Alma Caribe : Gatto/Rodz and friends

Le Caillou, vendredi 15 septembre 2017

Olivier Gatto a de la chance, il a épousé sa muse qui ainsi l’inspire pour ses créations musicales dont la dernière baptisée Alma Caribe. Shekinah Rodz puisque c’est d’elle qu’il s’agit, vient de Puerto Rico cette île des Caraïbes associée aux USA ; ce territoire est aussi appelé la isla del encanto (L’île de l’enchantement) Shekinah en est une preuve vivante et musicale éclatante. Et en plus il paraît qu’elle fait très bien la cuisine de son pays ; vraiment de la chance.

Qui dit cuisine dit salsa et c’est donc à cette sauce aux influences, latines, africaines et locales qu’Olivier Gatto a réarrangé des titres de jazz be bop ou hard bop ou encore de soul pour ce nouveau répertoire. Set list en fin d’article.

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Pour le choix des musiciens, en plus de Shekinah, une première touche d’Antilles avec Francis Fontès le plus guadeloupéen des pianistes bordelais, ou l’inverse, une seconde avec Frantz Fléreau lui aussi de Guadeloupe et percussionniste installé à Bordeaux depuis près de vingt ans et qui pour des collaborations ou des stages de formation parcourt le monde entier. C’est d’ailleurs à New York il y a peu de temps que ce dernier a appris, grâce à un ami batteur commun, l’existence à Bordeaux d’Olivier Gatto ! Le monde est grand et petit à la fois. Philippe Valentine lui apporte son savoir multiple à la batterie comme va nous le confirmer le concert.

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C’est le second concert de la semaine du groupe au Caillou où la configuration d’hiver a été reprise plus pour des affaires de voisinage grincheux que de météo ; encore que ce soir là, toujours en été sur le calendrier, la chaleur de la salle soit bien préférable à la tristesse grise de la terrasse.

A cinq et avec tout le matériel sur la petite scène il a fallu se tasser, je cite Olivier : « 4 congas,1 ka,1 barril,1 drumset,1 upright bass, 1 keyboard, 1 flûte,1 soprano sax,1 alto sax, 2 bells, chimes etc ». Lui a justement pris, une fois n’est pas coutume, sa Silent Bass Yamaha à la taille de guêpe beaucoup moins encombrante que son armoire normande habituelle.

Dès le premier titre, « Think on Me » de George Cables, le ton est donné, avec une telle sauce – une salsa pareille – nous sommes bien chez Shekinah. On ne peut que penser aux malheurs qui viennent de s’abattre dans ces contrées malgré la chaleur pleine de gaîté de la musique. Shekinah éblouit à la flûte ; de toutes les façons Shekinah éblouit toujours, même au piano… de la cuisine.

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« What’s Going On » fait partie du répertoire « classique » d’Olivier Gatto et c’est toujours un bonheur de l’entendre. L’apport des percussions de Frantz est indéniable, il ajoute cette belle couleur afro-latino à ces titres de jazz et quel talent lui aussi ! Le hard bop s’interpose entre les passages « calientes », il est là en fond ne réduisant pas cette musique à du pur latino souvent lassant à la fin. Les qualités d’arrangeurs d’Olivier Gatto on les connaît, on les retrouve ici. Les chorus s’enchaînent et Francis Fontès n’est pas le dernier à prendre son tour ; avec du Herbie Hancock et du McCoy Tyner au programme il est la fête et lui aussi s’arrange avec eux y mettant sa signature antillaise ancrée dans les gênes.

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Que cette musique est belle, chaleureuse, que ces musiciens donnent, partagent avec nous. Une confirmation, mais on le sait depuis si longtemps, Philippe Valentine sait tout faire ; il enseigne la batterie et ses élèves ont bien de la chance d’avoir un professeur qui certes connaît la théorie – c’est un peu le principe du métier – mais qui surtout en maîtrise parfaitement la pratique. Binaire, ternaire ou rythme de samba, il est là.

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Olivier lui quand il joue on se demande toujours où il est, ce soir il ne quitte pas Shekinah des yeux, s’amuse de sa muse. Le son de cette contrebasse est vraiment bluffant même si lui ne l’aime guère le contact corporel et la résonance étant bien différents d’une vraie « doghouse ».

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Shekinah non contente de nous jouer de la flûte, du sax alto, du soprano, chante aussi à la grande surprise de ceux qui ne la connaissent pas ; il y en a encore trop. Mais comme cela est insuffisant elle nous propose des duels/duos magiques aux percus avec Frantz ; et insatiable elle souffle dans ses sax en jouant de la cloche au pied, pas à cloche pied.

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Le public aura du mal à les laisser partir tout comme mercredi pour le même concert au même endroit ou a surgi par surprise à la toute fin Terreon Gully, l’immense – par le gabarit et le talent – batteur de Dianne Reeves qui venait de terminer son concert au Rocher. Terreon fait partie d’une autre formation d’Olivier Gatto, le Spiritual Warrior Orchestra chroniqué dans ce blog en février dernier. Un peu timide Terreon a fini par prendre les baguettes pour étaler toute sa classe.

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Avec Terreon Gully (Photo Dom Imonk)

Si dehors il fait encore plus frais, dans nos têtes et dans nos cœurs la température a monté et pour de longues heures.

