazz, tonifiant ou mélancolique. Ces diables d’instruments sachant décidément tout faire…

Mais les surprises n’avaient pas dit leurs derniers mots… des invités ( et pas des moindres) se sont glissé au fur et à mesure : René Lacaille a soufflé avec son petit accordina des lames de soleil, Jean Luc Thomas a fait s’envoler des pas de cigognes et des battements de cœur sur le flan de sa flûte traversière, et l’espagnol Oscar Arabella a charmé son serpent rien que pour nous.

René Lacaille et Michel Godard


Tout cela dans une dimension épique et surtout cohérente… De passionnants duos, des sons joyeux et naturels, personne ne cherchant à se pousser du coude ou du piston mais à créer un réel instant d’échange musical, voilà ce qui a caractérisé cette seconde partie qui s’est terminée sur un dernier morceau avec une entame renaissance et une furieuse biguine terminale… Du lourd et du bon, du subtil et de l’étonnant, du miel et du poivre.

Jean-Luc Thomas

Michel Godard et Jon Sass ont prouvé ce soir que peu importe l’instrument finalement, qu’il soit facile ou pas, familier ou pas, clinquant ou pas, charmeur ou pas. Au-delà de la virtuosité, seuls comptent le projet et le discours et ce soir-là, il y en avait à foison.
Le printemps du Tuba s’est poursuivi dimanche par un concert géant réunissant 80 stagiaires , un concert qui n’était sûrement pas  « à bout de souffle » comme dirait Godard !!

Gaëtan Martin organisateur du festival avec Michel Godard et Jon Sass

Le swing étincelant du Franck Dijeau Big Band.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Rocher de Palmer, mardi 28 mars 2017.

Le bonheur c’est simple comme un big band, preuve nous en a été donnée hier soir dans un Rocher 650 plein à craquer.

Pourtant un big band ce n’est pas simple ! Pensez donc 17 musiciens ! (la liste en fin d’article).

Il faut déjà les trouver. A Bordeaux pas de problème il y aurait presque l’embarras du choix tellement les talents y sont nombreux.

Il faut les réunir sachant que tous ont de nombreux autres projets.

Il faut qu’à l’heure dite aucun ne manque à l’appel.

Il faut de quoi nourrir chacun musicalement (répertoire, arrangements, partition) et aussi à table….

Il faut ensuite accorder tous les violons et sans violon dans l’orchestre ce n’est pas facile.

Il faut aussi trouver 16 cravates identiques – le chef curieusement n’en a pas – essayez vous verrez que ce n’est pas le plus aisé.

Et j’en passe…

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Cette prouesse Franck Dijeau l’a réalisée avec la passion et la fougue qui le caractérisent. Depuis que le projet est né voilà deux ou trois ans il n’a cessé de le peaufiner de le polir pour arriver ce soir à un niveau de qualité maximal. Cette soirée de sortie du premier album du Franck Dijeau Big Band « Swing Sessions » il la désirait, elle l’obsédait depuis des mois, son impatience affichée sur les réseaux sociaux était plus que palpable, elle se devait d’être réussie tout comme l’est l’album. Elle l’a été, splendide, magnifique, brillante comme les reflets des cuivres de l’orchestre.

Tout a bien commencé avec un « before » dans le foyer du Rocher destiné aux partenaires et aux souscripteurs venus chercher leur album pré-commandé il y a des mois. La famille et les amis sont là, les officiels aussi. Rappelons pour ceux qui l’ignorent que Franck est le directeur de l’école de musique de Cenon à quelques encablures du Rocher. Excellents vins du château La Bertrande dont un magistral cadillac liquoreux pour préchauffer une partie du public… et les musiciens visiblement plus détendus que leur chef. « La journée de répétition s’est très bien passée » me confie Thierry Lujan le guitariste ; ils n’avaient pourtant pas joué ensemble depuis la résidence d’enregistrement à la Coupole en décembre ! 17 !

La queue est déjà très longue devant le Rocher, bien au delà du food truck de service. Vite le concert !

