Ouverture du Comptoir Éphémère

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Bordeaux, mercredi 4 octobre 2017

Un endroit quasi historique

Le Comptoir du Jazz a une longue histoire. Créé en 1997 en même temps que le restaurant mitoyen « Le Port de la Lune » par Michel Daroque – et sa moustache à la Dali – il a vécu après la vente par ce dernier en 2011 des moments compliqués et pas toujours glorieux, notamment une fermeture pour mauvaise gestion, ce qui est un euphémisme… Musicalement par contre il a connu des nuées de soirées remarquables et des moments inoubliables de jazz et de blues.

Il y a deux ans suite à une prise de contrôle par des personnes proches du monde du Rugby bordelais, le Comptoir avait essayé de changer de nom pour « le Club-House », dénomination qui n’a guère convaincu, la communication se faisant toujours avec ce nom suivi de « ex Comptoir du Jazz » et la mayonnaise sport/musique n’a jamais vraiment pris malgré une programmation régulière de qualité.

En mai dernier l’affaire étant disponible Benoît Lamarque et sa société Arcadia Ego, déjà gérants du Caillou, ont décidé d’investir le lieu pour le relancer. De nouveaux noms ont été évoqués dont « le Pastorius » en hommage à Jaco, ou encore « l’Abattoir » en référence aux anciennes installations voisines ; mais avouez qu’envoyer des musiciens à l’Abattoir aurait pu être mal pris par ceux-ci ! Finalement au regard du passé du lieu, de sa notoriété et des habitudes des Bordelais il a été décidé de garder le nom « Comptoir » en y ajoutant le qualificatif « Moderne ».

Vers la démolition du lieu

A Action Jazz, un peu au courant de l’affaire, nous en étions restés à cette dénomination jusqu’à que commence à poindre de la communication avec « Le Comptoir Ephémère ». On a compris de suite. L’établissement se trouve dans un quartier en pleine transformation urbaine et allait en faire les frais. Effectivement en juillet Benoît Lamarque a appris par le propriétaire des murs que le lieu était voué à démolition, l’obligeant à réduire ses projets à la baisse. Ceci a d’ailleurs créé une polémique assez vive entre différents acteurs dans laquelle nous n’avons pas à nous immiscer, notre rôle étant seulement d’informer le public jazz sur les lieux où il peut vivre sa passion.

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En présence de Fabien Robert adjoint à la culture de la ville de Bordeaux, et devant un nombreux public, le mercredi 4 octobre a donc vu la (re)naissance du « Comptoir Éphémère » et cela pour une durée indéterminée allant de un à deux ans. Alors autant en profiter pour vivre intensément ces mois restants.

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Une exposition des superbes photos de Thierry Dubuc accueille les visiteurs qui découvrent aussi la nouvelle décoration.

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Fini les cadres avec les maillots de rugby tout avachis, place à une déco plus sobre et élégante, des boiseries rouges et noires, des écrans vidéo, une nouvelle sono, un bar réaménagé et surtout une nouvelle scène ! Celle-ci était jusque là engoncée entre un mur et un énorme poteau, ressemblant plus à un tunnel dans lequel s’entassaient les musiciens ; le simple fait d’y avoir ajouté une avancée l’a métamorphosée. On se demande comment cette solution n’avait pas été trouvée avant.

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La programmation du lieu devrait être plus éclectique gardant sa forte couleur jazz mais avec aussi de la chanson, de la danse, du cabaret et cela du mercredi au dimanche. Musique du monde aussi notamment pour cette soirée inaugurale avec Ceïba présentant son nouvel album « Tout Va ». Voir sur le Blog Bleu du 29 septembre le compte-rendu du concert au Rocher.

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Alors pour une fin heureuse il faut donc profiter de ces dernières heures du « Comptoir » qui disparaîtra sous les coups de bulldozer d’ici peu. Quand ? Nul ne le sait !

https://comptoirephemere-bordeaux.com/

Galerie photos d’Alain Pelletier :

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Ceïba au Rocher : Tout Va !