Set List :

1. Think on Me (George Cables)
2. What’s Going On ( Marvin Gaye)
3. Phantoms (Kenny Barron)
4. Man From Tanganyika (McCoy Tyner)

1. I Have a Dream (Herbie Hancock)
2. United (Wayne Shorter)
3. Obsesión (Pedro Flores)
4. La Havana Sol (McCoy Tyner)

Encore :
1. Why ( Victor Lewis)
2. Wise One (John Coltrane)

Affinity Quartet – Caillou – 16/06/2017

Par Dom Imonk, photos Philippe Marzat

Affinity Quartet plus Mickaël Chevalier

L’été est tout proche et le Caillou du Jardin Botanique  peut enfin prendre ses aises. Les estivales y ont débuté le 1° juin et s’y poursuivront jusqu’à la fin Août, avec une flopée de beaux concerts en perspective, et pour tous les goûts. Ce vendredi soir, le soleil tarde à se coucher, la terrasse est bondée. On a en effet ressorti la jolie scène sur roues, moment tant attendu des addicts de la place, et pour insuffler une ardeur supplémentaire, c’est l’ Affinity Quartet, dans un nouveau projet antillais, qui est venu jouer un jazz bien chaloupé, à base de standards épicés, chaudement menés. Autant dire qu’une atmosphère de vacances ne tardera pas à s’installer. C’est l’occasion de retrouver au piano notre ami Francis Fontès en belle forme,

Francis Fontès

entouré de ses fidèles compères Dominique Bonadeï à la basse, Hervé Fourticq aux saxophones et Philippe Valentine à la batterie. Très solide combo, qui tient large place dans l’histoire du jazz de Bordeaux, mais aussi dans son présent des plus vifs.

Dominique Bonadeï

Hervé Fourticq

Philippe Valentine

La cerise sur le gâteau, c’est un invité de marque « de dernière minute » : Mickaël Chevalier qui les rejoint sur scène avec son bugle voyageur, l’occasion pour lui de retrouver au passage, au piano et à la batterie, deux de ses collègues du groupe Nokalipcis.

Mickaël Chevalier

L’affaire ne pouvait donc que fonctionner au mieux. Ainsi, nous voilà embarqués à bord d’un bel esquif, pour une croisière en deux sets, où tout ce joli monde est là, soucieux de donner du plaisir en suggérant le voyage et les Caraïbes. Question titres repris, nous sommes gâtés, c’est un vrai festival ! Mario Canonge est de la fête avec « Lese pale » et «Peyi mwen jodi », on déguste aussi « Travail raide » d’Alain Jean-Marie, « Guadelupe » de Michel Petrucciani, « Tu piti » du père d’Eddy Louiss, « Siempre me va bien » de Poncho Sanchez et quelques traditionnels comme « La Guadeloupéenne » et « Célestin ». On réécoute le délicieux « Butterfly’s dream » de Nolwenn Leizour, composition jouée avec Nokalipcis (décidemment !) dont elle est la contrebassiste. D’autres grands standards seront aussi repris, finement remodelés en mode afro-caribéen, quoiqu’ils en aient déjà le parfum, comme  « Manteca » de Dizzy Gillespie, « St Thomas » de Sonny Rollins et un beau « Caravan » Ellingtonien en guise de rappel. Nous les aurions bien écoutés jusqu’au bout de la nuit, tant ces thèmes ont illuminé la soirée, d’une musique superbe, jouée par un groupe épatant, à l’âme généreuse, avec lequel nous avons tous beaucoup d’affinités !

Par Dom Imonk, photos Philippe Marzat

Remerciements à Philippe Valentine pour la setlist.

Le Caillou du Jardin Botanique

 

Jubilé d’Alain Claudien ; pianissimo !

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Pessac, Sortie 13, le 13 mai 2017.

Le piano est un instrument merveilleux et universel, il n’a pas de chapelle, il ne devrait pas en avoir. 88 touches, 52 blanches et 36 noires qui n’attendent que des doigts pour les actionner et ainsi faire naître toute forme de musique.

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Ce soir-là  nous avons pu encore une fois le constater, Alain Claudien, le “technicien du piano ” comme il se définit lui même, recevait ses amis et parmi eux de grands pianistes de tous styles. Qui de mieux qu’un accordeur pour mettre tout le monde d’accord ? Il célébrait son jubilé de 40 ans au service des musiques. Action Jazz avait la chance d’être présent pour ce beau moment d’amitié et ce grand moment musical. Autre vedette de la soirée, le majestueux Steinway & Sons, un ¾ de queue de concert si je ne m’abuse, ce qui se fait de mieux dans le genre. Avis aux amateurs, vous pouvez le louer : http://www.piano-claudien.com/

Le premier à en prendre les commandes nous le connaissons bien à Action Jazz, la Gazette Bleue #13 de novembre 2015 l’avait présenté, c’est un des maîtres bordelais du jazz et du piano, Francis Fontès.

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Avec lui ses inséparables compères d’Affinity, Dominique Bonadei et Philippe Valentine. Quelques titres de Wayne Shorter, Herbie Hancock pour lancer la soirée et de suite ce piano qui se met à chanter sur toute sa palette sonore. Rien à voir avec les claviers électriques qui certes sont plus mobiles mais qui ne donnent pas le même relief, la même profondeur.

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Intermède old jazz avec Francis Haimovici passant du piano au trombone avec son éternelle jeunesse, accompagné par Michel Juy à la guitare et Gérard Valade au sax soprano.

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Les fourchettes se taisent le temps de la prestation, la performance même, d’Hilomi Sakaguchi (CNR de Bordeaux, Proxima Centauri) interprétant une œuvre contemporaine du compositeur américain George Crumb. Une musique pas facile mais tellement belle à voir se fabriquer sous les doigts inspirés d’une artiste habitée. Un domaine à explorer.

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Un peu plus loin dans le menu c’est un autre cadeau qui nous est fait avec une nocturne et une valse de Chopin interprétées par le magnifique Hervé N’Kaoua. Professeur à Bordeaux puis Lyon il mène aussi une carrière internationale de soliste. Le jazz est loin, la musique elle est bien là, en toute simplicité mais d’une beauté stupéfiante. On sent les liens qui unissent les artistes à Alain Claudien, tant mieux on en profite.

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Le jazz revient avec un trio formé de François Faure au piano, une grande figure du jazz bordelais des années 80 qui se fait rare maintenant. Accompagné d’Antoine Faure, son fils à la basse et de Philippe Gaubert à la batterie, ce spécialiste de Bill Evans va nous proposer un bel intermède.

