Francis Fontès sera ce Jeudi 26 novembre au Tunnel.

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Le Tunnel 6 Rue des Ayres à Bordeaux

Trio avec Roger Biwandu (dr) et Laurent Vanhée (cb) à 21h30 ; entrée gratuite, consommation.

Article paru dans la Gazette Bleue n°13 de novembre 2015

Par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc

En entrant dans le salon impossible de le rater, il est là majestueux dans sa belle livrée noire, entouré d’instruments, une batterie, des guitares, une contrebasse, un piano droit ; il a voyagé dans toute l’Europe et maintenant il s’est posé ici à Bordeaux, finis les voyages, finis les transports fastidieux et risqués pour lui, il est entre de très bonnes mains. « Il » c’est un piano à queue Yamaha, un vrai pas un quart, LE piano que Chick Corea et Jacky Terrasson ont utilisé pendant des années lors de leurs tournées en France et en Europe ; il y a d’ailleurs leurs dédicaces à l’intérieur. Les bonnes mains qui l’utilisent désormais sont celles de Francis Fontès qui l’a racheté d’occasion ; « une bonne affaire » s’empresse-t-il de dire. Ce piano résume presque à lui seul la vie musicale de Francis ; la qualité et la recherche permanente de la perfection.

Francis est né en Guadeloupe – d’ailleurs notre entretien va se faire autour d’un verre d’un produit local réputé –  et y a commencé le piano classique, tard me dit-il, à dix ans. Un frère ainé déjà pianiste de jazz lui donne le virus et lui fait découvrir cet univers.

A douze ans lors d’un long séjour en Métropole à Bordeaux il assiste au concert de Miles Davis au Français donné en novembre 1971 ; Keith Jarrett est au Fender-Rhodes… Cet évènement est fondateur pour lui et désormais il va travailler à fond sa technique et sa culture musicale.

Retour en Guadeloupe, collège, lycée et seul il effectue un travail intense sur son piano ; du jazz donc mais aussi du classique ; plus de quarante ans après ça n’a pas changé. Il joue et apprend avec le regretté guitariste André Condouant qui a collaboré avec les plus grands ; celui-ci lui explique les harmonies, les impros et l’expression « travail intense » revient dans notre conversation… Il côtoie là-bas le pianiste Alain Jean-Marie qui lui aussi a des références majeures. Le piano est en train de devenir sa vie.

Mais les études supérieures l’appellent à Bordeaux, des études de médecine s’il vous plaît. Travail intense bien sûr – vous aviez deviné – les cours de médecine et de piano classique en parallèle, rien d’autre ! Mais le samedi soir se passe chez Jimmy où l’on ne joue pas de Chopin mais du jazz, nous sommes en 76-77.

En 1980 les études de médecine sont bien lancées alors il participe à son premier groupe, un sextet fondé par le trompettiste, désormais tromboniste à pistons, Patrick Dubois : Jazz Connection. Les bars, les clubs de jazz sont encore nombreux à l’époque : le Jimmy bien sûr mais aussi les Argentiers, l’Arrache-Cœur, l’Alligator, le Jazz Pub. Epoque dorée pour le jazz vivant et les jams où les musiciens pouvaient se rencontrer dans des endroits fixes et partager.

1989 voit la naissance d’un nouveau groupe, toujours en activité, Affinity Quartet avec Dominique Bonadei à la basse, Philippe Valentine aux baguettes et Hervé Fourticq au sax. L’apprentissage continue confie Francis ; on a bien compris que pour lui il ne s’arrêtera jamais.

Entre temps il est devenu rien moins que docteur en radiologie, métier qu’il exerce toujours bien sûr. D’où son surnom « Doc » qui n’est pas usurpé du tout. Maladie familiale, ses deux frères, ainé et benjamin, étant eux aussi médecins, pianiste et contrebassiste de jazz…

Deux carrières au top niveau à mener de pair ? « Simplement une question d’organisation ». A Bordeaux s’en suivent des collaborations avec les musiciens locaux qu’il apprécie tant, Roger Biwandu, Olivier Gatto et Shekinah, Nolwenn Leizour, Mickaël Chevalier (« quel travail il nous a donné pour son dernier concert ! »)… mais aussi avec Ernie Watts pour deux concerts, un quatre mains avec Jacky Terrasson, des concerts avec Francis Bourrec, le guitariste Philippe Drouillard, John Patitucci… Quelques jolies références.