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Rocher de Palmer, jeudi 28 septembre 2017.

Sortie de l’album « Tout va »

La sortie d’un album n’est pas un événement anodin quand on est de véritables artistes. Elle est là pour couronner le travail de plusieurs mois, lui même assis sur une base de plusieurs années.

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Une sortie en public est bien sûr une des meilleures façons de présenter son œuvre à condition que tout se passe bien. Pour que tout se passe bien il faut une forte préparation des artistes et que le public réponde présent. Connaissant les musiciens nous n’étions pas inquiets sur le premier point et cela s’est confirmé de façon éclatante lors du concert. Pour le second et bien la salle de 650 places du Rocher s’est avérée trop petite et la chasse aux places disponibles s’est ouverte à peu près en même temps que la traditionnelle ; complet depuis deux semaines.

Nous avions rencontré Ceïba et ses musiciens lors de l’enregistrement de l’album au studio Cryogène de Bègles pour un article paru dans la Gazette Bleue #22 de mai 2017. La minutie du travail, le soin des détails nous avaient frappés et déjà, avant même le mixage définitif, on avait perçu la beauté et la richesse des compositions. . Le résultat est un très bel album de dix titres baptisé « Tout Va », c’est son contenu que beaucoup vont découvrir ce soir avec d’autres surprises. Ceïba a pratiquement tout composé avec bien sûr la pianiste Valérie Chane-tef sur quelques titres.

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La première surprise c’est la présence sur scène outre Ceïba, Valérie Chane-tef, Franck Leymerégie et Benjamin Pellier le quartet habituel, de Guillaume Thévenin l’ingénieur du son et responsable du studio Cryogène. Il est aux « machines » électros et sa guitare est près de lui. Guillaume qui est aussi musicien, a été une pièce importante de l’enregistrement, apportant ses idées, ses suggestions et c’est naturellement que le groupe l’a intégré pour ce spectacle et les suivants. Il va proposer les ambiances sonores faites de voix off africaines, de bruits de marchés, de nature, de divers bruitages, chanter et ponctuer les thèmes de virgules musicales avec sa guitare. Une excellente idée.

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Un voyage plein d’émotion

Le concert commence avec la perle « Un Petit Bout de Toi » qui ouvre aussi l’album. Valérie l’introduit au piano, puis la rythmique arrive sur la voix délicate de Ceïba ; le voyage commence. Si tu veux partir avec moi je t’attends (… ) viens je t’emmène en voyage (…), voilà « Kidou » et l’arrivée sur scène avec sa valise d’une voyageuse, la danseuse Khady Saar que nous avions vue avec Ceïba en 2016 à Ambarès ; toujours cette grâce et cette puissance félines, cette présence scénique ondulante très forte qui va nous régaler toute la soirée et nous manquer dans l’album !

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A voir ses réactions c’est déjà gagné avec le public dans lequel beaucoup d’amis mais aussi énormément de gens qui découvrent le groupe et sa musique.

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Souffle alors l’émouvant « Vent Nouveau » dont il faut un peu raconter l’histoire. Il y a deux ans le groupe avait repris « Evariste Siyed Lon » un titre créé par Kan’nida sur le rythme Boulaguel traditionnel de la Guadeloupe, ce style dont certains ont fait un emblème politique lié à l’indépendance de l’île. Et certains là-bas – et ici – ont pris ça comme une provocation que des métropolitains s’emparent de leur musique allant même jusqu’à des menaces. « Vent Nouveau » est une réaction en forme de droit de réponse, mais surtout un message de fraternité, de tolérance et d’amour. D’ailleurs l’an dernier le groupe avait pu se rassurer sur la nature humaine en chantant lors d’un festival en Guadeloupe « Evariste Siyed Lon » devant un public chaleureux.

