Eric Seva à Villeneuve sur Lot

Texte Patrick Braud, photos Philippe Marzat

Eric Seva, Théâtre Georges Leygues, Villeneuve-sur-Lot, le mardi 7 mars 2017

            C’est au théâtre Georges Leygues de Villeneuve-sur-Lot qu’eut lieu le troisième concert du nouveau projet du saxophoniste et compositeur Eric Séva. C’est un concert pour remercier le théâtre et sa ville qui ont soutenu ce projet de retour vers les racines du blues, et bien sûr, un concert pour présenter généreusement ces nouvelles compositions au public. On remarque qu’Eric Séva n’est pas avare en remerciements et qu’il tient à faire savoir que des soutiens institutionnels ou associatifs lui sont importants.

            Le théâtre Georges Leygues est un théâtre à l’italienne, et ce soir-là, en pleine semaine, le public remplit deux balcons sur trois et presque tous les fauteuils d’orchestre. La scène est complètement occupée par le quintet. C’est un théâtre de l’époque de l’art moderne : il est rigide, ses colonnes sont massives. Les sonorités cool du blues de ce soir lui feront du bien. Il avait besoin de rondeur et d’un côté plus chaleureux.

             Noir dans la salle, une lumière rouge se pose en douceur sur les artistes. Le piano, la guitare, le saxophone, la basse et la batterie se mêlent à l’unisson. C’est entraînant et cependant plutôt doux. Saxophone et guitare se confondent, prennent une place de leader en commun, puis se séparent sans se diviser, c’est un dialogue au sous-entendu rock. Normal, ce « Monsieur Slide » est inspiré du travail d’Eric Séva avec Chris Rea. L’ensemble des instrumentistes reprennent le thème, puis, comme pour se présenter, chacun à son tour entame un rapide chorus.

            A peine un souffle, et nous sommes pris dans des mesures chaloupées. Stéphane Huchard, à la batterie est discret mais efficace et ses effets sont variés : caresse des balais, frappe des baguettes.

Manu Galvin fait s’envoler sa guitare en multiples croches dans un long chorus efficacement soutenu par tous, sauf le baryton de l’équipe. Car, oui, Eric Séva joue du saxophone baryton. Ce n’est peut-être pas le mal-aimé de la famille des sax, mais ce n’est assurément pas le plus commun. C’est une distinction discrète de l’artiste. Et s’il n’est pas avec la guitare, c’est qu’il prenait ses forces pour se lancer en second dans un long chorus. Non seulement, Eric Séva a choisi l’originalité du baryton, mais en plus, les effets de souffle et les touches ne lui suffisent pas. A la pédale, il met en sourdine son sax avant de le rendre plus éclatant, il joue de plusieurs effets difficiles à décrire mais qui augmentent les possibilités sonores de son instrument. Invention et discrétion : aucune esbroufe à ces effets, juste des possibilités majorées. Discrétion toujours, s’il assure un chorus, il n’est pas le leader devant lequel les autres musiciens doivent s’effacer, non, non. D’ailleurs, le troisième chorus est pour le claviériste Christophe Cravero qui joue des notes de cristal. On entend un grand titre de blues, mais non, mais non, il est tout « miniscropic » annonce le saxophoniste qui a repris un mot de son petit garçon pour le titre. Il y a assurément de la tendresse dans ce thème.

 

            Le titre suivant est assurément cool, la batterie est presque nonchalante, et pourtant bien efficace et précise. Un équilibre qui témoigne de la maîtrise de l’instrument. La guitare, elle, est plus incisive. Comme tout à l’heure, elle lance le premier solo. Mais, comme précédemment, chaque instrument a sa place. Et même, on sent que les musiciens s’amusent, qu’ils profitent de leur liberté. Ils se lancent des phrases, se répondent, et toute cette joie entraîne le public, qui, à chaque morceau, applaudit généreusement.

            De très beaux morceaux de blues jazzy. Mais pour ce projet de retour à la racine, au blues, il fallait plus que des instruments : le blues, c’est un chant, c’est un cri. Eric Séva a donc le bon goût d’inviter Michael Robinson sur scène. Il ensoleille de sa voix douce et chaude, deux blues.