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Arrive alors en cours de soirée un autre grand pianiste classique – il sort de jouer en concert – Jean-Philippe Guillo (CNR de Bordeaux) qui avec Hervé N’Kaoua va improviser un sublime quatre mains ; deux mains, deux styles, deux touchers différents. Une troisième virtuose qui tourne les pages, on rêve.

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D’autant que Hilomi revient avec son mari Pascal Jean Marignan (CNR de Bordeaux), leur duo s’appelant Piano Opus 2, pour un autre quatre mains autour de Ravel avec « Ma Mère l’Oye » et « Le Jardin Féérique ». Magique de voir danser ces vingt doigts, la proximité du piano rajoutant à la rareté et à la beauté du moment.

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On repasse au jazz avec le trio Affinity qui accompagne maintenant Caroline Billa au chant. Ils se connaissent par cœur et l’intemporel « Caravan », entre autres, n’en est que plus beau.

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Pour tous les goûts, tout cela autour de ce piano magnifique mais surtout grâce et pour celui qui les règles ces si beaux instruments, les bichonne. Savez-vous qu’en France le pointilleux Chick Corea et le difficile Keith Jarrett ne jurent que par lui ?

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Dans une prochaine Gazette Bleue, Alain Claudien nous parlera de son métier, il a tant de choses à raconter.

La musique ne devrait pas avoir de frontières, les étiquettes sont tellement réductrices. Rêvons qu’une telle soirée puisse être organisée pour le grand public…

Nokalipcis lumineux aux Jeudis du Jazz

par Philippe Desmond, photos Jean-Pierre Furt.

« Jeudi du Jazz » à Créon le 16 février 2017.

En décembre dernier au Rocher de Palmer nous avions découvert Nokalipcis, le projet mené par Mickaël Chevalier (compositions, direction musicale et bugle) avec Nolwenn Leizour (contrebasse), Francis Fontès (piano) et Philippe Valentine (batterie). Le blog avait relaté leur premier concert et la Gazette Bleue de janvier avait présenté le projet en page 24 (liens en fin d’article).

C’est donc avec beaucoup de plaisir que nous (AJ) nous sommes rendus à Créon pour leur prestation lors de la 3ème  soirée de la 8ème saison des « Jeudis du Jazz », une véritable institution ! Plaisir double, musical donc et aussi convivial tant ces soirées sont agréables à vivre. Accueil sympathique, dégustation de vin – hier soir le domaine de Coulonges en Haut-Benauge – la bière locale « Saint-Léon », tapas, pâtisserie et une écoute toujours aussi attentive, très appréciée des musiciens.

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Plaisir musical assuré, mais peut-être plus d’effet de surprise comme la première fois au Rocher ? Certes, mais une grande claque quand-même devant tant de qualité ! Ils ont été éblouissants, « la lumière certainement » me dira humblement Nolwenn quand je le lui dirai à la fin du concert en la qualifiant d’Impératrice. Son jeu à la contrebasse qui donne cette profondeur au son de l’ensemble, ses chorus pleins de nuances, sa complicité avec Francis Fontès pendant tout le concert ont épaté tout le monde.

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Lui aussi a fait forte impression, à ceux qui ne l’avaient jamais entendu bien sûr mais aussi aux habitués ; on ne se lasse pas de ses développements au piano, de sa virtuosité mais aussi de ce groove permanent qui l’habite. Non seulement on ne s’en lasse pas mais on en redemande.

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En face, côté cour, nous avons eu droit à une leçon de batterie de la part du professeur Valentine ; deux jours après la Saint Valentin c’était hier la Saint Valentine, un festival. D’un bout à l’autre sur sa Rolls de batterie, une Craviotto acajou/érable moucheté, il a plus que tenu le tempo, il a fait de la musique. Quelle palette, sans esbroufe, sans morceau de bravoure racoleur, mais à quel niveau ! Son duel avec Francis Fontès sur le dernier titre « 40ème Nord » a été une apothéose.

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Mickaël Chevalier ne s’est pas trompé en s’entourant de ces trois musiciens, avec une telle rythmique il est parfaitement en confiance pour nous régaler au bugle, « plus de Trumpet depuis les élections américaines » plaisante-t-il. Ce son de bugle plus chaud et velouté – avec parfois quelques effets surprenants – est parfaitement adapté au climat musical souhaité, du new bop mélodieux, à la fois énergique (« la Fuggita » en entrée qui a saisi toute l’assistance) et plein d’émotion (« Butterfly’s Dream de Nolwenn ou encore « Ballade pour Gino » écrit par Mickaël pour son grand-père). Mickaël rappelons-le a composé une dizaine de titres magnifiques – album « Tara » – complétés par la composition de Nolwenn, « Song for John » et le nerveux « Crisis » de Freddie Hubbard (un de mes titres favoris). Dire qu’il a un peu mis la musique entre parenthèses depuis quelque temps…

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Quatre super musiciens mais pas dessus tout une osmose et une impression de sérénité sur scène qui s’est transmise à l’assistance. Comme souvent ici un public venant à la découverte, sûr de passer un bon moment et friand de découverte ; et nombreux, plus de deux cents personnes, les réservations de repas étant bouclées depuis mardi midi !

Merci encore aux bénévoles de l’association Larural de proposer des plateaux de cette qualité  – « Mais d’où sont-ils » m’a t’on demandé ? de Bordeaux Madame ! – tout en désacralisant le jazz ; la fidélité du public est leur récompense. Et une mention aux techniciens son et lumière, c’était parfait.

Donc nous reviendrons le jeudi 13 avril pour le Youpi quartet !

 

Liens :

http://blog.actionjazz.fr/a-bord-du-tara-avec-le-nokalipcis-project/

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n20-janvier-2017/

http://www.mickaelchevalier.com/projet/nokalipcis-quartet/

portrait de Francis Fontès dans la Gazette Bleue #13 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n13/

portrait de Nolwenn Leizour dans la Gazette Bleue #4 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n4/

 

 

A bord du Tara avec le Nokalipcis Project

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Sortie officielle de l’album « Tara »
Rocher de Palmer, vendredi 2 décembre 2016.

