Serge Moulinier Trio au sommet.

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc

Ce soir, à Créon, Serge Moulinier a la pression. Dans ce lieu où avec les autres bénévoles de l’association Larural il accueille d’habitude les artistes c’est à son tour d’être sous les projecteurs. L’hôte devient hôte et réciproquement. Inconsciemment ou pas cela va rejaillir sur sa prestation et celle de ses acolytes et ils vont nous offrir un concert fantastique.

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Organisation bien rodée, ouverture des portes à 19 heures – et même avant car à cette heure là les tables devant la scène sont déjà occupées – dégustation de vin, assiettes de tapas, pâtisseries, boissons sucrées, brassées ou fermentées, conversations animées, convivialité…
A 20 heures extinction des feux dans la salle alors que la scène s’habille de rouge et le concert commence. Il commence très fort, c’est de bon augure.

Côté jardin Serge Moulinier avec un vrai beau piano et deux claviers électriques, côté cour Didier Ottaviani et ses fûts dont une magnifique caisse claire en bois, un vrai tambour, et au milieu Christophe Jodet à la contrebasse ; doghouse bass disent parfois curieusement les anglophones !

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Pas de round d’observation, « Blues art » du premier album de Serge entre dans le vif du sujet de suite. Le son est superbe, le piano sonne très bien, la contrebasse est ronde et profonde, la batterie est présente mais pas trop. On a déjà vu ce trio plusieurs fois mais ce soir il va avoir une autre dimension.

Allons y pour les références, ça peut aider les absents à se faire une idée ; Serge me rappelle par son toucher et la chaleur de son jeu le Oscar Peterson de Nigerian Marketplace, quant au trio Alain Piarou le comparera lui à EST. Il y a pire comme références.

Mais surtout le trio a sa propre personnalité à commencer par toutes les compositions originales – sauf une on y reviendra – très mélodieuses et qu’on se surprend à fredonner à l’unisson. Beaucoup de clins d’œil dans ces compos issues du dernier album « Tyamosé Circle » : « No Meat, and No Fish for Chris » écrite pour Christophe Jodet, celui-ci faisant chanter réellement son instrument ou ronronner à l’archer ; « Bal à Joe » en hommage au grand Zawinul avec des nappes au synthé rappelant la grande époque du Weather Report ; « Black Jacques » un hommage aux faux airs de fugue à l’atypique Jacques Loussier qui adaptait Bach en jazz.

Les trois musiciens sont au sommet de leur art, ils ont tant joué ensemble que l’osmose est parfaite, même eux s’en rendent compte, ils me le diront. Didier dans ces derniers titres n’est pas batteur, il est caresseur de peaux et de cymbales, superbe.

Pause buffet, le jazz nourrit l’âme, pas le ventre, déjà les premières réactions de spectateurs dont nombreux ignoraient ce qu’ils venaient écouter et ne le regrettent pas maintenant, des félicitations aux musiciens – mais attention les gars on vous attend au second set ! – un compliment aux ingés son et ça repart avec « Ding Ding Dong Song » une variation sur « Frère Jacques » ; putain de moine que c’est bon !

Au tour du batteur d’être mis en avant avec « It’s now for Did’ » et il va bien en profiter ; Avec un solo de batterie extraordinaire de dix minutes au moins – mais on ne les a pas vu passer – la version de ce soir pourrait être rebaptisée « Moby Did » (private joke aux amoureux de Led Zep) . Didier, me faire ça le jour où je débute la batterie c’est un coup bas !

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Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Le trio va se transformer en quintet avec l’arrivée d’Alain Coyral au sax ténor et de Christophe Maroye à la guitare électrique, une bonne vieille Telecaster. Prémices du nouveau projet de Serge Moulinier sur lequel nous reviendrons dans la Gazette Bleue.

Noël approche, et voilà déjà un cadeau avec une version du « All Blues » de Miles Davis à tomber ! Puis une composition originale avec « Court Métrage » et un titre dédié à Moulinier junior « Pedrito ». Croyez moi le quintet est déjà bien en place, ça va faire mal !

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Rappel, un en trio l’autre en quintet et une nouvelle fois une salle heureuse – à féliciter pour sa qualité d’écoute remarquable – et des bénévoles récompensés de leurs efforts.

