Le retour du IEP 4tet

Texte et photos Philippe Desmond

Le Haillan, mercredi 8 novembre 2017.

Sébastien « Iep »Arruti est un musicien étonnant. D’abord, comme tromboniste il est un expert de cet instrument insolite, qu’on trouve de la fanfare de bandas à l’orchestre symphonique, ce cuivre difficile à manier, « fretless » pour le trombone à coulisse et qui dans ses mains obéit si bien.

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Ensuite comme musicien qui par son éclectisme n’a aucune frontière. On peut l’entendre jammer sur du old jazz New Orleans chez Pépère, jouer du be bop, du hard bop, mais aussi de la pop, du blues avec Nico Wayne Toussaint, voire même du hip hop avec Smokey Joe and the Kids, avec t shirt et casquette et un plaisir visible . Il peut évoluer dans un groupe soul avec le Biwandu All Stars tout comme dans le big band de Franck Dijeau. De ce point de vue il est complet.

Et il est aussi compositeur ! Il y a plusieurs années il avait à cet effet créé le Iep 4tet et enregistré l’album « Behin Bat Zen » signifiant dans sa langue basque « Il était une fois ». Déjà étaient présents Alain Coyral au sax baryton, Didier Ottaviani à la batterie et Timo Metzemekers à la contrebasse. Dès cette époque sa signature musicale était dans la structure de ses compositions : des suites. La « suite auscitaine », la « suite arcachonnaise », la « suite pour Maritxu ». Des morceaux très écrits, complexes, inventifs, une musique parfois brutale, parfois douce, des atmosphères New Orleans puis des développements à la limite du free. Étonnant.

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Ce soir dans l’église du Haillan et dans le cadre des mercredis du jazz de l’Entrepôt voisin c’est un nouveau répertoire qui va être présenté. Un répertoire qui va faire l’objet d’un prochain CD. Sous la lumière bleutée – la note bleue ? – qui colore la voûte de la nef, cette musique disons de jazz, ou contemporaine au sens classique du terme, aux accents NO ou be bop, ou autres, va être proposée à notre curiosité. La première suite se nomme tout simplement (!) « Bransle et variations anachroniques » du mouvement donc et en plusieurs mouvements. On découvre, on pense reconnaître, s’accrocher à des choses déjà entendues et ils nous perdent dans des débuts de transe, nous ramènent.

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La première surprise est le choix d’associer le trombone au sax baryton, le trombone étant pour une fois l’instrument le plus aigu ? Non me dira Sébastien mais parce que j’adore le sax baryton, tout simplement ; ça tombe bien moi aussi. Avec la « Suite impaire au vitriol » les connaisseurs identifient une compositions en trois, puis cinq, voire sept mesures. Pas facile à jouer me diront Alain et Didier, beaucoup de complexité, pas mal de « rendez-vous » à ne pas rater et une grande concentration. Le résultat lui est surprenant, on est familier des chorus successifs de chacun mais l’ensemble sonne différemment, on est vraiment dans la création. Chaque suite possède plusieurs mouvements sur des tempos différents et parfois même des atmosphères diverses.

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Sébastien est un être très intéressant, ouvrant souvent des débats, engageant publiquement ses opinions, il est un homme citoyen. Ainsi au vu de ce qui se passe aux USA depuis quelques mois il a jugé opportun de rappeler ce tragique épisode de 1963 ou le KKK avait commis des crimes racistes à Birmingham en Alabama. John Coltrane avait composé le titre « Alabama » pour la circonstance. C’est Didier Ottaviani qui l’introduit d’une façon magistrale par un solo plein d’émotion, de violence traduisant l’horreur du sujet. Décidément quel batteur !

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De façon plus gai, Iep nous propose la « suite arcachonnaise » écrite en souvenir des vacances passées chez ses grands parents sur le Bassin. Séquence émotion car ils sont là dans l’église, Sébastien redevient petit garçon. Une suite superbe figurant dans le premier album. Des tempêtes de batterie, des éclaircies de cuivres, des arcs en ciel de contrebasse pour évoquer les contrastes de ce lieu magique et les souvenirs d’enfance.

Pour finir voilà une suite très impolie en « hommage » à une personne et dont Sébastien ne tient pas à dévoiler le titre réel ; un indice « Suite pour une c… » . En plus il a de l’humour notre Basque, noir certes ici.

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Bientôt un album pour ce quartet et ces merveilleux artistes que nous avons la chance de cotoyer si près de nous à Bordeaux. On vous tiendra au courant.

Un portrait de Iep : www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

La grande classe de Monique Thomas.

A noter une écoute remarquable du publicPar Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Chez Thierry Valette, samedi 7 octobre 2017.

Le chant ne s’improvise pas, il s’apprend et l’idée qu’il est plus simple d’apprendre à maîtriser sa voix qu’un instrument est fausse. Bien chanter demande beaucoup de travail, et chanter devant du public réclame du courage.

Ce samedi nous sommes une bonne cinquantaine à assister à la restitution en public du travail effectué lors du « Jazz Lab », un stage en début d’été animé par Monique Thomas. Thierry Valette, chanteur amateur au sens beau et noble du terme et lui aussi élève de Monique, nous accueille dans sa belle demeure viticole au milieu des vignes. Le public ? Ses amis, ceux des musiciens, des stagiaires, des amis d’amis…

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Six stagiaires vont se succéder servis à merveille par un trio référence, Hervé Saint-Guirons au piano, Timo Metzemakers à la contrebasse et Didier Ottaviani à la batterie.

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Hervé est aux anges, il inaugure le piano Yamaha C3X, celui avec les oreilles arrondies – pas Hervé, le piano – les connaisseurs apprécieront. « Il faut qu’il se libère un peu, se détende mais il est déjà remarquable » me confie t-il. Il va d’ailleurs ce soir procéder à un rodage accéléré.

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Quelques gourmandises salées, quelques verres de l’excellent vin du cru, le Clos Puy-Arnaud et c’est parti pour une soirée de jazz vocal.