Salle 650 rouge et noire et les voilà tous sur scène en noir et rouge, le pari esthétique est déjà réussi. Rien de tel qu’un bon titre de Count Basie pour accueillir tout le monde ; « Jumpin’ at the Woodside » et nous voilà instantanément transportés dans cette époque rêvée des comédies musicales de Broadway, nos tenues se transformant en smoking, les dames s’habillant ou se déshabillant de robes de soie aux décolletés profonds et élégants. On s’y croirait ! On y est. Sur scène ça scintille de notes et ça va swinguer jusqu’au bout.

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Prise de son et lumières au top vont permettre de régaler les oreilles et les yeux. 17 musiciens et pourtant la possibilité de distinguer musicalement chacun d’un regard. Quand on pense big band on évoque de suite la puissance ; certes elle est là mais tellement accompagnée de nuances, de breaks ciselés faisant surgir le son délicat de la guitare, ou le ronflement de la contrebasse ; c’est une surprise continuelle mais aussi un bonheur de deviner les contrepoints des cuivres et bois (les sax et oui !). Franck Dijeau est allé chercher les versions initiales des morceaux pour les arranger à sa manière avec modernité mais respect.

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Pas de spectacle guindé comme le laisserait penser la présentation élégante de l’orchestre, au contraire sur scène une ambiance joviale mais appliquée ; on se chambre, on s’encourage, on se fait des niches, on ose relever des défis, objets de paris préalables. « Les Loulous » comme les nomme affectueusement le chef, assurent le spectacle et lui n’est pas le dernier à aller les chercher et à mettre de la fantaisie comme dans cette intro au piano volontairement interminable raillée par les musiciens qui s’impatientent ! Musicalement il les dirige au doigt et à l’œil ; au poing même, pas sur la figure, mais boxant l’air pour signifier le punch souhaité. Franck ne tient pas en place quittant son clavier -un vrai et beau piano à queue – pour diriger l’orchestre ou lancer les battements de main du public, y revenant pour un chorus ou signifier le final de trois petites notes.

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Évidemment certains diront que cela est codifié, que les chorus sont préparés à l’avance, le nombre de mesures fixé ; certes mais à 17 il vaut peut-être mieux non ? Ainsi à tour de rôle les solistes se lèvent et s’avancent pour faire leur numéro ; c’est réglé au palmer, évidemment.  Quand c’est son tour, le plus dissipé de tous, Sébastien « Iep » Arruti en profite pour faire des selfies, même avec le patron ! De l’humour, de la bonne humeur sur scène très communicative, tout cela permis par la qualité musicale remarquable.

Quasiment tout l’album va être joué avec en bonus un bon vieux rag de 1929, « Bugle Call Rag » qui se termine dans un tempo délirant, le big band y libérant tous ses chevaux ; ils l’avaient juste répété pour la première fois l’après-midi…

Rappel debout pour une version jungle de « Sing Sing Sing » avec un Julien Trémouille en démonstration à la batterie, se retrouvant seul sur scène pendant un chorus magistral au cours duquel il va garder un tempo de métronome tout en jouant continuellement le thème en filigrane.

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C’est fini. Plutôt ça commence car ce projet il va falloir le montrer à un maximum de gens, il le mérite et le public le mérite aussi. Pour les organisateurs de spectacles renseignez vous le prix est tout à fait abordable et vous êtes sûr d’attirer et de combler le public. Du très haut niveau.

En attendant achetez le disque et même s’il est sur toutes les plate formes numériques prenez le en CD, la pochette est superbement faite et très détaillée. En vente notamment chez Cultura, partenaire du projet,  diffusé dans Open Jazz sur France Musique et déjà dans le peloton de tête des ventes de jazz en France !

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Le Franck Dijeau Big Band :

Franck Dijeau direction d’orchestre, piano, arrangements, recherches, communication, logistique…

Julien Trémouille à la batterie, Thierry Lujan à la guitare et Gabriel Genin à la contrebasse.

Bertrand Tessier et Serge Servant au sax alto, François-Marie Moreau et Jean-Robert Dupuy au sax ténor, Jean-Stéphane Vega au saxbaryton.