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A la question posée sur ses influences musicales fuse la réponse « Miles, Miles, Miles » ; c’est clair et net. Mais il la complète vite par ce qui constitue son socle : Herbie Hancock, Bill Evans, Chick Corea, Mc Coy Tyner, Keith Jarrett pour les pianistes et aussi Wayne Shorter, John Coltrane… Même langage même si les musiques sont différentes.

Pour les entendre il parcourra les festivals d’été de Paris à Vienne en passant par Nice, Antibes… Quelle passion ! Non, Francis rectifie : « La musique et le piano ne sont pas une passion pour moi, c’est ma vie, c’est moi, je pense musique » ; ah pardon… Son entourage le sait lui offrira en 2010 un beau cadeau, un billet d’avion pour New York pour le concert des 70 ans d’Herbie Hancock au Carnegie Hall !

Des projets ? Pas le temps mais toujours une activité intense. Jouer bien sûr – le niveau des musiciens n’a jamais été aussi relevé constate-il – mais aussi partager comme récemment avec Valérie Chane-Tef qu’il a conseillée pour le dernier album d’Akoda Instrumental. Francis Fontès ne compose pas mais il adore écrire des arrangements, déstructurer, restructurer. Il regrette, malgré tous les excellents musiciens actuels, l’absence de vrai courant novateur.

Notre entretien touche à sa fin, je n’ai même pas levé la tête et Francis l’a remarqué ; « tu n’as pas vu au-dessus de toi ? » En effet comment ne pas l’avoir remarquée, une grande mezzanine en forme de… piano à queue me surplombe !

On s’approche du vrai piano, celui de Chick et Jacky, Francis en soulève le capot digne d’une Jaguar type E et bien sûr se met à jouer : un titre de Michel Petrucciani, puis « le Temps » d’Aznavour réarrangé par ses soins et «Around Midnight » pour finir. Je comprends alors pourquoi il n’aime pas trop jouer sur les claviers électriques.

Vous n’avez jamais entendu Francis Fontès ? Alors n’hésitez pas guettez les concerts où il sera, vous pourrez en plus mesurer les progrès qu’il aura fait car le « Doc », toujours en quête du meilleur,  reprend depuis peu des cours de piano !

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La Gazette Bleue N° 13 vient de sortir ! 2 ans déjà !

C’est le beau visage de Francis Fontès qui ouvre ce n°13 de la Gazette Bleue ! Un honneur pour nous de fêter avec lui, et quelques autres figures majeures du jazz aquitain, les deux ans de notre webzine, avec force entretiens, chroniques et infos diverses concerts, festivals et autres douceurs auditives !

Bonnes lectures !

La rédaction.

Gazette Bleue N° 13

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Un papillon sur un Caillou ; Akoda Instrumental

par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc

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Valérie Chane-Tef est une femme de caractère, un petit gabarit mais une forte personnalité. Ce soir en s’installant au Caillou elle a carrément fait pivoter le grand piano d’un demi-tour à la grande surprise de Benoît le maître des lieux. Personne n’avait jamais osé le faire ni le demander ; elle l’a fait sans le demander et elle a eu raison, se retrouvant ainsi physiquement au centre de son quartet  comme elle se retrouve au centre de son nouveau projet, Akoda Instrumental.

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Action Jazz en a déjà parlé dans la dernière Gazette Bleue, l’idée de cette variante d’Akoda sans la chanteuse Mayomi Moreno – à qui Valérie va rendre un bel hommage – est donc de redonner à la pianiste-compositrice l’importance et la liberté que la présence de parties chantées limite un peu.

Pour l’entourer on retrouve l’excellent François-Marie Moreau qui va nous montrer l’étendue de son talent et de son matériel, du sax soprano au magnifique et rutilant sax baryton en passant par le ténor et la flûte ; il va mettre se commettre sur un mini xylophone genre jouet, faisant dire à Alain Piarou – le président d’Action Jazz pour ceux qui l’ignoreraient encore – que maintenant qu’il est un grand il pourra en commander un vrai au Père Noël. Une ambiance amicale en plus ce soir comme vous le voyez.

A la basse toujours Benjamin Pellier qui dans son rôle apparemment paisible de rythmeur de fond va nous livrer une prestation de haute volée, finissant en sueur tel un guitar hero. Il est excellent dans tous les registres et son apport est énorme. Sa ligne de basse chantante sur une des rares reprises va nous envouter un moment avant que nous ne reconnaissions le titre : « Bonnie & Clyde »  de Gainsbourg.

