Jam Jazz Bordeaux – Rentrée 2017/2018

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre et Starfish Pub) et Dom Imonk

Quand arrive Septembre et ses rentrées plus ou moins gaies, il faut bien se faire une raison, c’est la reprise ! Alors pour se consoler, rien n’interdit de lorgner un peu sur les soirées de ce qui est encore un peu l’été. Et là, bizarrement, le sourire revient vite si l’on parle des concerts à venir, mais aussi et surtout, des fameuses « jam » jazz, car il s’en passe de bien bonnes dans le Bordeaux by night, on est ravi de les retrouver et la saison 2017/2018 se présente au mieux. Tout a commencé pour nous le 1° septembre au Bar l’Avant-Scène au 42 Cours de l’Yser, où le mystérieux trio « Mimoon » doit y démarrer les hostilités. Ici, on aime aussi le rock, comme en témoignent quelques affiches, AC/DC, Frank Zappa etc… Un lieu très accueillant et chaleureux, vraiment ouvert à toutes influences. « Mimoon » c’est Clément Bourciquot à la batterie, Félix Robin au vibraphone et Louis Laville dit « Vendeen » à la contrebasse, ces deux loustics formant la moitié du groupe Capucine. Le concert est filmé par Jérôme Mascotto, saxophoniste qu’on retrouvera plus tard, et féru de cinéma. Les choses jazz vont déjà bon train, les standards se bousculent et s’étirent avec  passion, alimentés de chorus et d’échanges qui instaurent une ambiance club dans laquelle on se sent bien.  Les « jam addicts » sont arrivés, et c’est du costaud ! Mathieu Calzan, qui investit le piano droit du bar et en titille avec délice l’ivoire, Louis « Cash Express © » Gachet (from « SF »), qui dompte sa brûlante trompette à la « hubbarde » et en extirpe des sons très « shaw », Jérôme Mascotto donc, et son beau saxophone tout neuf, et ce son engagé et chaleureux qui est sa marque. On n’oubliera surtout pas les « drumming » impeccables que distillent tour à tour Yoann Dupuy et Thomas Galvan, ainsi que la finesse de la contrebasse de la douce Marina Kalhart, qui nous quitte pour Copenhague (mais que l’on reverra), fidèle de ces jam et dont on avait apprécié le récent projet « Melodious Tonk » en trio avec le batteur Simon Lacouture et le guitariste Patrick Bruneau.

Mimoon Trio

Clément Bourciquot et Marina Kalhart

La semaine suivante, cette joyeuse animation n’allait certes pas se calmer, vu que dès le lundi, ce fut au tour de Thomas Despeyroux, exquis batteur et grand artificier de la jam bordelaise, d’ouvrir celle du Café des Moines au 12 rue des Menuts, pour laquelle il a invité deux jeunes pointures de la scène parisienne : Simon Chivallon aux claviers, que l’on connait bien chez nous (Edmond Bilal Band, Alexis Valet 4tet & 6tet, Gaëtan Diaz 5tet, JarDin…), et Gabriel Pierre à la contrebasse, excellent musicien et hyper actif dans foule de jams parisiennes, mais que l’on a aussi grandement apprécié à Marciac, au sein du trio d’Alexandre Monfort. On a plaisir à le retrouver le lendemain pour une nouvelle jam jazz, organisée elle aussi par Thomas Despeyroux tous les mardis en un nouveau lieu : Le Bad Motherfucker Pub (ce nom !) 16 Cours de l’Argonne. Accueil sympathique, salle assez vaste avec un beau billard tout au fond, on peut grignoter et la bière est bonne, bref. Il nous propose un trio très pointu et bien en jambes, d’autant qu’il marque le retour de Guillaume « Doc » Tomachot en excellente forme, qui nous gratifiera d’un suprême chorus enflammé sur le « Mr P.C. » du Trane, son sax est chaud bouillant ! Pour la jam arrivent un batteur mystérieux, mais aussi Alexis « Elastic » Cadeillan qui s’empare de la basse et va la faire danser, ainsi qu’à ses côtés le fort talentueux Rémi Dugué-Luron, armé d’une guitare acoustique électrifiée un peu vintage, dont il extirpera les plus beaux sons de son âme manouche.  Superbe entente improvisée qui fait de cette première une réussite, on y reviendra !

De g à d : Gabriel Pierre, Thomas Despeyroux et Guillaume « Doc » Tomachot.

Jam Badmotherfucker Pub

Le lendemain mercredi, c’est probablement la jam jazz la plus en vue de Bordeaux, la « Jazz Night Session » du Quartier Libre (lequel fête d’ailleurs ses deux ans d’existence !), 30 rue des Vignes aux Capus, tout ça grâce à Julian et son équipe, qui y ont cru dès le début mais aussi à celui dont c’est presque la fille spirituelle, Thomas Despeyroux, vrai « master of ceremony » que revoila en super forme, à la tête d’un quartet sacrément musclé. Avec lui on retrouve Guillaume « Doc » Tomachot visiblement ragaillardi par la soirée d’hier, il le prouvera tout au long du set, alors que la belle Laure Sanchez tient la contrebasse et nourrit le groove, son associé de trio Robin Magord s’y entendant à merveille pour faire jongler les bulles herbiennes. Tout fonctionne au quart de tour et cette superbe mécanique jazz poursuivrait bien sa route dans la nuit, si dame jam ne piaffait pas d’impatience à venir en découdre avec la note bleue improvisée. Ce soir c’est noir de monde et les musiciens sont légion. Alexis Valet a laissé son vibraphone à Paris, mais le clavier encore tiède de Robin Magord n’a pas de secret pour lui, alors il s’en empare avec élégance, bien décidé à ne pas s’en laisser compter et à en tirer les phrases perchées que l’on aime chez lui. La bande des aficionados est réunie pour écouter ses potes ou s’en donner à cœur joie sur scène. On cite Marina Kalhart, Louis Gachet, Mathieu Calzan, Jéricho Ballan, Louis Laville, Félix Robin et surement quelques autres… Vous ne croyez tout de même pas qu’ils allaient laisser passer une telle occasion, mince, c’est la rentrée ! Soirée de rêve dans un torrent jazz bien fresh, jusqu’à tard dans la nuit, ce sera dur de se lever le lendemain, mais quel pied ! Puisqu’on parle du Quartier Libre, profitons-en pour rappeler qu’il offre aussi une table inventive et gouteuse, et qu’en plus d’une riche programmation de concerts en tous genres, où ne sont pas oubliés le rock, le slam, l’electro, l’avant-garde, bruitiste ou pas, bref, tout ce qui sonne « mutant sound », d’autres jams que celle jazz s’y tiennent comme la « Jam Old Jazz » (le mardi), la « Jam Blues Funk » (tous les 1° jeudis du mois) et la «Soul Jam Party » (le samedi) , alors ne les manquez surtout pas !

 

De g à d : Thomas Despeyroux, Guillaume « Doc » Tomachot, Laure Sanchez et Robin Magord.

De g à d : Jericho Ballan, Louis Gachet, Louis Laville et Alexis Valet.