Quelle chance, je le dis souvent, d’avoir si près de nous de tels musiciens, parlons en autour de nous, il n’y a pas que the Voice et Drucker dans la vie, il y a la vraie musique en live celle qui vous traverse, celle qui vous rend heureux.

Bon c’est pas tout, c’est jeudi et on va se faire un petit after au Tunnel à Bordeaux ou Roger Biwandu et son Cheeseburger De Luxe jouent ce soir de la soul et du funk. Le plaisir on ne s’en lasse pas.

Christophe Cravero Trio à l’Apollo

par Philippe Desmond.

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A l’Apollo, pour ses « cartes blanches », Roger Biwandu propose une palette très large de musiques comme évoqué dans la chronique du 7 mai dernier. Roger en est donc « le chef d’orchestre » mais aujourd’hui il s’efface derrière l’attraction du soir et c’est le « Christophe Cravero Trio » qui est annoncé. D’ailleurs l’Apollo est plein comme un œuf.
C’est la première fois que Bordeaux accueille ce musicien compositeur de jazz poly instrumentiste, jouant du piano comme ce soir mais aussi du violon et de l’alto et n’étant pas du tout manchot à la batterie. A son actif trois albums et de nombreuses compositions avec autour de lui parmi les meilleurs de la scène jazz française ainsi que de multiples collaborations en studios ou en tournée avec Didier Lockwood, Billy Cobham – il était annoncé mais remplacé lors du dernier concert au Rocher – mais aussi Thomas Fersen, Sanseverino ou Dick Annegarn. Un superbe musicien très éclectique, apprécié et très demandé… même à la Comédie Française où il participe musicalement à une pièce ! Et il est là à deux mètres de nous, c’te chance ! Aujourd’hui un simple piano électrique Casio – celui de Francis Fontès – va faire l’affaire, et comment !

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Avec lui un autre musicien atypique, original, le bassiste compositeur Yves Carbonne dont, à tort, on ne retient souvent que ses instruments bizarres : des basses à « tessiture étendue » nous dit-on, oui des basses interstellaires à 10 ou 12 cordes, fabriquées sur mesure – en plus il est gaucher – chez Jerzy Drozd au doux nom d’Héroïc Fantasy , plus près de harpes de Space Opera que de spartiates quatre cordes. Mais c’est justement dans cette dernière configuration toute simple mais efficace qu’on va l’apprécier ce soir.

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Aux baguettes, au micro, à l’organisation, à la com, Roger Biwandu joueur local aux multiples capes internationales pour reprendre le jargon du rugby dont il est un fan absolu. Dans le monde du jazz et au-delà, Roger connait tout le monde, tout le monde connaît Roger, Roger joue avec tout le monde – plutôt les bons quand même – et tout le monde veut jouer avec Roger. Et nous on ne se gêne pas, on en profite ! Lui aussi a choisi la simplicité, caisse claire, grosse caisse, charley et une cymbale ; on va voir que ça va suffire… Il est suivi ce soir par une équipe de TV qui tourne un reportage sur lui.