Au set de percussions bien sûr Franck Leymerégie va, comme il le dit lui-même, nous « faire sa tambouille ». Avoir la chance d’être à côté de lui et de voir fonctionner cette fabrique artisanale – mais tellement pro – de sons et de rythmes est un vrai bonheur. Baguette dans une main, rien dans l’autre, passant de sa caisse claire aux congas, au cajon, aux cloches, au bendir (ah cette vibration !), aux nombreuses cymbales, et à tout un tas de machins, le pied marquant le temps au charley, il est redoutable.

Cette soirée est le premier concert du groupe dans cette configuration et correspond à la sortie de « Mariposa » (Papillon) l’album EP de sept titres, dont six compositions de Valérie. Celle-ci est tendue, elle a le trac, comme les tous les vrais artistes qui prennent des risques, croient en ce qu’ils font et respectent leur public. Ce trac tombe dès que la musique commence et nous allons avoir droit à un vrai festival.

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Le premier set qui commence avec un titre lent sur fond de chants traditionnels va nous livrer l’essentiel de l’album. Citons quelques titres, le mélodieux « Mariposa » l’occasion pour FMM de nous offrir un long et beau chorus de soprano, le superbe « Innocence » dans lequel VC-T plaque des accords délicats, le tube de l’album, « Ou pas », du jazz merengue bien chaloupé où le piano se promène. Quelques reprises d’Akoda réarrangées – avec la patte de Francis Fontès – complètent le set avec bonheur. La joie règne sur scène et dans la salle, on est drôlement bien !

Le second set est résolument plus débridé avec des reprises et plus de liberté dans les chorus. Il commence en trio –sans FMM – et le piano rayonne, Valérie est en liberté elle en profite, se régale et nous régale. Quel talent. De « Batarsité » du Réunionnais – comme elle – Danyel Waro au vieux standard « Softly, as in a Morning Sunrise » en passant par une version exceptionnelle – et méconnaissable longtemps – du « Bonnie & Clyde » de Gainsbourg nous allons avoir droit à une prestation exceptionnelle. Le public est mis à contribution pour des « palmas » pas si simples et il assure ! Le quartet est au taquet, souvent en battle à quatre !

En rappel Akoda Instrumental nous joue « Y que tu quieres » ; ce que je veux c’est d’autres soirées comme celle-ci, tiens pourquoi pas au Siman, quai de Queyries à Bordeaux mercredi prochain, le 30 septembre à 21 heures ; on prend les mêmes et on recommence !

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Au fait le piano ? Aux dernières nouvelles il devrait rester comme ça.

Mickaël Chevalier quintet au Caillou

 par Philippe Desmond ; photos N&B Thierry Dubuc 

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Mickaël Chevalier est trompettiste – et un bon – mais bien que pas très vieux il a déjà eu plusieurs vies et notamment une de marin. Il a bourlingué sur toutes les mers du globe avant de remiser son ciré et de se consacrer à la musique de jazz. Et donc ce soir-là au Caillou – où il se passe toujours quelque chose – il nous emmène dans les fjords de Norvège « Ballade à Tromsф » ou dans l’Atlantique vers « 15° Nord ». En effet lors du second set Mickaël va nous jouer ses propres compositions dont certaines datent déjà de quelques années avec le ML 5, le quintet du batteur Maxime Legrand.

Des compos très écrites, très denses, très ténues qui mettent bien en valeur ses qualités de soliste. Une trompette jouée nature, sans sourdine, sans micro HF ; de la trompette. Du jazz dynamique aux breaks spectaculaires, ou de jolies ballades, vraiment du beau travail.

Certains titres vont même nous amener à nous inquiéter pour son compère saxophoniste Jean-Christophe Jacques, à bout de souffle et au bord de la déshydratation dans la chaleur du lieu. Mais il a assuré comme d’habitude, lui aussi c’est un très bon. La rythmique est classique mais avec un trio piano, basse, batterie de haute volée.

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Au piano Francis Fontès toujours aussi à l’aise et volubile de ses mains quel que soit la musique jouée ; c’est vraiment un maître et il était d’ailleurs révélateur de regarder Mickaël et Jean-Christophe se régalant à l’observer jouer lors de ses chorus.

A la contrebasse, avec sa fidèle Mémé, Nolwenn Leizour discrète mais au combien efficace ; quand je la vois et l’entends jouer c’est bien simple je voudrais être contrebasse. Amusant, lors d’un de ses rares chorus de la soirée Nolwenn a été longtemps synchro avec le soliste à la contrebasse du concert de jazz toujours projeté en boucle au-dessus des musiciens.

A la batterie un pilote très chevronné et un esthète de l’instrument – il suffit de l’entendre parler cymbales spéciales ou fûts sur mesure avec passion pour s’en persuader – Philippe Valentine ; il n’a pas arrêté de varier les rythmes d’un drumming enjoué et dynamique ou plus nuancé et souple.