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Le voyage va continuer en Afrique, aux Antilles avec une belle variété. Voilà des intermèdes où tous sont aux percussions Khady Saar étalant son talent de danseuse dans des costumes et des chorégraphies extraordinaires, Ceïba n’étant pas en reste dans ce domaine. Elle sait d’ailleurs tout faire à merveille.

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Qualité musicale et visuelle

Le spectacle est coloré, visuellement très soigné grâce aussi aux éclairages. L’harmonie des voix, les breaks, les fins de titres, on comprend qu’il y a eu énormément de travail car tout est fluide.

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Valérie Chane-tef , pièce maîtresse du groupe, apporte sa touche jazz créole comme elle la définit elle-même et nous offre quelques moments de grâce avec notamment un chorus au piano sur lequel elle scatte , ou des développements qui font tourbillonner Khady Saar.

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Franck Leymerégie nous a réservé lui aussi une surprise avec quelques interventions assis sur un ka dont il joue des deux mains et d’un pied, technique venant du Bèlè martiniquais. Au set de percussions il est inégalable avec sa rythmique au rasoir et ses trouvailles. Il nous offre même un passage au bendir, cet instrument à la vibration sonore si caractéristique.

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Au fond à droite comme toujours, Benjamin Pellier à la basse, avec son groove plein de rondeur indispensable à la charpente du groupe, va même nous proposer des chorus dont une magnifique intro en solo ; personnage discret mais si efficace !

Vers l’issue du concert, Ceïba va enfin libérer le public qui a depuis longtemps des fourmis dans les jambes en lui proposant de se lever et danser ; il n’attendait que ça ! Khady Saar elle est survoltée

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Triomphe, rappel bien sûr et cette fois Ceïba qui fait chanter la salle conquise.

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Une dernière surprise avec l’arrivée sur scène du Béninois Ewa Touhinnou magnifique chanteur et percussionniste pour le dernier titre de l’album dont il est co-auteur avec Ceïba « Wedouto ».

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Un spectacle complet très abouti, magnifique !

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Dire que j’évitais les musiques classées du monde avant de connaître Ceïba…

Si vous avez raté ce concert, rendez-vous le 4 octobre à 21h30 lors de la soirée d’ouverture du Comptoir Éphémère quai de Paludate ou au festival de la Ruche à Saucats le 14 octobre.

http://ceibamusic.com/ ; http://valeriechanetef.com/ ;

Gazette Bleue n°22 – Mai 2017

 

 

La Gazette Bleue N° 22 vient de sortir ! Concert de Post Image, bassistes, New Orleans & more !

Bonjour ! Voila la Gazette Bleue N°22 • Mai 2017 !

Retour sur le concert des 30 ans de Post Image, et Mets ta nuit dans la mienne au T4S. Mais aussi, spécial Freedom in Bordeaux avec Karfa Sira Diallo. Et puis des rencontres avec Laurent David, Ouriel Ellert, Stéphane Borde, Ceiba en studio etc…Et vos chroniques et agendas habituels !

Bonnes lectures !

Akoda au Jazz Club [at] Sortie 13

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Sortie 13, vendredi 3 février 2017.

Une soirée comme celle-là ça fait plaisir, découvrir un nouveau lieu culturel au milieu d’amis et pour écouter des musiciens qu’on aime, en plus quand l’apocalypse est annoncée pour la fin de la nuit !

Ce nouveau lieu c’est « Sortie 13 » tout près de la sortie 13 – sans blague – de la rocade bordelaise à Pessac. Des anciens bâtiments d’un journal gratuit local transformés en lieu culturel. 600 m² dédiés aux expositions de peinture, photo, sculpture (en ce moment des œuvres magnifiques de Lucile Callegari – Phil Meyer – Mikki sur le thème « Instants de femmes »), aux concerts de tous styles et donc ce soir de jazz.

