Magiques « Accords à Corps » avec Olivier Gatto Spiritual Warriors Orchestra

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

L’Entrepôt, le Haillan, samedi 4 février 2017.

Une semaine riche en événements musicaux de grande qualité – ce blog en témoigne – ne pouvait se terminer qu’en apothéose et ce fut le cas ce samedi soir à l’Entrepôt du Haillan pour la 5ème édition d’ « Accords à Corps », habile allitération alliant musique et danse.

Les musiciens, ce blog vous les a présentés en début de semaine ; autour d’Olivier Gatto (direction musicale, composition, arrangements, contrebasse, organisation générale, taxi, j’en passe… ) et de la merveilleuse Shekinah Rodz (Sax alto, flûte, chant, percussions, cuisine porto ricaine…) les deux locaux, les excellents Dimitris Sevdakis (claviers), JC Dook Kingué (guitare électrique), Sam Newsome (sax soprano), Terreon Gully (batterie) et Tito Matos (percussions) venant du monde entier. Cet ensemble s’avance sous le nom contrasté de Spiritual Warriors Orchestra.

Les danseurs – et oui, désolé mesdames, la grammaire française m’oblige à dire danseurs alors que nous comptions une bonne trentaine de danseuses pour un seul homme, David du JBA – viennent eux de la région : Tempo Jazz du Haillan , le Jeune Ballet d’Aquitaine (JBA), le Pôle d’Enseignement Supérieur de la Musique et de la Danse de Bordeaux (PESMD).

Des mois de travail, choix des musiques, arrangements, travail des danseurs dans leurs écoles, préparation de la mise en scène, des costumes – superbes – travail individuel des musiciens, puis depuis lundi résidence de l’orchestre enfin réuni, répétitions avec les danseurs, tout ça pour une création éphémère, un one shot comme on dit dans le milieu ! Un avant-goût musical, plus que ça même, nous avait été proposé mercredi dernier , voir chronique du blog.

Remercions ceux qui rendent de si belles choses possibles, au premier chef la Ville du Haillan et l’équipe de l’Entrepôt.

« Olishe » une composition latino de Shekinah débute musicalement le concert sur un rythme déjà très soutenu. Les musiciens sont tous très élégants, Shekinah en tête comme toujours. Olivier Gatto a troqué – à contrecœur – sa vieille grand-mère de contrebasse de 1870, qui mercredi soir lui a fait de gros caprices, contre une élégante silent-bass à la taille mannequin ; pour lui je ne sais pas mais pour nous ce sera parfait.

Le concert est organisé en une alternance de titres musicaux et de titres dansés dont le premier « Eastern Love Village » de Kenny Garrett est mis en ballet par le JBA. Alternance du noir et du blanc, beaucoup de mouvement, de légèreté, tout ça s’annonce bien.

Sur « Kings of Hearts » de John Stubblefield, Sam Newsome au soprano épate tout le monde par la précision et la justesse de son jeu ainsi que par sa respiration circulaire continue. Quant à Terreon Gully il entame son festival aux baguettes. Shekinah à l’alto n’est pas en reste !

Tableau suivant avec un arrangement blues d’Olivier du « Thieves in the Temple » de Prince les danseuses du PESMD évoluant dans un beau désordre très organisé, vêtues de délicieuses robes acidulées comme dans La La Land. Et un solo de guitare de JC Dook pour mettre un peu de sel dans tout ce sucré. Enthousiasmant.

Sam Newsome, impérial, attaque alors un solo de soprano magique sur une de ses compositions enchaînée par « In a Sentimental Mood » de Duke Ellington, les danseuses du PESMD évoluant dans une chorégraphie noueuse et éthérée, le regard vide, très esthétique. Qui improvise, le sax, les danseuses, les deux, aucun ? Magique.

Le ballet suivant de Tempo Jazz voit arriver Shekinah à la flûte en ombre chinoise sous une toile entourée de feuilles dansantes. Une réelle beauté inventive et un partage des danseuses avec les musiciens. Plein les yeux, plein les oreilles.