Le jeudi de la semaine suivante, nous voici rendus au Starfish Pub, 24 rue Sainte Colombe. C’est la rentrée d’une jam qui existe depuis un an et s’y tiens les 1° et 3° jeudis du mois. Menée par le groupe Capucine – on ne présente plus Thomas Gaucher, Félix Robin, Louis Laville et Thomas Galvan – les festivités sont reconduites pour la nouvelle saison et on s’en réjouit ! La journée a été rude pour certains car il y avait audition au Conservatoire tout proche, sous la houlette de l’invité du soir, Julien Dubois, leur professeur et aussi leader du groupe JarDin. Nos musiciens arrivent fourbus, mais ils n’en laisseront rien paraître tout au long d’un set consacré au grand Wayne Shorter, dont on fêtait en août les 84 ans ! Peu de thèmes mais magnifiquement développés et un Julien Dubois au jeu riche, militant et combatif, et quelque fois risqué, sa patte « mbase » ressortant par moment ses griffes pour aciduler ses remarquables phrases, dont certaines un soupçon free style. La fatigue a comme disparu et Capucine tient bien le rythme, le flow et les chorus assurent, nos quatre jeunes gaillards rendant élégamment honneur à leur professeur, même si les doigts de Vendeen sont en surchauffe. La jam va suivre et ça va jouer du feu de Zeus jusqu’à pas d’heure ! Quelle énergie, quelle passion, quelle force collective ! On a retrouvé là toute la « bande » déjà croisée précédemment, avec de nouvelles têtes comme Mathieu Tarot et David Bonnet à la trompette, Joseph Rouet-Torre à la guitare et Alexandre Aguilera, sans sa flûte car il a décidé de reprendre son sax pour les jam, et c’était très réussi pour une première ! Bordeaux, la « belle endormie » ? Pas si sûr ! Ces jams le prouvent et vous font de l’œil, ne vous en détournez pas ! Tous ces lieux et ces musiciens vous ouvrent en grand les portes de leurs nuits étoilées ! Alors n’hésitez pas, venez donc y faire un tour, ils n’attendent que ça, et vous ne serez pas déçus !

Capucine et Julien Dubois

Jam Starfish

Jérôme Mascotto et Mathieu Calzan

Jam Starfish

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre et Starfish Pub) et Dom Imonk

barlavantscene.fr

cafedesmoines33.com/

quartierlibrebordeaux.com/v2

starfishbordeaux.fr

 

Alexis Valet sextet à Jazz and Blues

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Festival Jazz and Blues

Beautiran (33) le 1er juin 2017.

Le vibraphone est un curieux instrument, il ne laisse certainement pas indifférent. Un lointain cousinage avec un orgue de par l’utilisation de tubes métalliques, une mécanique complexe en font un drôle d’engin musical, classé parmi les percussions mais aussi joué souvent par des pianistes. Vieux de cent ans il s’est imposé dans le jazz avec, dans des styles différents, Lionel Hampton, Milt Jackson et bien sûr Gary Burton.

A Bordeaux ils sont deux jeunes musiciens à exceller avec, Félix Robin avec le groupe Capucine et Alexis Valet qui ce soir est à la tête de son sextet pour le concert d’ouverture du 22ème festival Jazz and Blues.

Un sextet de jeunes grands talents qui commencent à bien rayonner en dehors de la région avec Simon Chivallon (piano électrique), Olivier Gay (trompette), Jonathan Bergeron (sax alto), Tom Peyron (batterie). Ils sont chaperonnés par Nolwenn Leizour (contrebasse) qui malgré sa belle jeunesse fait ici figure de doyenne.

Malgré la forte promotion de l’événement le public a eu du mal à trouver le chemin de l’espace culturel de Beautiran et comme très souvent les absents ont eu tort, ce qui permet d’affirmer que nous les présents avons eu raison.

Hormis une composition de Jacques Schwarz Bart, « Blues Jonjon » tous les titres joués ce soir seront des compositions de trois des musiciens, Alexis, Jonathan et Olivier. De bons instrumentistes il y en a pléthore, de bons compositeurs il y en a déjà moins, ils en font partie.

De la modernité de suite avec « Chich Taouk »* de Jonathan Bergeron qui sur une base rythmique soutenue va d’abord permettre des chorus flamboyants de trompette et d’alto, une étonnante impro de piano aérienne de Simon – qu’il est bon ! – suspendant le temps un moment, avant que le vibraphone – un Musser pour les connaisseurs, un must – et ses notes tenues ne vienne ajouter sa tonalité douce et pastel. En solo à deux baguettes (des mailloches) ou en harmonie à quatre Alexis en est un maître ; s’ajoute le plaisir visuel, persistance rétinienne oblige, de voir les arabesques des mailloches accompagner cette sonorité si particulière.

« Yaoundé » et son intro de haute volée et « Hopeful Day » d’Olivier Gay confirment son talent de compositeur. Du jazz moderne très écrit qui se transforme soudain en Be Bop swinguant, tournant bien rond pour un cocktail très réussi, une façon de tirer le public vers des sonorités inhabituelles sans le désarçonner. Une musique chaleureuse et riche à la fois.

Pourquoi de temps en temps le nom du premier Lifetime de Tony Williams me vient-il à l’esprit ? Peut-être aussi grâce au drumming créatif et contrasté de Tom Peyron…

Un titre d’Alexis « Apple Terror » nous embarque avec une intensité montant lentement mais inexorablement. Alexis a enfin retroussé les manches de sa chemise et les baguettes virevoltent encore plus, magnifique. Dernier titre « 6.3 » aucun rapport sans doute avec la quinzaine de Roland Garros sinon qu’il nécessite un rappel en guise de manche supplémentaire pour boucler le match.

Et Nolwenn qu’Olivier m’a cachée pendant presque tout le concert à mon grand désarroi ? Magistrale comme d’habitude avec des grilles pas faciles avoue t-elle (de sacrés tordeurs de notes ces jeunes musiciens), tissant sa trame indispensable tout du long.

Les absents ont vraiment eu tort.

Le festival se poursuit jusqu’au 9 juin avec encore 5 concerts et 7 artistes, allez y ça vaut vraiment la peine : http://www.jazzandblues-leognan.fr/

Alexis Valet est ce soir au Caillou avec le quartet King Of Panda

* orthographe des titres sous réserve

Alexis Valet in Bordeaux, Février 2017

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre) Thierry Dubuc (Club House) Dom (Caillou)

 

Ça faisait belle lurette qu’Alexis Valet n’était pas revenu taquiner les marteaux de son vibraphone Musser dans le 3.3, et il nous manquait beaucoup ! A ses amis musiciens d’abord, puis à nous, ses addicts, son public, lui qui avait éberlué le jury du Tremplin Action Jazz 2016 avec son sextet, et en chopa tranquille le grand prix. Le Festival Jazz 360 ne s’y trompa pas en juin dernier, en le programmant dans la foulée à Quinsac, et le festival de jazz d’Andernos non plus, le mois suivant. Et puis nous l’attendons de pied ferme à Beautiran, en juin prochain, dans le cadre du Jazz & Blues Festival, et en divers autres projets, mais chut, on vous dira tout au moment voulu.