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Roger a déjà joué avec les deux autres mais eux n’ont jamais joué ensemble et comme le répertoire est celui de Christophe Cravero, Yves Carbonne a droit aux partitions. Ils ont bien sûr é-nor-mé-ment répété, c’est-à-dire dans la journée au Tunnel voisin où ils se produisent ce jeudi 12 novembre.
La majeure partie du dernier album de Christophe Cravero « Elegant Elephant » va être jouée, un jazz de trio mais original dans la mesure où il est souvent l’occasion d’un dialogue piano batterie dans lequel ces instruments se répondent et se défient arbitrés par la basse indispensable. Cette musique en ce sens est singulière, le piano bien sûr participant à l’harmonie et la batterie à la rythmique mais aussi réciproquement ce qui est plus osé. Maîtrise des breaks, des changements de rythmes, c’est un vrai festival qui nous est offert ; richesse harmonique, groove, sensibilité bien sûr c’est fou comme avec trois instruments simples de tels talents peuvent nous tirer vers les sommets. ; et avec un plaisir de jouer communicatif.
Le second set va être flamboyant. Le bilan Carbonne – désolé – est à souligner, rythmique certes mais aussi par l’utilisation mélodique de l’instrument ; et quel groove lors de certains titres ! Au piano Christophe se balade avec une virtuosité extraordinaire sans tourner à la démonstration, toujours à bon escient. Je le répète, c’te chance ! Aux baguettes Roger avec ses deux fûts va nous faire la totale ; avec ce matériel minimaliste son solo de batterie si j’ose une métaphore, c’est comme un cycliste grimpant allègrement le Tourmalet sans dérailleur ; solo de caisse claire un jour de 11 novembre, bel hommage soldat Biwandu.
La fin du concert approche il y a un peu moins de foule à l’Apollo c’est alors que débarque « La Foule » de Piaf transcendée par le trio et ça va être un vrai climax pour tous, musiciens et spectateurs. Quel pied les amis ! Yves Carbonne est aux premières loges du défi que se sont lancé les deux autres fous furieux, un combat viril mais correct tous sourires dehors ! Quelle séance !
Ce n’est peut-être pas encore trop tard quand vous lisez ces lignes alors allez les écouter ce jeudi 12 novembre au Tunnel vers 22 heures, Christophe sera au Rhodes et il adore ça m’a t-il confié.
Au retour de ce concert de l’Apollo palier de décompression au Siman Jazz Club ou dans une ambiance plus veloutée un autre trio de qualité se produit, le Yann Pénichou Organ Trio. Autour de son leader à la guitare et de son répertoire on retrouve Hervé Saint-Guirons à l’orgue et Didier Ottaviani à la batterie… dans exactement la même configuration que Roger ce soir ; lui aussi va nous grimper un hors catégorie en danseuse ! Une façon tellement agréable de finir cette soirée.

NB : si vous avez raté Christophe Cravero il sera le 26 novembre au Pin Galant à Mérignac avec Sanseverino et ça aussi c’est drôlement bien.

Serge Moulinier Trio à Jazz360 – Cénac, Samedi 07/11/2015

Par Dom Imonk – Photos : Alain Pelletier

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En juin dernier, la 6° édition du Festival Jazz360 a été une franche réussite, grâce à une programmation judicieuse et riche, à une organisation sans faille et au public qui a répondu présent. Alors, forts d’un tel succès, Richard Raducanu et son équipe de bénévoles ont voulu entretenir cette flamme et voir plus loin, en proposant des rencontres musicales, entre chaque édition du festival. Samedi soir se tenait la première d’entre elles. Ce fût un réel bonheur de se retrouver tous là, dans la salle culturelle de Cénac. L’idée est simple et astucieuse. Allier une savoureuse restauration locale à un concert jazz. Les festivités débutent autour de grandes tables rondes, disposées un peu partout dans la salle. Pour pas très cher, on propose au public un accueillant buffet de tapas et de douceurs sucrées, en provenance de l’épicerie du village, ainsi que la dégustation d’un grand vin. Ce soir-là, le Château Roquebrune était à l’honneur, un délicieux « 1° Côtes de Bordeaux » basé sur la commune. Une fois les appétits rassasiés, place au jazz avec un fidèle des premières heures du festival : Le trio du pianiste Serge Moulinier, accompagné de Christophe Jodet (contrebasse) et de Didier Ottaviani (batterie). Le groupe, incontournable, est formé de musiciens de grande classe, indispensables à la vie du jazz de notre région. C’est presqu’en voisins qu’ils sont venus, Serge Moulinier étant l’un des vifs initiateurs des « Jeudis du Jazz » de Créon, sa ville, mais aussi celle de Didier Ottaviani. Le concert s’est déroulé en deux sets, où ont surtout été jouées les compositions du leader, principalement piochées dans son nouvel album « Tyamosé circle ». Une amitié forte et un profond respect illuminent des hommages tels que « No meat and no fish for Chris » dédié à Christophe Jodet », « It’s now for Did » à Didier Ottaviani, « Black Jacques » à Jacques Lussier et le très émouvant « Viaticum for Esbjörn » à qui vous savez. Mais les autres albums n’ont pas été omis, et c’est en forme de retour aux sources que le superbe « Bluesart », tiré du premier opus « Sens-Cible », a ouvert très élégamment la voie. « Pas de cinq » fût aussi de la fête, ainsi qu’« African people », en un rappel magnifique. On n’oubliera pas la limpidité des « Eaux bleues » tirées de « Tricorde », hommage vibrant à Marc Berthoumieux. On ne se lasse pas du jeu complice et pétillant de ces trois passionnants musiciens. Leur jazz est racé, élégant et s’envole bien haut, pour se parer des multiples couleurs qui ne se trouvent que sur la canopée. Merci à l’équipe de Jazz360 pour cette très chaleureuse soirée, à revivre bien vite, le 19 Mars prochain. Nous y serons !