Mais ce n’est pas fini, Shekinah nous offre une de ses compositions « What Would Be My Life ». Quelle grande artiste, quand je pense aux gens qui font la queue pour se ruiner dans l’achat d’un billet pour une chanteuse québécoise fin juin à Bordeaux et qui ne l’ont jamais entendue ! Quel gâchis.  JC Dook épatant à la guitare et Terreon Gully qui cisèle son drumming valant presque le déplacement à lui seul ; Olivier Gatto a très bien travaillé sur tous les arrangements, le résultat est superbe ; quant à sa silent-bass elle sonne parfaitement dans ce rôle ingrat de colonne vertébrale apparemment discret mais si nécessaire. Je l’ai surpris plusieurs fois à échanger des sourires avec ses musiciens signe de sa satisfaction, lui le perfectionniste.

La scène se remplit de strass avec le JBA pour un alerte « New York Second Line » très New Orleans. Oserai-je dire que les danseuses sont belles sans me faire traiter de vieux macho ? Oui j’ose le dire, elles sont magnifiques.

« Serenade to the Motherland » de John Stubblefield est lancé par la flûte de Shekinah, le groupe la rejoignant avec une soudaine ampleur. Mais que c’est beau !

Final sur un traditionnel initié par Tito Matos qui avec ses percussions a pimenté toute la soirée et se met ici en avant avec un renfort de marque, Marcelo son adorable fils de 3 ans et son mini pandero (tambourin). Une fois le concert terminé Tito et Marcelo nous rejoindront dans le hall pour un petit concert improvisé du fiston ; « c’est la cerise sur le gâteau » s’enflamme Fatiha notre chroniqueuse ; sur le Gatto voyons ! Pour ce final tous les danseurs (et oui David est là) se rejoignent sur scène pour un tourbillon d’une gaieté inouïe enflammé par un chorus éblouissant de Dimitris Sevdakis le plus latino des pianistes grecs.

Complet, 450 personnes 450 sourires sur les visages ! Tant de bonheur va se payer un jour mais celui là on ne nous le reprendra pas.

PS : une confidence, la présence de danseurs me chagrinait un peu à priori, moi je venais écouter les musiciens, le reste me paraissait bien accessoire ; je suis ne suis donc pas un imbécile car j’ai largement changé d’avis, d’ailleurs je dois vous quitter pour ne pas rater mon premier cours de danse…

Bonus : toutes les photos de Thierry Dubuc sur : http://thierrydubucphotographe.zenfolio.com/p123532738

Olivier Gatto Spiritual Warriors Orchestra at work

par Philippe Desmond.

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A l’Entrepôt du Haillan il règne en cette après-midi d’hiver une ambiance studieuse. Plus un atelier qu’un entrepôt d’ailleurs, un atelier de fabrication de musique avec tout ce que cela comporte de difficultés, techniques notamment. Sur scène un amoncellement de câbles, des boîtes à outils, des flight-cases, des caissons et bien sûr des musiciens de jazz.

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Olivier Gatto en a réuni autour de lui une sélection très cosmopolite et tout ce beau monde qui n’a jamais travaillé ensemble dans cette configuration ou même jamais avec lui est encore en train de tâtonner ; mais pas pour longtemps. La résidence n’a commencé qu’en fin de matinée retardée par l’arrivée in extremis de la batterie mais déjà à 16 heures on parle de capter les premiers titres pour la réalisation d’un CD.

Cependant des problèmes techniques n’arrivent pas à se résoudre notamment pour le guitariste JC Dook qui ne s’entend pas comme il le souhaite dans son casque de retour. JC comme tout musicien de talent paraît avoir une forte personnalité et il a des exigences liées à son sérieux artistique. Une solution va être trouvée au grand soulagement d’Olivier qui dans sa grande sagesse s’est armé de patience : il va jouer en coulisse devant son ampli pour ne pas gêner les autres ! D’où son absence sur les photos.