Le premier, blues archétype, pour lequel  Manu Galvin sort des larmes de sa guitare, ce qui provoque une vive émotion dans le public.

Le sax, soprano, traduit la douleur du chant en notes. Le deuxième se joue en trio : la voix est céleste, la guitare rythmique et terrienne et le soprano follet et aérien. C’est l’histoire, que l’on imagine tragique, de « Marie-Angélique ». Si la plainte s’entend, ce qui résonne encore quelques jours plus tard, c’est le refrain si bien exprimé par le chanteur. S’il quitte la scène c’est pour mieux revenir interpréter, en rappel, en cadeau, un texte inédit de Claude Nougaro mis en musique par Eric Séva : « Ici », une émotion et un attachement au pays cathare.

             Même s’il n’est pas chanté, le blues peut être politique. Le effets de souffle et d’écho du baryton, le martèlement d’une cymbale donne la saisissante impression d’un train au départ. Un « Train clandestin », celui que les Noirs du Sud prenaient pour s’échapper dans le Nord des Etats-Unis, là où l’esclavage était aboli. Chaque instrument prend le train. Paysage baryton, paysage soprano. La batterie récite un conte africain d’espoir et de révolte. Un sax joyeux et plein d’espoir lui répond. Du  futur album (il faudra patienter jusqu’en octobre), c’est ma composition favorite. Elle est enrichie de riches improvisations ce soir.Trois autres titres s’enchaînent, toujours enrichis de ses multiples échanges entre les instruments ou de riches chorus, dont deux, le premier à la basse électrique, le second à la contrebasse, de Christophe Wallemme, peut-être resté plus en retrait que ses compagnons lors de ce concert.

 

            Le public est ravi, heureux. Et généreusement, le groupe lui offrira trois titres en rappel, dont, belle conclusion, une « Georgia on my mind », presque soul.

 

Roger Biwandu : « Three » release

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Rocher de Palmer le mardi 4 avril 2017.

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Roger Biwandu est quelqu’un qui fonctionne à l’amitié, les rapports humains sont une des choses les plus importantes de sa vie et hier soir il était à son aise, il connaissait l’immense majorité du public du Salon de Musiques du Rocher, complet. Mais attention, pas dans le sens de la vieille blague sur la différence entre un concert de rock et un concert de jazz, dans le premier tout le public connaissant le nom de chaque musicien et dans le second les musiciens connaissant le nom de chaque membre du (maigre) public.

Famille, amis du rugby, d’enfance, du quartier – l’appartement familial où vivent toujours ses parents est en face du Rocher de Palmer – collègues musiciens, amis du monde la musique ou d’ailleurs, l’assemblée était acquise et pourtant bien timide au début. Je pense que tous savaient que c’était un moment important pour Roger, l’aboutissement d’un long processus de création et de mise en place scénique. Et oui cela fait plus d’un an que le CD « Three (two girls and a boy)» est né mais il fallait pour le sortir trouver l’occasion de le jouer et réunir tous les talents pour quelques concerts , notamment celui-ci et samedi au Duc des Lombards à Paris.

Car des talents il y en a eu, nous avons vraiment été servis.

L’affaire a commencé en trio avec le fidèle Jérôme Regard à la contrebasse, présent sur le précédent album « From Palmer » et le Cubain Irving Acao au sax ténor que nous avions pu entendre ici même il y a deux ans avec Roger et ce soir là Mario Canonge. Ils avaient fait forte impression.

La voix off de Roger a annoncé le trio de Roger Biwandu et nous avons eu la surprise de voir arriver sur scène ses trois enfants, les « Two Girls and a Boy »,  les fameux « trois enfants à nourrir », un de ses gimmicks, Emmy annonçant Irving Acao au sax, Lisa introduisant Jérôme Regard à la contrebasse pour finir par Marcus tout fier « et à la batterie mon papa ». De l’humain avec Roger, toujours, et de l’humour.

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Premier titre de l’album et du concert « Strut For My Boys From PA » et de suite nous voilà dans le vif du sujet ; ils ne sont pas là pour bricoler. Chorus permanent de Roger impressionnant de rythme et de musicalité aux baguettes, de la musique avec des percussions, un Irving Acao auteur de plusieurs solos explosifs sous la rythmique solide d’un Jérôme Regard qui trace la route avec force et précision. Un premier titre flamboyant. Un rythme de béguine bien punchy de Roger pour « FWI » avec un Jérôme monstrueux, même pas peur, et un Irving extraordinaire ; un tueur.