La mini tournée a débuté au Caillou du Jardin Botanique, par une invitation le 09 février du pianiste Thomas Bercy, et son trio, dont on connait les doigts fort inspirés et l’amour qu’il porte à McCoy Tyner, auquel il dédie une nouvelle fois son concert. Accompagné de Jonathan Hedeline et de Philippe Gaubert, Alexis Valet est invité à les rejoindre pour cet étourdissant hommage. C’est irrésistible, le jeu collectif est ample et s’illumine de ces cieux bleutés, au charme desquels les late sixties succombèrent. Liberté, lyrisme tynérien, tatoué Trane. Alexis part en des flow aériens lumineux, soutenus par  Jonathan Hedeline qui raffole de ces riffs répétitifs qui bâtissent une hypnose boisée. Philippe Gaubert est le batteur de la situation, Puissant, brut d’âme, un peu comme Elvin.  Thomas Bercy, veille, drive, et tague de couleurs indélébiles de beauté les thèmes joués, sur les dents d’ivoires qu’il dompte. On est sous le charme.

Dès le lendemain, nous voici partis pas très loin, au Club House (ex Comptoir du Jazz), un lieu qui est friand de tous genres de musiques bien câblées, et en particulier de new-groove. On retrouve ainsi avec joie l’Edmond Bilal Band, toujours formé de Paul Robert (sax elec), Simon Chivallon (claviers), Mathias Monseigne (basse) et Curtis Efoua Ela (batterie). Ce groupe s’est forgé un style bien punchy, qui allie jazz, groove, un soupçon de world, mais aussi une electro savamment dosée. Et ça a fini par payer car leurs concerts sont désormais bondés, vu que tout en restant fidèles à leur ligne originelle, ils la font diablement évoluer, tout en partageant leur expérience, comme ce soir-là avec Alexis Valet, lequel va s’en donner à cœur joie en plongeant direct dans le flux tumultueux de ses hôtes. Ça chauffe sévèrement au Club House, le public est aux anges. Un groupe qui a carrément les bons marteaux pour enfoncer les clowns !

La semaine suivante, notre vibraphoniste ne prend aucun répit, vu que dès le mercredi, on le retrouve à la traditionnelle jam du Quartier Libre, et le lendemain au même endroit avec son quartet : Simon Chivallon (claviers), Gaëtan Diaz (batterie) et Samuel F’Hima (contrebasse). Un set de « mise en place » selon Alexis Valet, mais qui révèle pourtant une grande qualité de jeu, sur des compositions inspirées, genre échappées, où les solistes s’envolent sur un jazz décomplexé, ample et inventif. On a certes ses références, mais on joue hors les chapelles, frais et libre. Les interactions entre les quatre sont agiles et de haute volée, pas besoin de filet, même pas peur du vide. Une vie intense, où l’on s’observe, où tout s’imbrique, se suit, se tient tête un temps ou deux, puis se réconcilie, dans une fluidité de son naturelle. Et c’est là l’une des forces de ce quartet, une harmonie savante, où clavier et vibraphone ondulent et ne font plus qu’un par moment, les deux flottant sur une rythmique souple, précise, et percutante, quand il le faut. Bref, ce quartet est un vrai bonheur et ce concert annonce clairement la couleur de ce qui se jouera le lendemain au Club House, même formation, mais sous le nom de Simon Chivallon Quartet.

Beaucoup de monde, c’est vendredi, et l’on veut du jazz, on n’appelle pas ce lieu « ex Comptoir du Jazz » pour rien ! C’est donc Simon Chivallon qui prend les rênes de ce concert et présente ce qui va se jouer ce soir. Très fin clavier, omniprésent sur la scène parisienne, il dit certes préférer le piano acoustique, mais c’est déjà l’un des maîtres de la jeune génération des claviers électriques, quelle dextérité, quelle sonorité de Rhodes ! Le concert va donc proposer à peu près les mêmes compositions que la veille, quasiment toutes d’Alexis Valet, et quelques reprises arrangées avec humour (ces titres !). Tout semble mieux en place que la veille. Un lieu différent, un public peut-être plus nombreux, et la vivante présence des amis musiciens du cru, dont Thomas Gaucher (Capucine), qui enregistrera le concert. « Hey it’s me you’re talking to” (de Victor Lewis), élégant et disert,  nous met bien en condition,  et les solistes s’enflamment avec grâce. Rythmique de luxe et réactivité au top pour étayer ce joli morceau. “Moustaches à souris” n’en trahit pas la noblesse, et même si d’aucuns pouffent dans la salle à son simple énoncé, cette composition tient fort bien la route et dévore comme un morceau de fromage, l’attention particulière que lui porte le public. Là aussi, interplay, liquidité clavier/vibraphone, walking réfléchi de la basse, drumming articulé et propulseur attentif. Le reste suit avec la même aisance innée, avec un très beau chorus de contrebasse sur « Rikuom » (ne le lisez pas à l’envers !), et Simon et Alexis qui profitent de l’aspiration. Tout ça nous  mène à « Luc », puis au très beau « Tergiversation » (de Gene Perla, version de Warren Wolf) qui clôt le premier set. Démarrage du deuxième set en mode groove acidulé, avec « Funkin dog » un tube d’Alexis Valet qui fait fourmiller les gambettes sur un flow très Herbie & The Headhunters, dont le thème reste rivé à nos mémoires 70sardes. Tout baigne, coucher de soleil sur le pacifique, regards désabusés des palmiers géant du Sunset bvd, sur nos décapotables qui cruisent sur son vieux bitume, chemises à fleurs, autoradio à fond et Ray Ban, bref, on y est ! Même mood avec « 1313 » qui remet le couvert, en plus soft. Magie de cette compo, qu’on verrait bien en bo de thrillers genre Mannix ou Bullitt, impression west coast seventies. C’est fou de savoir écrire des trucs pareils !

Retour à un jazz plus vintage avec l’entrée d’Olivier Gay au buggle pour trois thèmes rondement menés, « Triple chaise » (arrangement du « Steeplechase » de Charlie Parker), thème très développé, chacun y allant de son solo, celui de Gaëtan, scotchés nous fûmes, « Apple Teyron » (hommage à Tom Peyron de l’Isotope trio, dont Olivier est le trompettiste) et enfin un splendide « Beatrice » (Sam Rivers), où Simon Chivallon, emporté par l’émotion, citera même le « Resolution » de Coltrane, avant de refermer ce beau live.

Soirée réellement magique offerte par ce groupe qu’il faudra suivre car il fourmille de projets. Le lendemain, le quartet d’Alex Valet jouait au Baryton à Lanton, et le dimanche à La Belle Lurette à Saint Macaire, autre lieu précieux pour le jazz et par les âmes belles et passionnées qui l’animent. Fin d’un tournée éclair pour Alexis Valet, grandement appréciée, l’homme qui vibre, mais n’est pas aphone, quand il s’agit de jazz. Revenez vite messieurs, we miss you !