Le premier set était un hommage au trompettiste Freddy Hubbard et de « Crisis » à « Red Clay » – une version fabuleuse – en passant par « Song for John » et « Lament for Booker » le quintet et son leader trompettiste nous ont prouvé qu’ils n’avaient presque rien à envier aux diverses formations du maître.

Belle prestation de l’éclectique Mickaël Chevalier qui la veille au même endroit jouait avec le Petit Orchestre du Dimanche de Cédric Jeannaud ; au programme, du cha cha et du mambo ; un thé dansant du dimanche à l’heure du dîner un jeudi soir. Un moment délicieux (photo couleur).

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AOC & Friends au Caillou

 

 

 

Par Philippe Desmond

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Grosse ambiance ce vendredi soir au Caillou avec la venue d’une bande de (vieux) potes réunis sous la bannière « AOC » pour la sortie de leur disque « OLD FOLKS » qui est, je cite, la concrétisation de longues années d’amitié et de passion commune pour la musique de jazz.

Autour du pianiste et accordeur girondin Bernard Faulon exilé à Meudon – et oui il n’est autre que le patron fondateur du célèbre studio de Meudon qui a enregistré les plus grands artistes de jazz ou de variété – le guitariste bordelais, ancien prof à la fac, Jacques Raymond, le batteur Eymerie Adam un habitué à l’époque du mythique Jimmy de la rue de Madrid et l’autre guitariste  Ludo Guichard officiant ce soir à la basse électrique.

Le Caillou est plein comme un œuf, il déborde même, des tentes ayant été rajoutées pour permettre à tous de se restaurer et encore il n’y aura pas de place pour tout le monde. Les lascars ne sont pas venus seuls, leurs amis bordelais sont là et l’ambiance est chaleureuse. On le sait tous déjà, le jazz c’est gai ! Bon d’accord, pas toujours.

Après les présentations le groupe attaque le répertoire de son dernier – et premier – album au titre éloquent « Old Folks ». Des compositions originales de  Jacques Raymond de très bonne facture, du bop, du swing avec lesquelles nos « vieux gars » régalent musicalement l’assistance déjà affairée bruyamment à se régaler de ses assiettes. Une première partie agréable qu’on ne voit pas passer.

Pour la seconde partie un bœuf est annoncé, pas à la broche mais sur la pseudo scène. En effet quelques musiciens bien connus des bordelais traînent par là. Alex Golino et son sax, Laurent Maur et son harmonica, Philippe Gaubert bien sûr avec ses baguettes. Depuis un moment Francis Fontès discute comme par hasard avec un ami qui dîne juste à côté du piano. Un trombone à pistons attend depuis le début sur son râtelier que son propriétaire le réveille ; c’est Patrick Dubois figure historique du jazz bordelais ( merci OG). Et le miracle de la jam va se renouveler, entassé les uns à côté des autres tout ce joli monde va éblouir le Caillou dans un beau moment de jazz. Entre autres « Recorda Me » de Joe Hendersson, « Bluesette » de Toots Thielemans et bien d’autres standards.

Très sympa cette soirée vraiment et un plaisir de voir autant de monde.

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D’autres soirées prometteuses sont annoncées en ce lieu, notamment ce soir avec le phénoménal Tom Ibarra ; programme au : http://lecaillou-bordeaux.com/jazzATcaillou/jazz-a-bordeaux/festival-jazzatbotanic/

Shekinah Gatto Septet au Comptoir du Jazz

Texte : Philippe Desmond. Photos : Thierry Dubuc (couleur) Alain Pelletier (NB)

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Aujourd’hui 30 avril c’est la Journée Internationale du Jazz créée par l’UNESCO – rien moins – en 2005. Vous me direz que chaque jour est une journée internationale de quelque chose, de la Femme aux Droits de l’Homme en passant par celle des toilettes, oui les WC, vérifiez c’est le 19 novembre.

Nous sommes Action Jazz pas Action WC (ça doit bien se trouver en supermarché) alors parlons de la journée du Jazz.

A Bordeaux plein événements, au Tunnel pour la clôture de la saison avec la Dream Factory, Roger Biwandu, Nolwenn Leizour, Hervé Saint-Guirons et ce soir les guitaristes Dave Blenkhorn et Yann Pénichou , superbe concert m’a-t-on dit, ou encore à Pena Copas y Compas  avec Taldea et un jazz influencé par l’Espagne et Pat Metheny autour de Jean Lassalette, Christophe Léon Schelstraete, Stéphane Mazurier, Nicolas Mirande, Jeff Mazurier et Thomas Lachaize ; excellent aussi m’a-t-on confié.

