Anne QUILLIER / Pierre HORCKMANS – WATCHDOG

watchdog

Label Pince Oreilles

Par Alain Flèche

Mais que regarde donc ce chien en habits d’apparat  souhaitant la bienvenue à celui qui a les oreilles grandes ouvertes !? (Belle  illustration de la jaquette). Mais où sommes-nous donc ? Jazz, expérimentation, calculé, lâché, écrit, Joué ! Pas facile de trouver le fil d’Ariane.Son, ambiance, citations, références, déviations, promenades urgentes. Des gammes devenues classiques sur des trames résolument actuelles.Anne ne se gêne pas pour allier, mixer, mixter, mélanger les claviers – piano, Fender Rhodes et Moog –  pour une musique sans étiquette, juste le bonheur de partager des idées qui passent au bout des doigts posés sur les instruments qu’ils effleurent les uns après les autres, ou en même temps.Nombre des capacités des appareils sont exploitées, sans lourdeur ni effet catalogue, les choix s’inscrivent sur cette palette sonore de bon aloi, sans ostentation. Judicieux. Pierre, lui, nourrit et habite les espaces prévus (peut-être un peu trop …) dans des pièces, fussent-elles de sa plume, où il ne trouve pas toujours bien sa place; ce bon vieux dilemme/équivoque : trop ou pas assez !? Heureusement pour lui : suffisamment de présence pour rebondir sur de l’impromptu à défaut d’imprévu. De belles phrases qui pourraient faire oublier les facilités de remplissages si elles ne gâchaient, parfois, l’attente de quelque prise de risque qui tarde, trop souvent, à pointer le bout de sa anche. Les compositions sont élaborées, éclatées, agréables, insidieuses, faussement faciles, pas toujours simples à suivre, donc à accompagner; après plusieurs écoutes, l’intention de ce projet se précise, tout réside, bien entendu, dans la complicité quasi permanente entre les deux protagonistes, excellents. Musiciens, lauréats du 36ème concours de La Défense, distinction approuvée . Sans doute beaucoup de travail en amont, encore beaucoup à faire pour être définitivement convaincant. On pardonnera les faiblesses de cette  honnête tentative, souffrant sans doute des limites de la musique pratiquées dans des perspectives d’exploitation différés (en studio d’enregistrement) en gageant que ce duo doit être bien plus convaincant, dynamique, expressif, fin, furieux, fou enfin, dans un contexte de partage immédiat, avec public attentif, donc programmation à suivre …

Par Alain Flèche

http://www.collectifpinceoreilles.com

ANNE QUILLIER 6 TET – Chronique de « DAYBREAK »

ANNE QUILLIER 6TET DAYBREAK

Par Dom Imonk

Parue le 01 mai 2015 dans la Gazette Bleue N° 10

Découverts il y a presqu’un an, au Festival Jazz 360 de Cénac (33), nous avions été impressionnés par ce groupe. Anne Quillier nous offrit en avant-première ses compositions, fraîches et modernes, empreintes d’une poésie fine et ciselée, avec par moment un côté enjoué, élégant et pêchu, qui relançait cette belle équipée. Une grande qualité d’écriture que nous retrouvons donc dans ce « Daybreak », sorti en début d’année, et qui a très bien été accueilli par la critique. Neuf compositions, aux climats variés, qui se succèdent et comblent nos appétits. Les influences évoquées par le groupe sont de haut vol et on les y ressent. Citons par exemple Wayne Shorter, Ambrose Akinmusire, David Binney, ainsi que Vijay Iyer et Aaron Parks, deux pianistes qui se voient dédié un morceau chacun, « Dance with Robots » pour le premier et « Aaron’s piece » pour le second. Tous les titres émeuvent, mais certaines compositions plus que d’autres, comme « Ondes de choc » ou « Lost continuum », qui ont une profondeur particulière. La qualité de jeu des musiciens est de premier plan, ils ne furent pas lauréats du concours national de Jazz de la Défense pour rien ! Nous sommes définitivement conquis par Anne Quillier, qui excelle au piano et au Fender Rhodes, guettant toute opportunité, ainsi que par ses complices, Aurélien Joly (tp, bu), Grégory Sallet (saxes), Pierre Horckmans (clarinettes), Michel Molines (contrebasse) et le drive de batterie, presque rock par moment, de Guillaume Bertrand. Une chose est sure, si cet album n’est que « l’aube » (Daybreak), alors attendons impatiemment la journée qui la suivra !