Renaud Galtier, Sébastien « Iep » Arruti, Philippe Ribette et Gaëtan Martin aux trombones Franck Vogler, Mickaël Chevalier, Manuel Leroy et Antonin Viaud aux trompettes et bugle (MC)

Pour en savoir plus :

Article du Blog Bleu : http://blog.actionjazz.fr/franck-dijeau-big-band-making-of/

Article et critique CD dans la Gazette Bleue pages 32-33 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

Site web : www.franckdijeau.fr

Franck Dijeau Big Band : making of

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Vendredi 23 décembre 2016, La Coupole à St Loubès (33)

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Nos activités pour Action Jazz nous amènent à sortir beaucoup le soir, l’après-midi beaucoup plus rarement, mais aujourd’hui nous innovons, ça se passe le matin, pas en matinée qui au spectacle veut dire après-midi – jamais compris pourquoi – non, avant midi.

Dans la grande salle de la Coupole il y a plus de gens sur scène que dans les gradins, nous sommes là pour une séance d’enregistrement vidéo du Big Band de Franck Dijeau. Cette formation qui existe depuis quelques années y termine une semaine d’enregistrement pour son premier album dont la sortie officielle est prévue au Rocher de Palmer le 28 mars.

L’ambiance est très détendue aujourd’hui car l’enregistrement proprement dit s’est terminé hier soir. Enregistrer un big band dans les conditions du direct, choix délibéré de Franck Dijeau, n’est pas une mince affaire. On ne peut imaginer quand on voit un tel groupe sur scène ou qu’on l’écoute sur CD le travail que cela représente. Qui ose dire après ça que musicien ce n’est pas un vrai métier. Par exemple hier la journée entière a été consacrée à un seul morceau ! Certes chaque jour précédent ils en ont mis trois en boîte.

Il faut dire qu’ils sont 17 à jouer. Franck Dijeau dirige l’orchestre depuis son piano, près de lui, côté jardin, la rythmique avec Julien Trémouille à la batterie, Thierry Lujan à la guitare et Gabriel Genin à la contrebasse. Les soufflants sont côté cour, les bois en bas avec cinq sax, Bertrand Tessier et Serge Servant à l’alto, François-Marie Moreau et Jean-Robert Dupuy au ténor, Jean-Stéphane Vega au baryton ; au dessus les cuivres avec quatre trombones, Renaud Galtier, Sébastien « Iep » Arruti, Philippe Ribette et Gaëtan Martin, et derrière, debout, quatre trompettes, Franck Vogler, Mickaël Chevalier, Manuel Leroy et Antonin Viaud. Le moindre « pain » de l’un d’entre eux, le moindre décalage et il faut recommencer. Certes Franck n’a pas choisi les plus mauvais mais, malgré tout, jouer une telle musique avec ses arrangements très travaillés n’est pas une science exacte et le leader, à juste titre, est exigeant. Pour avoir eu la chance d’écouter les bandes brutes sans aucun mixage je peux vous dire que le pari est gagné, ça va être – car c’est déjà – splendide ! Nous en reparlerons dans la Gazette Bleue de mars.

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Aujourd’hui donc il s’agit de faire une vidéo de présentation du big band et la séance est un peu spéciale. Il règne une ambiance de potaches sous l’œil bienveillant du chef -il les appelle « mes loulous » – on se croirait parfois dans une salle de classe agitée, toujours un ou deux debout ou sorti, ça rigole, ça chambre, ça vanne, Iep en tête bien sûr. La pression de l’enregistrement est retombée et aujourd’hui ils vont faire semblant, pas du play-back, non on n’est pas à la télé, mais ils vont jouer sur la bande son d’un morceau enregistré dans la semaine : « Dinner with Friends » de Count Basie, sur un arrangement de Neal Hefti revu et corrigé par Franck Dijeau. Un titre bourré d’énergie avec un swing d’enfer.

La mise en place du jour n’est guère musicale mais logistique. Nettoyage de la scène, habillage des estrades, positionnement rigoureux du rideau de fond, réglage de l’écartement des pupitres et tenue soignée de rigueur ! Chemise et pantalon noirs, cravate motif cachemire rouge – au nœud pré-noué la veille par une âme attentionnée – pour la troupe, costume noir et chemise rouge pour le chef. La classe ! Une fois tous installés ça a drôlement de la gueule. C’est ça aussi qu’on attend d’un big band, au delà du plaisir musical extrême que cela procure – et là on est servi – il y a aussi cette esthétique qui fait partie des codes du genre. A propos de genre d’ailleurs, vous avez remarqué que c’est le genre masculin qui est ici la norme ; un jour la parité sera peut-être là aussi obligatoire…

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Un tel tournage c’est assez laborieux. Nous avions eu la chance le mois dernier de participer à celui du teaser d’Akoda et déjà avec 4 musiciens cela avait duré longtemps (le résultat est magnifique), mais aujourd’hui c’est encore autre chose.