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Il faut choisir ce sera donc au Comptoir du Jazz avec le septet de Sheki Gatto. Shekinah aux sax alto et soprano, à la flûte et au chant, Olivier Gatto à la contrebasse et à la direction musicale, Guillaume Nouaux à la batterie, Francis Fontès au piano, Mickaël Chevalier à la trompette, Sébastien Iep Arruti au trombone et Jean-Christophe Jacques aux sax ténor et soprano.

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Nous voilà donc au Comptoir du Jazz qui depuis quelques années n’avait plus guère que le comptoir, le jazz n’y trouvant plus le refuge traditionnel. Grâce à la nouvelle direction, à Benjamin Comba et Musik’Tour Production le jazz revit dans ce lieu emblématique.

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21h30 le quai de Paludate est encore calme et le Comptoir se remplit doucement. Un septet sur la scène foutraque du lieu avec en plus un piano à queue c’est quasiment une prouesse. Devant, la « cuivraille » et derrière la rythmique, Francis Fontès et son beau piano noir relégués au fond.

Ça démarre et ça va être un festival ! « Song from the underground railroad » de Coltrane permet au septet de s’échauffer, pas encore de chorus, ça viendra après. « One day I’ll fly away » de Joe Sample amorce, comme le titre l’indique, le décollage.

Attachez vos ceintures, c’est parti avec « My favourite things » de Coltrane et une suite de chorus majestueux de chacun des membres du groupe. Shekinah à la flûte telle Eric Dolphy, Jean-Christophe et son soprano – une bête de course – à la place du Maître, « Mc Coy » Fontès impressionnant – rappelons que ce n’est pas son métier, il est radiologue ! -, « Elvin » Nouaux, un des batteurs les plus musicaux et créatifs que je connaisse et la colonne vertébrale du tout, Olivier Gatto particulièrement en verve. N’oublions pas Mickaël Chevalier et sa trompette à l’état brut, magnifique dans ses prises de risque et le surprenant trombone de Sébastien Arruti, spectaculaire et inspiré avec cet instrument si bizarre. La salle qui commence à bien se remplir est aux anges.

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« Wise One » encore de Coltrane – ne nous plaignons pas – puis comme un cheveu sur la soupe un titre qui enflamme la salle, le classique du jazz New Orleans « Second Line Break », Shekinah en profitant pour présenter en chantant les membres du groupe.

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Pause. L’occasion de bavarder et d’apprendre que relancer le jazz au Comptoir c’est dur. Des concerts prévus jusqu’à l’été sont annulés, le public n’est pas assez présent ; pourtant il l’était en nombre ce soir. Il y a deux semaines le Rocher était plein à craquer, et un mois avant même, pour Marcus Miller. Il l’était aussi pour Billy Cobham. Où sont ces gens ? Aiment-ils le jazz ou le star système ? Savent-ils que les musiciens de ce soir jouent de temps en temps avec les plus grands ou plus célèbres, savent-ils qu’ils ont sous la main des talents remarquables ? Savent-ils qu’ils se privent de grands moments ? Quel dommage.

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On repart pour le second set avec « I have a dream » d’Herbie Hancock. La soirée est aussi un hommage à Martin Luther King, à Malcom X, à Rosa Parks qui on fait avancer la société US ; et il reste du travail comme l’actualité nous le montre… Une expo photos dans le hall leur rend hommage. Toujours dans cet esprit une merveilleuse adaptation du « What’s going on » de Marvin Gaye et pour finir le magnifique « Theme for Malcom » de Donald Byrd ; un vrai bouquet final ! Les musiciens prennent du plaisir ça se voit, ça rayonne sur le public.

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C’est fini ! Même pas ! Une jam se met en place, Stéphane Seva, Lo Jay, une élève de Shekinah viennent chanter, Colin Smith flûtiste est là aussi ainsi que Jonathan Hedeline un élève d’Olivier Gatto à la contrebasse. On est bien.

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Merci M’sieurs dames c’était super, on reviendra. Quand … ?

Une heure du mat j’ai des frissons… de bonheur, je me sens rajeuni ; ça ne vas pas durer longtemps, je croise des hordes de jeunes essayant d’entrer dans les boîtes de nuit voisines, des bouteilles d’eau minérale remplies de boissons brutales à la main pour certains, des yeux déjà trop rouges pour d’autres, j’ai trois fois leur âge. Je ne les envie pourtant pas, ils ne vont certainement pas passer un aussi bon moment que moi ce soir. Ça viendra, je l’espère pour eux.