La programmation jazz est assurée pat [at] évènements comme au Caillou. Le tempo prévu est d’une fois par mois sous le nom de « Jazz Club [at] Sortie 13 ». L’endroit est composé de trois espaces, une salle d’exposition, une salle de concert de 120 places debout et une salle de bar de taille modulable, grande ouverte hier soir.

C’est Akoda et son jazz créole qui ouvre le bal à l’occasion de la sortie – une release pour les initiés – de son dernier EP « Résonances » récemment enregistré au studio Cryogène de Bègles. Des nouveautés donc dans la lignée de leur tonalité exotique et bien sûr leurs « standards » comme la version fulgurante de « Bonnie and Clyde » de Gainsbourg.

Le concert se déroule dans la salle du bar mêlant chaises, poufs, canapés mange-debout, tables, un endroit sympa. Quelques tapas, un verre – pour commencer – et c’est parti.

Valérie Chane-tef est vraiment très émue, elle s’est beaucoup investie dans ce nouveau projet et en plus de ses fidèles Franck Leymerégie aux percus et Benjamin Pellier à la basse elle a invité d’autres musiciens pour se rassurer. Intro de piano et ensuite une succession de rythme et de douceur, et toujours cette émotion joyeuse dégagée par le groupe comme dans « Amour Content » une des compos originales de VCT.

Pour « Résonances » Laure Sanchez nous offre sa douce voix – je suis fan – et François-Marie Moreau ajoute ses touches de sax, c’est cool. « Easy » et sa mélodie nostalgique , un titre pas si facile que ça, qui commence délicatement comme un concerto de piano – ah si elle avait un vrai piano ! – et se termine en transe permet d’admirer la palette de chacun.

Un vieux tube des Îles arrive maintenant sur un bien joli arrangement, « Maladie d’Amour » d’Henri Salvador, pas celle de Sardou faut pas charrier ! Une surprise sur ce titre avec la venue du guitariste Gaston Pose qui fait un bond de son Argentine natale vers les Antilles.

Sur l’indémodable « Nature Boy » c’est au tour de FMM de nous étaler ses talents de crooner en duo avec Laure, la rythmique bien souvent très virevoltante de Franck et Benjamin se faisant ici délicate sur un arrangement latino très réussi . Un concert comme celui-là sans Ceïba ce n’était pas possible alors la voilà bien sûr avec toujours ce corps ondulant de rythme et cette voix chaude.

Valérie va exceptionnellement laisser sa place au piano à FMM pour nous montrer qu’elle aussi sait chanter et drôlement bien en plus ; elle s’est détendue tout au long du concert et elle est maintenant rayonnante.

Encore une surprise dansante et bondissante cette fois, Agnetha Dihy en solo puis en duo mixte magnifique lors du rappel !

L’air de rien, un concert de deux heures, le temps est passé très vite.

Vraiment une soirée bien agréable, cool, cosy et très amicale, avec des musiciens bourrés de talent et de gentillesse, dans un lieu à découvrir et qui manquait dans ce coin.

http://www.sortie-13.com/

http://akoda.e-monsite.com/

 

La Gazette Bleue n°19 vient de sortir ! Spécial Samy Thiébault & bien plus !

Bonjour !

Voici la Gazette N°19 • Novembre 2016

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Trois ans déjà ! On fête ça avec un entretien accordé par Samy Thiébault dont le magnifique « Rebirth » vient de sortir. On a aussi rencontré Sophie Bourgeois, Ceiba, Cyril Amourette, Frédéric Thaly (Martinique Jazz Festival). Visite au Café de l’Orient (Libourne) et flashback sur des festivals : Capbreton, Anglet, Marciac. Et toujours les chroniques de disques, de livres et vos rubriques habituelles.

Bonnes lectures !

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Alê Kali chez Alriq ; une nuit ensoleillée

Par Philippe Desmond.

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Un bien triste printemps agité n’arrête pas de se traîner vers un été qui semble parti en goguette, la journée en a été le reflet total. Aller à la guinguette Alriq ce soir quelle idée ? Quelle bonne idée oui, merci de me l’avoir soufflée mon amie !

