Le swing étincelant du Franck Dijeau Big Band.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Rocher de Palmer, mardi 28 mars 2017.

Le bonheur c’est simple comme un big band, preuve nous en a été donnée hier soir dans un Rocher 650 plein à craquer.

Pourtant un big band ce n’est pas simple ! Pensez donc 17 musiciens ! (la liste en fin d’article).

Il faut déjà les trouver. A Bordeaux pas de problème il y aurait presque l’embarras du choix tellement les talents y sont nombreux.

Il faut les réunir sachant que tous ont de nombreux autres projets.

Il faut qu’à l’heure dite aucun ne manque à l’appel.

Il faut de quoi nourrir chacun musicalement (répertoire, arrangements, partition) et aussi à table….

Il faut ensuite accorder tous les violons et sans violon dans l’orchestre ce n’est pas facile.

Il faut aussi trouver 16 cravates identiques – le chef curieusement n’en a pas – essayez vous verrez que ce n’est pas le plus aisé.

Et j’en passe…

_DSC5636-2_GF

Cette prouesse Franck Dijeau l’a réalisée avec la passion et la fougue qui le caractérisent. Depuis que le projet est né voilà deux ou trois ans il n’a cessé de le peaufiner de le polir pour arriver ce soir à un niveau de qualité maximal. Cette soirée de sortie du premier album du Franck Dijeau Big Band « Swing Sessions » il la désirait, elle l’obsédait depuis des mois, son impatience affichée sur les réseaux sociaux était plus que palpable, elle se devait d’être réussie tout comme l’est l’album. Elle l’a été, splendide, magnifique, brillante comme les reflets des cuivres de l’orchestre.

Tout a bien commencé avec un « before » dans le foyer du Rocher destiné aux partenaires et aux souscripteurs venus chercher leur album pré-commandé il y a des mois. La famille et les amis sont là, les officiels aussi. Rappelons pour ceux qui l’ignorent que Franck est le directeur de l’école de musique de Cenon à quelques encablures du Rocher. Excellents vins du château La Bertrande dont un magistral cadillac liquoreux pour préchauffer une partie du public… et les musiciens visiblement plus détendus que leur chef. « La journée de répétition s’est très bien passée » me confie Thierry Lujan le guitariste ; ils n’avaient pourtant pas joué ensemble depuis la résidence d’enregistrement à la Coupole en décembre ! 17 !

La queue est déjà très longue devant le Rocher, bien au delà du food truck de service. Vite le concert !

Salle 650 rouge et noire et les voilà tous sur scène en noir et rouge, le pari esthétique est déjà réussi. Rien de tel qu’un bon titre de Count Basie pour accueillir tout le monde ; « Jumpin’ at the Woodside » et nous voilà instantanément transportés dans cette époque rêvée des comédies musicales de Broadway, nos tenues se transformant en smoking, les dames s’habillant ou se déshabillant de robes de soie aux décolletés profonds et élégants. On s’y croirait ! On y est. Sur scène ça scintille de notes et ça va swinguer jusqu’au bout.

_DSC5452_GF

Prise de son et lumières au top vont permettre de régaler les oreilles et les yeux. 17 musiciens et pourtant la possibilité de distinguer musicalement chacun d’un regard. Quand on pense big band on évoque de suite la puissance ; certes elle est là mais tellement accompagnée de nuances, de breaks ciselés faisant surgir le son délicat de la guitare, ou le ronflement de la contrebasse ; c’est une surprise continuelle mais aussi un bonheur de deviner les contrepoints des cuivres et bois (les sax et oui !). Franck Dijeau est allé chercher les versions initiales des morceaux pour les arranger à sa manière avec modernité mais respect.

_DSC5564_GF

Pas de spectacle guindé comme le laisserait penser la présentation élégante de l’orchestre, au contraire sur scène une ambiance joviale mais appliquée ; on se chambre, on s’encourage, on se fait des niches, on ose relever des défis, objets de paris préalables. « Les Loulous » comme les nomme affectueusement le chef, assurent le spectacle et lui n’est pas le dernier à aller les chercher et à mettre de la fantaisie comme dans cette intro au piano volontairement interminable raillée par les musiciens qui s’impatientent ! Musicalement il les dirige au doigt et à l’œil ; au poing même, pas sur la figure, mais boxant l’air pour signifier le punch souhaité. Franck ne tient pas en place quittant son clavier -un vrai et beau piano à queue – pour diriger l’orchestre ou lancer les battements de main du public, y revenant pour un chorus ou signifier le final de trois petites notes.