Plusieurs prises de vue d’ensemble pour commencer, puis zoom sur la section de sax, puis ceux-ci s’éclipsent pour qu’on puisse filmer la section de trombones qui disparaît ensuite pour rendre les trompettes accessibles. A chaque fois on remet la bande son à zéro et on laisse le morceau se finir. Plus que la rythmique sur scène, le cameraman se concentrant sur chacun, le son complet de l’orchestre paraissant saugrenu sur cette scène désertée. C’est fini ? Tu parles ! On repart big band complet pour quatre ou cinq prises à faire semblant ou presque car il jouent vraiment sur la bande son. Et encore une dernière filmée en plongée depuis une nacelle.

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Une photo de famille autour du piano pour terminer et tout le monde se retrouve pour un pot lors duquel avec pudeur et émotion Franck Dijeau, tel Napoléon, félicite ses troupes par ce court compliment : « vous m’avez fait vivre le plus grand moment musical de ma vie ». Rien à rajouter.

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C’est une chance pour nous que d’assister à de tels moments, dans une excellente ambiance, avec des gens talentueux, travaillant très sérieusement et très professionnellement mais qui pour autant ne se prennent pas au sérieux. Nous attendons le disque avec impatience, son mixage commençant dès le début janvier, chaque leader de section y participant.

Le Big Band de Franck Dijeau compte bien ensuite décrocher des dates, alors tourneurs, organisateurs de concerts, de festivals contactez-les, vous ne le regretterez pas et dites-vous que le public vous en sera reconnaissant !

https://www.facebook.com/franckdijeaubigband/

 

Le Hot Swing Sextet enfièvre la Guinguette.

par Philippe Desmond.

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Guinguette Alriq le jeudi 8 septembre 2016.

A Bordeaux depuis quelques jours la canicule étire l’été et entretient une ambiance de vacances, faisant presque oublier que la rentrée est déjà bien installée. Mais ce jeudi soir brutalement les degrés ont chuté, dix de moins que la veille et il fait presque frisquet en arrivant à la Guinguette Alriq. Qu’à cela ne tienne le Hot Swing Sextet s’en occupe, il va enfiévrer le lieu de sa sensationnelle énergie musicale, une énergie qu’on souhaite la plus renouvelable possible.

Comme d’habitude la Guinguette est bondée, son succès et sa fréquentation ont été extraordinaires toute la saison pour la plus grande joie des musiciens qui ont ainsi bénéficié de cette magnifique exposition devant un public pas forcément là pour eux mais qui aura ainsi pu les découvrir. Détail non négligeable, les artistes ayant un intéressement à la recette, trouvent ici un lieu qui récompense leur talent et leur travail de façon très correcte ; ce n’est pas le cas partout.

Dès les premières mesures des couples se lancent sur la piste de danse , le ton est donné ; bientôt ça va danser partout. Et oui, un tel groupe de jazz swing il y a quelques années n’aurait pas forcément intéressé grand monde, ou alors des vieux nostalgiques de cette musique old school de leur jeunesse. Par bonheur, petit à petit et grâce notamment à des associations de danse swing, le public s’est réapproprié ce jazz festif, et ce public est jeune. Ce soir deux associations bordelaises sont présentes pour passer aux travaux pratiques, Tap Swing et Swing Time.

La qualité du groupe est bien sûr un élément décisif ; qualité musicale mais aussi esthétique. Il se sont sapés comme des milords, costards sombres, cravates, casquettes de titi pour les uns chapeau claque pour d’autres ; il ne leur manque que les gants blancs.