La formule originale de ce trio est d’une redoutable efficacité comme le confirme « A Train Named Fish » les rafales de caisse claire, les grondements et claquements de contrebasse se complétant parfaitement avec les cris du sax ténor au son souvent proche de l’alto, tant Irving va chercher les aigus comme un guitar héros avec la main en bas du manche.

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Le trio change alors de soliste avec l’arrivée de Christophe Cravero au clavier. Voilà encore un superbe musicien, polyvalent instrumentalement, piano, violon, alto, batterie, polyvalent musicalement, Billy Cobham, Eric Séva pour le jazz mais aussi Sansévérino ou Dick Annegarn et compositeur aussi. Tel son titre « Elegant Elephant » où les échanges de regards et de rires avec Roger sont éloquents de leur complicité. Nous sommes vraiment gâtés. Et c’est pas fini comme dit la pub !

Arrive celle qui va être la découverte de la soirée, la chanteuse sud-africaine Tutu Poane qui va nous éclabousser de son talent, de sa voix, de son élégance. Vraiment Roger sait bien s’entourer. Parfaite dans tous les registres et capable de scats fabuleux et originaux, elle m’a plusieurs fois donné des frissons de plaisir ; et à mes voisins aussi. Magnifique !

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Nouvel invité en la personne de Mickaël Chevalier au bugle pour « Footprints » de Wayne Shorter (titre que vous trouverez sur l’album… ou pas) , enchaîné sur l’hymne de Roger, le morceau qui est sa signature, « From Palmer », réarrangé avec Stéphane Belmondo dans le nouvel album « Three » ; quelle belle composition.

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Puis on se « Ballade A Vélo avec Huyên » avec deux « l » avant de revenir au match et au trio initial avec « la Hargne de FF », pas celui qui aime les jolis costumes, mais Florian Fritz le joueur du Stade Toulousain (dont Roger a la serviette pour s’essuyer ce soir) , que je débaptiserais bien Freetz tant le morceau vire du hard bop aux fulgurances du free.

Fausse fin et rappel enthousiaste ; et oui on a envie de tous les revoir et particulièrement la merveilleuse Tutu. Pour ceux qui connaissent l’album on se doute bien qu’elle va revenir car il manque le titre « Black or White » de Michael Jackson si cher à Roger. Les premières notes nous rassurent, voilà un dessert délicat que l’on savoure avec gourmandise.

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Chapeau Monsieur Biwandu pour ce concert plein de surprises, c’était la grande classe et il ne pouvait en être autrement avec tous ces talents réunis.

Et dire que pendant ce temps sur un autre plateau, télévisé celui-là, onze joueurs de pipeau tentaient de placer leur chorus dans une cacophonie insupportable… On était tellement mieux ici.

 

Portrait de Roger Biwandu et chronique du CD dans la dernière Gazette Bleue :

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

 

« Body and Blues » d’Eric Séva : le concert.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Rocher de Palmer, vendredi 13 janvier 2017.

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Ce concert, pour nous, était un peu spécial car mardi dernier nous avions eu la chance d’assister à une séance de répétition du projet du saxophoniste et compositeur Eric Séva, « Body and Blues », lors de sa résidence au Rocher de Palmer (voir article précédent du blog) et nous allions en voir l’aboutissement. Autant dire de suite que nous avons été émerveillés. Entre mardi et cette musique qui commençait à sortir du moule, encore brute, pleine de bavures et hier soir l’œuvre finale parfaitement ajustée, polie dans les moindres recoins, il y avait eu un travail fabuleux. On l’oublie ou on ne le sait pas, mais la musique n’est pas que talent et virtuosité de l’instrument, la musique, la bonne, est aussi le fruit d’efforts, de travail, de prises de risque, d’essais. Et l’aisance affichée des musiciens sur la scène de la 650 n’était que la conséquence de tout cela.

