Diego IMBERT Quartet – « COLORS »

diego imbert

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

Diego Imbert est un contrebassiste très demandé, et les divers projets auxquels il a participé lui ont permis de se forger une écriture riche, précise et stylée, que l’on retrouve dans tous ses albums. Pour « Colors », il est entouré de son groupe habituel. David El-Malek (sax ténor), Alex Tassel (bugle) et Franck Agulhon (batterie), participent à donner à ce disque une saveur que l’on croirait échappée de certaines formations des années soixante. Même s’il n’y a pas de piano, on pourrait presque penser à l’esthétique du quintet de Miles, ou même à certains disques de Wayne Shorter, dont l’inspiration est ressentie ici. A chaque instant, on se régale du jeu de Diego Imbert, magnifique par le son et cette façon ondulante et moderne de s’insinuer dans celui de ses camarades. Tous sont d’ailleurs visiblement en état de grâce et ravis de participer à cette vraie peinture sonore. Les deux souffleurs sont remarquables de complicité et, portés par les compositions de Diego Imbert, ils joignent à l’unisson leurs voix cuivrées, pour créer de vastes espaces visuels. Quant’ à Franck Agulhon, frère rythmique du leader, il fait partie de ces très grands batteurs qui étonnent et subjuguent, comme s’ils se réinventaient à chaque fois. Le disque s’écoule, comme la visite d’un musée d’art moderne. Chaque morceau est une toile, et l’intitulé des titres fait souvent référence aux couleurs et à la peinture. « Blue Azurin », « Purple Drive », « Aquarelle », « Outremer », « Red Alert ». Mention spéciale au superbe artwork de Pierre-Alain Goualch et Diego Imbert, ainsi qu’à une prise de son excellente. Ces couleurs nous ont captivés, vivement le plaisir de les voir en concert !

Par Dom Imonk

www.diegoimbert.com

TREBIM MUSIC/HARMONIA MUNDI– 2014 – SUCH 010

Le big bang du Dal Sasso Belmondo Big Band

Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier

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« A Love Supreme » est une œuvre mythique. Cette longue suite créée par John Coltrane en 1964, plus de 50 ans déjà,  constitue le sommet de son art. Composée à l’époque pour un quartet (Trane, McCoy Tyner, Elvin Jones et Jimmy Garrison) le projet de la jouer en big band constituait donc une réelle aventure. Financé par souscription son aboutissement a eu lieu en 2014 avec la sortie de l’album.

Hier soir au Rocher le nombreux public a donc eu la chance de voir et d’entendre la restitution de ce pari audacieux. Quatorze musiciens (voir line up en fin d’article) soit dix cuivres autour d’un trio piano, contrebasse, batterie, Christophe Dal Sasso complétant la formation aux flûtes et aux bruitages. Dès l’intro le ton est donné, nous aurons droit non pas à un sax leader mais à trois : Lionel Belmondo exubérant et chaleureux, David el Malek élégant et l’homme à la casquette rouge François Théberge, plein de fantaisie aussi bien dans le jeu que dans l’attitude ; entre ses interventions il quitte son pupitre et se promène sur scène discutant avec ses collègues ! Mais surtout des très bons qui ne font pas acte de sacrilège au Maître. Les arrangements de Dal Sasso pour cette œuvre complexe et tortueuse vont s’avérer d’une grande richesse et d’une réelle variété.

Soudain après une longue intro foisonnante la contrebasse de Sylvain Romano entonne les quatre notes célèbres du thème « Aknowledgement » _ il y a quelques années ici même John McLaughlin avait conclu magnifiquement son concert avec ce thème – et les répète à l’envi, l’orchestre arrive progressivement, c’est magique. Belmondo va prendre un chorus fiévreux, la transe monte. Au cœur de celle-ci le drumming de Dré Pallemaerts qui fait honneur au jeu d’Elvin Jones.

Les moments de transe et d’explosions vont alterner avec les passages plus recueillis, les moments de grâce dans lesquels on voit les musiciens s’écouter, les yeux fermés, pris sous leur propre charme. Pour autant l’ambiance sur la scène est détendue, Lionel Belmondo est un sacré personnage plein de naturel et d’humour.

L’esprit de Coltrane est là, son œuvre est plus que respectée, elle est magnifiée. On aura même droit à des battles de sax à deux, à trois, des superbes chorus de trompette de Julien Alour, de trombone et même de l’énorme tuba, une prouesse de Bastien Stil. Un moment les cuivres s’effacent pour laisser s’exprimer le trio rythmique et le remarquable pianiste. Vraiment quelle qualité d’arrangements !

Peut-être que certains dans la salle attirés par le mot Big Band et croyant entendre du Glenn Miller sont surpris, ils ne pourront qu’être séduits.

L’œuvre s’achève la magie a opéré, la scène est recouverte d’une épaisse couche de notes, le public est presque assommé, groggy par tant de ferveur, d’émotion, de sauvagerie et de sensibilité.

La chaleur et l’humour de Lionel Belmondo vont faire redescendre tout le monde sur terre ; avant qu’on ne le lui réclame, il nous propose le rappel « non pour votre plaisir mais pour répéter, car la semaine prochaine  l’orchestre entre en studio » et en plus « on les attend au Plana ».  Il plaisante bien sûr ; pas pour le Plana. Un dernier titre de Coltrane « One Down, One Up » enflamme la salle, ovation.

Soirée d’exception d’autant plus qu’elle avait commencé en beauté avec Serge Moulinier (p) en trio avec Christophe Jodin (b) et Didier Ottaviani (dr). Un set superbe mélodieux fait de finesse et de délicatesse, reprenant le répertoire du dernier album du trio « Tyamosé Circle ».  Rien d’étonnant quand on connaît la classe des musiciens. Un triangle bien carré oserais-je dire…

Pour finir un grand merci à Patrick Duval et à son équipe de Musiques de Nuit Diffusion qui vraiment nous gâtent avec cette programmation 2015.

Lionel Belmondo saxophone ténor

Christophe Dal Sasso flûtes, bruitage

Dominique Mandin saxophone alto

François Théberge saxophone ténor

David El Malek saxophone ténor

Julien Alour trompette, bugle

Éric Poirier trompette, bugle

David Dupuis trompette

Bastien Ballaz trombone

Jerry Edwards trombone

Bastien Stil tuba

Laurent Fickelson piano

Sylvain Romano contrebasse

Dré Pallemaerts batterie

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