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Ce soir nous allons prendre le large, embarquement au Rocher, pas de Gibraltar mais de Palmer sur la goélette Tara avec un très très bel équipage nommé NOKALIPCIS avec par ordre d’apparition dans ce nom mystérieux (plus pour longtemps) NOlwenn Leizour (contrebasse), MicKAël Chevalier (bugle), PhiLIPpe Valentine (batterie) et FranCIS Fontès (piano). Pour ceux qui ne savent pas voyager sans carte prenez celle marquée Néo Bop.

Le Salon de Musiques (le « s » final est très important en ce lieu) se garnit copieusement de passagers avec pas mal de têtes connues et notamment de jeunes têtes, celles de musiciens en devenir qui ne boudent pas leurs aînés, ça fait plaisir.

Le gréement est de qualité ; sur scène un piano, un vrai, les seuls que Francis Fontès apprécie, Mémé la vieille et respectable contrebasse ¾ de Nolwenn et une batterie de rêve, une rare Craviotto en bois, acajou et érable moucheté, cerclée bois, qui va faire mourir de jalousie les quelques batteurs présents dans la salle. Le bugle artisanal tout neuf de Mickaël Chevalier arrive dans ses mains pour un largage des amarres tonitruant soutenu nerveusement par la batterie dans une longue phrase tendue très hard bop ; un accueil à bord des plus surprenants qui décoiffe tout le monde. Piano et contrebasse viennent humaniser tout cela et nous voilà donc partie sur un premier bateau nommé « La Fuggita ».

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Et oui avant d’être le musicien que l’on connaît Mickaël Chevalier a eu plusieurs vies, notamment celle de marin. Il a traversé les océans, fait le tour du monde comme mécanicien de bord. La plupart de ses compositions originales présentées ce soir portent les noms des bateaux sur lesquels il a navigué. Comme « Renée » un cargo porte container avec lequel nous traversons l’Atlantique par une mer calme et sereine sur une mélodie tout en douceur. Déjà un chorus d’une grande musicalité de Francis Fontès (le médecin du bord), ampleur, volubilité et finesse sont là comme d’habitude bien qu’on ait l’impression qu’il a encore fait des progrès ! C’est bien possible car il travaille pour. La suavité du bugle, préféré pour cette raison à la trompette, fait la transition avec une intervention en solo très travaillée de Nolwenn qui place de suite la barre très haut. Philippe Valentine tire la quintessence de son bijou en bois comme il va le faire toute la soirée d’une façon remarquable ; un drumming très musical.

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On change de navire avec la goélette « Tara » qui file ses 12 nœuds, légère et agile, tout le monde s’affairant sur le pont avec précision et efficacité . Très beau.

Tempo tendu en cross stick contrastant avec deux chorus nostalgiques de piano et contrebasse, pour encore une belle mélodie amenée par Mickaël, l’intensité montant petit à petit vers un duel éblouissant entre le piano et la batterie arbitré par la contrebasse. Du pur bonheur musical comme en témoigne nos regards échangés avec les amis autour. Nous étions au pied d’un fjord en Norvège pour une « Balade à Tromsø ».

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Place au trio rythmique pour une escale avec une jolie composition de Nolwenn et un arrangement de Francis, « Butterfly’s Dream », débutant par une balade délicate puis, une fois le papillon sorti de sa chrysalide, s’envolant même sur un rythme de samba. Pendant ce temps Mickaël en bon mécanicien graisse les pistons, pas du moteur V10 de son cargo mais du 3 cylindres en ligne de son bugle encore en rodage et qui lui fait quelques misères.

Puis Mickaël Chevalier prend les habits de Freddie Hubbard, un de ses musiciens favoris, avec « Dear  John » (Coltrane) et l’irrésistible « Crisis » où chacun s’en donne à cœur joie, le vibrato du bugle ramenant toujours au gimmick envoûtant du titre.

Ce bugle Mickaël le fait gémir ou geindre avec un certain humour dans « For Gino ». A 5 degrés près nous serions géographiquement en accord avec le titre suivant « 40° Nord », celui qui traverse, entre autres, la Méditerranée. La section rythmique entretient avec un autre dialogue piano batterie un groove impeccable, sous un déluge de notes,   le tout sous un orage de contrebasse, le bugle dévoilant de belles éclaircies.

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En rappel « Rara Avis » nous ramène tranquillement à terre, il est temps, le bugle ce soir est capricieux et a consommé pas mal d’huile, mais sans nuire au résultat. Mickaël m’expliquera que ce type d’instrument artisanal est ajusté de façon très précise et que, neuf, la moindre poussière peut perturber son fonctionnement. Il est musicien, mécanicien mais aussi excellent compositeur et arrangeur comme le prouve tous les titres entendus ce soir et qui figurent – sauf Crisis – dans l’album « Tara » du Nokalipcis Project magnifiquement illustré par les dessins de la goélette par Christian Revest.

L’unité et la cohésion du groupe sont vraiment manifestes et la croisière de ce soir a été une splendeur, d’un niveau de qualité impressionnant, tant au niveau de l’interprétation que des compositions. Un projet vivant à recommander à tous les programmateurs.

https://www.facebook.com/Nokalipcis/

Sophie Bourgeois et Affinity au Caillou

par Philippe Desmond.

Vendredi 14 octobre 2016

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Allô Philippe, avec ma femme on aimerait bien aller au restaurant et découvrir du jazz, tu as quelque chose à nous proposer ? Bien sûr, rejoignez moi au Caillou car je ne veux pas manquer le concert d’aujourd’hui.

