Les photographes d’Action Jazz s’exposent. Concert d’OD en bonus

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat Lire la suite

JP Perkins Revival défonce le Caillou

par Philippe Desmond.

Le Caillou, vendredi 9 décembre 2016.

En septembre 2015 le Blog Bleu présentait un projet original, celui de deux musiciens qui jouaient ensemble dans les années 60 et qui se lançaient à nouveau sur les planches. Pas du jazz, mais du blues mâtiné de rock et de folk. Mais les frontières sont poreuses entre tous ces styles, nous en parlions hier soir avec Philippe Serra un des co-auteurs du livre « Bordeaux Rock(s) » la bible du genre et grand amateur et connaisseur de jazz. D’ailleurs la chronique évoquée plus haut figure dans le top ten des articles les plus lus du Blog Bleu qui en compte désormais plus de 400 ! Un an après elle est régulièrement ouverte (et les stats ne comptent que les personnes différentes).

Ce projet c’est le JP Perkins Group Revival qui fêtait hier soir le cinquantenaire de la collaboration entre son leader JP Perkins et le guitariste-harmoniciste Dany Ducasse. Ils jouaient ensemble dans la formation «Les Nashmen » en 1966 avant que Perkins ne parte vers une carrière nationale puis internationale dont il évoque les vicissitudes dans sa chanson « Je viens de loin ». Installé à Bordeaux ce premier groupe avait eu pendant quelques temps comme chanteur un jeune homme très discret venu de Nérac, un certain Michel Polnareff. D’ailleurs Perkins n’est pas étranger à la composition qui a révélé le chanteur même si celui-ci a oublié de le signaler…

Mais tout ça c’était il y a des siècles et hier soir au Caillou on fêtait donc les 50 ans de carrière des deux vieux potes. Tout cela avec un répertoire original créé (paroles et musiques de JP Perkins) ou arrangé dans sa quasi intégralité en une année ! Un vrai projet actuel, un réel coup de jeune !

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Répétition

Tout a recommencé en 2015 de façon anecdotique. JP Perkins revenu en France et dans la région a fait appel à Eric Grillard, un artisan, pour des travaux de rénovation de sa maison et quand celui-ci a vu les guitares il a de suite parlé musique avec lui. Pour Eric lui-même passionné et pianiste dans des orchestres de bal l’occasion était trop bonne ; ils jouent un peu ensemble chez JP et celui-ci appelle son vieux pote Dany, un retraité très occupé entre le tennis, le roller, la haute montagne et accessoirement la musique et voilà le revival qui prend forme. Compositions, répétitions, concerts dans des bars, des associations, à la fête de la Musique, le plus souvent à deux guitares, mais hier soir en trio.

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Et de mémoire d’habitués du Caillou on avait rarement vu une telle ambiance ici. Plus une table pour dîner depuis la veille, du monde dans le moindre interstice et une collaboration formidable du public. Les musiciens étaient un peu nerveux car le Caillou c’est pour certains un examen de passage tant la programmation n’y est pas faite de façon aléatoire. Le programme du trimestre à venir est époustouflant. Cet examen, un oral donc, ils l’ont parfaitement réussi et avec mention TB.

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En un an de pratique le duo/trio a pris une épaisseur certaine. Très marquée par le son chaleureux des guitares, JP Perkins à l’acoustique et Dany Ducasse à l’électrique (superbe Epiphone), la 6 cordes et la 12 cordes acoustiques, la signature musicale s’enrichit à nouveau du clavier d’Eric Grillard. De l’Angleterre , évocation de « Radio Caroline » à Valparaiso en passant par Austin Texas, l’Arizona et la Louisiane, El Paso… c’est un véritable road movie qui nous est offert. On y croise « Angela Sex », merveilleuse mélodie, « Chiquita », et bien d’autres. Textes en Anglais et en Français majoritairement avec de vrais histoires, de vraies choses à dire.