Monique Thomas est une personne sensationnelle, en plus de ses qualités musicales et de son grand professionnalisme elle est pleine de fraîcheur et d’humour. Sa présentation du concert en Franglais suite à l’impossibilité de départager ceux qui la souhaitaient en Anglais ou en Français est drôlissime. De quoi détendre moins le public, lui pas inquiet, que les chanteurs et chanteuses qui attendent leur tour.

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Elle explique le travail effectué avec les stagiaires. Recherche des arrangements, répétitions, et enregistrement d’un CD en studio ainsi que le travail de traduction en Français des standards pour en comprendre le sens et les nuances, pas toujours facile même si on maîtrise l’Anglais, la compréhension étant indispensable pour faire passe de l’émotion.

C’est Monique qui place le curseur très haut en chantant les deux premiers standards dont une superbe version de « Love for Sale » scattée en duo avec Timo. Le répertoire tourne autour de standards. Meriem Lacour, chanteuse professionnelle plutôt folk mais qui a suivi ce stage de jazz vocal me précise qu’un des objectifs était en effet la maîtrise de ce langage universel, celui qui permet de se glisser instantanément parmi des musiciens inconnus.

Monique chante avec une facilité apparente, fruit d’un travail intense et constant. Ne prend-elle pas elle-même régulièrement des cours de chants ! Expressivité, nuances, large tessiture elle a vraiment la grande classe. Et ce soir elle a donc aussi une autre classe, celle de ses élèves.

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C’est Caroline Leyrit qui passe au tableau la première avec « Lullaby of Birdland » ; elle a seulement six mois de chant derrière elle et en deux minutes son trac se transforme en une certaine aisance, son corps se libère, devient expressif, prestation étonnante pour une quasi débutante. Monique est ravie, il faut la voir dans son coin le regard plein de bienveillance, murmurant les paroles comme pour aider l’autre.

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Au tour du maître des lieux, Thierry Valette. Lui il a des années de chant derrière lui mais il travaille encore sa voix caractéristique assez haute et un peu voilée. On sent le métier, il commande le trio – impeccable – sur « I Concentrate on You » de Cole Porter.

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Bénédicte Brachet enchaîne ; elle a été une des premières connaissances de Monique Thomas quand l’Américaine est arrivée en France et à Bordeaux, parlant quatre mots de Français. Elle s’est remise au chant récemment et s’est déjà jetée à l’eau plusieurs fois lors des jams vocales au Caillou.

Une autre chanteuse qui avec Thierry Valette tenait un peu la scène dans les années 90 revient au chant, Dominique Mianne-Evrard. On sent en effet le métier qui revient sur « Time after Time » ; elle a choisi un titre pas facile, le second le sera encore moins, pour se mettre en danger et se forcer à progresser !

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Autre habitué des jams vocales , l’anglais Bill Walters qui reprend avec élégance « Hey Laura » de Gregory Porter. Évidemment pour lui pas de problème de langue, un obstacle de moins que les autres pour ce crooner.

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Meriem Lacour seulement accompagnée par Hervé Saint-Guirons nous livre quasi a cappella un « I fall in love too easily » de toute beauté, une prise de risque maximum avec un arrangement on ne peut plus dépouillé.

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Un premier set remarquable ponctué par Monique Thomas avec « Teach me Tonight » ; vraiment la grande classe. Quant au trio de l’avis des musiciens c’est pour eux une autoroute sur laquelle ils avancent en toute confiance. A noter en plus une écoute remarquable du public.

Autour d’un verre et de quelques parts de tartes on reprend ses esprits. Pas facile l’exercice auquel on vient d’assister pour chaque chanteur, pas le temps de se chauffer la voix, de déstresser, un moment vraiment pas aisé pour eux.

Au second set chacun refera un titre dont un seul en Français chanté par Bénédicte, le très émouvant « Petite Fleur » sur la musique de Sidney Bechet , « The Best is Yet to Come » comme une promesse de Bill Walters, « I didn’t know what time it was » avec Meriem, et « The Second Time Around » titre bien nommé, Caroline devant s’y reprendre à deux fois dans la bonne humeur générale…

Final avec Monique et Thierry sous forme assez rapidement de questions réponses, la première amenant malicieusement le second vers des sphères haut perchées impossibles dans un éclat de rire général.

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Alors si vous voulez vous aussi connaître le bonheur de chanter, le trac qui émoustille, la joie d’être avec d’excellents musiciens contactez Monique Thomas dans son école de Bègles « Vocal Arts Studio ».

Merci Thierry pour l’accueil de grande qualité !

www.vocalarts-studio.com

Christophe Maroye : Release Party au CIAM

par Philippe Desmond, photos Jean-Maurice Chacun.

CIAM Bordeaux

Vendredi 5 mai 2017

Concert Release Party de l’album « No Turning Back » de Christophe Maroye hier soir au CIAM, la dynamique école de musiques – au pluriel – de Bordeaux. Action Jazz l’avait présenté en avant-première dans la Gazette Bleue #20 de janvier et il nous tardait de voir sa restitution sur scène. Très beau disque en effet, qui tranche de la production actuelle, instrumental aux climats variés il flirte avec pop, rock , blues et jazz. Un album où la guitare est reine, acoustique, électrique, avec ou sans effets.

Son dernier CD comme il dit avec humour car c’est surtout son premier, a été enregistré à trois mais là ils sont cinq, Christophe ne pouvant pas de dédoubler en live. Ainsi Didier Ottaviani est toujours aux baguettes et Hervé Saint-Guirons aux commandes de son orgue Mojo, accompagné de Leslie, sa fidèle cabine. Le trio est complété par Matthis Pascaud à la Fender Jazzmaster et la Lap Steel Guitar, Marc Vullo tenant la basse électrique.

Deux amplis par guitare, une grosse sono, des pédales d’effets partout, de quoi permettre à la musique de vous traverser les oreilles et tout le corps, on va s’en rendre compte de suite.

  1. Le premier titre est en effet la synthèse de ce tout que l’on va entendre, une atmosphère souvent aérienne malgré une forte rythmique, originale de surcroît avec l’utilisation de pads par Didier Ottaviani – pour une fois – et une mélodie simple.

On est de suite emporté par la profondeur de la musique. On pense au Floyd – surtout avec « Where We End » pourtant la guitare sonne plus comme celle de Mark Knopfler que de David Gilmour. Si j’en parle c’est que Christophe revendique l’influence du premier, il lui a d’ailleurs dédié un titre « #MK ».