Il est 21 heures, plus un nuage, un ciel d’un bleu azur presque inquiétant, un coucher de soleil éblouissant sur les quais de Bordeaux, une corne de brume, voilà une invitation au voyage qui ne se refuse pas. Direction le Brésil avec la soirée de sortie d’album d’Alê Kali la musicienne chanteuse brésilienne la plus connue de Bordeaux où elle est installée depuis cinq ans.

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Jolie scène, décorée des créations d’Eduardo Ver illustrant les titres de l’album, bien remplie avec Mathieu Cayla à la guitare, Anthony Duvalle aux percussions et l’étonnant bassiste brésilien Josias Pedrosa (les deux derniers déjà entendu au Caillou en 2015).

Avec Alê Kali et notamment sur l’album qu’elle présente on est bien sûr au Brésil mais loin des clichés habituels. De la samba oui mais parfois lente, souvent poétique, pas de folklore. D’autres rythmes qui me sont étrangers arrivent mais mes oreilles les apprécient de suite. De la modernité, du dub-blues « Nâo Precisa », de la pop-rock électrique énergique avec « Nâo me fale nada ».

Alê Kali c’est surtout une voix superbe, claire, sensible et une belle présence scénique rehaussée par le scintillement de sa tenue mordorée contrastant avec ses boucles noires. On ne comprend pas les paroles mais la douceur et la suavité de la langue brésilienne laisse augurer de belles histoires. La guitare de Mathieu Cayla installe souvent le climat des morceaux (au fait pourquoi on dit morceau comme pour la viande?) dans le registre très caractéristique de la musique du Brésil. Aux percussions Anthony Duvalle s’active sur ses nombreux accessoires avec énergie ou grande douceur, un régal. La découverte c’est Josias grand bassiste sachant excellemment tout faire, même du slap ou du dub. La grande classe.

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Le vent est tombé, la soirée devient presque douce grâce à la musique et à la beauté insolite du lieu, quelques verres de jus de canne distillé diplomatiques aidant bien à cette atmosphère. Des invitées sont appelées sur scène, Patricia Sireyjol et son cavaquinho, Valérie Chane-Tef au piano et même Ceïba qui y découvre le surdo, ce gros tambour brésilien dont le son très grave vous traverse le corps.. De la douceur on est passé à la chaleur car la piste de danse est remplie et ce qui n’était qu’un rappel devient presque un second set !

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Jolie parenthèse que cette nuit ensoleillée, demain il pleut…

www.alekali.com

Ceïba à Ambarès : émotion sans frontières.

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Le Blog Bleu d’Action Jazz parle de jazz, le jazz n’a pas de frontières, Ceïba n’a pas de frontières, Ceïba est du jazz ! Alors parlons de Ceïba.

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« Chants du Monde » résume le projet. Pour certains cette étiquette est attirante, pour d’autres, dont je fus,elle suscite la méfiance ; chants du monde, musique du monde, du folklore avec flûte de Pan, bonnets péruviens, tam-tam, tout l’attirail et le répertoire baba-folklo surfant sur des grandes idées parfois de circonstance. On est ici à des milliers de kilomètres de cette vilaine caricature. Je le sais depuis la première fois que j’ai vu Ceïba, c’était au Siman en septembre dernier (voir chronique sur le BB). D’ailleurs deux semaines après j’allais les revoir, en plein air lors d’une fête de village devant un large public qui avait été lui aussi plus que conquis.

Hier soir au Pôle culturel Ev@sion d’Ambarès Ceïba présentait ses nouvelles créations à l’issue d’une résidence d’une semaine dans cet endroit. Un projet rendu possible grâce à l’IDDAC de la Gironde (Institut Départemental de Développement Artistique et Culturel) et la ville d’Ambarès. De l’argent public très bien utilisé cette fois. Le concert constituait ainsi le point d’orgue d’une semaine très riche selon les musiciens.