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Festival Jazz 360

Serge Moulinier

Visitez aussi le site de Christian Coulais, grand témoin du festival, auquel il vient de consacrer un très beau livre.

Pink Turtle aux « Jeudis du Jazz » de Créon

par Philippe Desmond, photos : Philippe Desmond et Tony Hoorelbeck

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Nous voilà à la mi-octobre et donc les vacances (déjà diront certains, enfin diront d’autres) de Toussaint. Ainsi comme le veut la tradition – et oui c’est la septième saison – aujourd’hui est un des « Jeudis du Jazz » à Créon. Quatre rendez-vous annuels juste avant les vacances de Toussaint, de Noël, d’hiver et de printemps.

La formule a légèrement changé et désormais l’entrée est payante mais rien à voir avec les prix pratiqués à la Patinoire ou à Bercy, ici on ne vous demande que 5 € avec en plus l’assurance d’assister à un spectacle de qualité. Ce soir ça va donc être le cas, comme d’habitude.

L’organisation remarquable est toujours assurée par l’association Larural et ses bénévoles. Assiettes de tapas, pâtisseries maison, dégustation et vente de vin, bar, tout est fait pour passer un moment convivial et ce soir 230 personnes vont en profiter ; oui, plus de 200 personnes un jeudi soir à Créon pour écouter du jazz !

Au programme Pink Turtle ; ça faisait un moment que je poursuivais la tortue sans arriver à la rattraper car le projet m’intéressait beaucoup : interpréter, au vrai sens du terme, des standards, non pas de jazz – c’est d’un banal – mais de rock, de pop, de disco, de soul à la sauce swing et jazz. Le nom du groupe serait ainsi une référence à Pink Floyd et aux Turtles (« Happy Together »).

La formation en septet c’est une section rythmique girondine avec Jean-Marc Montaut au piano, Laurent Vanhée à la contrebasse et au sousaphone* et le local de l’étape Didier Ottaviani à la batterie ; trois soufflants – et chanteurs – parisiens, Pierre-Louis Cas au sax ténor à la flûte et à la clarinette, Julien Silvand à la trompette et Patrick Bacqueville au trombone ; une chanteuse à la voix claire et puissante, elle aussi parisienne mais surtout très gironde, June Milo. Tous excellents.

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Comme d’habitude en ce lieu –- le brouhaha convivial du repas s’arrête instantanément à l’arrivée sur scène des musiciens, précédée d’une présentation de la saison par Serge Moulinier, organisateur quand il n’est pas musicien. Toujours une belle écoute ici, ce n’est malheureusement pas partout le cas

Et là le jeu va commencer à chaque table, identifier le premier le titre joué car les arrangements d’une rare qualité – de Julien Silvand et Jean Marc Montaut – ne vont pas nous faciliter la tâche tant ils nous prennent souvent à contre-pied. Mais au-delà du quizz on va surtout se gaver de bonne musique.

Le premier titre est facile à trouver malgré son arrangement enjoué très swing, bien différent de la version originale, « Walk on the Wild Side » de Lou Reed. Le ton est donné, on va aller de surprises en surprises.

« Sweet dreams » de Eurythmics nous offre un scat plein d’humour – et de talent – de  Patrick Bacqueville .

Puis dans « Hotel California » après un début plein de finesse et une montée en puissance, les connaisseurs apprécient la reprise à la note près du long solo de guitare original par les trois cuivres, d’abord en solo puis en accord parfait.

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Tiens ça je connais, c’est quoi ? Ah oui « Get Lucky », Daft Punk mais façon Nat King Cole, enfin au début car très vite la trompette de l’excellent Julien Silvand nous entraîne dans l’univers un peu free de Miles Davis de la fin des 70’s, la rythmique s’en donnant à cœur joie.

On poursuit avec une version débridée de « Dirty Dancing » (le seul titre que je n’ai pas reconnu, pas mon truc mais les dames s’en sont chargé). Du swing, du swing !