L’été, indien ou pas, est vraiment fini et en cet automne le Caillou s’est replié dans ses quartiers d’hiver ; pourtant ce soir c’est le printemps pour Sophie Bourgeois. L’éclosion d’un album « This is New » en est le principal signal (chronique du CD et portrait dans la prochaine Gazette Bleue de novembre). Elle n’a d’ailleurs jamais chanté ici car il faut constater que ses prestations sont trop rares. En attendant de restituer l’album avec le trio de l’enregistrement, Sophie se produit ce soir avec Affinity, ses amis de toujours, Francis Fontès au piano, Dominique Bonadei à la basse électrique et Philippe Valentine à la batterie. Ils ont « l’habitude » depuis longtemps de jouer ensemble même s’il faut être attentif pour ne pas les rater.

Dans sa petite robe noire très rive gauche Sophie va de suite entrer dans le vif du sujet avec « I’ve Got the World on a String », rien à voir avec une quelconque conquête du monde grâce avec la petite pièce de lingerie féminine, ce que ses compères taquins voudraient laisser entendre, nous précise t-elle avec humour. Sa voix est haute, de suite bien en place et on sent déjà son plaisir de chanter. « All of You » et « Just One of Those Things » de Cole Porter ensuite pour cette grande amatrice de comédies musicales américaines. On sent Sophie libérée, heureuse de chanter et en plus le trio lui ouvre la route merveilleusement.

Le piano droit du Caillou – un Yamaha numérique « pas mal pour un piano électrique » selon son pilote du soir très exigeant en la matière et ne jurant que par les vrais – est tout neuf et Francis Fontès lui impose un rodage plus qu’accéléré ; toujours remarquable le Doc, quand on pense qu’il prend encore des cours… Dominique Bonadei et sa belle basse 5 cordes, ça tombe bien une par doigt, maintient le cap avec brio, faisant oublier aux puristes qu’il ne joue pas de la contrebasse. Quant à Philippe Valentine il habille le tout de ses baguettes ou de ses balais, en nuances ou en puissance mais sans jamais marcher sur les pieds de Sophie. Une affaire qui tourne bien rond.

Voilà « The Man I Love » la merveille de Gershwin un autre des auteurs de prédilection de la chanteuse, la plainte de Lady Day « Fine and Mellow », la ballade blues « Angel Eyes » immortalisée par Ella, et Sophie radieuse et souriante qui commence à scatter. Les swinguants « Lullaby of Birdland » et « I Don’t Mean a Thing » pour atteindre la pause et déjà un beau succès.

Mes amis sont ravis et moi rassuré, toujours délicat de conseiller des néophytes.

Changement d’atmosphère avec l’indémodable « One Note Samba » de Jobim et une bien jolie « Javanaise » très raccord avec sa robe à la  Gréco, suivie du « Jardin d’Hiver » de Monsieur Henri. Et oui Sophie chante même le jazz en Français ce qui n’est finalement pas si courant. Car il est bien question de jazz, la chanteuse apportant ses touches de scats et s’effaçant souvent derrière son trio de luxe qui nous propose des envolées superbes. « I Got Rythm » pour – presque – finir et en rappel Sophie nous ramène prestement à la maison en « Caravan » le véhicule de prédilection des amateurs de jazz depuis que Duke l’a sortie du garage en 1936.

Belle soirée encore chez nos amis du Caillou et grâce à Sophie Bourgeois qui prend un nouveau départ avec un plaisir manifeste. Sur plusieurs titres elle s’est mise vraiment en danger, commençant notamment un titre pas des vocalises a capella, ou se lançant avec succès dans des improvisations. On espère avoir très vite d’autres occasions d’entendre cette belle chanteuse.

Quant à mes amis ils le resteront et ils reviendront ! Merci Sophie et Affinity.

Tribute to Miles Davis ; Roger Biwandu Sextet

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

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Miles Davis, au delà de l’extraordinaire musicien, n’était pas un homme facile, pas le genre à qui on tape sur le ventre. Depuis bientôt 25 ans qu’il a quitté ce monde je le soupçonne, depuis là où il se trouve, de toujours se comporter comme le dieu qu’il a été. Ce mercredi par exemple il a bien tenté de torpiller l’hommage qui allait lui être rendu. L’énorme averse qu’il nous a envoyée dessus au moment de nous rendre à l’Apollo n’avait elle pas pour but de nous couper l’envie d’y venir ? Raté. Alors n’est il pas à l’origine de l’énorme embouteillage qui a quasiment paralysé Bordeaux juste après ? Encore raté, l’Apollo s’est rempli et drôlement même ! Mais le coup le plus rude avait été porté en début d’après-midi quand le Miles bordelais, Freddy Buzon, avait dû déclarer forfait pour un petit problème de santé  tout ça certainement par une intervention divine du vrai Miles… Pensez donc, le trompettiste KO juste avant le concert, la concurrence écartée, c’était le coup de grâce !

« Allo Mickaël, c’est Rodge, tu fais quoi ce soir ? Non non tu ne gardes pas les enfants, on a besoin de toi, juste un peu, à l’Apollo » Et c’est comme ça qu’au pied levé le trompettiste Mickaël Chevalier s’est retrouvé leader du sextet le soir même ! Un trompettiste fan de Freddie (Hubbard) qui pour un concert de Miles remplace un Freddy, le Miles bordelais, de quoi s’y perdre.

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Avec lui le chef de projet, à la batterie, Roger Biwandu, Olivier Gatto à la contrebasse, Francis Fontès au piano, Alex Golino au sax ténor et Jean-Christophe Jacques au sax alto. Que des très bons !