Christophe est un sacré guitariste et il jongle avec ses guitares, citons les : Fender Statocaster et Telecaster, Gibson Les Paul et une originale Pensa MK 90 (du luthier de NYC Rudy Pensa) la guitare de devinez qui ; on vient d’en parler.

Guitariste mais pas guitar hero, pas de concours de vitesse, de démonstration technique sans émotion, mais des chorus ressentis et toujours mélodieux. L’usage sage et élégant des effets est à souligner et les dialogues avec la guitare de l’excellent Matthis Pascaud – récemment vu au Rocher avec Benoît Lugué – marquent la forte présence de cet instrument, c’est bien un album de guitariste comme va nous le confirmer la surprise finale.

Excellent compositeur aussi comme le prouvent les dix titres du CD auxquels on a droit ce soir. Une musique qui propose des climats, fait défiler les paysages. Du funk parfois comme « Disco Disco » du blues avec « NOLA Dreaming » où ce soir le rare lap steel de Matthis remplace le banjo de l’album.

L’occasion pour Hervé Saint-Guirons de s’éclater au Mojo, pas au mojito… On adore Hervé à l’orgue.

Dans l’ombre essayant de se cacher, mais souvent chambré avec fausse maladresse par Christophe et le running gag du « dernier album », se tapit Marc Vullo. Homme discret mais bassiste omniprésent il assoit la rythmique de façon magistrale ; indispensable.

Sur le dernier des dix titres, l’influence guitaresque est à son comble, Didier Ottaviani laissant ses baguettes pour une guitare acoustique dont les accords –  chaque fois acclamés – vont émailler une belle ballade ; surprise pour – presque – tout le monde !

Belle conclusion de ce concert de Christophe Maroye dans une ambiance sympa avec une salle remplie de tous ses potes. Il a bien embarqué tout le monde dans son univers.

Un rappel avec une deuxième couche de « No Turning Back » où malgré le titre on retourne en arrière sur le premier titre joué et un beau succès qui en appelle d’autres espérons le.

www.christophemaroye.com

Surprenant Serge Moulinier quintet

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Théâtre en Miettes, Bègles le 25 novembre 2016.

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En décembre 2015 lors d’un concert du trio de Serge Moulinier dans le cadre des « jeudis du jazz » de Créon, le pianiste avait fait un cadeau au public avec la présentation de son futur projet, proposant ainsi trois titres en quintet (chronique sur le Blog Bleu du 18 décembre 2015). Ce teaser prometteur précédait un – gros – travail de composition de Serge dont ce soir nous avons la première restitution. Un événement donc, tant l’affiche est belle : Serge Moulinier (Piano électrique, synthé), Christophe Jodet (contrebasse et basse), Didier Ottaviani (batterie), Christophe Maroye (guitare électrique), et Alain Coyral (sax ténor et soprano).
C’est à Bègles ce soir que ça se passe, au Théâtre en Miettes . Le concept est tristement d’actualité, l’Europe en miettes avec le brexit, les USA en miettes avec Trump et bientôt la France ? Ne le souhaitons pas. Drôle de nom pour ce qui est d’abord une compagnie de théâtre et dont les miettes n’ont pas été balayées depuis sa création en 1972 occupant ce lieu depuis dix ans. Une salle choisie par le quintet notamment pour sa jauge ni trop grande ni trop petite, près de 120 places. es gradins ne sont pas complets mais très bien garnis par beaucoup d’amis et d’amateurs de la musique de Serge Moulinier comme le prouve l’ovation à l’arrivée des musiciens.

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« Court Métrage », titre déjà joué à Créon, ouvre le concert, swinguant comme un big band, c’est étonnant. Déjà le couple guitare sax se met en avant. Puis Serge Moulinier évoque son projet, son printemps de composition pour introduire… une reprise – il n’y en aura que deux – le « Soul » du premier album des frères Moutin. Belle ballade avec un  chorus de contrebasse ciselé de Christophe Jodet que François Moutin avait dû se tailler sur mesure à l’époque.

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Suivent quelques explications de Serge, pas de titre pour les compositions qui sont juste numérotées et seront jouées dans le désordre, 1,3, 7, 6… Et tout d’un coup on change d’univers, ça s’électrise comme le laissait présager la présence sur scène d’une Fender bass, d’un synthé et des nombreuses pédales de Christophe Maroye. Appelez ça jazz fusion ou autrement, mais avant tout une musique enjouée et pas froide comme certains lui reprochent d’être parfois, de la belle énergie.
Le sax d’Alain Coyral a la part belle dans la mélodie avec une forte complicité avec son voisin de pupitre Christophe Maroye ; les voir se regarder, se marrer, se provoquer, se chambrer du regard sera un des plaisirs de la soirée.
Dans ses compositions Serge Moulinier aurait pu se tailler la part du lion, au contraire, c’est les autres qu’il met en valeur et surtout le sax, ténor et soprano, Alain Coyral étant ce soir bien occupé et pour notre plus grand plaisir. Sur le n°3 Serge ose nous transporter dans les 70’s avec un son de synthé vintage revendiqué sur un tempo dynamique du quintet ponctué de breaks au rasoir.

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Didier Ottaviani plus fortement armé que d’habitude- il a sorti sa grosse Slingerland bleue pailletée – va naturellement encore nous épater par son jeu créatif, varié et particulièrement énergique ce soir.

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Ambiance planante sur le n°7 avec une intro en écho de la guitare, une Telecaster de rocker plutôt inhabituelle pour ce genre de musique mais qui sonne drôlement bien entre de bonnes mains il est vrai. Sur ce titre voilà – enfin ? – le premier vrai chorus de piano de Serge Moulinier ; quel swing, quel groove, quel pianiste ! Puis n°6 sur un rythme de samba Didier Ottaviani montrant à cette occasion, pour ceux qui l’ignoreraient, que la batterie est un instrument de musique, avec une battle sax-guitare, un percutant solo de batterie couronnant le tout.