_DSC5528_GF

Évidemment certains diront que cela est codifié, que les chorus sont préparés à l’avance, le nombre de mesures fixé ; certes mais à 17 il vaut peut-être mieux non ? Ainsi à tour de rôle les solistes se lèvent et s’avancent pour faire leur numéro ; c’est réglé au palmer, évidemment.  Quand c’est son tour, le plus dissipé de tous, Sébastien « Iep » Arruti en profite pour faire des selfies, même avec le patron ! De l’humour, de la bonne humeur sur scène très communicative, tout cela permis par la qualité musicale remarquable.

Quasiment tout l’album va être joué avec en bonus un bon vieux rag de 1929, « Bugle Call Rag » qui se termine dans un tempo délirant, le big band y libérant tous ses chevaux ; ils l’avaient juste répété pour la première fois l’après-midi…

Rappel debout pour une version jungle de « Sing Sing Sing » avec un Julien Trémouille en démonstration à la batterie, se retrouvant seul sur scène pendant un chorus magistral au cours duquel il va garder un tempo de métronome tout en jouant continuellement le thème en filigrane.

_DSC5824-2_GF

C’est fini. Plutôt ça commence car ce projet il va falloir le montrer à un maximum de gens, il le mérite et le public le mérite aussi. Pour les organisateurs de spectacles renseignez vous le prix est tout à fait abordable et vous êtes sûr d’attirer et de combler le public. Du très haut niveau.

En attendant achetez le disque et même s’il est sur toutes les plate formes numériques prenez le en CD, la pochette est superbement faite et très détaillée. En vente notamment chez Cultura, partenaire du projet,  diffusé dans Open Jazz sur France Musique et déjà dans le peloton de tête des ventes de jazz en France !

_DSC5345_GF

Le Franck Dijeau Big Band :

Franck Dijeau direction d’orchestre, piano, arrangements, recherches, communication, logistique…

Julien Trémouille à la batterie, Thierry Lujan à la guitare et Gabriel Genin à la contrebasse.

Bertrand Tessier et Serge Servant au sax alto, François-Marie Moreau et Jean-Robert Dupuy au sax ténor, Jean-Stéphane Vega au saxbaryton.

Renaud Galtier, Sébastien « Iep » Arruti, Philippe Ribette et Gaëtan Martin aux trombones Franck Vogler, Mickaël Chevalier, Manuel Leroy et Antonin Viaud aux trompettes et bugle (MC)

Pour en savoir plus :

Article du Blog Bleu : http://blog.actionjazz.fr/franck-dijeau-big-band-making-of/

Article et critique CD dans la Gazette Bleue pages 32-33 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

Site web : www.franckdijeau.fr

Franck Dijeau Big Band : making of

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Vendredi 23 décembre 2016, La Coupole à St Loubès (33)

dsc00935_gf

Nos activités pour Action Jazz nous amènent à sortir beaucoup le soir, l’après-midi beaucoup plus rarement, mais aujourd’hui nous innovons, ça se passe le matin, pas en matinée qui au spectacle veut dire après-midi – jamais compris pourquoi – non, avant midi.

Dans la grande salle de la Coupole il y a plus de gens sur scène que dans les gradins, nous sommes là pour une séance d’enregistrement vidéo du Big Band de Franck Dijeau. Cette formation qui existe depuis quelques années y termine une semaine d’enregistrement pour son premier album dont la sortie officielle est prévue au Rocher de Palmer le 28 mars.