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L’Apollo est blindé – 500 personnes selon les syndicats, 1000 selon la police – quand débute le concert avec le fringuant « Milestone » ; ça sonne de suite parfaitement, Jean-Christophe endossant le costume de Cannonball Adderley. On reste à la fin des 50’s avec « Freddie Freeloader » (Freddie le pique-assiette) du magique et monumental album « Kind of Blues » ; le sextet est exactement la réplique de l’original, Davis, Adderley, Coltrane, Kelly, Chambers et Cobb. C’est du sur mesure. Puis « Two Bass Hit » et le joyau « So What » que le sextet va faire briller jusqu’à l’éblouissement. Le chorus d’Olivier Gatto, particulièrement en verve ce soir, réussit par son originalité initiale à faire taire l’assistance, pour ensuite revenir des profondeurs, se rapprocher tout doucement du thème et le relancer. Magnifique. Nous voilà propulsés en 1968 avec « Pinochio » et Miles, Herbie, Wayne, Ron, Tony sont là sous nos yeux et dans nos oreilles. Quelle qualité musicale et si proche de nous !

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La pause est bienvenue pour décompresser les corps. Chapeau Mickaël belle suppléance ! « Facile ce sont des standards » ose-t-il me dire ! Personnellement ça me fascine cette capacité des jazzmen – les très bons – à s’adapter ainsi. Ces standards justement pour qui certains font la fine bouche, les mêmes peut-être qui vont aller écouter du Mozart ou du Beethoven ; c’est pas des standards peut-être ça ? Et en plus avec le jazz les standards sont constamment revisités, tordus, interprétés et ainsi toujours nouveaux. Alors vive les standards !

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Ça repart avec « Straight No Chaser » de Monk repris sur l’album « Milestone », « ESP » et « Nefertiti ». Mickaël Chevalier est libéré et fait plus qu’honneur à sa sélection tardive, une prouesse. Jean-Christophe Jacques joue de mieux en mieux, cantonné à l’alto ce soir il en tire le meilleur, quant à Alex Golino toujours aussi imperturbable il nous entraîne loin lui aussi dans ses chorus.

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Parlons de la section rythmique ; mon dieu quelle claque ! La contrebasse gigantesque d’Olivier Gatto -on s’en faisait tous la remarque – le drumming hyper actif, créatif, impulsif de Roger Biwandu, les doigts de magiciens et le groove de Francis Fontès sur le clavier – tout neuf – quelle qualité. Leurs joutes triangulaires faisaient même l’admiration des trois compères soufflants.

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Pour finir « All Blues » un autre joyau de la couronne. Dans le public, tous KO debout.

Là-haut il paraît que Miles a fini par lâcher du bout des lèvres « Good job men » c’est vous dire !

Roger Biwandu sextet « Tribute to Art Blakey »

Par Philippe Desmond.

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La vie de chroniqueur est parfois déchirante ; ce mercredi soir l’offre jazz bordelaise est pléthorique et de qualité partout. Au Siman le Philippe Bayle Trio, au Caillou le tromboniste Pierre Guicquéro en quartet et à l’Apollo un « Tribute to Art Blakey », que dis-je, pas un mais LE « Tribute to Art Blakey » déjà vu plusieurs fois… Justement à chaque fois ce fut grandiose, alors allons-y pour une cuillerée de plus !

La dernière fois c’était l’été dernier au festival de Saint-Emilion devant un millier de personnes et un concert éblouissant, ce soir c’est dans un petit bar devant dix mille personnes au moins tant il y a de monde ! Et vraiment beaucoup de jeunes – non pas moi – ce qui fait grand plaisir. Un seul bémol aucun de nos photographes d’Action Jazz n’est présent, ils sont déployés sur les autres lieux, d’où une photo à la biscotte d’une qualité à des années lumières de celle du concert.

Petit changement par rapport au sextet habituel de ce tribute, l’absence de Shekinah Rodz en repos forcé, suppléée au sax alto par un remplaçant de luxe, Jean-Christophe Jacques que l’on a peu l’habitude d’entendre avec cet instrument. Sinon autour de Roger Biwandu (dr) l’initiateur du projet on retrouve Olivier Gatto (cb et direction musicale), Francis Fontès (p), Alex Golino (st), Laurent Agnès (tr) et Sébastien Iep Arruti (tb), la fine fleur bordelaise, nos Jazz Messengers à nous.

On commence « en douceur » alors que la salle est déjà bondée par « On the Ginza ». On va déjà passer tout le personnel en revue et on sent que la soirée va être chaude ; ils ont autant envie de jouer que nous de les écouter. Roger a dû les faire bosser pas mal car tout est de suite en place sur cette musique d’Art Blakey, ce jazz puissant bâti sur une rythmique forte et bien sûr une batterie centrale omniprésente. Roger avec ce répertoire donne vraiment toute la mesure de son talent et il en a l’animal.

Puis vient un « Feeling Good » de circonstance, « Falling in Love With Love », « Eighty One » (de Miles non?) et « Oh by the Way ». Je dirai plusieurs fois dans la soirée qu’en écoutant cette musique avec ses changements de cadence, ses fulgurances et ce côté cool parfois, je m’imagine au volant d’une décapotable américaine des 60’s, le bras sur la portière, passant des petites routes de corniche aux grands boulevards d’un grand coup d’overdrive ; je ne dis pas qui m’accompagne…

Tout le long de ce premier set les musiciens vont nous proposer un festival de chorus. La section de cuivres est étincelante, époussoufflante dira Benjamin.

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Alex avec sa discrétion scénique habituelle, endosse les habits de Wayne sans aucun complexe à avoir, il est toujours juste dans ses interventions.

Laurent va prendre des risques payants sans aucun artifice à sa trompette, il est remarquable.

Jean-Christophe se surprend lui-même à l’alto et nous offre des chorus mélodieux d’un grand dynamisme.

Sébastien, à deux doigts d’éborgner avec sa coulisse le public du premier rang qui a trouvé refuge au pied des musiciens, se joue de cet instrument rebelle qu’est le trombone avec une virtuosité extraordinaire.

Au piano Francis , qui ne regardera pas ses doigts de la soirée toujours à croiser le regard de ses collègues, va nous en mettre partout comme à chaque fois, son « piano » Casio vivant certainement sa dernière soirée vu ses quelques défaillances techniques d’hier.