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre) Thierry Dubuc (Club House) Dom (Caillou)

Capucine’Jams au Starfish Pub, Bordeaux 2016

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (13/10) et Dom Imonk (03/11)

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The Starfish Pub est un endroit bien accueillant, situé au centre-ville, 24 rue Sainte Colombe, dont la nouvelle spécialité est de proposer, outre une belle carte de bières, des concerts et jams jazz un jeudi sur deux, de 21h à 1h du matin. Un nouveau lieu du jazz à Bordeaux, et quatre heures de musique quasi non-stop, pas mal ! Ceci à l’initiative d’un groupe qui monte, le Capucine Quartet, que nous avions déjà eu le plaisir de voir à l’œuvre, il n’y a pas si longtemps au Quartier Libre (cf chronique Blog Bleu du 07/06/16). Thomas Gaucher (guitare) et Félix Robin (vibraphone), principaux compositeurs du quartet, avaient proposé l’idée à Juliette, programmatrice du lieu et fervente habituée des jam sessions londoniennes. Elle avait été emballée par cette perspective. Le but est simple, faire de ces évènements des occasions de rencontre entre divers musiciens, sur des thèmes et musiques variés, moyen pour Capucine de faire mieux connaître de talentueux musiciens, mais trop éloignés des feux de la rampe, et gagnant à être connus. Les festivités ont donc démarré le 13 octobre et ce soir-là, le quartet s’est carrément payé le luxe d’un concert basé sur l’intégrale d’un album culte de Wes Montgomery et Milt Jackson : « Bags meets Wes ». Jouée avec beaucoup de cœur et de ferveur inventive, cette musique a pris un sérieux bain de jouvence, et on a retrouvé avec bonheur les belles envolées de guitare et de vibraphone des frontmen, dont l’élégance et le tact savent pouvoir s’appuyer sur une rythmique de mieux en mieux assurée par les vifs et prometteurs Louis Laville (contrebasse) et Thomas Galvan (batterie), des jazz grooveurs dans l’âme. Nous voici donc embarqués dans une bonne heure d’un vigoureux revival, où la maîtrise impeccable de nos quatre jeunes n’a pas un seul instant failli. On en aurait presque demandé un peu plus sauf que, jam oblige, nos désirs ont été exaucés. Ça a joué du feu de Zeus et des figures bien connues de la jazz night bordelaise se sont succédé jusqu’à pas d’heure.

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Quel plaisir de retrouver une telle fougue et cette brûlante envie de jouer ! Soirée communion offerte par des jeunes passionnés, qui bottent un peu les fesses de la « belle endormie, et ça lui fait un bien fou ! Zig zag de chorus en tous sens, une pèche d’enfer, pourquoi s’en priver ! On se croirait dans un club de Paname ou de la Big Apple, c’est fou ! Aux manettes de la jam, rien que des incontournables : Marina Kalhart (contrebasse), fine et délicate, mais qui ne s’en est certainement pas laissé compter, Charlotte Desbondant (vocal), Louis Gachet (trompette), chaud bouillant, tout comme Jonathan Bergeron et Jérôme Mascotto (saxe), Robin Magord et Mathieu Calzan (claviers). Question batterie, il y avait aussi de la grosse pointure : Louis Lubat, Yoann Dupuy et Thomas Despeyroux, maître des Jazz Night sessions du Quartier libre. Quant aux guitares, Thomas Boudé et Jean-Loup Siaut Surmer, excusez du peu ! Quelques oublis surement, ils nous pardonneront, ou nous le feront savoir, on éditera. Vue l’intensité d’un tel spectacle, impossible de zapper la jam suivante, le 03 novembre !

Là, changement de répertoire pour Capucine Quartet. Ils n’ont pratiquement joué que leurs compositions  comme « Chemin de Barres », « Casa Pino », « Praldo et Fricadin », mais aussi « Take the Coltrane ». Même qualité de jeu pour nos quatre sympathiques capucins du jazz qui nous réjouissent, et un tout nouveau vibraphone aux couleurs stendhaliennes pour Félix Robin : Malletech remplace Bergerault. Une jam d’anthologie suivra ce joli concert, et encore une fois de sérieuses pointures du cru vont se succéder, avec en particulier Alexis Valet, impressionnant,  aussi à l’aise au vibraphone qu’aux claviers. Une playlist très classe : «Half Nelson », « Up Jumped Spring », « I’ll remember april », « All the things you are »,  « I mean you », « Line for lions » et « Freedom Jazz Dance » et une liste de guests à faire pâlir les clubs parisiens. Pour notre plus grand plaisir, retour de Louis Gachet, Thomas Boudé (à la batterie cette fois-là), Mathieu Calzan, Yoann Dupuy, et des petits nouveaux : Guillaume Vallot (contrebasse), Alexandre Priam-Doizy (basse), Pascal Rauzet, Nicolas Allard, Nicolas Baraud  et Martin Arnaux  (guitare);  Simon Lacouture, Jeremy Martin et Clément Bourciquot (batterie) ; Alexandre Aguilera (flûte) ; Mathis Polack et Arthur Laville (sax). Encore une grande soirée et un grand merci à tous ces musiciens, à Capucine quartet en particulier, et à la direction bienveillante et éclairée du Starfish Pub.

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Et puis, comme jamais deux sans trois, nous vous conseillons très vivement de venir retrouver Capucine Quartet et cette bande de jeunes allumés du jazz le Jeudi 17/11/2016 à 21 h. Freddie Hubbard sera au programme, alors pas d’hésitation possible !

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Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (13/10) et Dom Imonk (03/11)

http://capucinequartet.wix.com/jazz

http://www.starfishbordeaux.fr

Andernos … 45ème … ça tourne !