 

Billy Cobham au Rocher

par Philippe Desmond

Rocher de Palmer ; 9 avril 2015

 

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39 ans ! Et oui 39 ans ont passé depuis la première fois où j’ai vu Billy Cobham en concert. C’était l’été 1976 dans les arènes de Bayonne. Il ouvrait la soirée avec George Duke ; quatre autres groupes enchaînaient : Herbie Hancock & the Headhunters, John McLaughlin et Shakti, Larry Coryell et enfin Weather Report ! 40 francs, j’ai encore le billet et justement un des objectifs de la soirée de ce jeudi au Rocher est de le faire dédicacer par Monsieur William. A l’époque « Spectrum » son premier album désormais légendaire était déjà sorti depuis près de trois ans…

Il était donc là hier soir pour jouer son dernier album « Tales from the Skeleton Coast » un hommage à ses racines ancestrales namibiennes. Né panaméen et arrivé très jeune aux USA, atteignant les 70 ans il se penche ainsi sur ses lointaines origines. Une musique certes influencée par l’Afrique – c’est à la mode car Marcus Miller, la semaine prochaine au Rocher, vient de faire la même chose sur son dernier album – mais dont sa culture musicale américaine et internationale est omniprésente.

Musique très écrite, complexe, pas funky, pas très groovy où la batterie est bien sûr centrale mais très marquée par les deux claviers, notamment du synthé – peut-être trop – qui ramène aux années où l’on ne parlait pas encore de jazz fusion mais de jazz rock.

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Aux claviers, côté jardin le jeune Steve Hamilton très sobre, côté cour la sensationnelle Camélia Ben Naceur son énergie et son talent. Un bonheur à regarder et à entendre. A la – grosse – basse cinq cordes, sous son chapeau l’Anglais Michael Mondesir. A la guitare, presque le régional de l’étape, le Luzien Jean-Marie Ecay, remarquable ; en plus de ses chorus électriques très punchy il va avec le même instrument nous régaler d’un solo de guitare acoustique (!) plein de délicatesse.

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Au-dessus de tout ce beau monde le patron, presque caché comme toujours, derrière un arc de cercle interminable de toms et de cymbales. Allez voir sur son site le cahier des charges du matériel pour ses concerts il est impressionnant. Le tout est de savoir s’en servir. Il sait toujours le faire, de cette rythmique caractéristique soutenue roulant sur ses deux grosses caisses, mais désormais moins tapageuse, remplie de finesse et de précision. Un régal pour les yeux et les oreilles. Un Maître.

Au quatrième morceau justement un long solo de batterie démarre, pas du tout violent, ce n’est pas l’orage qui arrive mais seulement un léger nuage, le « Stratus » que tout le monde attendait ! Indémodable.

Retour au dernier album, un groove retrouvé, final, public debout, on sent le groupe heureux, aussi heureux que la salle. Mais on ne peut pas se quitter comme ça. « Red Baron » réclament certains, le voilà donc et plus écarlate que jamais même. Camélia se libère de ses partitions et nous livre un chorus extraordinaire malgré son doigt blessé qu’elle nous montrera plus tard.

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C’est fini, le temps de s’extraire de la 650 et Mister Cobham attend son monde dans le hall derrière une pile de disques qui vont s’arracher. Une fenêtre de tir, j’en profite et me rue sur lui avec mon billet historique ; lui ne s’en souvient pas bien sûr, il en a tant donné de concerts. Bayonne ? Where is it, in Spain ? Ça y est j’ai son gribouillis sur mon bout de papier jaune fané, j’ai 21 ans…

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Camilla Ben Naceur et Jean-Marie Ecay  arrivent, retrouvent plein d’amis, bavardent. Billy était content du concert nous dit-elle, on la sent presque rassurée…

Rentrer chez soi comme ça, pas possible. Direction le Tunnel où Roger Biwandu, Nolwenn Leizour et Francis Fontès accueillent en guest la talentueuse polyvalente Shekinah Gatto au chant, à la flûte et au sax alto. La cave est bondée à la fin du premier set, ça fait plaisir. Tiens tiens de la visite – on s’en doutait un peu  – voilà la Marmotte et le Surfeur, ils viennent écouter leurs amis et collègues. Sir William lui est allé se coucher il était cuit. C’est ça aussi le jazz, une certaine simplicité de gens qui sont pourtant bourrés de talent.