Musicalement l’accord des guitares est au top, les nappes de claviers rajoutant de la profondeur. De temps en temps les fulgurances improvisées de Dany à l’harmonica (ouf la touche jazz, les puristes sont sauvés) viennent secouer tout le monde. A propos, musiciens bordelais, attendez vous un jour à le voir surgir sur scène avec vous pour une intervention à l’harmo dont il a toujours un ou deux exemplaires dans la poche, il est coutumier du fait !

En rappel revoilà « Louisiana » à la grande joie d’Alain et Irène Piarou, les fondateurs d’Action Jazz, qui y séjournent tous les ans.

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rappel…une heure après !

Une anecdote hier soir, près d’une heure après la fin du concert, la salle encore bien pleine, tout le monde s’y trouvant bien, le groupe a repris les instruments pour interpréter à nouveau « Arizona » dans son dernier arrangement, pour le plus grand bonheur du public Encore une belle soirée de musique et de partage hier soir au Caillou avec le JP Perkins Revival.

 

A propos, un album est prévu au printemps, on en reparlera.

L’instant Karmarama au Cuvier

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

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Le blog bleu d’Action Jazz parle de jazz bien sûr, quelquefois il se surprend à évoquer du blues ou du boogie-woogie mais ce soir il va vous parler d’autre chose. Et l’auteur avait depuis longtemps envie de parler de cette autre chose, envie de parler de musique tout simplement et surtout de ces musiciens là, pas forcément de jazz, pas du tout de jazz d’ailleurs, quoi que, John McLaughlin était bien parti dans ces sphères là…

Parlons du Mark Benner Band plus exactement de son projet Karmarama un mélange d’instruments indiens comme le sitar et le tabla et de guitares, claviers et batterie.

Nous sommes ce soir à un « apéro pop » au Cuvier, la salle de spectacle d’Artigues-près-Bordeaux. Trois fois par an un concert est offert par la municipalité, charge à une association locale –aujourd’hui le comité des fêtes – d’organiser la restauration et le bar. Une très bonne idée, qui fait le plein à chaque fois. Voir chronique du 24 mai 2015.

Le Mark Brenner Band c’est avant tout un groupe de pop-rock qui joue des reprises , mais un des meilleurs. Son leader Mark Brenner est britannique, mais vit en France depuis plus de vingt ans, ayant craqué pour un endroit qui fait rêver tant de monde, le bassin d’Arcachon. Chanteur, compositeur, bassiste, guitariste, ukuléliste, sitariste, il maîtrise aussi la contrebasse avec laquelle il peut jouer tout standard de jazz.

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Avec lui Thomas Drouart, pianiste éclectique passé par le reggae – il avait alors les dread locks – le jazz fusion, la pop, la soul, le funk… un cador qui lui aussi peut tout jouer,

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A la batterie un autre musicien éclectique qui a notamment joué avec le groupe de jazz fusion – pour faire simple – Post Image, Antony Breyer.

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Ce groupe est aussi bien capable de vous animer une soirée entre potes que de mettre le feu à un camping devant 2000 personnes un soir d’été. Le 10 juillet, devant plus de 40 000 personnes, ils seront d’ailleurs les animateurs de la fan zone des Quinconces le soir de la finale de l’Euro de foot. Ce groupe propose aussi un spectacle remarquable en hommage aux Beatles ; à voir.

Mais ces excellents musiciens et notamment le leader sont avant tout des artistes. Mark a à son actif plusieurs disques qui ne sont composés que de titres originaux, le prochain étant en cours de réalisation.

Ce soir Mark nous propose un autre de ses projets, Karmarama, aux accents indiens avec sitar, tabla etc… Les Britanniques ont un fort passé avec l’Inde, Mark entretient cet héritage. Récemment à la guinguette chez Alriq il a joué avec le projet Jazzindia du guitariste Tom Ibarra, comportant deux musiciens traditionnels indiens.

Le concert commence en duo, Mark au sitar accompagné au tabla par Matthias Labbé, venu spécialement de Paris, un des meilleurs joueurs de tabla actuellement, disciple de Anindo Chatterjee de Kolkata pour les connaisseurs. Certains dans l’assistance sont inquiets, ce genre de musique râga étant un peu spécial pour nos oreilles occidentales.