L’ambiance est très détendue aujourd’hui car l’enregistrement proprement dit s’est terminé hier soir. Enregistrer un big band dans les conditions du direct, choix délibéré de Franck Dijeau, n’est pas une mince affaire. On ne peut imaginer quand on voit un tel groupe sur scène ou qu’on l’écoute sur CD le travail que cela représente. Qui ose dire après ça que musicien ce n’est pas un vrai métier. Par exemple hier la journée entière a été consacrée à un seul morceau ! Certes chaque jour précédent ils en ont mis trois en boîte.

Il faut dire qu’ils sont 17 à jouer. Franck Dijeau dirige l’orchestre depuis son piano, près de lui, côté jardin, la rythmique avec Julien Trémouille à la batterie, Thierry Lujan à la guitare et Gabriel Genin à la contrebasse. Les soufflants sont côté cour, les bois en bas avec cinq sax, Bertrand Tessier et Serge Servant à l’alto, François-Marie Moreau et Jean-Robert Dupuy au ténor, Jean-Stéphane Vega au baryton ; au dessus les cuivres avec quatre trombones, Renaud Galtier, Sébastien « Iep » Arruti, Philippe Ribette et Gaëtan Martin, et derrière, debout, quatre trompettes, Franck Vogler, Mickaël Chevalier, Manuel Leroy et Antonin Viaud. Le moindre « pain » de l’un d’entre eux, le moindre décalage et il faut recommencer. Certes Franck n’a pas choisi les plus mauvais mais, malgré tout, jouer une telle musique avec ses arrangements très travaillés n’est pas une science exacte et le leader, à juste titre, est exigeant. Pour avoir eu la chance d’écouter les bandes brutes sans aucun mixage je peux vous dire que le pari est gagné, ça va être – car c’est déjà – splendide ! Nous en reparlerons dans la Gazette Bleue de mars.

dsc00962_gf

 

Aujourd’hui donc il s’agit de faire une vidéo de présentation du big band et la séance est un peu spéciale. Il règne une ambiance de potaches sous l’œil bienveillant du chef -il les appelle « mes loulous » – on se croirait parfois dans une salle de classe agitée, toujours un ou deux debout ou sorti, ça rigole, ça chambre, ça vanne, Iep en tête bien sûr. La pression de l’enregistrement est retombée et aujourd’hui ils vont faire semblant, pas du play-back, non on n’est pas à la télé, mais ils vont jouer sur la bande son d’un morceau enregistré dans la semaine : « Dinner with Friends » de Count Basie, sur un arrangement de Neal Hefti revu et corrigé par Franck Dijeau. Un titre bourré d’énergie avec un swing d’enfer.

La mise en place du jour n’est guère musicale mais logistique. Nettoyage de la scène, habillage des estrades, positionnement rigoureux du rideau de fond, réglage de l’écartement des pupitres et tenue soignée de rigueur ! Chemise et pantalon noirs, cravate motif cachemire rouge – au nœud pré-noué la veille par une âme attentionnée – pour la troupe, costume noir et chemise rouge pour le chef. La classe ! Une fois tous installés ça a drôlement de la gueule. C’est ça aussi qu’on attend d’un big band, au delà du plaisir musical extrême que cela procure – et là on est servi – il y a aussi cette esthétique qui fait partie des codes du genre. A propos de genre d’ailleurs, vous avez remarqué que c’est le genre masculin qui est ici la norme ; un jour la parité sera peut-être là aussi obligatoire…

dsc00639_gf

Un tel tournage c’est assez laborieux. Nous avions eu la chance le mois dernier de participer à celui du teaser d’Akoda et déjà avec 4 musiciens cela avait duré longtemps (le résultat est magnifique), mais aujourd’hui c’est encore autre chose.