Le HSS c’est Thibaud Bonté à la trompette, Bertrand Tessier aux saxophones ténor/soprano, Erwan Muller et Ludovic Langlade à la guitare, Franck Richard à la contrebasse et Jericho Ballan à la batterie, tous d’excellents musiciens. Ils ont choisi délibérément de jouer cette musique de swing des années 30, ce jazz primitif, ce jazz de fête, loin de l’image intello que certains styles du genre ont pu faire naître. Mais attention, pas au prix d’une qualité musicale moindre. Si entre deux passes de rock-swing on dresse l’oreille on entend des chorus de feu, des duels de haut vol ; le swing ne se décrète pas, il se fabrique et ici l’atelier est très performant. Leur dernier CD en témoigne.

La nouvelle piste en bois, la bonne, la vraie, est maintenant prise d’assaut obligeant le repli pour certains sur l’ancienne piste rugueuse en béton qui vous ralentit les pirouettes et use vos souliers, on danse même sur la terrasse entre les tables et les plantes vertes. La température est remontée, que dis-je la température, la fièvre ! En effet arrive le morceau de bravoure historique du swing, le « Big Apple » qui se danse en solo et en cercle chacun passant au centre à tour de rôle. De la folie douce.

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Dans le second set Gaëtan Martin et son trombone viennent rajouter un turbo au moteur déjà puissant du groupe qui va ainsi tout dévaster sur son passage ! Je m’enflamme ? Pas sûr, l’état de ma chemise peut en témoigner… Le lendemain c’est les courbatures et douleurs musculaires qui rappelleront à certains et certaines la soirée endiablée qu’ils ont passée.

Mais voilà minuit, des dizaines de cendrillon redescendent sur terre et partent se coucher, demain il y a école mais au moins ça c’est fait, ce plein d’énergie, de joie et de musique.

En bonus la playlist pour les amateurs (merci Franck) :

1 set
My blue heaven
St Louis blues
I can’t give you anything but love
All that meat and no potatoes
Shine
St James infirmary
Honeysuckle rose
Big Apple 
920 special
Topsy

2 set

Margie
Bei mir bist…
What’s your story
Who’s sorry now
The mooche
Avalon
I’m gonna lock my heart
By and by
Sweet Georgia Brown

Rappel
Ain’t she sweet
I found a new baby

http://melodinote.fr/artist/hot-swing-sextet/

www.actionjazz.fr

 

 

 

Memories Jazz trio à la Cave de la Course

Par Philippe Desmond.

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Action Jazz n’a encore jamais parlé d’un lieu pourtant très dynamique question musique et jazz en particulier, la Cave de la Course. Depuis plusieurs années dans une relative discrétion mais bien relayée par les réseaux sociaux et notamment sa page Facebook, la maîtresse des lieux, la sympathique Jo, et son fils Jérôme animent cette cave à vin avec des concerts réguliers.

Ce soir là l’ambiance était New Orleans avec le Memories Jazz Trio de Denis Girault (clarinette), Jean-Michel Plassan (banjo) et Gaëtan Martin (Tuba). Ce dernier justement revient du NOLA 2016 à New Orleans où il a joué avec une formation de musiciens de la région.

La Cave de la Course est un lieu hors du temps actuel, au décor et à la devanture figés dans le milieu du siècle passé, un havre de nostalgie Améliepoulainien si j’ose dire. Un zinc, du vieux mobilier, des murs de bouteilles dont certaines doivent attendre depuis longtemps qu’un tire bouchon ne les réveille, des postes de radio qui me rappellent mon enfance, des filets de pêche, un vieux piano – qui marche ? – un joyeux capharnaüm très chaleureux. Pas un lieu vintage au design reconstitué mais un lieu authentique, d’époque, de plus de 80 ans comme la plaque 1934 l’indique.

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Particularité de la maison les soirs de concerts : on porte son manger. Pas de tapas sur ardoise ici, pas d’amuse-bouche, pas de sushis ; pas de soucis, si on veut casser la croûte on est prié d’amener son panier. Alors autour des tables des groupes d’amis saucissonnent, rillettent, tartinent, saladent, ça sent bon le pâté, vraiment une ambiance agréablement détendue. Une belle carte de vins et de bières rajoute à ce plaisir.

