Jubilé d’Alain Claudien ; pianissimo !

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Pessac, Sortie 13, le 13 mai 2017.

Le piano est un instrument merveilleux et universel, il n’a pas de chapelle, il ne devrait pas en avoir. 88 touches, 52 blanches et 36 noires qui n’attendent que des doigts pour les actionner et ainsi faire naître toute forme de musique.

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Ce soir-là  nous avons pu encore une fois le constater, Alain Claudien, le “technicien du piano ” comme il se définit lui même, recevait ses amis et parmi eux de grands pianistes de tous styles. Qui de mieux qu’un accordeur pour mettre tout le monde d’accord ? Il célébrait son jubilé de 40 ans au service des musiques. Action Jazz avait la chance d’être présent pour ce beau moment d’amitié et ce grand moment musical. Autre vedette de la soirée, le majestueux Steinway & Sons, un ¾ de queue de concert si je ne m’abuse, ce qui se fait de mieux dans le genre. Avis aux amateurs, vous pouvez le louer : http://www.piano-claudien.com/

Le premier à en prendre les commandes nous le connaissons bien à Action Jazz, la Gazette Bleue #13 de novembre 2015 l’avait présenté, c’est un des maîtres bordelais du jazz et du piano, Francis Fontès.

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Avec lui ses inséparables compères d’Affinity, Dominique Bonadei et Philippe Valentine. Quelques titres de Wayne Shorter, Herbie Hancock pour lancer la soirée et de suite ce piano qui se met à chanter sur toute sa palette sonore. Rien à voir avec les claviers électriques qui certes sont plus mobiles mais qui ne donnent pas le même relief, la même profondeur.

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Intermède old jazz avec Francis Haimovici passant du piano au trombone avec son éternelle jeunesse, accompagné par Michel Juy à la guitare et Gérard Valade au sax soprano.

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Les fourchettes se taisent le temps de la prestation, la performance même, d’Hilomi Sakaguchi (CNR de Bordeaux, Proxima Centauri) interprétant une œuvre contemporaine du compositeur américain George Crumb. Une musique pas facile mais tellement belle à voir se fabriquer sous les doigts inspirés d’une artiste habitée. Un domaine à explorer.

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Un peu plus loin dans le menu c’est un autre cadeau qui nous est fait avec une nocturne et une valse de Chopin interprétées par le magnifique Hervé N’Kaoua. Professeur à Bordeaux puis Lyon il mène aussi une carrière internationale de soliste. Le jazz est loin, la musique elle est bien là, en toute simplicité mais d’une beauté stupéfiante. On sent les liens qui unissent les artistes à Alain Claudien, tant mieux on en profite.

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Le jazz revient avec un trio formé de François Faure au piano, une grande figure du jazz bordelais des années 80 qui se fait rare maintenant. Accompagné d’Antoine Faure, son fils à la basse et de Philippe Gaubert à la batterie, ce spécialiste de Bill Evans va nous proposer un bel intermède.

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Arrive alors en cours de soirée un autre grand pianiste classique – il sort de jouer en concert – Jean-Philippe Guillo (CNR de Bordeaux) qui avec Hervé N’Kaoua va improviser un sublime quatre mains ; deux mains, deux styles, deux touchers différents. Une troisième virtuose qui tourne les pages, on rêve.

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D’autant que Hilomi revient avec son mari Pascal Jean Marignan (CNR de Bordeaux), leur duo s’appelant Piano Opus 2, pour un autre quatre mains autour de Ravel avec « Ma Mère l’Oye » et « Le Jardin Féérique ». Magique de voir danser ces vingt doigts, la proximité du piano rajoutant à la rareté et à la beauté du moment.

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On repasse au jazz avec le trio Affinity qui accompagne maintenant Caroline Billa au chant. Ils se connaissent par cœur et l’intemporel « Caravan », entre autres, n’en est que plus beau.

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Pour tous les goûts, tout cela autour de ce piano magnifique mais surtout grâce et pour celui qui les règles ces si beaux instruments, les bichonne. Savez-vous qu’en France le pointilleux Chick Corea et le difficile Keith Jarrett ne jurent que par lui ?

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Dans une prochaine Gazette Bleue, Alain Claudien nous parlera de son métier, il a tant de choses à raconter.