Plusieurs prises de vue d’ensemble pour commencer, puis zoom sur la section de sax, puis ceux-ci s’éclipsent pour qu’on puisse filmer la section de trombones qui disparaît ensuite pour rendre les trompettes accessibles. A chaque fois on remet la bande son à zéro et on laisse le morceau se finir. Plus que la rythmique sur scène, le cameraman se concentrant sur chacun, le son complet de l’orchestre paraissant saugrenu sur cette scène désertée. C’est fini ? Tu parles ! On repart big band complet pour quatre ou cinq prises à faire semblant ou presque car il jouent vraiment sur la bande son. Et encore une dernière filmée en plongée depuis une nacelle.

dsc00746_gf

Une photo de famille autour du piano pour terminer et tout le monde se retrouve pour un pot lors duquel avec pudeur et émotion Franck Dijeau, tel Napoléon, félicite ses troupes par ce court compliment : « vous m’avez fait vivre le plus grand moment musical de ma vie ». Rien à rajouter.

dsc00835_gf

C’est une chance pour nous que d’assister à de tels moments, dans une excellente ambiance, avec des gens talentueux, travaillant très sérieusement et très professionnellement mais qui pour autant ne se prennent pas au sérieux. Nous attendons le disque avec impatience, son mixage commençant dès le début janvier, chaque leader de section y participant.

Le Big Band de Franck Dijeau compte bien ensuite décrocher des dates, alors tourneurs, organisateurs de concerts, de festivals contactez-les, vous ne le regretterez pas et dites-vous que le public vous en sera reconnaissant !

https://www.facebook.com/franckdijeaubigband/

 

Je (ne) hais (plus) les dimanches

par Philippe Desmond.

Le problème des dimanches c’est qu’ils finissent par se terminer et débouchent ainsi sur le lundi. Pour beaucoup la reprise du boulot avec certes ses satisfactions mais aussi ses contraintes et ses soucis, pour d’autres l’absence de boulot et ses désagréments. « Je hais les dimanches » avait chanté Juliette Gréco. Et bien Action Jazz a trouvé la parade et depuis un moment déjà : aller écouter du jazz ! Et oui plutôt que se fader Drucker en fin d’après-midi et le film saucissonné de pubs un peu plus tard, il est ainsi possible de passer une belle soirée musicale à Bordeaux.

20160904_185457

On peut commencer à 18h30 au Molly Malone’s quai des Chartrons et cela de septembre à juin au moins. Ce soir c’est un de nos groupes favoris qui opère, Akoda en trio pour l’occasion – du moins au début – avec autour de Valérie Chane-tef, la pianiste compositrice, les fidèles Franck Leymerégie au set de percussions et Benjamin Pellier à la basse. On connaît leur jazz créole inspiré, teinté de des rythmes antillais et réunionnais , leurs envolées lyriques et chaleureuses avec une belle énergie et beaucoup d’élégance. Les trois sets, comme au tennis, vont nous le confirmer. D’autant que très vite le trio accueille un invité, qui n’en est pas vraiment un, François-Marie Moreau, « FM », au soprano et au chant avec notamment un très beau « Nature Boy ». Leur répertoire reprend les titres du dernier EP « Mariposa », pour la plupart composés par VCT, plus la très belle version, méconnaissable pour beaucoup, de « Bonnie and Clyde » de Gainsbourg et quelques standards dont un « Caravan » modèle de luxe, toutes options, double essieu et surtout de toute beauté. Duke a dû apprécier. Précisons qu’au troisième set un vrai invité a complété le groupe, finissant ainsi en quintet, Michaël Geyre, l’excellent accordéoniste du Peuple Etincelle, la formation jubilatoire et inclassable de la galaxie Lubat.

?

?

La chaleur est encore intense et la musique en rajoute, obligeant le public à tester la large palette de couleurs de ce pub irlandais ; blanche, blonde, rousse, ambrée, brune, il y en a pour tous les goûts. Quant au fish and chips, le simple fait ce soir de le regarder vous fait couler de grosses gouttes sur le front. Mais pourtant fish and chips et burgers traversent sans cesse la salle aux mains des serveurs affairés. Du monde, beaucoup de musiciens venus écouter leurs collègues et amis, une ambiance conviviale et bon enfant, de la très bonne musique, une fin de dimanche après-midi idéale.

C’est fini, il est 21h30, il faut rentrer. Et bien non, ce serait trop triste.