Les musiciens parlons en, ils sont tellement bons, tellement fusionnels ! Ceïba qui porte le projet est au chant, aux percussions (ah ce bâton de pluie !) et danse ; elle compose aussi bien sûr. Sa complice Valérie Chane-Tef joue du piano, chante, compose et arrange. Benjamin Pellier est à la basse, aux percussions et aux chœurs. Franck Leymerégie régale aux percussions sur un set très hétéroclite et assure aussi les chœurs. Tous les deux sont la colonne vertébrale de l’édifice, Franck spectaculaire bien sûr et Benjamin alternant groove implacable et délicatesse.

Mais ce soir il y a un bonus, la danseuse Khadi Sarr, originaire du Sénégal qui va rajouter sa puissance féline et gracieuse à la beauté de la musique. Car il s’agit de cela, de beauté et d’émotion. Ceïba a, dans cette salle Didier Lockwood, un écrin à la hauteur de la qualité de sa proposition artistique : grande scène, beaux éclairages et un son parfait. Toute la semaine ils ont travaillé dans ce lieu en conditions réelles de spectacle et le public va ainsi ressentir cette perfection et cette élégance que seul un vrai travail peut produire.

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Devant une salle comble, le spectacle va se dérouler magnifiquement, alternant les nouvelles compositions aux anciennes figurant sur leur premier album ; un second est en préparation. Ceïba a beaucoup voyagé et continue, elle y trouve son inspiration et son énergie. En Afrique, en Amérique Latine elle puise des pépites musicales ou capte des moments qu’elle arrange ensuite à sa façon avec Valérie Chane-Tef. Celle-ci nous entraîne dans des chorus de piano et des improvisations très jazz tels qu’elle en développe avec son groupe Akoda, classé « jazz créole » ; on retrouvera d’ailleurs une adaptation de « Ou Pas » qui figure sur son dernier EP et quelques citations. De plus ces deux artistes sont belles et lumineuses, irradiées par leur musique, Valérie toujours souriante – alors qu’elle avait une trouille noire m’avouera t-elle – et Marion (le prénom de Ceïba) le corps toujours en mouvement et partageant avec le public ses émotions de voyageuse. On les suivrait partout dans ces trains exotiques, ces pays lointains que leurs chansons évoquent.

Une autre femme a ce soir de l’importance, la danseuse Khadi Sarr, un corps de statue, puissante et ondulante, dans de belles robes drapées ou des voiles légers, et dont les interventions vont enrichir d’une façon inouïe le rendu visuel d’un spectacle déjà très esthétique. Une parfaite osmose entre musique et danse présentée ce soir pour la première fois.

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Des ballades émouvantes, des morceaux endiablés et gais, des trouvailles de percussions, des chansons sensuelles, beaucoup d’émotion – tiens des larmes qui coulent – de la musique tout simplement et d’une qualité rare ; en rentrant chez moi après le concert je suis tombé – failli me faire mal – sur les Victoires (?!) de la musique à la télé, j’ai tenu cinq minutes.

Quelle belle soirée mais elle n’est pas finie ! Le groupe a passé une semaine au Bénin en décembre dernier pour des concerts, des rencontres et une création, Il y a ainsi composé sur place un titre « Vent Nouveau » et en en tourné un clip vidéo – quel vilain nom dans ce contexte – dont nous avons la primeur. Belle chanson sur le racisme et encore des frissons qui parcourent le public et les musiciens encore sous l’émotion de ce voyage.

Nous les retrouvons après le spectacle émus mais radieux ; comme tous les vrais artistes ils n’étaient pas sûrs d’eux, notamment pour les nouvelles compositions ; la chaleur du public dès les premiers titres les a vite rassurés. Ils avouent avoir travaillé très dur toute la semaine, ils sont fatigués, rincés ; le spectacle les a portés.