Après une intro aérienne et parfois évanescente, utilisant quelques effets d’électro, la couleur blues du projet est tout de suite apparue. Eric Séva au sax baryton, dont il est un maître, a très vite engagé un duel avec Manu Galvin et sa guitare pour cette composition nommée « Mister Slide ». Sacré saxophoniste et sacré guitariste. Le concert est lancé instantanément, on est de suite dans le vif du sujet, ce beau sujet qu’est le blues, musique mère par excellence comme nous l’expliquera Eric Séva avec la douce et élégante élocution qui le caractérise.

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Dans « Mini Scopy Blues », un blues boogie, le dialogue démarre très vite entre Eric Séva et son baryton aux effets électroniques, dont une pédale wah-wah, et Christophe Cravero au piano, le ton monte, le son monte – à noter la parfaite sonorisation du concert – c’est beau. Le drumming de Stéphane Huchard tout en contraste est remarquable, à entendre et à voir.

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« A Gogo » enchaîne sur un rythme funk-cajun (?) avec les riffs de guitare jamesbrowniens sur un tapis énorme de contrebasse aux mains de Christophe Wallemme. La clarté cristalline du piano arrive à s’extraire de ce gros son, c’est superbe. Ces cinq musiciens que nous avons devant les yeux c’est une énorme chance pour nous, des références absolues dans leur catégorie, associés ici pour la première fois à l’initiative d’Eric Séva et de Sébastian Danchin son directeur artistique. Un coup de maître.

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Et pourtant nous ne sommes pas au bout de notre contentement car arrive sur scène pour deux titres, un bluesman, un vrai, un pur, Harrison Kennedy dont l’aura se répand instantanément dans la salle. Deux notes d’harmonica, trois mots chantés et on a compris à qui l’on avait affaire : un grand ! Eric au soprano et Harrison vont nous embarquer dans un blues lent et profond ; on y est ! On y est encore plus avec le titre suivant joué en seul duo très roots soprano/banjo, la voix chaude d’Harrison provoquant des frissons de bonheur.

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« Train Clandestin » nous les avions vus le travailler mardi et là nous en sommes pantois ! Quelle différence entre la version brute et celle-ci, un monde. Tours de passe-passe du baryton et de la batterie pour nous figurer le train qui s’ébroue, et qui une fois lancé parcours grâce à la légèreté du piano ces paysages dégagés. Le duel final des bielles manivelles de Stéphane Huchard donnant petit à petit leur pleine vapeur avec le baryton d’Eric Séva est une réelle trouvaille.

« Bivouac » une jolie ballade fait retomber la pression ; les morceaux lents sont peut être ceux où l’on ressent le mieux l’unité du groupe et il suffit de capter quelques gestes d’amitiés et de contentement entre les musiciens pour ici la vérifier. La tension va monter au gré des chorus de chacun. On avait oublié que la basse électrique était aussi une guitare, Christophe Wallemme nous le rappelle avec talent. Christophe Cravero n’est pas en reste quant à Manu Galvin il vous arracherait des larmes avec la plainte de sa guitare. Au sax soprano Eric Séva excelle aussi, il en sort un son très pur plein d’émotion.
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« Body and Blues » plein de délicatesse nous montre aussi le talent d’Eric au sax sopranino, le plus petit de la famille. Curieusement Eric Séva ne joue pas, ou rarement, d’alto et de ténor, préférant ce grand écart instrumental.

« Red Hat » un gros blues pour finir, ou presque, ovation, tapage, vivas et rappel avec le retour d’Harrison Kennedy pour « I Feel Good » qu’il nous fredonne ? Non, pour la ballade des ballades, dans laquelle il endosse avec respect les habits de Ray Charles qui lui vont comme un gant, « Georgia » ; une version magique, vocalement et instrumentalement.

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Un blues dynamique pour finir avec une salle debout et un bonheur partagé entre le public et les musiciens qui avoueront après le concert leur grande satisfaction de la réussite de ce projet.

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Dire qu’il restait des places dans la 650 alors que le concert était gratuit !

Le groupe rentre en studio la semaine prochaine pour enregistrer le CD « Body and Blues » dont tous les présents d’hier attendent la sortie avec impatience. On reparlera de tout cela dans la Gazette Bleue de mars.

www.ericseva.com

 

« Body and Blues » – Eric Séva en résidence au Rocher.