Par Dom Imonk

https://labelpinceoreilles.bandcamp.com/album/daybreak

Label Pince Oreilles

Jazz360 millesime 2014 – Du Jazz en vision grand angle

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2014 dans la Gazette Bleue N° 5

Baptiste Herbin

Baptiste Herbin – Photo Alain Pelletier

Cénac est une sympathique petite ville juchée rive droite, non loin de Latresne et Quinsac, avec lesquelles elle forme un triangle vers l’Entre-deux-Mers.
On y aime le jazz et les 06, 07 et 08 juin dernier, c’était la 5° édition de son Festival « Jazz360 ».
Comme chaque année, Richard Raducanu a fait preuve d’un « nez » particulièrement fin pour programmer des musiciens, frais et inventifs, des plus jeunes et avides d’apprendre, aux plus établis mais qui apprennent encore. Cette édition a comblé les habitués, tout en rameutant un public croissant de curieux aux goûts pointus.

Les festivités ont démarré le vendredi en fin d’après-midi avec les ateliers jazz de l’Art de la Fugue mais une rocade capricieuse ne nous a permis d’assister qu’à une partie du concert qui suivait, celui du Big Band de la classe Jazz du collège de Monségur. Fraîcheur et savoir-faire déjà de ces tout jeunes gens, dont on nous a dit qu’ils n’ont que trois années d’études, chapeau bas !
Alors qu’un dîner concert avec Djamano Duo se donnait au restaurant Les Acacias, nous nous sommes dirigés vers le premier concert de la soirée, Asix Quintet. Excellent groupe au jazz élégant et raffiné, où se mêlent avec bonheur standards et compositions. Ce fût un vrai plaisir de retrouver la voix cuivrée de Freddy Buzon ( tp,bu) et le drive puissant de Simon Pourbaix (bat), alors que Thomas Lachaise (sax) et Xavier Duprat (p) nous contaient de belles histoires, s’appuyant sur le groove boisé et volubile de Lazid Ketfi (b).
La partie n’était donc pas gagnée pour le Christophe Laborde quartet qui suivait. Pourtant, les compositions lumineuses du leader, ainsi que son jeu très inspiré au saxophone soprano, ont tôt fait de nous convaincre. D’autant qu’à ses côtés, s’épanouissait avec tact et élégance la sensualité et le romantisme d’un duo italien très complice, formé par le grand Giovanni Mirabassi (p), et Mauro Gargano (b), très fin musicien que nous découvrions. A de tels musiciens, il fallait une forte pulsation rythmique, qui leur fût offerte par la dynamique presque rock d’un Louis Moutin (bat) en fusion. (CD de ce quartet : Wings of Waves – © 2013 – Cristal Records).

Le samedi, vers midi, un apéro concert avec les ateliers jazz du conservatoire de Bordeaux devait permettre d’apprécier la qualité des enseignements apportés à ses jeunes élèves, et leur maturité en devenir. Mention spéciale à toutes ces jeunes pousses, et en particulier au batteur Pierre Lucbert dont il faudra vraiment suivre l’évolution.
C’est sous un soleil de plomb qu’a débuté l’après-midi avec Jazzméléon Trafic, collectif atelier multi jazz, rondement mené par Pascale Martinez à la batterie, qui a agréablement surfé sur des standards (de Stolen Moments de Oliver Nelson à Speak No Evil de Wayne Shorter), et sur deux ambitieuses compositions du guitariste Jordan Cauvin (La dernière Note enchainée à Polivinka). Philippe Cauvin jubilait aux percussions, avec entre autres ses délicieuses clochettes tibétaines. Une solide section de saxes soufflait sa flamme, Thierry Taveaux à l’alto, Rémy Brown au ténor, et en « special guest », le « barbierien » Grat Martinez qui nous a régalés de belles échappées free. Alain Duffort nous a gratifiés de quelques chorus bienvenus de trompette, sous l’œil bienveillant d’un Fred Villega aux lignes de basse imperturbables.

2014-06-07 14.44.22

Jazzméléon Trafic – Photo Dom Imonk

Puis le Thomas Mayeras Trio, Thomas Mayeras (p), Germain Cornet (bat) et Julien Daudé (b), vainqueur du tremplin Jazz360 en 2012, a joué le rôle de « brumisateur » jazz, en offrant au public une musique fraîche, moderne et très bien jouée.
Il le fallait car quelques instants plus tard c’est une belle machine jazz groove qui est venue raviver les braises. Le Ebop Quartet ! Quatre garçons dans le vent fort d’une musique évolutive, ayant un pied dans les années 70s et l’autre dans la fureur électronique du 21° siècle. Ebop Quartet, c’est Guillaume Schmidt avec ce phrasé sax déjà magnifique en acoustique, mais donc l’impact se trouve démultiplié par les effets électroniques. Même démarche pour Christophe Maroye, qui nous a encore prouvé que sa guitare évolue sans cesse, avec ces inserts électronisés dont il est lui aussi friand. Coup de cœur pour ce magnifique morceau à l’ambiance éthéré façon ECM, rappelant Terje Rypdal. Enfin, on a succombé à la rythmique imparable formée par la batterie très technique de Didier Ottaviani, associée au deep groove avec slap intérieur dit « en morse » du redoutable Benoît Lugué.