Cette rythmique qui arrive, on la connait, c’est « All Blues » de Miles, mais ces paroles et cette mélodie n’est-ce pas « Satisfaction » des Stones ? Si bien sûr, June la chante avec douceur pendant que les cuivres attaquent du Lalo Schifrin, « Mannix » en l’occurrence, June glissant alors vers le « What’d I Say » de Ray Charles, pour revenir au thème initial. Une prouesse jubilatoire mais pas du tout artificielle, grâce à une écriture au rasoir. Ecriture mais aussi exécution, les musiciens sont remarquables, on connaissait bien sûr les Bordelais mais on découvre que les Parisiens savent aussi jouer du jazz !

Le« Smoke on the Water» est aussi enflammé que l’incendie de Montreux dont il parle, chanté à la Cab Calloway – avec les mêmes chaussures bicolores – par l’inénarrable Patrick Bacqueville. Du Deep Turtle.

Fin de premier set tonitruante avec « Everybody Needs Somebody To Love » des Blues Brothers avec une rythmique au taquet et des cuivres en fusion.

Après la pause, suivront « Wake me up » de Wham puis une version méconnaissable du tube de Barry White « You’re the First, the Last… », « Rehab » d’Amy Winehouse, le « Girl You Really Got Me Now » des Kinks transformé en ballade bluesy. Un festival !

Une rythmique jungle de big band introduit « Black Magic Woman » – non pas de Santana mais de Peter Green de Fleetwood Mac – qui va vite se transformer en cha-cha-cha des 50’s.

Même le « Hard Day’s Night » des sous-mariniers jaunes passe à la moulinette de la Tortue Rose, dans le style crooner cette fois.

Un coup de « Happy » à la sauce 30’s et voilà le final avec « Grease », June nous fait pousser des hou-hou-hou, ce qui dans mon cas, vu son charme et sa tenue vermillon de chaperon rouge, me transforme instantanément en Wolfie de Tex Avery ! Elle chante très bien au fait !

En rappel une version déconcertante du slow de compétition « Still Loving You » des hard-rockers allemands de Scorpions conclut l’affaire.

De la super musique, beaucoup d’humour et de finesse, sans pitrerie et finalement une forme de respect de ces compositions parfois usées à qui ils redonnent une nouvelle jeunesse grâce à un lifting pour le moins original, le tout dans une joie communicative. Du vrai jazz et du vrai Music Hall ! C’est roboratif me glisse un ami.

Comme tout cela a eu l’air facile et pourtant les trois-quarts des titres étaient nouveaux – bientôt un album –  et joués pour la première fois en public après une résidence de travail à Créon la semaine avant le concert. Ce travail pour nous public reste dans l’ombre alors qu’il est immense pour arriver à un tel niveau de qualité. Comment répètent-ils, les uns à Bordeaux, les autres à Paris ? Et bien tantôt ici, tantôt là-bas, le TGV faisant le reste et souvent dès 6 heures du matin à la gare Saint-Jean. Etre musicien est certes une passion mais c’est aussi un métier difficile et exigeant, du moins pour les vrais pros comme ceux qui nous ont régalés ce soir. Pensez-y quand vous allez en écouter de bons, ils méritent le respect.

* ou soubassophone

 

 

 

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Nougaro en 4 couleurs

Créon le 16 avril 2015.

Texte : Philippe DESMOND ; (belles) photos : Thierry DUBUC

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La salle bondée est bruyante, animée, vivante, gourmande, les assiettes passent, les pâtisseries circulent, le son des bouchons qui sautent rythmant le tout. Nous sommes à Créon pour un traditionnel jeudi du jazz. Au menu, pardon au programme, un hommage à Claude Nougaro. Du jazz Nougaro ? Et comment ! Serge Moulinier qui présente la soirée rappelle que le 12 avril 2002 le petit taureau déjà atteint était venu ici-même pour son spectacle « Fables de ma Fontaine ».

C’est à la mode les hommages, même du vivant des artistes, Renaud, Dutronc y ont eu droit dont le dernier récemment. Des hommages vraiment ? Des dommages plutôt, tant ces produits marketing sont insipides de par les adaptations et les interprétations par des pseudo-vedettes.