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Deuxième reprise avec une douceur – je cite – le « Never Alone » de Mickaël Brecker pour enchaîner sur le n°4 très funky et montrant déjà la maîtrise collective du quintet malgré peu de répétitions. Nous avons certes devant nous cinq musiciens éclatants de talent, mais le liant est déjà là, il y a une unité et une continuité dans le répertoire, même s’ils nous diront qu’il y a encore quelques petites détails à régler ; les bons musiciens, les vrais, sont on le sait des perfectionnistes.
Une composition enfin baptisée pour terminer, « Pedrito », jouée à Créon l’an passé, sur un gros groove de synthé, Christophe Jodet faisant ronfler sa contrebasse comme jamais. C’est terminé ? Bien sûr que non, les applaudissements scandés et les grondements du public qui font trembler les gradins provoquent un rappel. Serge Moulinier va le chercher sur son premier album « Sens-cible », déjà 20 ans, en l’occurrence « Tune for Toons » un blues électrique truffé de variations, bien agréable.
Serge avouera s’être fait plaisir sur ce projet, imbibé qu’il est de multiples influences et de jeunesse notamment. Sur un projet complémentaire de celui de son trio, ce concert en appelle d’autres, ce serait dommage de laisser un tel talent collectif finir en miettes.

Le lien vers le teaser fait à l’issue du concert : https://www.youtube.com/watch?v=AiHohYvuEqk&feature=youtu.be

www.sergemoulinier.com/

www.theatreenmiettes.fr/

Monique Thomas Quartet « C’est si bon »

par Philippe Desmond, photos Irène Piarou.

Centre culturel de Créon, jeudi 20 octobre 2016.dsc00413

Il en va des habitudes comme du reste ; il y en a souvent de mauvaises mais heureusement il y en a de bonnes. Les « jeudis du jazz » de Créon d’après vous font partie desquelles ? Bien sûr des secondes et cela depuis maintenant huit saisons. Toujours le dernier jeudi avant les vacances scolaires… sauf cette année avec ce calendrier insolite où elles ont commencée un mercredi. Mais ce léger dérèglement n’aura pas suffi aux deux cent cinquante personnes présentes de rater ce rendez-vous.

Larural, l’association qui pilote de main de maître ces soirées n’est pas allée bien loin pour programmer cette première session de la saison. Elle a certes été chercher une chanteuse américaine mais à deux rues d’ici, la désormais Créonnaise – depuis 2005 – Monique Thomas. Pour l’accompagner, et bien plus encore, le batteur Didier Ottaviani son mari à la ville, Hervé Saint-Guirons à l’orgue et Yann Pénichou à la guitare.

Le principe de la soirée est toujours le même, ouverture des portes à 19 heures, dégustation de vin – ce soir les vignobles Desages à Baron – assiette garnie, pâtisserie, et à 20 heures jazz !

Carlina Cavadore et Serge Moulinier présentent le spectacle et la saison qui s’annonce, les lumières s’éteignent et comme à chaque fois ici le miracle se produit. Une salle animée, bruyante jusque là devient la plus attentive qui soit, avec une écoute exceptionnelle. Les musiciens apprécient vraiment.

Nous ne le savons pas encore mais nous allons assister à un concert exceptionnel mené de main de maîtresse par une époustouflante Monique Thomas. Non seulement elle chante merveilleusement mais elle a une présence scénique étonnante, capable de passer des émotions dans son chant tout en assurant les transitions avec un humour et une fantaisie remarquables. Une aisance incroyable, de la puissance, des nuances, des graves aux suraigus, aucune esbroufe, aucun procédé, un talent pur… et certainement beaucoup de travail !

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Monique est américaine donc, élevée au Gospel à Philadelphie. Messe obligatoire chaque dimanche, un peu contrainte et forcée, mais contrairement à chez nous où l’ambiance y est souvent mortifère, rythmée par ces chants et rythmes qui ne peuvent vous laisser de marbre et parlent à vos émotions, croyants ou pas. C’est de cela dont elle va tirer cette envie de chanter pour notre plus grand bénéfice ce soir.

Monique a décidé de nous faire un tour d’horizon du jazz, du Gospel au New Orleans et bien d’autres aspects. Départ en trombe avec un premier titre dynamique où transparaît déjà l’aisance de la chanteuse et la maîtrise des musiciens. L’orgue sonne très bien, déjà un chorus d’Hervé pour s’en persuader, la guitare de Yann est chantante et Didier se joue de sa batterie avec sa finesse habituelle. Ça devrait bien se passer.

Assez vite Monique attaque un Gospel commencé a cappella, puis rejointe par le trio et les battements de mains du public. Ce public elle va l’embarquer avec elle toute la soirée, le sollicitant, le faisant chanter, taper dans les mains comme dans le traditionnel « Sea Lion Woman » ou « See Line Woman » repris par Nina Simone, mais aussi en lui donnant le frisson comme dans cette déchirante version de « Strange Fruit » chantée dans un silence de cathédrale, quelques larmes coulant sur les joues de certains, dont les miennes. Il faut dire que les étranges fruits en question ne sont autres que des pendus, des esclaves noirs, un témoignage d’une autre époque que certains, lors des élections américaines qui se profilent, aimeraient voir revivre… Monique l’Américaine passe aussi un message politique, plus précisément humaniste.

Mais aussi Monique la Créonnaise qui exprime avec humour sa joie de vivre ici et de se produire devant ce public local. Public qu’elle va gâter avec par exemple ce très bel arrangement de « Cheek to Cheek » et ses variations de rumba, avec le classique « Moanin’ » d’Art Blakey sur lequel elle va scatter superbement, le trio étalant lui tout son talent. Répertoire éclectique avec aussi le langoureux « Tight » de Betty Carter, « Look for the Silver Lining » message d’espoir, « Basin Street Blues » où Monique nous fait vocalement le solo de trompette de Louis, « Let my People Go » avec au passage un message contre le racisme, le sexisme, l’oppression…

Une leçon de chant, de swing, mais aussi de l’émotion et du contenu, loin d’un récital sans saveur, avec des musiciens que nous connaissons par cœur à Action Jazz mais qui nous ont encore épatés ce soir. Ils étaient pourtant un peu inquiets car même si les titres étaient des standards, c’était la première fois qu’ils les jouaient dans cette configuration et avec ces arrangements.