Par Ivan-Denis Cormier, Photos : Philippe Marzat
Inauguré en cette douce journée ensoleillée du vendredi 22 juillet 2016, le 45e festival de jazz d’Andernos s’ouvrait sous les meilleurs auspices. Nul coup de canon pour ameuter le voisinage, mais un modeste « ding » de l’instrument le plus minimaliste qui soit –le triangle– façon subtile d’évoquer le thème des festivités : « Percussions en tous genres, vous êtes désormais autorisées à battre le pavé trois jours durant ! » Dans cette station balnéaire d’ordinaire si sage, si tranquille, du fond du bassin d’Arcachon, où grands parents et familles choisissent de passer l’année au vert, l’été au chaud, comblés par la douceur de l’air, le bleu du ciel et de la mer, le festival de jazz est devenu un temps fort désormais indispensable, une institution sous la protection des élus, pompiers, gendarmes, agents de sécurité, et sous le regard amène des commerçants et artisans qui contribuent à faire d’Andernos un lieu éminemment vivable, et disons-le quasi-paradisiaque pour un festivalier.
Dans un de ces coins de France à dimension humaine où le culte de l’authenticité et de la bonne chère l’emporte encore sur celui de l’argent et du pouvoir, où les barres de béton et  les hypermarchés n’ont guère droit de cité, une musique urbaine aussi peu paisible que le jazz n’allait-elle pas détonner ? Une musique de rebelles, quand ce n’est pas de sauvages, caractérisée par des soubresauts, gesticulations et éructations, une musique d’aliénés qui génère autant de stress qu’elle en libère ; une musique violente qui exprime confusément la rage de ne vivre sans autre horizon qu’horizontalement, de grands axes bruyants, surpeuplés, embouteillés et survoltés et verticalement, d’immenses façades plutôt grises, sinon souillées de graffiti  ? Certains clichés ou a priori ont la vie dure ; un choc culturel brutal, un rejet total étaient à craindre, et pourtant…
A en juger par l’écoute attentive de ceux qui ont eu la bonne idée de venir entendre ces tambourineurs, souffleurs, gratteux produire des sons étranges sûrement venus d’ailleurs, il n’y a ni panique ni révulsion, la curiosité est là et la soif de découvrir des sensations nouvelles évocatrices d’autres horizons finalement pas si lointains que cela semble satisfaite. Toutes les conditions étaient réunies pour favoriser cette écoute. Andernos adhère à des choix esthétiques audacieux –entendez, sans intolérance aucune– dont le jazz est plus petit dénominateur commun. Pour la municipalité, saluons un vrai respect et une volonté d’accueillir non seulement dignement, mais chaleureusement ces visiteurs d’un soir. Admirons l’engagement des énergies locales, rassemblées et organisées, dévouées et généreuses. Le big band qui a l’honneur d’inaugurer la scène du jardin Louis David tandis que les bénévoles servent aux invités boissons, verrines et huîtres a choisi le mélange des genres, signe d’ouverture d’esprit qui correspond bien à la volonté du grand maître des cérémonies Eric Coignat ; idéalement situés et très conviviaux, les lieux sont propices à l’échange, la communion. La ferveur des artistes se nourrissant toujours aussi de celle de l’auditoire, on peut s’attendre à un vrai succès –pas seulement un succès d’estime, manifesté par quelques applaudissements polis– chacun aura compris qu’ici on ne se fiche pas du monde, qu’on offre au visiteur une expérience globale hors du commun. L’effort consenti est aussi financier –l’hospitalité n’est pas un vain mot : la gratuité de ce festival exceptionnel est admirable, c’est l’autre raison qui emporte l’adhésion.
La maison Louis David qui borde le jardin s’est transformée en centre culturel et ce soir, en musée où est présentée une magnifique collection privée d’instruments à vent, des plus rudimentaires –didgeridoo ou chofar — aux plus sophistiqués, trombone à coulisse et à pistons, cornet, trompette ou bugle, saxophone. De surprise en surprise, ce festival-là a pris le parti de nous instruire, d’étonner et de réjouir.

Alexis Valet

Alexis Valet

Direction la scène qui jouxte la jetée, pour y écouter Alexis Valet, vibraphoniste, et son sextet lauréat du tremplin d’Action Jazz cette année. Ce groupe se compose de jeunes et de plus anciens. Percussif dans son essence, son jazz post-moderne déroule des mélodies soignées, des harmonies très travaillées et ne cède jamais à la facilité. Julien Dubois, qui œuvre au saxophone et Sébastien ‘Iep’ Arruti, au trombone, en musiciens accomplis, exposent avec brio des thèmes auxquels ils donnent du sens et de l’expression, s’appuyant sur une rythmique solide ;

Sébastien "Iep" Arruti

Sébastien « Iep » Arruti

Aurélien Gody à la contrebasse pilote le tempo, qu’il souligne, ponctue ou appuie bien par quelques mesures de walking bass, et on se régale du jeu très fin du batteur Jéricho Ballan qui donne à l’ensemble un relief saisissant. A la guitare, quelques accords bien ouverts et quelques lignes mélodiques style contrechant donnent de l’épaisseur et une texture particulière à chaque titre et Yori Moy emploie une palette de sons différente selon les morceaux ; le maître d’oeuvre, lui, est toujours présent mais intervient de façon décisive en chorus,

Jéricho Ballan

Jéricho Ballan

Les compositions sont riches, relativement complexes, du coup, les improvisations présentent pour les solistes de nouveaux défis, car les suites d’accords sont tout sauf conventionnelles et poussent chacun à explorer et à articuler des combinaisons harmoniques inédites, la gageure étant de construire un discours en référence au thème qui s’inscrive dans la tradition jazzistique –variations infinies sur un thème pré défini. Le public a-t-il de l’oreille ? Apparemment oui, et il la prête volontiers –cette curiosité et cette marque de respect de la part de néophytes étonnent dans le bon sens.

Aurélien Gody

Aurélien Gody

Retour au jardin Louis David pour écouter le trio du Québécois Jérôme Beaulieu. Dès les premières envolées on est frappé par la qualité et surtout la précision rythmique de l’ensemble. Ce sera décidément le temps fort de la soirée. La progressivité de la montée en puissance et la netteté des changements de plans sont frappantes. Le public n’a pas à compter les mesures : le groupe lui fait ressentir le découpage de façon évidente, le plonge dans une expérience physique qui prend aux tripes et monte à la tête. Sans compter que l’abord jovial du contrebassiste Philippe Leduc à l’enthousiasme communicatif suscite immédiatement l’empathie. Les trois acolytes emmènent l’auditeur dans un univers assez proche de celui d’Esbjörn Svensson mais en plus dynamique et plus coloré, notamment grâce à un pad de percussions échantillonnées, utilisé par le batteur William Côté avec sagacité et parcimonie. L’utilisation de l’archet par Philippe Leduc est judicieuse et révèle du même coup la justesse des notes (jusqu’à NHOP cela n’a pas toujours été le fort des contrebassistes de jazz) A consommer sans modération.

Philippe Leduc, "Misc"

Philippe Leduc, « Misc »

Pas de faute de goût, finitions impeccables, dans ce répertoire qu’immortalise l’album Misc. , tout séduit et impressionne. La maîtrise des volumes, des masses et timbres sonores, le soin apporté à l’architecture et les surprises que créent les variations montrent un formidable travail de composition et de cohésion instrumentale en amont. Dans l’entame des morceaux, on réalise que l’accentuation des notes, qui définit la pulsation avant même que n’interviennent la basse et la batterie, est parfaitement dosée et que le toucher du pianiste est bel et bien magistral. L’on comprend que Jérôme Beaulieu traite résolument le piano comme un instrument à percussion (il l’est par nature, mais ses autres attributs ont peut-être fait oublier qu’il peut aussi se réduire à cela) c’est un choix esthétique qui ravit. Et lorsque le ‘drive’, l’énergie d’un couple contrebasse-batterie dansant prennent le pas sur la mélodie, le pianiste choisit d’exploiter la diversité de timbres que permet la fonction percussive de son instrument, d’étouffer toute résonance en posant la main sur les marteaux à l’intérieur du piano ou de gratter quelques cordes. L’effet est saisissant.