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Le décor étant planté parlons un peu musique, elle est ici un prétexte à passer un bon moment ensemble. Le trio joue sur une petite estrade, un genre de podium assez exiguë ; pas de big band possible, ici le trio paraît être la jauge maxi. La nature des trois instruments signe de suite le type de musique proposé, du New Orleans. Dès « Indiana », le premier titre, Denis Girault, un des quelques – plutôt rares – clarinettistes de la région et sa casquette de titi vissée à demeure sur la tête se montre excellent, précis et enjoué. Avec ce curieux instrument que reste le banjo Jean-Michel Plassan donne cette couleur si particulière, aussi bien rythmiquement que lors de chorus. Quant au tuba de Gaëtan Martin – un objet magnifique, astiqué comme un miroir en plus – il tisse bien sûr la rythmique avec ce son rond et moelleux qui vous parcours l’échine. Gaëtan, tubiste et aussi tromboniste réputé, me confie que le tuba est pour lui un instrument plein d’avenir qui ne doit pas se cantonner à l’accompagnement rythmique. Il lui trouve un tas de ressources lui qui en joue en jazz mais aussi en orchestre classique ; à suivre…

« Georgia Cabin » et d’autres titres de Sidney Bechet sont ensuite proposés, la clarinette prenant avec bonheur le rôle du sax soprano. Le trio assure , pas besoin d’un groupe étoffé pour faire vibrer et swinguer l’assemblée. La fin du premier set arrive, je dois partir ratant notamment la jam finale, quelques musiciens étant déjà là, comme Ben Ransom en embuscade avec son washboard, prêt à enfiler ses dés à coudre.

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N’hésitez pas à aller découvrir cet endroit, c’est très sympa mais amenez de quoi casser la croûte ; pas besoin de tire-bouchon ils en ont.

Nola news 2016

par Alain Piarou, photos : Irène Piarou

New Bumpers at Fritzel's

New Bumpers at Fritzel’s

Bordeaux ‘s connection …

Le French Quarter doit sûrement être un quartier de Bordeaux car, hier soir on pouvait y croiser bon nombre de musiciens aquitains. Sur Bourbon street,  au célèbre Fritzel’s  on pouvait entendre les New Bumpers avec Fred Dupin au soubassophone, Gaëtan Martin au trombone, Stéphane Borde au banjo et Pascal Perrin à la clarinette et au soprano. Sébastien Arruti venait en plus jammer au deuxième set. Deux heures plus tard, on y entendait Jérôme Laborde et sa nouvelle formation. C’est un public de connaisseurs qui applaudissait les « frenchies ».

Glen David Andrews

Glen David Andrews

Glen David Andrews show !

Au « d.b.a. » club sur Frenchmen street, c’est le chanteur-tromboniste Glen David Andrews (encore un cousin de Troy « Trombone Shorty » Andrews) qui faisait son show. Trois minutes sur la scène et deux heures au milieu du public. Les Périgordins l’avaient découvert et largement apprécié en octobre dernier grâce à la belle initiative de Stéphane Colin et du MNOP Festival. Il vient faire chanter quelques personnes prise au hasard, aguiche les filles et dialogue avec le public pendant que son jeune et excellent saxophoniste fait preuve d’une maîtrise parfaite de son instrument et d’une créativité débordante lors de ses chorus. Deux sets d’1h30 durant lesquels Glen David Andrews joue, chante, passant de thèmes néo-orléanais à des classiques du funk et du rythm ‘n blues sans transition. Il ne tient pas en place une seconde, fait jouer ses musiciens, les congratule en les présentant. C’est le partage et la fête. Que du bonheur !

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Keiko Komaki

Organ night

C’est en écoutant Professor longhair, Dr John et les Meters dit-elle, que Keiko a appris cette musique qu’elle interprète à merveille. Organiste et pianiste, elle était leader d’un trio de classe, au Maple Leaf Bar. George Porter Jr, pas étonnant donc de le retrouver là, faisait chanter sa basse. Un jeu impressionnant et des chorus de toute beauté. Si Raymond Weber Jr ne prenait pas de risques, il s’avérait être un véritable métronome et un soutien très efficace à la batterie. Il prenait toutefois un chorus très remarqué en fin de deuxième set sur un « Caledonia » d’enfer. Keiko se taillait la part du lion et nous faisait passer du funk au Blues et au jazz fusion en jonglant du piano électrique à l’orgue avec une grande virtuosité. Beau concert.