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Mardi 10 janvier 2017, Rocher de Palmer

« Pourquoi vous aimez la musique ? » Drôle de question, vaste question ! La personne interpellée s’en tire par une pirouette : « Et toi tu aimes manger ? Oui, alors pourquoi aimes tu manger ? » C’est Eric Séva qui répond à une enfant d’une classe d’un collège voisin présente à cette répétition, plus précisément à cette résidence de préparation du nouveau projet du musicien « Body and Blues ».

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Les enfants mesurent-ils le privilège qu’ils ont d’être ici, aux premiers rangs de la 650 du Rocher de Palmer. Ils assistent tout comme nous à la naissance d’une œuvre, d’un spectacle.

La veille encore, tout n’était que notes sur des partitions, en papier ou numériques. Chacun avait certes déchiffré et travaillé dans son coin les compositions originales du créateur du projet, le saxophoniste Eric Séva, mais rien n’était encore en place.

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Ils sont cinq musiciens pour le moment à travailler sur la scène, six avec le directeur artistique dont la part de travail n’est pas du tout négligeable ! Eric Séva donc, Christophe Cravero aux claviers, Christophe Wallemme à la basse et contrebasse, Stéphane Huchard à la batterie et Manu Galvin à la guitare.

« Vous êtes connus ? » demande ingénument un enfant. « Pas vraiment par le grand public pourtant celui-ci nous a certainement déjà entendus, car les uns et les autres il nous arrive d’accompagner Renaud (murmures d’admiration des jeunes), Sanseverino, Zaz (re-murmures), Lambert Wilson… Nous sommes surtout des artisans » enchaîne Stéphane Huchard, « pas connus mais reconnus dans la profession ce qui pour nous est plus important. »

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Ils sont tous en effet de sacrés musiciens et si Eric les a choisis ce n’est pas par hasard. Au delà du talent le premier critère, important pour lui, c’est l’amitié et l’estime réciproque. Deuxième critère les influences de chacun, leur polyvalence, leur ouverture musicale.

Qu’il est intéressant d’assister à ce dialogue entre eux lors de la naissance des titres. L’un propose un chorus, l’autre un riff de guitare « Ah oui c’est bien ça, tu peux le refaire », un changement de tonalité. « Là c’est un peu long », « Oui » confirme Sébastian Danchin le directeur artistique. « On le refait plus court mais on garde ton intro » ; « Ce dialogue au milieu je ne le sens pas, je n’ai pas l’habitude en plus j’avais une clé du baryton collée, excuse moi» déclare Eric plein de doute, « Mais si insiste c’est très beau et original ». Ils le refont et ça fonctionne parfaitement. Un petit tour vers l’ordinateur pour vérifier si c’est la bonne version de la partition. Une hésitation entre le soprano ou le sopranino, on essaye, on tranche. Pendant les temps morts chacun travaille sa partie sans amplification, discrètement. Un rire par ci, une pique par là, ambiance détendue mais très studieuse. En concert ça paraît tellement facile et pourtant quel travail.

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Petit à petit ce qui n’était que notes, mesures, tempos, tonalités, grâce aux propositions de chacun, devient musique. « Un groupe pour moi ,me dit Eric, c’est la démocratie, on doit s’écouter, se faire confiance ».

La Gazette Bleue de mars reviendra en détail sur le projet, sachez que c’est un hommage au blues, la racine du jazz, « Cette musique populaire comme celle que j’ai jouée à mes débuts dans les bals avec mon père » me confie Eric Séva. Aux enfants présents Sébastian donnera du blues une magnifique explication qui se conclut par « Le blues c’est quand on est malheureux mais que cette musique nous donne du bonheur ». La couleur blues sera soulignée par la présence dans le groupe du grand blues man canadien Harrison Kennedy qui malheureusement hier n’arrivait que le soir. Il chantera sur trois des 10 ou 12 titres du projet.

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Vendredi soir à 19h30 au Rocher ne ratez surtout pas le concert de fin de résidence d’Eric Séva « Body and Blues » . Juste une petite info : c’est gratuit en plus ! Un vrai cadeau. Le groupe enregistrera un CD en studio dès la semaine prochaine. A suivre…

Alors à vendredi !

 

https://www.lerocherdepalmer.fr/artistes/eric.seva/