Jérôme Beaulieu "Misc"

Jérôme Beaulieu « Misc »

Très conscients de l’abrasion que produit une trop grande complexité harmonique sur des oreilles non exercées (ou pas assez endurcies, comme on voudra) le groupe a choisi de s’inspirer de musiques réputées moins savantes, le rock ou la pop, et de privilégier une rythmique à la fois complexe et abordable, stimulant en nous quelque chose de plus viscéral, de plus immédiat, et ça marche ! Pas de déchet, rien n’est gratuit… sauf le concert lui-même ! Dans cette recherche de la perfection d’exécution, de la pureté, de la gaieté et de l’ardeur juvénile, il y a une fraîcheur qui tranche sur les productions cérébrales purement expérimentales comme sur celles bien trop lisses qui répondent à des exigences commerciales. Cette nouvelle génération enterre joyeusement les fossiles (leurs aînés, héros couverts de gloire, se retrouvent aujourd’hui dans la position d’anciens combattants arborant leurs médailles et avançant avec peine lors de commémorations officielles).

Je ne le cacherai pas, une certaine amertume m’envahit lorsque je vois se caricaturer elle-même telle ou telle légende des années 60 ou quand je vois se produire des stars qui ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, une certaine fierté aussi quand je vois de jeunes musiciens reprendre le flambeau et se battre à leur tour en revisitant les standards avec conviction et inspiration ; cependant je me dis qu’avec Misc, on assiste à tout autre chose, car là où les anciens alpinistes traçaient péniblement des voies dans un environnement hostile pour arriver au sommet, eux partent du sommet et dévalent à toute vitesse des pentes vertigineuses après avoir pris le télésiège, mais qui peut en vouloir à ces jeunes talentueux de faire du hors-piste ? Dans la voie qu’ils ont choisie, les obstacles et les aspérités sont multiples, mais les difficultés du parcours sont effacées par la sûreté des trois musiciens. Au final, c’est un peu comme si l’auditeur était un randonneur novice amené à suivre un sentier de haute montagne balisé par des guides expérimentés.

Du Quartier Libre au Chat qui Pêche. Bordeaux 03 juin 2016

Par Dom Imonk

 

Capucine Quartet

Capucine Quartet

En quelques mois, le Quartier Libre est devenu un lieu incontournable des nuits Bordelaises, en accordant certains soirs une attention particulière au jeune jazz émergeant de la Cité. En effet, beaucoup de nouveaux talents, dont une majorité formée au Conservatoire tout proche, viennent y jammer tous les mercredis, à partir de 18h, et c’est l’occasion de les découvrir, dans ce lieu que peu à peu ils s’approprient, pour notre plus grand plaisir. Grâce en soit rendue aux clairvoyants programmateurs. Mais il n’y a pas que le mercredi qu’on y festoie, pour preuve, vendredi dernier se produisait « Capucine Quartet », un tout nouveau groupe formé de quatre jeunes et talentueux musiciens du cru, qui sont venus raconter leur histoire en quelques thèmes bien inspirés, et joliment tournés. L’écriture, c’est surtout le fait de Thomas Gaucher (guitare) et de Felix Robin (vibraphone) mais, à ce qu’ils nous ont confié, cela devient vite affaire commune, en partage d’idées avec Louis Laville (contrebasse) et Thomas Galvan (batterie). Thomas Gaucher nous cite ses riches influences, de Grant Green à Lage Lund, en passant par Kurt Rosenwinkel, et on en retrouve quelques sucs dans son jeu agile, au boisé élégant, tout en restant sobre et roots dans ses effets et ses sons. Il y a une réelle complicité entre tous, et en particulier avec Felix Robin qui, d’une belle envolée, a ouvert « Intership », l’un des titres phare du quartet. Grâce, fluidité et couleurs marquent son jeu déjà bien assuré, sur un magnifique Bergerault, et fondent une vraie alliance avec le guitariste. L’autre moitié du groupe est indispensable. Une rythmique solide et inventive, qui charpente à ravir ce jazz frais et acidulé, par les lignes de basse sobres et efficaces de Louis Laville, se partageant entre walkings effrénés mais domptés et chorus volubiles, et par le subtil drumming de Thomas Galvan, dont on retrouve avec plaisir le tact et la délicatesse sur les balades, aux balais et dans quelques bruissements coloristes, mais qui se révèle redoutable s’il s’agit de grossir le trait et d’initier un puissant pouls binaire, quand le ciel du tempo s’obscurcit. D’autres compositions comme « Armand », « Journal du Dimanche », « Casa Pino »et les standards « If I should lose you » (Robin/Rainger) ou « Pent-Up house » (Rollins), achèvent de nous convaincre qu’il faudra suivre de près ce « Capucine quartet », dont on se régalera des floraisons futures !

La Jam du Quartier Libre

La Jam du Quartier Libre

Et comme toujours au Quartier Libre, après une pause houblon bien rafraîchissante, voici venu le moment tant attendu : une jam libre et délurée, et de celle-ci, on se souviendra. Alexis Valet, figure marquante de ces lieux (et de quelques autres…) et musicien très pointu, s’empare du vibraphone, dont il semble jouer à quatre mains, et c’est reparti ! On rappelle que son sextet a remporté le Prix du Jury du Tremplin Action Jazz 2016, et qu’on retrouvera cette vive formation à Quinsac, le dimanche 12 juin à 13h30 Place de l’Église, dans le cadre du Festival Jazz360. La fête a donc repris, en un bien joyeux festival où se succèderont Louis Gachet à la trompette, Alexandre Aguilera à la flûte, Alexandre Priam-Doizy à la basse, Nicolas Girardi puis Yoan Dupuy à la batterie, Charlotte Desbondant et Émeline Marcon au chant, ainsi qu’un grand gaillard à l’accordéon. L’un des doigts de Jonathan Bergeron n’étant pas disponible pour jouer du sax, celui-ci nous a quand même offert en final un scat d’anthologie, qu’on n’est pas prêt d’oublier ! Soirée bouillante, finie sur les chapeaux de roue, on en redemande ! Il faut vraiment assister à de tels concerts dès qu’on le peut, venir voir ces jeunes musiciens, discuter avec eux, être présent et les encourager. Il y a de la vie pour un jazz tous âges dans la nuit Bordelaise, il faut bien la pister, elle serpente un peu partout. Preuve en est que, sur les conseils d’un avisé camarade, nous nous sommes ensuite retrouvés à cinq minutes de là, au Chat qui Pêche, pour un autre superbe concert…

