La Gazette Bleue N° 24 vient de sortir ! Spécial UZEB, Festivals d’Été, Cuba et plus !

Bonjour ! Voila la Gazette Bleue N°24 • Septembre 2017

Bonjour à tous ! Voici la Gazette n° 24 qui ouvre avec Uzeb, le retour au Rocher de Palmer en juillet dernier. Spécial Festivals de l’Été, mais aussi Cuba et le Jazz, des interviews, des chroniques CD, l’agenda etc… Bref, une riche rentrée musicale !

Bonnes lectures !

La Gazette Bleue n°18 vient de sortir ! Spécial Yoann Loustalot, les festivals & bien plus !

Bonjour ! Voici la Gazette Bleue N° 18 Sept 2016 !

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C’est Yoann Loustalot qui vous y accueille. On a aussi rencontré Thomas Julienne et Stéphane Séva. Visite au Quartier Libre (Bordeaux) et flashback sur des festivals comme Andernos, Monségur, Respire Jazz et Saint-Émilion. Sans oublier les chroniques de disques et vos rubriques habituelles.

Bonne rentrée et bonnes lectures !

La Gazette Bleue #18-couv

 

 

 

Andernos … 45ème … ça tourne !

Par Ivan-Denis Cormier, Photos : Philippe Marzat
Inauguré en cette douce journée ensoleillée du vendredi 22 juillet 2016, le 45e festival de jazz d’Andernos s’ouvrait sous les meilleurs auspices. Nul coup de canon pour ameuter le voisinage, mais un modeste « ding » de l’instrument le plus minimaliste qui soit –le triangle– façon subtile d’évoquer le thème des festivités : « Percussions en tous genres, vous êtes désormais autorisées à battre le pavé trois jours durant ! » Dans cette station balnéaire d’ordinaire si sage, si tranquille, du fond du bassin d’Arcachon, où grands parents et familles choisissent de passer l’année au vert, l’été au chaud, comblés par la douceur de l’air, le bleu du ciel et de la mer, le festival de jazz est devenu un temps fort désormais indispensable, une institution sous la protection des élus, pompiers, gendarmes, agents de sécurité, et sous le regard amène des commerçants et artisans qui contribuent à faire d’Andernos un lieu éminemment vivable, et disons-le quasi-paradisiaque pour un festivalier.
Dans un de ces coins de France à dimension humaine où le culte de l’authenticité et de la bonne chère l’emporte encore sur celui de l’argent et du pouvoir, où les barres de béton et  les hypermarchés n’ont guère droit de cité, une musique urbaine aussi peu paisible que le jazz n’allait-elle pas détonner ? Une musique de rebelles, quand ce n’est pas de sauvages, caractérisée par des soubresauts, gesticulations et éructations, une musique d’aliénés qui génère autant de stress qu’elle en libère ; une musique violente qui exprime confusément la rage de ne vivre sans autre horizon qu’horizontalement, de grands axes bruyants, surpeuplés, embouteillés et survoltés et verticalement, d’immenses façades plutôt grises, sinon souillées de graffiti  ? Certains clichés ou a priori ont la vie dure ; un choc culturel brutal, un rejet total étaient à craindre, et pourtant…
A en juger par l’écoute attentive de ceux qui ont eu la bonne idée de venir entendre ces tambourineurs, souffleurs, gratteux produire des sons étranges sûrement venus d’ailleurs, il n’y a ni panique ni révulsion, la curiosité est là et la soif de découvrir des sensations nouvelles évocatrices d’autres horizons finalement pas si lointains que cela semble satisfaite. Toutes les conditions étaient réunies pour favoriser cette écoute. Andernos adhère à des choix esthétiques audacieux –entendez, sans intolérance aucune– dont le jazz est plus petit dénominateur commun. Pour la municipalité, saluons un vrai respect et une volonté d’accueillir non seulement dignement, mais chaleureusement ces visiteurs d’un soir. Admirons l’engagement des énergies locales, rassemblées et organisées, dévouées et généreuses. Le big band qui a l’honneur d’inaugurer la scène du jardin Louis David tandis que les bénévoles servent aux invités boissons, verrines et huîtres a choisi le mélange des genres, signe d’ouverture d’esprit qui correspond bien à la volonté du grand maître des cérémonies Eric Coignat ; idéalement situés et très conviviaux, les lieux sont propices à l’échange, la communion. La ferveur des artistes se nourrissant toujours aussi de celle de l’auditoire, on peut s’attendre à un vrai succès –pas seulement un succès d’estime, manifesté par quelques applaudissements polis– chacun aura compris qu’ici on ne se fiche pas du monde, qu’on offre au visiteur une expérience globale hors du commun. L’effort consenti est aussi financier –l’hospitalité n’est pas un vain mot : la gratuité de ce festival exceptionnel est admirable, c’est l’autre raison qui emporte l’adhésion.
La maison Louis David qui borde le jardin s’est transformée en centre culturel et ce soir, en musée où est présentée une magnifique collection privée d’instruments à vent, des plus rudimentaires –didgeridoo ou chofar — aux plus sophistiqués, trombone à coulisse et à pistons, cornet, trompette ou bugle, saxophone. De surprise en surprise, ce festival-là a pris le parti de nous instruire, d’étonner et de réjouir.