Keiko Komaki, George Porter Jr, Raymond Weber Jr at Maple Leaf Bar

Keiko Komaki, George Porter Jr, Raymond Weber Jr at Maple Leaf Bar

Zydeco in the Park.

Sunspie and the Louisiana Sunspots

Sunspie and the Louisiana Sunspots

Le Parc Louis Armstrong accueille tous les jeudis « Jazz in the Park » à partir de la mi-avril. Et, pour cette première, c’est une soirée Zydeco et musique Cajun. Après la « second line » traditionnelle (défilé derrière des danseurs au son d’un Brass Band) dans le parc et devant la statue de King Louis, place à la scène avec, en première partie, Sunspie and the Louisiana Sunspots. Tous les classiques du genre étaient interprétés avec ferveur et les danseurs s’en donnaient à cœur joie au son de l’accordéon. Bonne ambiance familiale. C’est Amanda Shaw qui assurait la deuxième partie de programme avec toujours autant de punch. Formidable violoniste et bonne chanteuse de musique Cajun. A découvrir pour ceux qui ne la connaissent pas ou méconnaissent ce style musical. Il y a quelques racines françaises dans tout ça.

The Louisiana Sunspots

The Louisiana Sunspots

Delta Blues night.

BB King Blues Club New Orleans

BB King Blues Club New Orleans

Ouvert il y a très peu de temps, le BB King Blues Club of New Orleans accueille, dans un cadre très sudiste, des musiciens du Mississippi et du Tennessee. On peut y manger « cajun » pour pas cher et sur la grande scène, 8 musiciens dans la tradition Blues du Delta, s’activent à vous faire penser que vous passez une soirée dans un des « juke joint » de Clarksdale (Mississippi), en bordure du Sunflower. Et pourtant, on est bien à New Orléans, en bordure du fleuve Mississippi. Belle section de cuivres, un organiste et une section rythmique à la hauteur, accompagnent un excellent chanteur et une formidable chanteuse qui n’hésite pas à aller dans les aigus. Le Delta n’est pas loin et on est bien dans la tradition. Ce nouveau lieu, déjà bondé le week end vaut le détour. Pas forcément authentique mais très plaisant.

Blues Band

Blues Band

Crawfish boil dance party !

Crawfish party at Maple Leaf Bar

Crawfish party at Maple Leaf Bar

Comme tous les dimanches soir, l’habitude est prise d’aller à la « crawfish party » organisée par le « Maple Leaf » club. Tables installées, voici les serveurs avec leurs paniers d’écrevisses, de crevettes, de patates, de saucisses et de maïs. Debout, de chaque côté, les amateurs de sea food se ruent sur la montagne de fruits de mer pendant que les musiciens font leur balance.

Crawfish Party at Maple Leaf Bar

Crawfish Party at Maple Leaf Bar

On débarrasse et le concert commence. Malgré une sonorisation, ce soir, défaillante, un des maîtres du funk, Joe Krown, à l’orgue,

Joe Krown

Joe Krown

Walter « Wolfman » Washington à la guitare,

Walter "Wolfman" Washington

Walter « Wolfman » Washington

Russell Battiste à la batterie

Russell Battiste

Russell Battiste

plus un percussionniste s’adonnent à faire balancer les corps sur du Blues mêlé de funk. Wolfman Washington va même chanter d’une voix rauque et profonde, un « every day I have the blues » sur lequel, Joe Krown va réaliser un chorus d’enfer. Le bar ne désemplit pas car il faut absolument éteindre le feu causé par le tabasco…

 

Boeuf chez le Pépère : les caves se rebiffent


Par Philippe Desmond.

Cela faisait longtemps que je devais aller voir ce qui se passait chez le Pépère pour la jam du premier mardi du mois. Le problème c’est que sortant écouter du jazz du mercredi au dimanche quasiment toutes les semaines cela m’oblige à rogner sur mon temps de repos musical.

Mais le père d’une amie ayant émis le souhait d’écouter du jazz type Nouvelle Orléans, le choix s’est vite porté sur cette jam du mardi vouée à ce style de musique. Pas mon préféré je l’avoue mais allons-y, en bonne compagnie tout est possible.