On en redemande.

http://ceibamusic.com/

Ceïba au Siman : Chants du monde

Par Philippe Desmond, photo Alain Pelletier©AP_ceiba-0138

Personnellement et pour paraphraser une expression tristement célèbre, quand j’entends les mots « musique du monde » je ne sors certes pas mon revolver – je n’en ai pas – mais je suis dubitatif. Car  cette étiquette est un peu trop souvent fourre-tout, du folklore le plus éculé aux créations les plus originales. Heureusement ce mercredi soir au  Siman – qui redémarre la saison musicale – on entre dans cette dernière catégorie. Certes je n’étais pas très inquiet connaissant la composition du groupe, Ceïba au chant et aux percussions, déjà entendue avec Djazame (voir chronique du 26/06/15) et bien sûr Valérie Chane-Tef la pianiste compositrice et créatrice d’Akoda, de Nougaro en 4 couleurs, une valeur sûre du clavier et du jazz métissé. Deux autres membres d’Akoda, Benjamin Pellier à la basse et Franck Leymerégie aux percussions faisant plus que compléter cette formation.

Ce soir, tout va nous inciter au voyage, le lieu d’abord, le Siman occupant l’étage de l’ancienne gare d’Orléans ; ensuite, l’extraordinaire point de vue en surplomb de la Garonne et de ses bateaux ; enfin et surtout la musique, car Ceïba annonce de suite qu’elle va nous emmener dans ses valises. Nous embarquerons ainsi vers le Brésil, Cuba, La Réunion, La Guadeloupe, le Sénégal… Tristes destinations pour notre port bordelais il y a deux siècles, mais qui ce soir-là vont retrouver leur dignité.

Ceïba a beaucoup voyagé, elle nous en fait profiter par le choix de compositions traditionnelles réarrangées et harmonisées avec bonheur. Avec sa chaude voix, sa présence scénique gracieuse il n’est pas difficile de se laisser emporter vers ces lointaines contrées. Musicalement c’est un vrai régal,  envie de bouger, de battre la mesure, de chanter. Le jazz est très présent notamment par les belles envolées au clavier de Valérie Chane-Tef qui marque de sa patte ces musiques aux racines traditionnelles. Benjamin Pellier ne lâche rien avec une rythmique tenace et enjouée prépondérante au son de l’ensemble. Franck Leymerégie derrière une insolite batterie-percus-cajon, main droite nue, baguette dans la main gauche tisse une ambiance colorée, endiablée ou nuancée. Ceïba le seconde aussi aux percussions notamment avec des instruments locaux originaux et avec ce merveilleux bâton de pluie à l’écoulement délicat.

La connivence, l’osmose entre les musiciens sont remarquables, ils se regardent se sourient, rient, d’une façon communicative. Du rythme, de la douceur, un vrai bonheur.

Nous avons aussi droit à quelques compositions de ces dames, une belle chanson d’amour, sensuelle à souhait, un air bien chaloupé de Valérie. De belles surprises comme ce remarquable passage funky surgissant au milieu d’un titre du Réunionnais Danyel Waro. Le « Spain » endiablé de Chick Coréa pour finir et en rappel, a cappella, un extraordinaire « boulagueul » de Guadeloupe qui leur vaudra les félicitations émues d’un vieux monsieur guadeloupéen présent dans l’assistance ; quand on sait que la reprise de ce titre leur a causé quelques ennuis avec certains, les accusant de manquer de respect à cette musique associée aux revendications indépendantistes… https://www.youtube.com/watch?v=YiiOatTASvQ

Nous avons en plus la chance d’être très proches des musiciens, parmi une assistance attentive, concernée et active, les convives du restaurant dînant eux bruyamment en terrasse. Le quartet de Ceïba sait s’adapter à toutes les situations, il y a peu dans une petite église girondine et la semaine dernière en première partie de Chico et les Gypsies devant plusieurs milliers de personnes à Carcassonne…

Ne ratez surtout pas la prochaine occasion de les entendre.

Djazame au Caillou

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par Philippe Desmond.