La musique ne devrait pas avoir de frontières, les étiquettes sont tellement réductrices. Rêvons qu’une telle soirée puisse être organisée pour le grand public…

Florent NISSE – Chronique de « Aux Mages »

Par Dom Imonk

Parue le 01 novembre 2014 dans la Gazette Bleue N° 7

FLORENT NISSE AUX MAGES

Dès les premières notes de « Eternal Thursday », l’écoute de ce premier disque du contrebassiste Florent Nisse procure le même plaisir qu’une virée d’automne, entre de grands arbres aux feuilles dorées, d’un côté du chemin, et de l’autre, des vignes à perte de vue, et quelques silhouettes qui s’affairent à en cueillir les fruits. Le ciel bleu est vaste, à peine zébré de quelques nuages blancs, et le soleil si doux.
On apprend que ce disque, au titre jeu de mot, est un hommage à trois grands artistes, acteurs d’un jazz multiple, parmi les plus novateurs. Paul Motian pour les scintillements de batterie qui peuplaient d’étoiles les cieux ravis, Charlie Haden qui faisait sonner sa contrebasse comme chante l’arbre et Bill Frisell, archéologue futuriste du folk des grands espaces.

La carrière de Florent Nisse a pour socle une solide formation, qui s’est enrichie de multiples expériences (Avec notamment Thomas et David Enhco, Fred Borey, Didier Lockwood, Michel Portal et beaucoup d’autres…). Son jeu est beau et profond. Il a cette générosité, cette parcimonie contrôlée, cette omniprésence du son du bois, qui le placent dans l’esprit de Charlie Haden. Écoutez son superbe chorus sur « Image F ». Il est entouré d’amis avec lesquels il est en totale communion. Maxime Sanchez dont le jeu savant de piano inocule un peu partout, par de très beaux accords et chorus, un subtil romantisme aux espaces laissés vacants, et Gautier Garrigue qui nous épate par un jeu de batterie élégant, et cette maturité neuve qui sait allier avec mesure percussions de cymbales et de fûts, aux silences furtifs laissés à notre initiative. Les musiciens « invités » font corps, ils ne sont jamais extérieurs et se mêlent au discours de ce très beau quintet. Chris Cheek apporte une part de l’expérience qu’il a acquise auprès de grands aînés, dont bien sur Paul Motian. Son phrasé se bonifie avec le temps. Son sax ténor dit des phrases qui marquent, mais il n’est jamais trop bavard. Il plonge la couleur d’ensemble dans des teintes plutôt nostalgiques, dont ressort par moment un délicieux parfum suranné (« A way away »). Jakob Bro est un guitariste de tout premier plan. Ses parties de guitare sont variées et magnifiques. Mais l’on y succombe tout particulièrement quand elles forment faisceaux de strates électriques, greffées au plus profond de certains morceaux comme par exemple les somptueux « H Code » et « Image F ». Cela nous rappelle les envols au son de fer acidulé d’un certain Bill Frisell, avec lequel il a déjà joué.

Toutes les compositions sont liées par ce fil de beauté grave qui ouvre de grands espaces, dans des climats changeants. Il s’agit d’un jazz d’aujourd’hui, ouvert et d’inspiration multiple. Il possède cette grâce naturelle et un langage universel qui rend son message accessible bien au-delà des cercles purement « jazz ». Difficile d’en ressortir un morceau favori ! Quoique que « Ombre et brouillard », « Rêve normal », « Image F »… mais il y en a bien d’autres ! Outre le titre de l’album, on aime aussi ce jeu de mots : « Des lits d’initiés ». Maxime Sanchez a composé « A la pluie », « Intrépide » et « Image F » et Florent Nisse les sept autres morceaux.

Qualité des compositions, ouverture, harmonie, précision du son, interprétation de très haut niveau. Tout fait de ce disque une grande réussite, que l’on écoutera encore et encore, bien après l’arrivée des Rois Mages !

Enfin, il faut saluer la création du nouveau label indépendant « Nome », distribué par l’Autre distribution, sur lequel sort ce disque. Signalons que « Nome » a été créé par David Enhco, Florent Nisse, Adrien Sanchez, Maxime Sanchez, Roberto Negro et Gautier Garrigue.

Dom Imonk

www.florentnisse.com

NOME 002 / L’Autre Distribution