Au fait une petite indiscrétion, nos deux invités surprises seront présents cet été à Jazz ô Lac, sur scène…

Philippe Desmond ; Photos : Thierry Dubuc, PhD (billet)

Bordeaux Jazz All Stars au « jeudi du jazz » de Créon 12 février 2015.

Par Philippe Desmond

Elitiste le jazz ?
Soir d’hiver à Créon, pas foule dans les rues, il est 19 heures, de la musique parvient d’une salle municipale où une majorité de femmes aux tenues acidulées dansent au rythme de la zoumba. Beaucoup d’autres s’affairent chez eux après une jolie journée comme février est capable de produire. Les souvenirs d’une jeunesse passée ici qui remontent. Tiens, la place de la Prévôté est couverte de voitures et quelques petits groupes convergent vers la rue(lle) Montesquieu. C‘est jeudi, c’est Créon, c’est jazz : un des « jeudis du jazz » prévus cette année et ceci pour la sixième saison consécutive.
A l’approche du hall de la salle culturelle une bonne odeur de soupe vient vous chercher, elle en provient. Une association fait la promotion d’un évènement qu’elle organise bientôt dans le coin à Baron « Poireaux pommes de terre ou potiron marrons ? ». Sympa comme accueil. Mais déjà quel monde ! « Ceux qui ont réservé le repas merci de faire la queue à gauche, les autres vous pouvez entrer pour la dégustation de vin ». Très sympa comme accueil !
Public très familial et de tous les âges, pas mal d’enfants, des connaisseurs certes mais surtout des personnes venues découvrir et passer un moment agréable. Ils ne vont pas être déçus. Tiens des connaissances, Monique Thomas cette si belle chanteuse et ses jolies petites filles et Didier Ottaviani le batteur de papa qui arrive, tiens Serge Moulinier l’élégant pianiste ; ils ne jouent pas mais participent à l’organisation de cette soirée dans leur village.
Mais ça sent de plus en plus bon ! Et oui au fond du hall les musiciens sont en train de déguster un ragout de bœuf aux pêches qui va s’avérer délicieux quand ce sera notre tour d’y goûter. Laissons les manger tranquille ces grands artistes de la scène jazz régionale et bien au-delà.
Nous voilà installés en ayant pris soin au passage de nous munir d’une – première – bouteille de bordeaux du producteur local qui assure la dégustation. Le traiteur tourne à plein régime, le bar est pris d’assaut, c’est gai, c’est bruyant on est bien.
Et le jazz ? Oui il arrive ! Du jazz ? Ici ? Dans cette ambiance ? Et bien oui et voilà la magie de l’histoire, réussir à marier l’excellence musicale – le concert va le confirmer – et une fête populaire au bon sens du terme, chaleureuse, amicale. Le jazz élitiste ? Et quoi encore !
Serge Molinier, maître de cérémonie, prend la parole ; il remercie les bénévoles de l’association Larural qui organisent cette soirée. Oh que oui on peut les applaudir car ce n’est pas une mince affaire que d’accueillir autour de 300 personnes, oui 300 personnes un soir d’hiver à Créon pour du jazz.
Les musiciens entrent sur scène et un et deux et trois et c’est parti pour plus de deux heures entrecoupées d’une pause « il faut faire travailler le bar » nous dit Roger Biwandu. Pour la musique on va être gâté on le sait, cet hommage à Art Blakey on l’a déjà vu plusieurs fois même s’il n’a pu se tenir à St Emilion cet été à cause de la soudaine tornade. Mais pour la plupart c’est une découverte, ce sera une très belle découverte. Pour le concert je vous renvoie à ma chronique du 14 novembre 2014, pas le même concert bien sûr, en jazz ce n’est jamais pareil mais pour l’essentiel il n’y a rien à changer ; c’est excellent. Ah si ce soir nos musiciens se sont habillés, costumes cravates pour ces messieurs qui ont fait un effort ; Shekinah, elle, est toujours élégante. Ah aussi la scène qui n’a rien à voir, une belle et grande scène, bien éclairée à la mesure du talent du Bordeaux Jazz All Stars.
Lumière, ovation, sourires, c’est gagné. Vraiment un grand bravo et un grand merci aux organisateurs qui malgré les difficultés mettent leur passion au service du grand public ; Chapeau !
Au fait une petite précision : le concert était gratuit !

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Le lineup : Shekinah Gatto (sa), Alex Golino (st), Laurent Agnès (t), Sébastien Iep Arruti (trb) Olivier Gatto (b), Francis Fontès (p), Roger Biwandu (d).