Final de « second line » Irène et Alain Piarou, habitués de NO, ayant des fourmis dans les jambes ; « là-bas pour ce genre de morceau tout le monde se lève et défile en faisant tourner les serviettes » précise Irène. En France aussi on fait tourner les serviettes mais pas là-dessus…

Salut et rappel enthousiaste du public qui se voit offrir une merveille de « C’est si bon » Monique, en bon professeur qu’elle est, guidant le chant de tous. Un bonheur.

Ce soir il fallait être à Créon, le feeling du jazz y était présent. Prochain rendez-vous le jeudi 15 décembre avec le Tri Nations trio.

http://www.moniquethomasmusic.com/

Grain de sable au Caillou, grain de folie chez Alriq

par Philippe Desmond

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C’est l’été, enfin pas tous les soirs, et les gens sortent, beaucoup, beaucoup plus qu’avant. L’offre est il est vrai plus importante, riche et variée. Le jazz, qui nous tient à cœur, n’échappe pas à la règle, Cet avant dernier week-end de juillet il y a même embouteillage de festivals : Saint-Emilion, Andernos, Lesparre en Gironde et Sanguinet tout près dans les Landes. Il faudra d’ailleurs un jour réunir tous ces organisateurs passionnés qui se marchent un peu sur les pieds.

A Bordeaux dès le mercredi et quelquefois avant, ça s’agite sous les lampions ou sur les terrasses. Sur les terrasses ? Pas si simple.

Grain de sable au Caillou.

Surprise hier soir en arrivant au Caillou du Jardin Botanique, la terrasse est occupée par les convives du restaurant, on entend jouer les musiciens mais on ne les voit pas sur la remorque scène habituelle. Ils jouent à l’intérieur devant un nombreux public un peu entassé. Si vous suivez un peu ce blog vous vous souvenez que déjà l’an dernier le Caillou avait dû interrompre les concerts en terrasse à 22 heures pile suite à la plainte d’un riverain pourtant pas tout près, gêné par le bruit. Patrouille de police municipale dès 21h59 pour veiller au respect de la loi, concerts qui se finissent dans la frustration générale alors que la nuit commence à peine, drôle d’ambiance. Non loin de là ça continue à guincher chez Alriq, ça bastonne des watts à Darwin et ça déménage des décibels au parc des Angéliques avec les concerts d’ « Allez les Filles ».

La saison d’été 2016 démarre, les concerts retrouvent leur rythme de croisière dans de douces nuits bastidiennes, tout va bien. Mais pour le Caillou, à la suite d’une autre procédure lancée par ce riverain, la Mairie n’autorise plus l’organisation des concerts en extérieur, pour le reste de l’été, les musiciens joueront dedans.

Un grain de sable qui bloque un Caillou. Pendant ce temps les flonflons, les watts, les décibels à portée d’oreilles de notre plaignant, continuent alors que finalement l’endroit le plus paisible, le plus soft en est lui privé. On marche sur la tête. Il faut sauver le Caillou, le soutenir pendant cette période difficile, Benoît Lamarque et son équipe font un énorme effort d’animation et de promotion de la musique de qualité, locale ou nationale, allez-y, continuez à y aller, cet acharnement n’est, espérons le, qu’un mauvais passage.

Hier soir donc le quartet composé du guitariste anglais Denny Ilett, du guitariste australo-bordelais Dave Blenkhorn, de l’organiste Hervé Saint-Guirons et du batteur Roger Biwandu étrennaient cette configuration insolite, musiciens dedans et une partie du public dehors ! Concert plein de gaîté émaillé par le grand rire de Roger sur de rares pains ou sur des trouvailles piégeuses des autres. Georges Benson, Ray Charles, les Beatles avec une belle version de « Come Together » et un festival de guitare, blues et roots pour Denny plus jazz et aérienne pour Dave. Toujours ce super son d’orgue d’Hervé et sa Leslie et l’omniprésence enthousiasmante de Roger, pourtant monté léger avec une caisse claire, une grosse caisse, une cymbale et un charley. Denny Ilett, Roger Biwandu, Hervé Saint-Guirons seront en quartet avec Laurent Vanhée (cb) au festival de Saint Emilion à 21h30 ce samedi au parc Guadet (gratuit).

Grain de folie chez Alriq

Dans toute épreuve il faut trouver des points positifs ; le concert finissant assez tôt au Caillou cela permet d’enchaîner vers la Guinguette Alriq dont la convention municipale est inattaquable ; ou pas.

Comme d’habitude l’endroit est pris d’assaut et ce soir c’est Stéphane Seva qui en profite. Avec un octet (on ne se refuse rien) et sur un répertoire de Sinatra élargi à Ray Charles, Duke, Stéphane va installer une ambiance de folie. Il est entouré de Ludovic de Preissac au piano , Didier Ottaviani à la batterie, Christophe Jodet à la contrebasse, Pascal Drapeau à la trompette, Cyril Dubayl Dubiléau trombone, Cyril Dumeaux au sax baryton et ténor, Michael Cheret au sax alto et à la flûte

La piste de danse est bondée alors ça danse partout ailleurs, dans les allées, dans le restaurant ! Beaucoup de swing, un style qui est très en vogue à Bordeaux en ce moment grâce à de nombreuses associations. Quel contraste avec l’aspect semi-clandestin du Caillou, bizarrerie administrative oblige ! En vrai meneur de revue Stéphane Séva va animer cette soirée, soutenu par un presque big band pour le plus grand bonheur des danseurs. Le final dans lequel Stéphane prend son washboard est époustouflant sur le « I dont mean a thing » et ses doo wap doo wap doo wap, les dés à coudre finissant rouges comme de l’acier en fusion après un duel avec la batterie très jungle de Didier Ottaviani, quelle énergie !

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Il est minuit, tout le monde à passé une superbe soirée d’été terminée à une heure raisonnable, les poules et les vilains petits canards dorment eux depuis longtemps ; ou pas. On a tous besoin de ces moments de joie et de fête surtout en ce moment, alors pourvu que ça dure !