Parlons des musiciens et de leur diversité. JC Dook est un remarquable guitariste de blues, d’origine camerounaise, qui a fait ses classes à la Berklee School de Boston où il a connu Olivier. Il vit à Berlin.

Un autre congénère d’Olivier à Berklee est présent, Sam Newsome ; saxophoniste américain de NYC spécialisé uniquement dans le soprano, il collabore avec de nombreux artistes et notamment la chanteuse de jazz Elisabeth Kontomanou.

Terreon Gully est originaire d’Atlanta ; il est arrivé dans le projet un peu par hasard. Le tout jeune fils d’Olivier et Shekinah faisait tourner en boucle un CD de Diane Reeves et le batteur a accroché leur oreille et c’est ainsi qu’il se retrouve au Haillan. C’est un batteur aux multiples influences, du latino (il joue dans Yerba Buena) au Hip Hop en passant par le jazz (Jacky Terrasson, Abbey Lincoln…) et la pop (Sting).

Un autre américain mais de Puerto Rico est aux percussions : Tito Matos, déjà vu ici en 2016 avec Olivier Gatto. Des références avec Eddie Palmieri, David Sanchez étoffent son CV.

Parmi tous ces musiciens US un Grec a réussi à se glisser, Dimitris Sevdalis le pianiste européen au toucher latino ; nous avons déjà eu la chance de l’entendre en 2015 et 2016 avec la formation d’Olivier, à Andernos, Lesparre et Saint-Emilion.

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Bien entouré comme vous le voyez notre chef de projet avec bien sûr son inséparable Shekinah Rodz au chant au sax et à la flûte où elle excelle.

Olivier Gatto tient la contrebasse, il en joue même, et s’occupe des arrangements et de la direction musicale.

Il est prévu en plus de la préparation des spectacles de mercredi et samedi d’enregistrer un CD de 6 ou 7 titres ; Deux compositions de Shekinah, une d’Olivier, une de Sam, peut-être une de Terreon – mais tellement complexe, « une compo de batteur » me dit Olivier – et des standards pas trop standards. Le style c’est de la B.A.M. mâtinée de latino bien sûr.

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Il est 17 heures, plus qu’une heure avant la fin de la session du jour, ils sont enfin prêts et après les instructions d’Olivier sur l’ordre des solos, etc, attaquent un premier thème « Belize ». Et là impression curieuse de solitude du chroniqueur qui réalise que la captation se fait en sortie d’instruments, les retours se faisant dans les casques ! Si ce n’est le son naturel du beat de la batterie et des percus, un filet de soprano ou de voix de Shekinah je n’entend pas de musique. Un moment la batterie s’arrête, silence, tiens drôle de fin… non c’est le chorus de piano électrique ! Moi qui bricole à la batterie ça me permet de me concentrer sur le jeu de Terreon et de me régaler devant tant d’aisance, de souplesse féline et de précision métronomique. Fin de prise, on en discute, on la refait, c’est bon on la garde. Et d’une. 17h30.

Une composition de Shekinah maintenant « What Would Be My Life ? » même frustration pour moi -mais pas pour longtemps – on la refait, super, on la garde. Et de deux. 18 heures.

« Ah mince j’aurais dû te donner un casque ! » réalise Olivier. Et bien finalement non car ensuite la découverte des morceaux autour de la console de mixage est une révélation, le résultat est magnifique et tout ça en si peu de temps.

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Cette chronique vous a peut-être alléché mais s’il reste des places pour mercredi (Concert Roots Blues Jazz grand public à l’église du Haillan) et samedi (Accords à Corps, jazz et ballets à l’Entrepôt) elles se comptent sur les doigts de la main… Tentez votre chance !

Avec ce projet Olivier Gatto signe son grand retour avec toujours cette exigence de qualité sans aucune concession à autre chose que ses idées.