Direction le CanCan, rue du Cerf Volant dans le vieux Bordeaux, où ça guinche jusque dans la rue au son de la musique New Orleans. Le lieu n’est vraiment pas très grand et malgré la clim il y règne une chaleur tropicale. Il faut dire que Perry Gordon & his Rhythm Club rajoutent des calories au climat général. Quatre musiciens sans retenue pour le plus grand bonheur des danseurs que l’étroitesse du lieu ne décourage pas : Ben Ransom à la trompette et au chant, Denis Girault à la clarinette, Nicolas Dubouchet à la contrebasse et le nouveau du groupe Florian Mellin à la guitare dobro.

?

?

Bonne nouvelle, ici la musique New Orleans attire des hordes de jeunes qui viennent faire la fête et danser. On oublie trop que le jazz est à l’origine une musique festive et ce lieu vivant nous le rappelle. Déco vintage hétéroclite, bière artisanale locale et une belle carte de cocktails originaux aux noms insolites comme « Joyeux Bordel », « Sans Culotte », « Fallait que j’en prende ? », à base de breuvages aux noms oubliés, Guignolet, Rinquinquin…

?

?

Sur scène, car il y en a une, Ben Ransom anime la soirée de son fort sympathique accent anglais, alternant la trompette et un chant aux effets eux aussi vintage. Répertoire old jazz, blues New Orleans et beaucoup de swing, la clarinette entraînante de Denis Girault faisant plus que répondre à la trompette. La rythmique souvent déchaînée de la contrebasse et de la dobro contribue à ne pas vous laisser de marbre ! Un bien bon moment.

Minuit approche, le Mississippi va redevenir Garonne, petit à petit les danseurs repartent réalisant qu’apparemment demain c’est lundi. Et oui cette fois c’est fini. Mais mardi ça redémarre chez le Pépère avec la jam mensuelle !

 

Un papillon sur un Caillou ; Akoda Instrumental

par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc

TDBC7398

Valérie Chane-Tef est une femme de caractère, un petit gabarit mais une forte personnalité. Ce soir en s’installant au Caillou elle a carrément fait pivoter le grand piano d’un demi-tour à la grande surprise de Benoît le maître des lieux. Personne n’avait jamais osé le faire ni le demander ; elle l’a fait sans le demander et elle a eu raison, se retrouvant ainsi physiquement au centre de son quartet  comme elle se retrouve au centre de son nouveau projet, Akoda Instrumental.

TDBC7477-Modifier

Action Jazz en a déjà parlé dans la dernière Gazette Bleue, l’idée de cette variante d’Akoda sans la chanteuse Mayomi Moreno – à qui Valérie va rendre un bel hommage – est donc de redonner à la pianiste-compositrice l’importance et la liberté que la présence de parties chantées limite un peu.

Pour l’entourer on retrouve l’excellent François-Marie Moreau qui va nous montrer l’étendue de son talent et de son matériel, du sax soprano au magnifique et rutilant sax baryton en passant par le ténor et la flûte ; il va mettre se commettre sur un mini xylophone genre jouet, faisant dire à Alain Piarou – le président d’Action Jazz pour ceux qui l’ignoreraient encore – que maintenant qu’il est un grand il pourra en commander un vrai au Père Noël. Une ambiance amicale en plus ce soir comme vous le voyez.

A la basse toujours Benjamin Pellier qui dans son rôle apparemment paisible de rythmeur de fond va nous livrer une prestation de haute volée, finissant en sueur tel un guitar hero. Il est excellent dans tous les registres et son apport est énorme. Sa ligne de basse chantante sur une des rares reprises va nous envouter un moment avant que nous ne reconnaissions le titre : « Bonnie & Clyde »  de Gainsbourg.

Au set de percussions bien sûr Franck Leymerégie va, comme il le dit lui-même, nous « faire sa tambouille ». Avoir la chance d’être à côté de lui et de voir fonctionner cette fabrique artisanale – mais tellement pro – de sons et de rythmes est un vrai bonheur. Baguette dans une main, rien dans l’autre, passant de sa caisse claire aux congas, au cajon, aux cloches, au bendir (ah cette vibration !), aux nombreuses cymbales, et à tout un tas de machins, le pied marquant le temps au charley, il est redoutable.