Le lieu c’est une cave ou plutôt deux caves. L’une est au rez de chaussée où le caviste Thierry « le Pépère », béret sur la tête et bonne humeur en bandoulière, vend du vin toute la journée et propose au bar des boissons et des tapas. L’autre est au sous-sol, voûtée comme beaucoup d’autres à Bordeaux, meublées de tables barriques et dotée d’un semblant de scène. Le tout minuscule.

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En arrivant il y a une dizaine de personnes et l’endroit paraît déjà complet ; on ne va jamais rentrer. Mais si, Pépère avec une réelle bonhomie pousse quelques tables, déplace quelques tabourets et nous trouve un coin contre un mur de bouteilles de vin bien alléchant. Il est 19 heures et trois musiciens s’installent, disons plutôt se faufilent entre deux mange-debout. Pour cet apéro jazz, au banjo Stéphane Borde, à la contrebasse – et oui elle rentre – Nicolas Dubouchet look canaille avec casquette et foulard et à la trompette Thibaud Bonté. Benjamin Ransom, lui avec un look vintage, les rejoindra avec son washboard.

Répertoire Nouvelle Orléans et aussitôt une ambiance d’une gaîté communicative. La cave bistrot est pleine mais se remplit encore, miracle de l’élasticité des corps et de la bonne disposition des convives. Des assiettes de tapas excellentes, un choix de très bons vins à choisir dans les rayonnages sans supplément de prix jusqu’à la fin de l’Happy Hour à 19h30. Un mètre carré se libère, vite on se danse un swing-rock dont les musiciens vont prendre un malin plaisir à en accélérer le tempo. On est mardi soir et c’est la fête. Ça ne fait que commencer.

Vers 20 heures les musiciens font la pause avant de descendre pour la jam de 21 heures. Mais ce soir nous avons de la chance un intermède dansant est prévu en bas, trois filles -en tenue sexy – de l’association « Elle est danse » nous proposant un extrait de leur spectacle « Chicago ». Le vieux papa de mon amie est comblé, on dirait qu’elles sont là pour lui ; et grâce à moi c’est du moins ce que vais essayer de lui faire croire.

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La cave voûtée se remplit, l’escalier en colimaçon écoulant sans arrêt son flots de personnes de tous âges, verres et bouteilles à la main. On sent que le Bordelais a l’habitude du tramway et de sa promiscuité sardinesque car personne n’a l’air mal à l’aise. Du cochon et de ses produits dérivés en haut on va ainsi passer au bœuf en bas. Les musiciens sortent de partout, ils ne seront pas moins de neuf à jouer à la fois.

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Et là ça va envoyer dans tous les sens mettant une ambiance de feu digne certainement des clubs de Saint Germain des Prés tels qu’on peut se les imaginer à travers de vieux reportages ou des films. Le vin et la bière coulent à flots (ici l’unité de mesure de ce breuvage est la pinte, rien en dessous). En plus des musiciens cités se rajoutent des sax (dont Jean Luc Pareau), des trompettistes, un violoniste (Nicolas Frossard) et un trombone (Gaëtan Martin). En fin connaisseur notre vieil ami me glisse « il manque un clarinettiste » ; renseignement pris auprès de Stéphane Borde l’espèce se fait rare dans la région.

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Pas trop de connaissance du répertoire NO pour moi mais quand même quelques standards reconnus comme « St James Infimery » ou « I can’t give you anything but love » et surtout une confirmation : en live les goûts changent, l’ambiance, la proximité des musiciens – qui a dit le vin ? – transforment la perception des choses. Le NO il faut le vivre, pas seulement l’écouter, le French Quarter et Bourbon Street ça doit être quelque chose n’est ce pas Alain Piarou ?

La pause arrive vers 22h30 nous laissons notre demi mètre carré à d’autres, la fin n’étant pas prévue avant minuit et demain ce n’est que mercredi…

Allez chez le Pépère mais mettez vous d’accord avant pour prendre votre tour car il n’y aura pas de la place pour tout le monde !

Bordeaux est encore calme mais attention les caves commencent à se rebiffer…

http://www.chezlepepere.com/