Alexis Valet

Alexis Valet

Direction la scène qui jouxte la jetée, pour y écouter Alexis Valet, vibraphoniste, et son sextet lauréat du tremplin d’Action Jazz cette année. Ce groupe se compose de jeunes et de plus anciens. Percussif dans son essence, son jazz post-moderne déroule des mélodies soignées, des harmonies très travaillées et ne cède jamais à la facilité. Julien Dubois, qui œuvre au saxophone et Sébastien ‘Iep’ Arruti, au trombone, en musiciens accomplis, exposent avec brio des thèmes auxquels ils donnent du sens et de l’expression, s’appuyant sur une rythmique solide ;

Sébastien "Iep" Arruti

Sébastien « Iep » Arruti

Aurélien Gody à la contrebasse pilote le tempo, qu’il souligne, ponctue ou appuie bien par quelques mesures de walking bass, et on se régale du jeu très fin du batteur Jéricho Ballan qui donne à l’ensemble un relief saisissant. A la guitare, quelques accords bien ouverts et quelques lignes mélodiques style contrechant donnent de l’épaisseur et une texture particulière à chaque titre et Yori Moy emploie une palette de sons différente selon les morceaux ; le maître d’oeuvre, lui, est toujours présent mais intervient de façon décisive en chorus,

Jéricho Ballan

Jéricho Ballan

Les compositions sont riches, relativement complexes, du coup, les improvisations présentent pour les solistes de nouveaux défis, car les suites d’accords sont tout sauf conventionnelles et poussent chacun à explorer et à articuler des combinaisons harmoniques inédites, la gageure étant de construire un discours en référence au thème qui s’inscrive dans la tradition jazzistique –variations infinies sur un thème pré défini. Le public a-t-il de l’oreille ? Apparemment oui, et il la prête volontiers –cette curiosité et cette marque de respect de la part de néophytes étonnent dans le bon sens.

Aurélien Gody

Aurélien Gody

Retour au jardin Louis David pour écouter le trio du Québécois Jérôme Beaulieu. Dès les premières envolées on est frappé par la qualité et surtout la précision rythmique de l’ensemble. Ce sera décidément le temps fort de la soirée. La progressivité de la montée en puissance et la netteté des changements de plans sont frappantes. Le public n’a pas à compter les mesures : le groupe lui fait ressentir le découpage de façon évidente, le plonge dans une expérience physique qui prend aux tripes et monte à la tête. Sans compter que l’abord jovial du contrebassiste Philippe Leduc à l’enthousiasme communicatif suscite immédiatement l’empathie. Les trois acolytes emmènent l’auditeur dans un univers assez proche de celui d’Esbjörn Svensson mais en plus dynamique et plus coloré, notamment grâce à un pad de percussions échantillonnées, utilisé par le batteur William Côté avec sagacité et parcimonie. L’utilisation de l’archet par Philippe Leduc est judicieuse et révèle du même coup la justesse des notes (jusqu’à NHOP cela n’a pas toujours été le fort des contrebassistes de jazz) A consommer sans modération.

Philippe Leduc, "Misc"

Philippe Leduc, « Misc »

Pas de faute de goût, finitions impeccables, dans ce répertoire qu’immortalise l’album Misc. , tout séduit et impressionne. La maîtrise des volumes, des masses et timbres sonores, le soin apporté à l’architecture et les surprises que créent les variations montrent un formidable travail de composition et de cohésion instrumentale en amont. Dans l’entame des morceaux, on réalise que l’accentuation des notes, qui définit la pulsation avant même que n’interviennent la basse et la batterie, est parfaitement dosée et que le toucher du pianiste est bel et bien magistral. L’on comprend que Jérôme Beaulieu traite résolument le piano comme un instrument à percussion (il l’est par nature, mais ses autres attributs ont peut-être fait oublier qu’il peut aussi se réduire à cela) c’est un choix esthétique qui ravit. Et lorsque le ‘drive’, l’énergie d’un couple contrebasse-batterie dansant prennent le pas sur la mélodie, le pianiste choisit d’exploiter la diversité de timbres que permet la fonction percussive de son instrument, d’étouffer toute résonance en posant la main sur les marteaux à l’intérieur du piano ou de gratter quelques cordes. L’effet est saisissant.

Jérôme Beaulieu "Misc"

Jérôme Beaulieu « Misc »

Très conscients de l’abrasion que produit une trop grande complexité harmonique sur des oreilles non exercées (ou pas assez endurcies, comme on voudra) le groupe a choisi de s’inspirer de musiques réputées moins savantes, le rock ou la pop, et de privilégier une rythmique à la fois complexe et abordable, stimulant en nous quelque chose de plus viscéral, de plus immédiat, et ça marche ! Pas de déchet, rien n’est gratuit… sauf le concert lui-même ! Dans cette recherche de la perfection d’exécution, de la pureté, de la gaieté et de l’ardeur juvénile, il y a une fraîcheur qui tranche sur les productions cérébrales purement expérimentales comme sur celles bien trop lisses qui répondent à des exigences commerciales. Cette nouvelle génération enterre joyeusement les fossiles (leurs aînés, héros couverts de gloire, se retrouvent aujourd’hui dans la position d’anciens combattants arborant leurs médailles et avançant avec peine lors de commémorations officielles).

Je ne le cacherai pas, une certaine amertume m’envahit lorsque je vois se caricaturer elle-même telle ou telle légende des années 60 ou quand je vois se produire des stars qui ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, une certaine fierté aussi quand je vois de jeunes musiciens reprendre le flambeau et se battre à leur tour en revisitant les standards avec conviction et inspiration ; cependant je me dis qu’avec Misc, on assiste à tout autre chose, car là où les anciens alpinistes traçaient péniblement des voies dans un environnement hostile pour arriver au sommet, eux partent du sommet et dévalent à toute vitesse des pentes vertigineuses après avoir pris le télésiège, mais qui peut en vouloir à ces jeunes talentueux de faire du hors-piste ? Dans la voie qu’ils ont choisie, les obstacles et les aspérités sont multiples, mais les difficultés du parcours sont effacées par la sûreté des trois musiciens. Au final, c’est un peu comme si l’auditeur était un randonneur novice amené à suivre un sentier de haute montagne balisé par des guides expérimentés.