Cette soirée est le premier concert du groupe dans cette configuration et correspond à la sortie de « Mariposa » (Papillon) l’album EP de sept titres, dont six compositions de Valérie. Celle-ci est tendue, elle a le trac, comme les tous les vrais artistes qui prennent des risques, croient en ce qu’ils font et respectent leur public. Ce trac tombe dès que la musique commence et nous allons avoir droit à un vrai festival.

TDBC7425-Modifier-Modifier

Le premier set qui commence avec un titre lent sur fond de chants traditionnels va nous livrer l’essentiel de l’album. Citons quelques titres, le mélodieux « Mariposa » l’occasion pour FMM de nous offrir un long et beau chorus de soprano, le superbe « Innocence » dans lequel VC-T plaque des accords délicats, le tube de l’album, « Ou pas », du jazz merengue bien chaloupé où le piano se promène. Quelques reprises d’Akoda réarrangées – avec la patte de Francis Fontès – complètent le set avec bonheur. La joie règne sur scène et dans la salle, on est drôlement bien !

Le second set est résolument plus débridé avec des reprises et plus de liberté dans les chorus. Il commence en trio –sans FMM – et le piano rayonne, Valérie est en liberté elle en profite, se régale et nous régale. Quel talent. De « Batarsité » du Réunionnais – comme elle – Danyel Waro au vieux standard « Softly, as in a Morning Sunrise » en passant par une version exceptionnelle – et méconnaissable longtemps – du « Bonnie & Clyde » de Gainsbourg nous allons avoir droit à une prestation exceptionnelle. Le public est mis à contribution pour des « palmas » pas si simples et il assure ! Le quartet est au taquet, souvent en battle à quatre !

En rappel Akoda Instrumental nous joue « Y que tu quieres » ; ce que je veux c’est d’autres soirées comme celle-ci, tiens pourquoi pas au Siman, quai de Queyries à Bordeaux mercredi prochain, le 30 septembre à 21 heures ; on prend les mêmes et on recommence !

TDBC7499-Modifier

Au fait le piano ? Aux dernières nouvelles il devrait rester comme ça.

Akoda chez Alriq

Par Philippe Desmond

akoda

La nuit tombe sous les lampions, un massif paquebot glisse devant la guinguette, quittant Bordeaux vers le large, mais le voyage est aussi pour nous qui sommes restés à terre, Akoda va nous entraîner vers d’autres horizons, de l’autre côté de l’Atlantique, vers des contrées créoles, vers Cuba, vers le Brésil, vers l’Argentine…

Akoda c’est un des nombreux projets (Djazame, Ceïba, Nougaro en 4 couleurs) de Valérie Chane-Tef pianiste et compositrice, un groupe lauréat du tremplin Action Jazz en 2014, avec autour d’elle Mayomi Moreno au chant, François-Marie Moreau aux sax, à la flûte et à la clarinette basse, Benjamin Pellier à la basse et Franck Leymerégie aux percussions. Tous d’excellents musiciens.

Du « jazz créole » pour les racines afros comme elle le définit mais aussi latino, chaleureux, coloré, chaloupé, fait en majorité de compositions originales. Jazz, car les chorus et les développements sont là et même bien là. On  passe de la sensibilité au groove avec le même bonheur et toujours avec élégance. « Mano à Mano » pour débuter, titre de leur premier EP puis de nouvelles compositions comme « Mariposa » de leur prochain album dont un coin de voile se lève ; en effet Mayomi ne chante pas tous les morceaux, le groupe joue en quartet ou même en trio, quelques pistes pour le contenu de ce disque qui sortira le mois prochain… La Gazette Bleue de septembre vous en dira plus.

Après la pause et dans une fraîcheur certaine – et oui ma pauv’ dame, passé le 15 août l’été c’est fini… – on va avoir droit à un vrai festival avec notamment des invités surprises. Un nouveau titre magnifique « Inocencia » est l’occasion d’inviter Laurent Maur à l’harmonica, s’intégrant instantanément au groupe ; on vous l’a dit, c’est du jazz. Puis Emilie Calmé et sa flûte vont faire partie du voyage vers le Brésil pour une composition magnifiquement chantée par Mayomi. Le public joue le jeu, l’ambiance monte, certains dansent, on oublie la fraîcheur bordelaise. A propos monsieur Alriq si on avançait un peu l’heure des concerts maintenant ?