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Mais très vite le répertoire se fait plus familier, les arrangements indiens transformant avec bonheur des titres connus. Amusants ces début de morceaux qui se transforment en blind test ! « Here comes the rain again » de Eurythmics, puis « Roxanne » de Police, « Mercy Street » et « Solsbury hill » de Peter Gabriel bien sûr, la pépite « Running up that hill » de Kate Bush, « Fields of Gold » de Sting,« Somebody that I Used to Know » de Gotye, pas mal de Britanniques… 

Le jeu et la résonance des cordes sympathiques du sitar, le son typique du tabla métamorphosent ces titres ; des nappes de clavier viennent entretenir cette atmosphère parfois planante. On a même droit à un duel magnifique entre la batterie d’Antony et le tabla de Matthias, duel d’instruments, duel non violent de cultures, magnifique.

La pause permet de se ravitailler en tapas et rouge ou rosé dans une ambiance des plus douces et conviviales. Le public pour la plupart novice de ce genre de musique est déjà conquis.

Les Beatles ne sont pas oubliés avec« Norwegian Wood » et son beau son de sitar, puis une version originale de « In the air tonight » de Phil Collins, le tabla donnant cette couleur caractéristique. Suit une composition de Mark Brenner et une surprise avec l’arrivée dans la salle et instantanément sur scène de Dany Ducasse – du John Perkins Group Revival – qui s’empare du micro avec son harmonica – toujours dans la poche – pour un excellent solo totalement improvisé car imprévu !

« Scarborough Fair » de Simon and Garfunkel, « A Horse with no Name » d’America, « I’m Yours » de Jason Mraz, « Budapest » de George Ezra complètent le set avec toujours cette présence envoûtante du tabla, et parfois du sitar de Mark, sur cette base pop. Pop music qui justement dans les années 60/70 a baigné dans cette culture alternative aux aspect spirituels légèrement embrumés de fumées diverses et variées plus ou moins légales… Mark passe d’un instrument à l’autre avec aisance, Thomas assurant rythmique ou harmonie avec ses claviers. Côté percussions c’est aussi du beau travail la batterie et le tabla se complétant fort bien.

Le public un peu désarçonné au début en redemande et deux rappels seront nécessaires pour le rassasier. Belle redécouverte de ces titres ce soir.

De la pop peut-être, de la world music pourquoi pas, mais l’esprit jazz n’est pas loin notamment dans certaines impros et d’ailleurs on s’en moque, le plaisir de la musique étant lui toujours présent. Les collaborations du Mark Brenner band avec des jazzmen reconnus comme Roger Biwandu, Jean-Christophe Jacques ou encore avec Shekinah Rodz confirment qu’en ce domaine les frontières sont heureusement bien fragiles pour ceux qui ont les oreilles ouvertes à tous les styles ; c’est le cas d’Action Jazz !

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John Perkins Group Revival

par Philippe Desmond, photos Daniel Vaquero

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Une fois n’est pas coutume, ce blog ne va pas parler de jazz, mais de blues et de rock. Les mondes ne sont pas si éloignés et les influences sont réciproques même si certains puristes font la grimace. Les membres les plus chevronnés – euphémisme – d’Action Jazz ont d’ailleurs beaucoup écouté et écoutent encore du rock, du blues et bien d’autres musiques ; n’est-ce pas ce dernier mot le plus important ? Personnellement si j’écoute du jazz depuis l’âge de dix-huit ans le rock chatouille mes oreilles depuis plus longtemps, vers mes 10 ans en cette année 1965 qui a vu la naissance du John Perkins Group, objet de cette chronique.

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Ce groupe a été créé par deux musiciens bordelais, le chanteur guitariste John Perkins, et oui un pseudo qui claque mieux que Jean Pierre Dubois et le guitariste Daniel Ducasse qui lui devient simplement Dany. Nourris à Radio Caroline ils vont jouer le répertoire rock anglo saxon de l’époque, le Spencer Davis Group, les Kinks, les Stones… Ils commencent à occuper une jolie place dans le grand sud-ouest jouant dans les bars, les boîtes, les fêtes.  Costards noirs, boots à élastiques, cheveux longs, Cadillac Fleetwood noire de 5 mètres de long avec laquelle ils parcourent la rue Ste Catherine – loi d’être piétonne – et signent des autographes, embarquant au passage de jolies et jeunes bordelaises, tous les attributs des rockers de l’époque sont là.