Ce soir nous sommes dans un autre registre nous allons vite le découvrir. D’abord celui qui va chanter est une femme…

Un narrateur est aussi présent. Pas n’importe lequel, Christian Vieussens. Qui mieux que lui, compagnon de musique et de bouteilles de Claude lors de ses collaborations avec la compagnie Lubat, lui qui a un peu le même gabarit et qui a surtout la même verve et le même amour des mots, ces mots qu’on casse comme des œufs, qui mieux que lui pour citer ses poèmes, parler ses chansons, jouer avec ses mots ; un « homme lettres ». Il va ainsi ponctuer le récital des textes poétiques de Nougaro, ces textes plein d’allitérations gourmandes comme Claude l’avait fait à la fin de sa carrière dans ce lieu.

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Ça commence, la lumière est belle, pourtant « la Pluie » arrive aussitôt pour nous faire des claquettes. Ils sont là tous les cinq dans un décor minimaliste et élégant. Et elle se met à chanter. Elle, Carole Simon merveilleuse de charme, rayonnante dans sa robe corset. Et ça va aller crescendo dans l’émotion et dans la beauté musicale. « Ma cheminée est un théâtre » nous révèle les racines espagnoles de Carole, ses bras mimant les flammes avec cette grâce de la danseuse de flamenco qu’elle sait être aussi. C’est beau une femme qui chante.

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Mais ils sont cinq donc et je n’en ai évoqué que deux ; ce soir on célèbre Claude, artiste au prénom mixte, un homme et une femme pour dire ses mots c’est logique finalement.

Sur scène Valérie Chane-Tef au piano et avec quel talent mais surtout créatrice de ce projet un peu fou. Arrangements, réécriture tout ça c’est elle. Elle dirige le groupe de son beau regard bienveillant, même pas peur d’endosser le costume de Maurice Vander ! A la rythmique le discret et excellent Benjamin Pellier et sa basse et le local de l’étape Didier Ottaviani remarquable de finesse et de précision. Avec eux pas de problème, le jazz sera lui aussi à l’honneur.

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Les titres s’enchaînent dans des arrangements originaux ne singeant pas les œuvres originales mais les interprétant – au vrai sens du terme – avec audace et respect à la fois. « Splaouch », « Paris mai », « Une petite fille »… Carole nous dira qu’elle a dû adapter les paroles qui à l’origine sont celles d’un homme et qui auraient pu être ridicules dans sa bouche, une réussite encore.

Après une pause où le public déjà interloqué a pu un moment retomber sur terre, le concert part vers des sommets d’émotion. « Cécile ma fille » bouleversante – des larmes de bonheur coulent, je confirme – « Il y avait une ville » surréaliste et magnifiée, « Le cinéma »…

Christian Vieussens seul nous susurre alors de sa flûte la mélodie de « Rimes » d’Aldo Romano, nous en récite les vers, puis reprend son instrument accompagné par le public d’un doux murmure chantant ; magique.

Le jazz, le narrateur l’a évoqué, Don Byas, Mingus… le voilà qui déboule maintenant. « A bout de souffle » et Dave Brubeck (dans lequel chanteuse et musiciens n’ont pas le temps de s’écouter et foncent, me dira Carole, elle accrochée à l’histoire eux au rythme) « Sing Sing Song » et Nat Adderley, « l’Amour sorcier » et Maurice Vander, « Bidonville » et Vinicius de Moraes… Ce concert est une merveille.

Après l’ovation finale d’un public debout voilà le sublime « Dansez sur moi » version française du « Girl talk » de Neal Hefti ; tiens un clin d’œil ?

Une ombre s’éclipse dans les cintres, n’ai-je pas aperçu une écharpe blanche ? Lui aimant tant les femmes je suis sûr qu’il est venu faire un tour pour les écouter et les voir magnifier son œuvre. Les hommes n’ont pas démérité loin de là, il a bien dû avoir envie de leur donner une tape dans le dos.

Pari audacieux, pari risqué mais pari bien gagné ! Merci à ces artistes pour ce concert, merci à Valérie Chane-Tef pour son audace. Personnellement il y a longtemps que je n’avais pas eu une telle émotion. Allez les voir le 13 juin au Centre Culturel La Ruche à Saucats dans le cadre du festival Jazz and Blues.

Merci à l’équipe de Larural d’offrir – c’est le mot juste – au gens la possibilité de découvrir des belles choses car il est sûr que la majorité des personnes présentes ne venaient pas pour ces artistes en particulier mais parce qu’elles savaient que la qualité serait au rendez-vous. On était même au-delà.