Du Quartier Libre au Chat qui Pêche. Bordeaux 03 juin 2016

Par Dom Imonk

 

Capucine Quartet

Capucine Quartet

En quelques mois, le Quartier Libre est devenu un lieu incontournable des nuits Bordelaises, en accordant certains soirs une attention particulière au jeune jazz émergeant de la Cité. En effet, beaucoup de nouveaux talents, dont une majorité formée au Conservatoire tout proche, viennent y jammer tous les mercredis, à partir de 18h, et c’est l’occasion de les découvrir, dans ce lieu que peu à peu ils s’approprient, pour notre plus grand plaisir. Grâce en soit rendue aux clairvoyants programmateurs. Mais il n’y a pas que le mercredi qu’on y festoie, pour preuve, vendredi dernier se produisait « Capucine Quartet », un tout nouveau groupe formé de quatre jeunes et talentueux musiciens du cru, qui sont venus raconter leur histoire en quelques thèmes bien inspirés, et joliment tournés. L’écriture, c’est surtout le fait de Thomas Gaucher (guitare) et de Felix Robin (vibraphone) mais, à ce qu’ils nous ont confié, cela devient vite affaire commune, en partage d’idées avec Louis Laville (contrebasse) et Thomas Galvan (batterie). Thomas Gaucher nous cite ses riches influences, de Grant Green à Lage Lund, en passant par Kurt Rosenwinkel, et on en retrouve quelques sucs dans son jeu agile, au boisé élégant, tout en restant sobre et roots dans ses effets et ses sons. Il y a une réelle complicité entre tous, et en particulier avec Felix Robin qui, d’une belle envolée, a ouvert « Intership », l’un des titres phare du quartet. Grâce, fluidité et couleurs marquent son jeu déjà bien assuré, sur un magnifique Bergerault, et fondent une vraie alliance avec le guitariste. L’autre moitié du groupe est indispensable. Une rythmique solide et inventive, qui charpente à ravir ce jazz frais et acidulé, par les lignes de basse sobres et efficaces de Louis Laville, se partageant entre walkings effrénés mais domptés et chorus volubiles, et par le subtil drumming de Thomas Galvan, dont on retrouve avec plaisir le tact et la délicatesse sur les balades, aux balais et dans quelques bruissements coloristes, mais qui se révèle redoutable s’il s’agit de grossir le trait et d’initier un puissant pouls binaire, quand le ciel du tempo s’obscurcit. D’autres compositions comme « Armand », « Journal du Dimanche », « Casa Pino »et les standards « If I should lose you » (Robin/Rainger) ou « Pent-Up house » (Rollins), achèvent de nous convaincre qu’il faudra suivre de près ce « Capucine quartet », dont on se régalera des floraisons futures !

La Jam du Quartier Libre

La Jam du Quartier Libre

Et comme toujours au Quartier Libre, après une pause houblon bien rafraîchissante, voici venu le moment tant attendu : une jam libre et délurée, et de celle-ci, on se souviendra. Alexis Valet, figure marquante de ces lieux (et de quelques autres…) et musicien très pointu, s’empare du vibraphone, dont il semble jouer à quatre mains, et c’est reparti ! On rappelle que son sextet a remporté le Prix du Jury du Tremplin Action Jazz 2016, et qu’on retrouvera cette vive formation à Quinsac, le dimanche 12 juin à 13h30 Place de l’Église, dans le cadre du Festival Jazz360. La fête a donc repris, en un bien joyeux festival où se succèderont Louis Gachet à la trompette, Alexandre Aguilera à la flûte, Alexandre Priam-Doizy à la basse, Nicolas Girardi puis Yoan Dupuy à la batterie, Charlotte Desbondant et Émeline Marcon au chant, ainsi qu’un grand gaillard à l’accordéon. L’un des doigts de Jonathan Bergeron n’étant pas disponible pour jouer du sax, celui-ci nous a quand même offert en final un scat d’anthologie, qu’on n’est pas prêt d’oublier ! Soirée bouillante, finie sur les chapeaux de roue, on en redemande ! Il faut vraiment assister à de tels concerts dès qu’on le peut, venir voir ces jeunes musiciens, discuter avec eux, être présent et les encourager. Il y a de la vie pour un jazz tous âges dans la nuit Bordelaise, il faut bien la pister, elle serpente un peu partout. Preuve en est que, sur les conseils d’un avisé camarade, nous nous sommes ensuite retrouvés à cinq minutes de là, au Chat qui Pêche, pour un autre superbe concert…

http://capucinequartet.wix.com/jazz

http://quartierlibrebordeaux.com/v1/

Alex Golino Quartet

Alex Golino Quartet

Il est presque minuit, rien de mieux que les choses imprévues même s’il se fait tard. Nous voilà donc arrivés au Chat Qui Pêche, cercle associatif qui, une bonne partie de l’année, propose des artistes de diverses tendances, dont celle du jazz. Thomas Saunier, responsable du lieu, nous accueille chaleureusement, pour l’un des derniers concerts de la saison, la programmation devant reprendre en septembre. Ce soir, c’est le quartet du grand Alex Golino qui se produit. Muni de son imposant saxophone ténor, il va nous faire rêver, accompagné de trois superbes pointures : Hervé Saint-Guirons à l’orgue électronique, Didier Ottaviani à la batterie et Yann Pénichou à la guitare. Le concert est à peine commencé et l’on admire le cadre de ce lieu, à la touche kitsch intemporelle qui ravive les mémoires, comme cette affiche du festival Sigma 1985. On s’assoie dans de profonds canapés un peu usés, ou sur des chaises au bar, on est bien calé, et en position idéale pour l’écoute. La musique flotte tel un nuage ensoleillé et les envolées d’Alex Golino soufflent des brises d’été dont la grâce et la volupté sont d’une classe assez irrésistible. Son jeu subtil et patiné nous envoute. Les thèmes abordés sont variés et mettent quelques glorieux aînés à l’honneur. On fond à l’écoute des « Corcovado », « Wave » et autre « O grande amor » de Jobim, qui placent notre saxophoniste à de limpides altitudes, jadis fréquentées par Stan Getz et Joe Henderson, quoiqu’on puisse parfois penser à un Harold Land. Le groove a aussi marqué cette intime soirée, le public arrivant petit à petit en quête d’after hours. Ainsi, quelques perles de Kenny Burrell, mais aussi de Wes Montgomery, sont  venues à point nommé souligner la belle inspiration du jeu précis et expert d’Hervé Saint-Guirons et de Yann Pénichou, deux associés défenseurs du son vintage, pur et sans fard, qui vénèrent ces artistes et n’ont pas hésité à prêter leur âme à ce fin répertoire. Rappelons que l’an dernier, nos deux compères s’étaient retrouvés sur le superbe « Up & Down » du Yann Pénichou Organ Trio. Tout le monde s’est donc visiblement régalé de « Far Wes », « SOS » et du mélancolique « West Coast Blues » de Wes Montgomery, mais aussi de thèmes plus classiques tels que  « Kenny’s sound » et « Chtilin’s con carne » de Kenny Burrell. Autre artisan du son du quartet, Didier Ottaviani, qui est probablement l’un des batteurs les plus passionnants qui soient, car une élégance naturelle se retrouve en tous points et coins de son jeu. Chez lui, tout est affaire de couleurs savamment dosées, de scintillements qui luisent plus qu’ils n’éblouissent,  ses roulements, attaques et breaks d’une délicate précision, effleurent à baguettes retirées dès l’impact, en faisant danser les sons, avec légèreté et en douce vélocité. Au cours des deux sets, comme pour adoucir un peu plus l’atmosphère, le groupe nous a aussi joué quelques autres pépites, gorgées de feeling, parmi lesquelles « Invitation » (Kaper/Washington) et « Love letters » (Victor Young), histoire de jouer les chats, avec nous les souris, et de pêcher l’envie de bien vite les retrouver.