A la colonne vertébrale Olivier toujours studieux et appliqué – il répétera seul dans son coin juste avant le concert – va nous enchanter de cette ligne de basse dynamique et changeante assez caractéristique de la musique d’Art Blakey.

Quant à Roger, le patron, particulièrement à son aise dans ce répertoire – comme dans les autres d’ailleurs – il va notamment nous gratifier d’un superbe solo très créatif dans un tempo soutenu et de quelques fantaisies comme des décalages osés et décapants.

Après la pause méritée et rafraîchissante on repart avec « Free for All » puis ma préférée « Crisis » étirée avec bonheur pendant de longues minutes grâce – et non pas à cause – aux chorus énergiques des uns et des autres . Splendide.

« One by One », « Little Man » et bien sûr « Moanin’ » que tout le monde attend pour le dessert. Ce dessert on en reprendrait bien avec « Blue March » par exemple mais il est déjà (!!!) 22 heures et ici l’heure c’est l’heure, les voisins ont déjà la main sur le téléphone pour prévenir la police !

Un plaisir visible de jouer et un plaisir partagé de les  entendre dans un Apollo survolté. On vient de passer une soirée digne certainement des nuits de folie dans les caves de Saint-Germain des Près à l’époque folle des 50’s ; non là pour une fois j’étais trop jeune pour l’avoir vécu. Virginie me fait remarquer le nombre de musiciens présents dans la salle et me présente ceux que je ne connais pas encore ; une telle présence c’est bon signe en général.

La musique, les amis, what else ?

Jimi Drouillard et Affinity Quartet au Caillou

par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc

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Affinity Quartet c’est toujours un plaisir de les entendre mais en plus ce soir ils ont un invité – ou réciproquement – et pas des moindres, un guitariste hors-pair avec un CV long comme un manche de Fender. Pensez donc il a joué avec François Béranger, Nicole Croisille, JJ Milteau, Dédé Ceccarelli, Quincy Jones, Eddy Mitchell, Chris Rea et bien d’autres… Actuellement il travaille notamment avec Sanseverino et Christophe Cravero. Il enseigne aussi la guitare. Il s’appelle Jimi Drouillard, il vit et travaille à Paris où il est connu dans tous les studios et reconnu de tout le monde musical, de la variété au jazz.

Jimi est originaire de Bordeaux où il a appris la guitare avec Henri Martin, et il revient de temps en temps dans le coin pour jouer comme il dit « avec ses vieilles ». Plus de quarante ans qu’ils se connaissent avec le bassiste Dominique Bonadeï et le batteur Philippe Valentine ; « c’est légèrement important » comme il dit.

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Ce soir l’affiche annonce un « Tribute to Louis Armstrong » ; pourtant pas un seul trompettiste dans le groupe. Un hommage à Armstrong sans trompette c’est comme un hommage à Anquetil (ou l’autre Armstrong) sans vélo ou Milan sans Remo me rétorque Jimi toujours plein d’humour. Au fait il s’appelle Jimi comme moi Keith ou Miles sauf que pour lui le pseudo se justifie pleinement quand on l’écoute jouer.

« Oh When the Saints Go Marching In » ouvre le concert et on comprend de suite la tournure que vont prendre les évènements ; on va se passer aisément de la trompette, la Telecaster – insolite en jazz – de Jimi et les sax d’Hervé Fourticq feront largement l’affaire pour jouer les mélodies ; ça donnera même lieu à de sacrés duels. A la rythmique avec Philippe Valentine – magnifique – et Dominique Bonadeï – excellent – bien sûr le maître Francis Fontès au piano qui tourne le dos à tout le monde vu la nouvelle disposition de l’instrument. Jimi le lancera de la voix pour les chorus, un rétroviseur n’étant pas encore installé à côté du clavier.

Le répertoire New Orleans de Satchmo va subir une cure de jouvence en partant sur des tempos latinos Jimi se transformant alors en Carlos ; pour la guitare pas pour le gabarit, quoi que… Le « Summertime » va s’avérer caniculaire et insolite avec l’utilisation de la pédale wah-wah, le son dirty – c’est écrit sur la pédale – et des citations bondiennes. Quelle chance d’avoir ce remarquable guitariste près de nous, de le voir triturer ses cordes avec ou sans médiator, avec finesse ou violence et toujours dans le bon registre.

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A côté de moi, aux anges, un ami guitariste amateur venu pour retrouver 44 ans après ce copain de répète au lycée technique de Talence qui déjà à l’époque impressionnait tout le monde. L’occasion pour moi de découvrir que Jimi et moi étions au même lycée à la même époque aussi ; jamais trop tard pour faire connaissance.

La seconde partie va donner l’occasion à Jimi Drouillard de jouer et chanter quelques compositions personnelles en plus de quelques classiques réarrangés de main de maître par Francis Fontès. Le « St James Infirmary » blues est interprété magnifiquement et le concert se conclut en beauté avec « What a Wondeful World ».

Vous avez raté ce magnifique concert ? Pas de panique, Jimi et ses vieilles remettent ça ce vendredi 18 décembre à 20h30 au Bistrot Bohème de Bordeaux. En plus, comme au Caillou, on y mange très bien !

http://jimidrouillard.com/

 

Francis Fontès sera ce Jeudi 26 novembre au Tunnel.

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Le Tunnel 6 Rue des Ayres à Bordeaux

Trio avec Roger Biwandu (dr) et Laurent Vanhée (cb) à 21h30 ; entrée gratuite, consommation.