BENOIT LUGUE ET CHRISTOPHE MAROY - EBOP DIDIER OTTAVIANI EBOP Guillaule Schmidt EBOP

Ebop Quartet – Photo Alain Pelletier

Quelques temps plus tard, l’on pouvait diner aux Acacias, avec la musique à tête chercheuse du Soundscape Trio, lauréat du Tremplin Action Jazz 2014.
Le Sextet d’Anne Quillier, vainqueur du tremplin jazz de la Défense, a débuté la soirée avec beaucoup de grâce. Elle est l’auteure de toutes les compositions jouées, et l’on est impressionné par une telle qualité d’écriture. L’ambiance est celle d’un jazz très moderne, beaucoup d’espace, de changements.
Le groupe est soudé, très réceptif, et les musiciens sont tous très talentueux. Anne Quillier mène bien son monde, elle joue du piano et du Fender Rhodes avec beaucoup d’à-propos et de finesse. Nous avons été épatés, par le jeu d’Aurélien Joly (tp, bu), et avons beaucoup apprécié la qualité de jeu des autres musiciens, Grégory Sallet (saxes), Pierre Horckmans (clarinettes) et Michel Molines (contrebasse). Enfin, on détecte une fibre rock dans le drumming de Guillaume Bertrand, tirant un peu son drive vers celui d’un David King (The Bad Plus), quand il ne « ralentit » pas son tempo à la façon d’un Bill Bruford. (CD de ce sextet : Daybreak – © 2014 – Collectif Pinceoreilles 001/1).

Anne Quillier 6tet

Anne Quillier Sextet – Photo Alain Pelletier

Dans l’après-midi, Jazz360 a organisé une rencontre avec Baptiste Herbin, lequel a d’abord joué quelques morceaux en solo, donnant déjà une idée de sa virtuosité, puis a répondu avec ouverture, précision et gentillesse aux questions de son public.
Le soir, c’est un peu à la lumière de cet échange qu’on a écouté son quartet, une sorte de dream team. Jugez plutôt, Pierre de Bethmann (piano, Fender Rhodes), musicien de grande classe, phrasé magnifique, homme aux multiples sessions. C’est la même chose avec l’excellent Sylvain Romano (contrebasse). Avec qui n’ont-t-ils pas joué ? Et une légende vivante à la batterie, Monsieur André Ceccarelli en personne, qui une fois de plus nous a conquis. Baptiste Herbin a ouvert le concert par une longue introduction, puis ce sont ses compositions qui ont été jouées, dans divers climats, tous très prenants, en particulier le très émouvant Faits d’Hiver, dédié à son père. Son jeu est impressionnant pour un musicien de seulement 26 ans. Il est virtuose certes, mais il n’est jamais ennuyeux ou démonstratif. Densité, richesse et profondeur. Ils reprendront Une Île de Jacques Brel, autre moment d’intense émotion. Baptiste Herbin a le sens du contact et s’adresse avec aisance et simplicité à son public, et on se sent bien à son écoute. Le concert a été une réussite, mais ça on s’en doutait ! (CD de ce quartet : Brother Stoon – © 2012 – Just Looking Productions JLP01).

André Ceccarelli 2

André Ceccarelli – Photo Alain Pelletier

Nous n’avons pas pu être présents le Dimanche, mais nous savons que le temps était au beau fixe pour un programme qui a commencé par une randonnée matinale de Cénac à Quinsac.
Il s’est poursuivi au Château Lestange, par un concert en fin de matinée d’Akoda Quintet, vainqueur du Tremplin Action Jazz 2014.
Le déjeuner s’est déroulé dans le même château, au rythme jazz-funk de Mil&Zim.
Enfin, c’est le Cadijo Vagabond Blues Project qui a conclu cette journée en gare de Latresne.

Encore un grand merci à toute l’équipe de Jazz360, et en particulier à Richard Raducanu, pour son amabilité et la qualité de son accueil.
Merci aussi à tous les partenaires de ce festival que l’on peut retrouver sur le site http://festivaljazz360.fr/
Et vivement la 6° édition de Jazz360 qui, à ce qu’on sait, devrait se dérouler quasiment aux mêmes dates en 2015.

Par Dom Imonk