En rappel le groupe reprend l’endiablé « Acompaña la”, une cumbia, avec Ouriel Ellert invité à la basse qui va nous allumer une rythmique de feu bienvenue.

Beau voyage et belle soirée avec ce groupe finalement assez rare mais qu’on reverra avec plaisir le 23 septembre au Caillou pour nous présenter son nouvel album.

LAC Quartet hier soir au Caillou du Jardin Botanique (Bordeaux)

LAC QUARTET AU CAILLOU 26 06 14

Le Caillou du Jardin Botanique est vraiment devenu un lieu incontournable pour qui aime les jazz multiples à Bordeaux. Des plus calmes aux plus free (le Mercredi soir), la programmation est très inspirée et détecte les jazz qui caressent, ceux qui décoiffent ou ceux qui groovent. Bref, la pulse d’aujourd’hui le passionne et interpelle en son antre, d’ insatiables fans, en quête de nourriture ternaire sans cesse renouvelée. Le cadre de ce lieu est très agréable et on s’y s’attache. Vraie clairière de verdure à deux pas de la Garonne, dont on sentait le souffle, et accueil aimable et attentif réservé à chacun par l’équipe.

Hier soir, ce fût donc un réel plaisir de s’y retrouver entre joyeux amis jazz, tous accrochés à la musique et au bien vivre, pour y prendre quelques collations et rafraîchissements mais aussi, et surtout, pour y assister à un concert de musiciens qu’on aime déjà dans d’autres formations et que l’on découvrait là au sein du LAC Quartet.

Sur fond d’un magnifique coucher de soleil estival, François-Marie Moreau (sax, clarinette basse) et Thomas Saint-Laurent (guitare) offraient quelques unes de leurs compositions faites d’un jazz moderne et vivifiant. Une composition de Herbie Hancock a aussi été reprise vers la fin du set. Ca bouge et l’on est emporté ! Les phrases de sax vous tirent vers l’horizon, on s’imagine un grand lac, ou la mer, et nous voici penchés au bord d’un beau voilier,  les embruns nous fouettant le visage. Des instants plus intérieurs sont aussi confessés, quand c’est la clarinette basse qui nous parle tout bas. Quel plaisir aussi de retrouver la guitare à tête chercheuse d’un Thomas Saint-Laurent visiblement très à son aise dans ce groupe, un son ample et élégant, générosité des chorus au son certes moins hirsute que chez reQ (que l’on aime beaucoup!), mais gagnant en profondeur boisée, et de petits finaux bien électriques, presque imperceptibles qui aguichent les oreilles. C’est la première fois que je voyais Nolwenn Leizour et Simon Pourbaix associer leurs alchimies rythmiques. Sous le couvert de sourires complices échangés, ils ont offert au groupe un remarquable pacte vertébral, garant de ses envolées éclairées. Nolwenn allie finesse et précision dans un jeu qui sait dompter les basses, et aligner de succulentes promenades aiguës. Comme elle nous le confiait récemment « j’adore jouer un bon walking bass ». Quant’ à Simon, c’est un batteur caméléon qui sait adapter sa belle technique aux divers univers musicaux auxquels il est de plus en plus convié. Batteur puissant et défricheur, il a hier soir joué plus dans une sorte « groove » élégant et délicat. Groove car la puissance était là, mais comme canalisée dans la retenue du « non joué », par moment, il ne faisait que suggérer ce qu’il aurait pu jouer, et créait ainsi très subtilement le rythme par son absence ponctuelle. C’était à nous de combler l’espace vacant. Et élégant et délicat car son jeu de cymbales nous a tous conquis par l’à-propos de ses scintillements, devenus indispensables au son d’ensemble. Un très beau groupe à suivre de très près.

Et une bien belle soirée à revivre au plus vite ! Un grand merci au LAC Quartet et au Caillou du Jardin Botanique !

Par Dom Imonk – Le 27/06/2014

LAC 4TET CAILLOU 26 06 14

LAC Quartet, le 26/06/2014 au Caillou – Photo © Philippe DESMOND