http://chatquipeche.niceboard.com/

Vocal Jazz Jam Session au Fellini

par Philippe Desmond, photos PhD et le Fellini.

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Monique Thomas

Tous les mercredis en fin d’après midi à Bordeaux c’est la jam du Quartier Libre (voir chronique du 20/01/2016), un moment très vivant grâce aux jeunes talents du Conservatoire proche et à quelques autres. Un petit passage hier soir le temps notamment d’un joli « Jean-Pierre » de Miles avant de me rendre à une autre jam ; et oui il y a de la concurrence ou plutôt de l’émulation car l’objet de cette dernière est relativement différent.

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au Quartier Libre

La Vocal Jazz Jam Session est organisée pour la première fois au Fellini par la chanteuse Monique Thomas et se poursuivra au moins jusqu’en juin prochain chaque dernier mercredi du mois. Bonne idée, belle idée que de permettre ainsi à des chanteuses et chanteurs de jazz d’exprimer leur talent, d’acquérir de l’expérience, voire de se jeter à l’eau, entourés par un trio de super musiciens. Hervé Saint-Guirons au piano, Timo Metzemakers à la contrebasse et Didier Ottaviani à la batterie. Monique Thomas avouera humblement que c’est ce dernier qui lui a soufflé l’idée. Elle est la maîtresse de cérémonie, carnet de jam à la main, allant de chanteuses en chanteurs demander quel titre et sur quelle tonalité chacun souhaite se produire. Une jam quoi !

Mais bien sûr à elle l’honneur – et à nous le plaisir – d’ouvrir la session, ce sera avec « Day in Day out ». Une Américaine qui chante dans une trattoria italienne, transportons nous alors dans les 40’s à Little Italy, ce quartier de Manhattan qui fleure bon comme ici la pasta et la pizza. Pourtant nous ne sommes qu’à Bègles, au Fellini. Le décor de Cinecittà, sous le patronage, entre autres, de Federico et Marcello et avec la présence pulpeuse de Sophia et Monica ne peut qu’accentuer ce dépaysement. Un autre titre et la jam commence. Une pro pour bien lancer l’affaire en la personne de Meriem Lacour (Arty Chokes – the Band) puis Lucienne Razafindramanitra. Vont ensuite se succéder des élèves de Monique, du Ciam, du Conservatoire, des amateurs, des semi-pros. Une jam quoi !

Est-ce un clin d’oeil à « la Cité des Femmes » de Fellini mais il y beaucoup de chanteuses (9) et peu d’hommes (3). Tiens justement en voilà un, élève de Monique je crois, avec un vrai nom de crooner, Bill Waters, sur une belle version de « Moanin’ ». Arrive la talentueuse Emeline qu’on a de temps en temps l’occasion d’entendre dans le coin, puis Marine Garein-Raseta – grand prix Action Jazz 2014 – dans une version émouvante de « Body and Soul ».

On « Take the A train » avec Caro pour rejoindre Marina Kalhart qui se produit pour la première fois avec un tel groupe ; après sa seconde intervention sur « the Girl from Ipanema » elle me livrera qu’avec ces musiciens elle était sur l’autoroute, un vrai bonheur. Pas loin d’Ipanema se trouve le « Corcovado » chanté délicatement par un certain Georges visiblement Brésilien. Tiana, professeur de chant, nous livre son talent avec « Love for Sale », Meriem, Marine et Emeline reviennent pour notre joie ; « I can ‘t give you anything but love » ce qui n’est déjà pas mal, « Summertime » (bientôt), Angel Eyes… Arrive alors le tour d’une chanteuse qui a elle choisi de scatter ce qu’elle sait si bien faire avec une réelle présence scénique instantanée, la trop rare Carole Simon. Une leçon.

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Carole Simon

Je vous annonce un mois d’avril pluvieux à Paris, Gilles, ayant visiblement perdu un pari, se lançant dans un risqué « April in Paris » heureusement vite aidé par Carole, tout cela dans une franche rigolade ; une jam quoi !

Un succès pour cette première session avec notamment la présence amicale de figures importantes de la scène jazz en la personne d’Alé Kali, Alex Golino, Roger Biwandu, Franck Agulhon et Pascal Legrand qui prendra les baguettes pour finir en beauté avec la patronne du soir l’éblouissante Monique Thomas.

Donc le 27 avril à 8 heures du soir (pas 8 ½) tous au Fellini, il y aura peut-être cette fois là Ginger et Fred…

Alex Golino 4tet au Siman : so cool !

par Philippe Desmond, photos David Bert.