Article paru dans la Gazette Bleue n°13 de novembre 2015

Par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc

En entrant dans le salon impossible de le rater, il est là majestueux dans sa belle livrée noire, entouré d’instruments, une batterie, des guitares, une contrebasse, un piano droit ; il a voyagé dans toute l’Europe et maintenant il s’est posé ici à Bordeaux, finis les voyages, finis les transports fastidieux et risqués pour lui, il est entre de très bonnes mains. « Il » c’est un piano à queue Yamaha, un vrai pas un quart, LE piano que Chick Corea et Jacky Terrasson ont utilisé pendant des années lors de leurs tournées en France et en Europe ; il y a d’ailleurs leurs dédicaces à l’intérieur. Les bonnes mains qui l’utilisent désormais sont celles de Francis Fontès qui l’a racheté d’occasion ; « une bonne affaire » s’empresse-t-il de dire. Ce piano résume presque à lui seul la vie musicale de Francis ; la qualité et la recherche permanente de la perfection.

Francis est né en Guadeloupe – d’ailleurs notre entretien va se faire autour d’un verre d’un produit local réputé –  et y a commencé le piano classique, tard me dit-il, à dix ans. Un frère ainé déjà pianiste de jazz lui donne le virus et lui fait découvrir cet univers.

A douze ans lors d’un long séjour en Métropole à Bordeaux il assiste au concert de Miles Davis au Français donné en novembre 1971 ; Keith Jarrett est au Fender-Rhodes… Cet évènement est fondateur pour lui et désormais il va travailler à fond sa technique et sa culture musicale.

Retour en Guadeloupe, collège, lycée et seul il effectue un travail intense sur son piano ; du jazz donc mais aussi du classique ; plus de quarante ans après ça n’a pas changé. Il joue et apprend avec le regretté guitariste André Condouant qui a collaboré avec les plus grands ; celui-ci lui explique les harmonies, les impros et l’expression « travail intense » revient dans notre conversation… Il côtoie là-bas le pianiste Alain Jean-Marie qui lui aussi a des références majeures. Le piano est en train de devenir sa vie.

Mais les études supérieures l’appellent à Bordeaux, des études de médecine s’il vous plaît. Travail intense bien sûr – vous aviez deviné – les cours de médecine et de piano classique en parallèle, rien d’autre ! Mais le samedi soir se passe chez Jimmy où l’on ne joue pas de Chopin mais du jazz, nous sommes en 76-77.

En 1980 les études de médecine sont bien lancées alors il participe à son premier groupe, un sextet fondé par le trompettiste, désormais tromboniste à pistons, Patrick Dubois : Jazz Connection. Les bars, les clubs de jazz sont encore nombreux à l’époque : le Jimmy bien sûr mais aussi les Argentiers, l’Arrache-Cœur, l’Alligator, le Jazz Pub. Epoque dorée pour le jazz vivant et les jams où les musiciens pouvaient se rencontrer dans des endroits fixes et partager.

1989 voit la naissance d’un nouveau groupe, toujours en activité, Affinity Quartet avec Dominique Bonadei à la basse, Philippe Valentine aux baguettes et Hervé Fourticq au sax. L’apprentissage continue confie Francis ; on a bien compris que pour lui il ne s’arrêtera jamais.

Entre temps il est devenu rien moins que docteur en radiologie, métier qu’il exerce toujours bien sûr. D’où son surnom « Doc » qui n’est pas usurpé du tout. Maladie familiale, ses deux frères, ainé et benjamin, étant eux aussi médecins, pianiste et contrebassiste de jazz…

Deux carrières au top niveau à mener de pair ? « Simplement une question d’organisation ». A Bordeaux s’en suivent des collaborations avec les musiciens locaux qu’il apprécie tant, Roger Biwandu, Olivier Gatto et Shekinah, Nolwenn Leizour, Mickaël Chevalier (« quel travail il nous a donné pour son dernier concert ! »)… mais aussi avec Ernie Watts pour deux concerts, un quatre mains avec Jacky Terrasson, des concerts avec Francis Bourrec, le guitariste Philippe Drouillard, John Patitucci… Quelques jolies références.

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A la question posée sur ses influences musicales fuse la réponse « Miles, Miles, Miles » ; c’est clair et net. Mais il la complète vite par ce qui constitue son socle : Herbie Hancock, Bill Evans, Chick Corea, Mc Coy Tyner, Keith Jarrett pour les pianistes et aussi Wayne Shorter, John Coltrane… Même langage même si les musiques sont différentes.

Pour les entendre il parcourra les festivals d’été de Paris à Vienne en passant par Nice, Antibes… Quelle passion ! Non, Francis rectifie : « La musique et le piano ne sont pas une passion pour moi, c’est ma vie, c’est moi, je pense musique » ; ah pardon… Son entourage le sait lui offrira en 2010 un beau cadeau, un billet d’avion pour New York pour le concert des 70 ans d’Herbie Hancock au Carnegie Hall !

Des projets ? Pas le temps mais toujours une activité intense. Jouer bien sûr – le niveau des musiciens n’a jamais été aussi relevé constate-il – mais aussi partager comme récemment avec Valérie Chane-Tef qu’il a conseillée pour le dernier album d’Akoda Instrumental. Francis Fontès ne compose pas mais il adore écrire des arrangements, déstructurer, restructurer. Il regrette, malgré tous les excellents musiciens actuels, l’absence de vrai courant novateur.

Notre entretien touche à sa fin, je n’ai même pas levé la tête et Francis l’a remarqué ; « tu n’as pas vu au-dessus de toi ? » En effet comment ne pas l’avoir remarquée, une grande mezzanine en forme de… piano à queue me surplombe !

On s’approche du vrai piano, celui de Chick et Jacky, Francis en soulève le capot digne d’une Jaguar type E et bien sûr se met à jouer : un titre de Michel Petrucciani, puis « le Temps » d’Aznavour réarrangé par ses soins et «Around Midnight » pour finir. Je comprends alors pourquoi il n’aime pas trop jouer sur les claviers électriques.

Vous n’avez jamais entendu Francis Fontès ? Alors n’hésitez pas guettez les concerts où il sera, vous pourrez en plus mesurer les progrès qu’il aura fait car le « Doc », toujours en quête du meilleur,  reprend depuis peu des cours de piano !

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