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Photo Philippe Desmond

Shekinah Rodz Quintet – Festival Jallobourde Saint Jean d’Illac 23 janvier 2015

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Ce soir une partie de la troupe d’Action Jazz a rendez-vous dans une école maternelle, celle de Saint Jean d’Illac; plus précisément dans l’enceinte de cette école à la salle Louis Armstong ; tout cela est bien insolite mais c’est le lieu choisi pour cette deuxième soirée du festival Jallobourde 2015. A la grande surprise et à la grande joie des organisateurs cette salle va s’avérer bondée pour accueillir le Shekinah Rodz Quintet. Petit bémol, le public – moi compris – est un peu trop grisonnant… A nous de faire venir les plus jeunes !

Présentons rapidement Shekinah Rodriguez, maintenant Gatto pour l’Etat Civil, à laquelle la Gazette Bleue N° 5 avait consacré une interview. D’origine Portoricaine née aux USA elle s’est fixée en France et plus précisément à Bordeaux depuis quelques années où il y a de nombreuses occasions de l’admirer. A ses immenses qualités d’instrumentiste aux sax alto et soprano ainsi qu’à la flûte et aux percussions s’ajoute celle de magnifique chanteuse, sans parler de sa beauté et de sa gentillesse.
Ces qualités n’ont d’ailleurs pas échappé à Olivier Gatto un des maîtres français de la contrebasse qui l’accompagne sur scène et donc dans la vie. Car c’est un maître, un musicien spectaculaire à voir et à entendre, maltraitant ou caressant son instrument et aussi un arrangeur et directeur musical de talent.
Pour compléter ce quintet, trois excellents musiciens bien connus de la scène jazz bordelaise et bien au-delà.
Au clavier un pianiste « amateur » au sens pur du terme, homme de radio(logie), le docteur Francis Fontès ; il nous épate à chaque fois et si dans son cabinet on le scanne je suis sûr qu’à l’intérieur on va y voir Herbie, Chick, Ahmad, Chucho et bien d’autres.
A la trompette un souffleur local, Mickaël Chevalier très présent sur la scène jazz, du big band de Franck Dijeau à des collaborations avec Roger Biwandu ; le pauvre, il a souffert hier soir ce qui expliquait son visage grave et sa raideur, sous le coup d’un mal de dos terrible que les calmants n’ont pas apaisé. Il a pourtant drôlement assuré.
A la batterie le jovial et exubérant Guillermo Roatta qui peut passer instantanément de la douceur de ses balais aux rythmes latinos les plus endiablés ; un régal à voir et écouter.
Le répertoire choisi va s’avérer éclectique, tant mieux, Shekinah a de multiples influences et elle aime en faire profiter son public ; public qui en bonne partie la découvre. « Groove Merchant » de Jerome Richardson ouvre la soirée. La tonalité du concert sera donc jazz. Soprano, trompette, piano, contrebasse prennent leur solo, divergent, convergent, le set démarre fort.
« Little Sunflower » de Freddie Hubbard avec son fond latino va mettre en avant les qualités de flûtiste de Shekinah ; je me demande si ce n’est pas dans ce registre que je la préfère.
Même les novices vont reconnaître « Caravan » qui arrive ensuite. Pas de chien qui aboit et une caravane qui s’étire entre des dunes de trompettes, de sax et de piano ; au gré des impros on croit s’être perdu dans le désert et finalement tout le monde se retrouve à la fin, superbe.
Arrivés à l’oasis petit intermède chanté, « Très palabras » d’Osvaldo Farrès (Quizás, quizás, quizás) et la belle voix de Shekinah.
Et on revient au jazz, du vrai du lourd, du Coltrane : « Transition ». De la douceur de la flûte on est passé à la violence du sax alto. Dans ce registre elle est fabuleuse comment tant de grâce peut-elle produire un tel déchaînement ?
« You’re everything » (tiens on dirait du Chick Corea dis-je à mon voisin. C’est en effet du Corea) conclut – provisoirement – la prestation.
Ovation, rappel, « Quizás, quizás, quizás » est réclamé, Shekinah et Francis Fontès vont l’offrir au public sans aucune préparation et c’est un régal ; c’est ça les vrais musiciens. Et pour finir un meddley cha cha cha autour d’«Oye Como Va» de Tito Puente enflamme le public. Encore une belle soirée me glisse Dom ; et en plus on ne s’en lasse pas.
Une note amusante pour finir, la personne qui a présenté le concert nous a annoncé Shakira avant bien sûr de se reprendre. Une autre fois peut-être mais je crois que nous n’avons pas perdu au change.

 

Philippe Desmond