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L’ambiance générale est pesante en ce moment, la musique heureusement est là pour nous apporter ces moments de bonheur comme ce soir au Siman Jazz Club de Bordeaux Bastide.

En surplomb de la Garonne devant ce décor que des milliers de touristes viennent de plus en plus découvrir et dont nous ne nous lassons jamais se prépare le concert du soir avec le Alex Golino Quartet.

Beaucoup d’habitués, d’amis ont répondu à l’appel car ils savent qu’avec les quatre compères présents ils vont passer une belle soirée. Le rendez-vous musical du mercredi au Siman est désormais bien installé, merci à ses organisateurs.

Alex Golino avec son sax ténor patiné un peu vintage est le leader du jour ; le saxophoniste italo-grec installé depuis longtemps à Bordeaux en est une figure majeure de la scène jazz ; son talent, son velouté et sa gentillesse sont unanimement appréciés. Mais j’en soupçonne certains de se rapprocher de lui pour qu’il leur présente sa sœur Valeria, la belle actrice de cinéma…

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Hervé Saint-Guirons est venu avec les inséparables Mojo et Leslie, son orgue et sa cabine d’amplification ; bon choix pour ce set que d’associer la chaleur douce du clavier et des basses profondes de cet instrument au velours du sax d’Alex. Il sait aussi faire le faire crier lors de chorus tonituants.

A la batterie une autre pointure en la personne de Didier Ottaviani ; que ceux qui pensent que cet instrument ne sert qu’à marquer le tempo aillent l’écouter, ils comprendront vite que cela est très réducteur car en réalité Didier joue de la musique avec ses baguettes et ses pieds. Finesse, art du contretemps, du décalage, du silence, caresses des peaux et des cymbales il est un spectacle à lui seul.

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Yann Pénichou, autre pilier de la scène, est ce soir particulièrement en verve avec sa guitare. Il faut dire que le répertoire choisi par Alex fait la part belle au guitariste Wes Montgomery à qui il va rendre ainsi un hommage confraternel appuyé. De long chorus pleins de verve et de sensibilité vont ainsi nous être offerts.

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On sent que les gaillards se connaissent par cœur car la cohésion est manifeste, pas besoin de grands signes, tout s’enchaîne naturellement, des blues les plus rapides aux ballades langoureusement soufflées par Alex en passant par quelle délices de bossa nova.

Tantôt dans le rôle de Stan Getz ou de Johnny Griffin, Alex, tout en sensibilité, va nous enrober de sa sonorité chaleureuse. Du cool jazz, idéal pour le lieu et le moment. Certains diront des standards encore, ceux là ignorent que les standards sont des (belles) bases pour faire de la musique vivante et créative, le mot interprétation prenant ici tout son sens. En jazz rien n’est jamais pareil.

A l’invitation d’Alex, le trompettiste Mathieu Tarot vient se joindre au groupe pour un très beau final, très beau oui mais malheureusement final ! On étirerait la soirée encore longtemps avec cette musique et cette perspective sur la façade fabuleuse des quais rive-gauche mais nous ne sommes que mercredi…

http://www.siman-bordeaux.com/events/

 

Marie Carrié quartet au Phare Jazz Club de Capbreton

Vendredi 12 février. Bernard Labat, Photo Thierry Dubuc

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Ils étaient nombreux (salle complète) au premier rendez-vous de l’année de notre PHARE JAZZ CLUB de CAPBRETON (Landes). L’association JAZZ PARTNER’S, hôte des lieux, avait choisi d’inviter pour la circonstance le « Marie Carrié Quartet ». Bien connus dans la grande région, Yann Penichou (guitare), Hervé Saint-Guirons (orgue hammond), Didier Ottaviani (batterie) et Marie Carrié (chant) sont arrivés à bon port, aprés un voyage perturbé par les intempéries. En quelques mots le président de l’association, Serge Mackowiak, dresse un bilan et annonce les projets pour cette nouvelle année, tout en remerciant nos partenaires institutionnels et privés ainsi que notre fidèle traiteur Michel, applaudissements. Dans la foulée, un petit jeu, permettant de faire gagner un exemplaire du nouvel album du trio Penichou, Saint-Guirons et Stéphano Lucchini, Up and Down, permet de finir les desserts et cafés. Le set peut commencer. Nos trois jammeurs démarrent sur une couleur brésilienne et Marie nous propose Maria da Mercedes du compositeur Djavan. Suit une intéressante adaptation du Pretty Eyes de l’emblématique pianiste hard boppeur Horace Silver. Le décor est planté, une navigation et un mix des répertoires brésiliens et jazz. Marie n’oublie pas de rendre hommage à la belle et talentueuse Peggy Lee avec I Love Being Here With You. Suivent deux adaptations des célébres Fast United Reason avec solo remarqué de Didier et Summertime des frères Gershwin. Les musiciens sont en place, Marie commande avec autorité les démarrages et laisse vagabonder sa douce voix.Yann et ses six cordes souligne et s’envole avec finesse et mélodie. Hervé et Didier groovent et relancent judicieusement.Le public attentif en redemande. Retour carioca avec Baden Powell Vou Deitar E Rolar et Joao Bosco avec une version très rythmée de Bala con Bala. Tout le monde apprécie. Billie Holiday ne sera pas oubliée. Marie explique que le prochain morceau Then There Eyes a été enregistré pour la première fois par Louis Armstrong et immortalisé par la Diva au Gardénia. Nos oreilles sont attentives et réceptives. Sans oublier un Sophistaced Lady, ellingtonien dans l’âme, pour lequel Yann nous distille une intro et un solo très intimiste. La soirée se poursuit jusqu’aux rappels. L’occasion d’entendre Marie et Yann en duo, formule qu’ils apprécient, et ça se sent bien. Une belle version de la ballade My Old Flame chantée également par Billie et jouée par nombre d’icônes (Charlie Parker, Miles Davis, Chet Baker…), remporte les faveurs des night-clubers du soir. Tout le monde se quitte sous des notes une nouvelle fois brésiliennes. Merci à Marie, Yann, Hervé et Didier pour cette belle soirée. Ce quartet bien en place respire la complicité. Leurs sourires et leur disponibilité restera un bon souvenir pour nous tous.