Les soirées imprévues sont souvent les plus agréables, c’était le cas hier où par hasard je me suis arrêté au Caillou en rentrant chez moi sans avoir consulté le programme du jour.

Dans la remorque-scène – j’en reparlerai – quatre musiciens délivraient une musique douce devant un parterre de convives dînant en terrasse par cette belle soirée d’été.

Tiens pour une fois me dis-je la parité est respectée, deux hommes et deux femmes. Mais derrière ce beau piano blanc n’est-ce pas Valérie Chane-Tef ? Si bien sûr et la chanteuse et oui c’est Ceïba pourtant elle chante en Français… Je suis ainsi tombé sur un concert de Djazame un des nombreux projets de Valérie (Akoda, Nougaro en 4 couleurs, Ceïba…) une formation dédiée à la chanson française sur des arrangements originaux et variés allant du jazz au latino en passant par la bossa. Dans le projet Ceïba – tiroir « Musique du Monde » – celle-ci chante en neuf langues (!) sauf le Français, Djazame fait ici le contrepoint. Derrière la batterie Paul Magne et à la basse Patrice Feugas, qui ce soir remplace Benjamin Pellier, complètent le quartet.

Au répertoire que j’ai pris en marche, Gainsbourg avec « couleur café », « Requiem pour un con », Tété, Le magnifique « Jardin d’Hiver » d’Henri Salvador et bien sûr Nougaro avec notamment « Dansez sur moi ». On est dans un registre plaisir, Ceïba ne forçant pas sa voix et le trio tout en douceur faisant plus que l’accompagner, Valérie notamment se lançant dans des chorus originaux mais toujours respectueux de l’œuvre initiale. En cette belle soirée et dans ce lieu l’accord est parfait et sur scène on sent la joie de jouer.

Encore une belle idée que ce projet et toujours cette grande qualité musicale.

Mais les bonnes choses ont une fin et une fin plus précoce que d’habitude en ce lieu. Voilà que des problèmes de voisinage se posent ici aussi et qu’il a suffi d’une seule personne habitant à 200 mètres pour mettre un grain de sable dans cette belle mécanique du Caillou ; un grain de sable va-t-il  bloquer un caillou ? A la demande du public et des musiciens l’arrêt prévu à 22 heures se déplace d’une vingtaine de minutes grâce à une fin encore plus douce en décibels.  A suivre, mais il est malheureux de constater que de plus en plus de grincheux égoïstes et procéduriers essaient de dicter leur triste loi. Comment parler de bruit quand il s’agit de musique comme ce soir ou comme le jazz en général…

Cette fin de soirée précoce me permet ainsi d’assister à un grand moment, le rangement de la scène mobile. Démontage du matériel des musiciens, remontage de la batterie initiale, le piano restant ancré dans des cales en bois, les enceintes et les spots aussi ; on attelle la lourde et longue remorque à une vieille 205, trois personnes à l’arrière de la remorque pour faire contrepoids avec le piano, demi-tour viril devant la terrasse, descente sur la route dans une gerbe d’étincelles car ça frotte devant, derrière, tout ça à la lumière d’un gyrophare bleu police. Pour faire 100 mètres et ranger la scène dans un garage voisin dans des craquements et frottements inquiétants. Mais ça passe comme ça passera quatre soirs par semaine tout l’été. Et encore j’ai raté la mise en place qui est paraît-il encore plus épique, la 205 pilotée – c’est le mot – par Benoît, attelée de son lourd vaisseau étant obligée de monter la rampe à grande vitesse pour ne pas caler ! Un gros 4×4 y a déjà laissé sa boîte de vitesses !

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Très sportif le rangement de la scène…

Merci à tous ceux qui se donnent la peine de proposer aux musiciens de se produire et au public de se régaler. Et dehors les grincheux !

(Pardon pour la qualité des  photos mais je n’avais pas ce soir un de mes bons photographes attitrés)