http://capucinequartet.wix.com/jazz

http://quartierlibrebordeaux.com/v1/

Alex Golino Quartet

Alex Golino Quartet

Il est presque minuit, rien de mieux que les choses imprévues même s’il se fait tard. Nous voilà donc arrivés au Chat Qui Pêche, cercle associatif qui, une bonne partie de l’année, propose des artistes de diverses tendances, dont celle du jazz. Thomas Saunier, responsable du lieu, nous accueille chaleureusement, pour l’un des derniers concerts de la saison, la programmation devant reprendre en septembre. Ce soir, c’est le quartet du grand Alex Golino qui se produit. Muni de son imposant saxophone ténor, il va nous faire rêver, accompagné de trois superbes pointures : Hervé Saint-Guirons à l’orgue électronique, Didier Ottaviani à la batterie et Yann Pénichou à la guitare. Le concert est à peine commencé et l’on admire le cadre de ce lieu, à la touche kitsch intemporelle qui ravive les mémoires, comme cette affiche du festival Sigma 1985. On s’assoie dans de profonds canapés un peu usés, ou sur des chaises au bar, on est bien calé, et en position idéale pour l’écoute. La musique flotte tel un nuage ensoleillé et les envolées d’Alex Golino soufflent des brises d’été dont la grâce et la volupté sont d’une classe assez irrésistible. Son jeu subtil et patiné nous envoute. Les thèmes abordés sont variés et mettent quelques glorieux aînés à l’honneur. On fond à l’écoute des « Corcovado », « Wave » et autre « O grande amor » de Jobim, qui placent notre saxophoniste à de limpides altitudes, jadis fréquentées par Stan Getz et Joe Henderson, quoiqu’on puisse parfois penser à un Harold Land. Le groove a aussi marqué cette intime soirée, le public arrivant petit à petit en quête d’after hours. Ainsi, quelques perles de Kenny Burrell, mais aussi de Wes Montgomery, sont  venues à point nommé souligner la belle inspiration du jeu précis et expert d’Hervé Saint-Guirons et de Yann Pénichou, deux associés défenseurs du son vintage, pur et sans fard, qui vénèrent ces artistes et n’ont pas hésité à prêter leur âme à ce fin répertoire. Rappelons que l’an dernier, nos deux compères s’étaient retrouvés sur le superbe « Up & Down » du Yann Pénichou Organ Trio. Tout le monde s’est donc visiblement régalé de « Far Wes », « SOS » et du mélancolique « West Coast Blues » de Wes Montgomery, mais aussi de thèmes plus classiques tels que  « Kenny’s sound » et « Chtilin’s con carne » de Kenny Burrell. Autre artisan du son du quartet, Didier Ottaviani, qui est probablement l’un des batteurs les plus passionnants qui soient, car une élégance naturelle se retrouve en tous points et coins de son jeu. Chez lui, tout est affaire de couleurs savamment dosées, de scintillements qui luisent plus qu’ils n’éblouissent,  ses roulements, attaques et breaks d’une délicate précision, effleurent à baguettes retirées dès l’impact, en faisant danser les sons, avec légèreté et en douce vélocité. Au cours des deux sets, comme pour adoucir un peu plus l’atmosphère, le groupe nous a aussi joué quelques autres pépites, gorgées de feeling, parmi lesquelles « Invitation » (Kaper/Washington) et « Love letters » (Victor Young), histoire de jouer les chats, avec nous les souris, et de pêcher l’envie de bien vite les retrouver.

http://chatquipeche.niceboard.com/

Arcades fire à Saint-Macaire

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

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Il fait un froid de loup, des courants d’air humides chargés de la pluie qui tombe s’immiscent entre les piliers des arcades séculaires partiellement protégées par des bâches tendues à la hâte suite au déplacement à l’abri du concert. Ces arcades pourtant les musiciens vont y mettre le feu.

Tous les amateurs de jazz du Sud Gironde et aussi les étrangers de la grande ville comme nous, attendaient cette soirée avec impatience. Grâce notamment à Herbie Hancock et sous le patronage de l’UNESCO existe depuis 2011 “la journée internationale du jazz” . Deux événements majeurs cette année dans ce cadre, l’aimable concert à la Maison Blanche chez Barack, et donc cette soirée à Saint-Macaire. Les amis du Collectif Caravan, de Simone et les Mauhargats, de l’associaton l’Ardilla et de la Belle Lurette ont relevé le défi et organisé celle manifestation dans la cité médiévale de Saint-Macaire.

Point d’orgue – sans orgue – de cette manifestation le concert du trio Thomas Bercy (p), Jonathan Hédeline (cb) et David Muris (dr) avec des invités de luxe, les jeunots Alex Aguilera (fl), Alexis Valet (vib) et le trop rare Jean-Christophe Jacques (ss, sa, st). Bruno Bielsa (t) le local de l’étape viendra aussi les rejoindre.

Le répertoire fétiche du trio est celui de McCoy Tyner, rien moins.

Mais avant, en même temps que ne commence le bal des merguez des saucisses et des tire-bouchons, l’école de musique locale de l’Ardilla nous offre avec ses élèves une première partie pleine de promesses avec un répertoire de qualité allant de Miles Davis (“Jean-Pierre”) à Stevie Wonder (“Superstition”) en passant par Julien Lourau. La “salle” est pleine malgré le sale temps, le bordeaux et le sainte-croix du mont aidant un peu à préchauffer les corps.

Dans ce lieu chargé d’histoire médiévale, les ménestrels apparaissent, comme descendus des cadres de l’exposition des clichés de Thierry Dubuc et Alain Pelletier, les photographes d’Action Jazz, où ils figurent en bonne place (jusqu’à fin mai). Déjà magnifiquement réels sur les photos les voilà de chair et d’os.

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Le concert va être à la hauteur de l’attente. On a déjà entendu le trio et des invités dans ce répertoire qu’il maîtrise parfaitement (voir chroniques du 24/1 et 22/2 sur ce même blog) mais ce soir, là formation à géométrie variable, du trio au septet, va se sublimer. Oubliés les doigts gelés sur les touches, les baguettes et les cordes, la sueur va même perler sur le fond de Thomas Bercy qui comme toujours ne ménage pas son énergie. Bon sang mais quel pianiste dans ce registre fécond de McCoy Tyner !

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Jonathan Hédeline de sa stature de commandeur, impassible derrière sa grosse boîte va border toute cette énergie, il est incroyable de maîtrise rythmique et ses interventions solitaires sont toujours très musicales.

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Avec lui derrière – et oui toujours derrière – David Muris, tantôt en force tantôt en nuance avec les balais, balise le chemin de son tempo, pas facile avec une musique aussi riche et variée. Le trio est en osmose ça se voit, ça s’entend.

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Quant aux invités ils vont épater tout le monde. Les deux jeunes n’ont jamais joué avec les deux autres, ils ne se connaissaient pas. Les regards admiratifs des uns envers les autres et réciproquement lors de chorus vont être éloquents du plaisir de leur rencontre. Alex Aguilera et sa flûte s’envolent régulièrement vers des sommets et Alexis Valet au vibraphone ajoute cette couleur cristalline avec une virtuosité de plus en plus maîtrisée. Pourtant ils ont presque les doigts gelés.

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L’invité spécial du jour, Jean-Christophe Jacques, nous met en pratique les propos qu’il a tenus sur l’improvisation lors de sa conférence d’avant concert à la Belle Lurette. Prise de risque absolue pour un plaisir musical non dissimulé. Que ce soit au sax alto ou avec ses deux bêtes de course l’alto et le ténor (mais qu’ils sont beaux ses Keilwerth !) il va sublimer ce répertoire en parfaite osmose avec le trio original ; on le sent vraiment dans le truc. Bruno Bielsa et sa trompette gillespienne au pavillon tendu vers le ciel, va venir livrer avec lui quelques folles joutes ! On a oublié le froid, c’est arcades fire à Saint-McCoy !