John Perkins sera ainsi remarqué par la maison Barclay qui le fera venir à Paris puis au Canada pour enregistrer des 45 tours et même faire, avec d’autres musiciens, la première partie de Jimi Hendrix en octobre 1967 à L’Olympia. Cela lui vaudra les félicitations de Johnny Hallyday qui l’engagera pour une longue tournée. Ainsi le John Perkins group original se séparera, autres vies dans la musique ou dans d’autres voies, ferrées notamment.

Et il y a quelques mois arrive un coup de fil de John Perkins à Dany : « Je remonte un groupe, pour le moment on est deux, c’est toi le lead-guitar » ; les désormais septuagénaires se retrouvent 50 ans après ! Et voilà Dany qui doit racheter du matos, un ampli et une magnifique demi-caisse Epiphone. Ils partent à la recherche d’un pianiste et c’est Eric Grillard qui les rejoint.

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Et donc ce soir le premier concert privé Revival du John Perkins Group à Gradignan. Le lieu pour ces ancêtres ? Un musée ! Celui de la vigne et du vin ; on aura d’ailleurs droit à une dégustation des vins de la cave de Rauzan, ville où Dany officie encore en tant que moniteur de tennis ! Dany a des amis dans la musique mais pas tant que ça, par contre dans les milieux du tennis, du roller, de la montagne ou à Gradignan c’est un figure locale et le musée est plein, il y a bien 200 personnes ; on ne pourra même pas danser par manque de place !

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Premier set de reprises : « Keep on running » du Spencer Davis Group, le blue “  I’m a king bee “ – qui buzz toute la nuit, dixit les paroles – de Slim Harpo, “ Sunny afternoon “ des Kinks, “ I’m waiting “ des early Rolling Stones, “Have you ever seen the rain” de CCR, l’emblématique “Stand by me” de Ben E King et “Gimme me some lovin” du SDG. Les années ont passé mais le son, lui, est toujours là, les musiciens ont vite retrouvé leurs marques et le public se régale.

 

Le second va être magnifique d’autant plus que vont être jouées pour la première fois des compos de JP, avec la patte de Dany, restées dans les tiroirs depuis des années. JP on le sent a des comptes à régler, avec le showbiz, avec la vie. Ses présentations de chansons sont très touchantes. « Radio Caroline » l’hommage à cette radio libre mythique installée sur un bateau au large de l’Angleterre et qui a révélé tant de talents ; une très belle compo qui sera réclamée en rappel. « Tony Joe », un bel hommage à Tony Joe White, « Je viens de loin », un résumé de sa vie. « Try baby » qui sonne comme le « Midnight Rambler » des Stones avec un Dany impérial à l’harmonica, « Angela Sex » cette belle fille trouvée dans un bar sur une route du sud des USA. « Swamp trail » et son vaudou dans les marécages du Bayou… En Anglais ou en Français les paroles ont du sens, la musique tire sur le blues ou du rock de tempo moyen ; c’est là qu’ils sont à l’aise.

Dany nous sort des sonorités profondes de sa guitare et nous fait enfin des solos. Il s’accompagne à l’harmonica, on pense bien sûr à Bobby ou à Neil Young.  John Perkins a toujours cette belle voix  qui fait passer les émotions et sa rythmique à la guitare est profonde et précise.

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C’est beau, c’est en plus très émouvant, le public est captivé ; il sera unanime pour dire qu’il a préféré la deuxième partie et ses compos originales.

Le pari est gagné, l’assistance est épatée, l’ovation n’est pas de politesse, elle est sincère et spontanée. Quelle belle soirée.

Pas de nostalgie mais au contraire un beau projet d’avenir, c’est reparti pour une nouvelle jeunesse du John Perkins Group !