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Le « Walk Spirit, Talk Spirit » final est époustouflant, joué et étiré en septet au tempo de métronome du rimshot de David. Pas de rappel demandé car tout le monde, musiciens compris, repart vers la Belle Lurette pour une jam de clôture, un bonus de deux heures qui va s’avérer magnifique dans le bar bondé.

Cécile la chef d’orchestre du jour est enfin soulagée ! Dire que l’annulation a un moment été envisagée à cause de la météo ! Bravo et merci à tous les bénévoles qui eux aussi ont pris part au succès de la soirée. Quelle belle initiative que de faire vivre culturellement ces territoires à l’écart des grandes villes. Quelle merveilleuse ambiance cela produit ! Quelle belle soirée conviviale et musicale.

L’an prochain on annonce du beau temps ça va être énorme !

 

Thomas Bercy Trio et Alexis Valet : les magiciens d’Uz

par Philippe Desmond.

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Un dimanche à la campagne, direction le bout du monde ou plutôt un autre monde : Uzeste. Déjà en arrivant on prend la Collégiale en pleine gueule, énorme pour ce petit village du Bazadais, une église qui s’est étoffée en un édifice des plus massifs grâce à la promotion de l’Uzestois Bertand de Got à la fonction de pape sous le nom de Clément V au XIVème siècle.

Une autre figure – que je n’oserai pas baptiser pape même s’il est quelque part un missionnaire – a rendu célèbre ce village, Bernard Lubat bien sûr et sa Compagnie. D’ailleurs en ce dimanche après midi vient de s’achever l’Uzestival Hivernal 2016. Le concert de ce soir y est associé.

Une troisième personne a pris aussi de l’importance à l’ombre de ces deux piliers et donc avec l’assentiment du second, il s’agit de Marie-Jo Righetti la patronne du Café du Sport qui programme elle aussi de la musique en complément de l’Estaminet.

Ici on n’est pas au Sunset ou à la salle Pleyel, on est dans un bar, un vrai, un cercle comme on disait avant. On ne sait d’ailleurs pas très bien la limite entre la salle et les parties privées, on a l’impression de se trouver dans la salle à manger dont les meubles ont été poussés. Le zinc bien sûr avec ses piliers qui certainement connaissent mieux la musique de la note rouge ou jaune que celle de la note bleue , un vieux buffet par ci, un vaisselier et sa collection de louches par là, la cheminée noircie, le bureau en ordre modéré ; dehors sous la tonnelle ça discute, ça rigole. On est à la maison.

Le lieu va se remplir petit à petit, les randonneurs attirés par un temps très clément – normal ici – venus se rafraîchir laissant la place aux amateurs de jazz ou simplement aux habitués du dimanche soir. Tout le monde a l’air de se connaître. Toutes les générations sont représentées, il y a des enfants partout, un chien vous passe entre les jambes , il ne manque que les poules et les canards. Attention pas de condescendance dans mes propos, avant de devenir un banlieusard boboïsant je vivais à la campagne dans un petit village où je reviens souvent et je suis cent fois plus à l’aise dans un lieu comme ce soir que dans des salons dorés ou des bars hype au design nordique épuré.

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Mais parlons musique un peu, enfin !

Marie-Jo en association avec le Collectif Caravan actif dans le Sud Gironde a fait venir le trio de Thomas Bercy (piano) ; Jonathan Hedeline tient la contrebasse (doghouse aussi en Anglais, tiens revoilà le chien qui passe) et David Muris remplace Elvin Jones à la batterie ; et oui ce soir au programme on a droit au répertoire de McCoy Tyner, peut-être mon pianiste préféré et quel compositeur ! Mais le trio aime inviter comme récemment dans plusieurs lieux bordelais – voir la chronique de Dom Imonk du 24 janvier – et ce soir Alexis Valet et son vibraphone sont mis en avant. Rappelons qu’Alexis a récemment gagné avec son sextet le Tremplin Action Jazz 2016. Dans ce bar où les parties de belote sont légion le Valet ne peut être qu’un atout maître pour la tierce de Thomas Bercy ; il va l’être.

« African Village » ouvre le feu car il s’agit bien de feu avec McCoy Tyner, une musique puissante énergique, foisonnante assise sur cette rythmique cyclique caractéristique de la contrebasse tirant souvent vers la transe. Paradoxe de la chose, cette musique d’apparence complexe s’appuyant sur des bases mélodiques simples qui accrochent l’oreille reste accessible et devient vite envoûtante.

Justement voilà la mélodie de « Just Feelin’ » idéale pour le vibraphone d’Alexis qui distille ses gouttes de pluie sur un orage de piano. Thomas a bien la patte de McCoy, main gauche énergique et main droite prolifique. Jonathan et son élégance – même vestimentaire – régale et se régale, quant à David lui aussi est dans l’esprit du grand Elvin avec cette utilisation des toms medium et basse si caractéristique.

Puis « Sama Layuca » et sa mélodie aux accents orientaux, la légère ballade « Aisha » encore plus adoucie par l’harmonie du vibraphone ; Alexis y excelle vraiment. Arrive « Passion Dance » avec un invité surprise, Brice Matha au sax soprano (du sextet d’Alexis primé au Tremplin) qui va participer grandement au décollage du désormais quintet juste avant la pause.

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Sympa la pause, l’occasion de discuter dehors devant l’engageant  panneau « Les Pyrénées 210km » sous un soleil encore chaud pour février, avec les musiciens, les amis, d’autres musiciens, des inconnus, les voitures devant ralentir pour utiliser la seule file restante. Et en plus Marie-Jo nous offre de délicieuses merveilles, Uzeste c’est cool je vous dis.

Ça repart avec « Changes » et son swing puis voilà le superbe « Utopia » dont les notes me parvenaient pendant la balance lors de ma visite de la collégiale voisine ; un bonheur. « Contemplation » calme un peu le jeu avant l’emblématique titre d’Antonio Carlos Jobim « Wave » magnifié par McCoy Tyner et qui nous est restitué ici. Une intro déferlante au piano pour voir surgir cette si belle mélodie, les chorus des uns et des autres s’enchaînant magistralement. Quel beau concert ! Et c’est pas fini comme dit l’autre car arrive la petite musique de « Walk Spirit Talk Spirit » sur ce beat de transe et cette assise envoûtante de contrebasse. Et ça tape dans les mains, ça remue, ça danse, les enfants notamment ! Superbe final, jouissif !

Rappel obligatoire avec « Blues For Gwen » les musiciens n’en peuvent plus après avoir tant donné, ils en rient, tout le monde en rit, tout le monde est heureux !

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Dehors la Collégiale se détache de la nuit, à l’intérieur, le seul qui n’a pas bougé ce soir, le gisant de Clément V en marbre blanc de Carrare ; d’ailleurs avec une telle énergie musicale qu’est ce qu’on en sait s’il n’a pas bougé ?