Les photographes d’Action Jazz s’exposent. Concert d’OD en bonus

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat Lire la suite

Jam Jazz Bordeaux – Rentrée 2017/2018

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre et Starfish Pub) et Dom Imonk

Quand arrive Septembre et ses rentrées plus ou moins gaies, il faut bien se faire une raison, c’est la reprise ! Alors pour se consoler, rien n’interdit de lorgner un peu sur les soirées de ce qui est encore un peu l’été. Et là, bizarrement, le sourire revient vite si l’on parle des concerts à venir, mais aussi et surtout, des fameuses « jam » jazz, car il s’en passe de bien bonnes dans le Bordeaux by night, on est ravi de les retrouver et la saison 2017/2018 se présente au mieux. Tout a commencé pour nous le 1° septembre au Bar l’Avant-Scène au 42 Cours de l’Yser, où le mystérieux trio « Mimoon » doit y démarrer les hostilités. Ici, on aime aussi le rock, comme en témoignent quelques affiches, AC/DC, Frank Zappa etc… Un lieu très accueillant et chaleureux, vraiment ouvert à toutes influences. « Mimoon » c’est Clément Bourciquot à la batterie, Félix Robin au vibraphone et Louis Laville dit « Vendeen » à la contrebasse, ces deux loustics formant la moitié du groupe Capucine. Le concert est filmé par Jérôme Mascotto, saxophoniste qu’on retrouvera plus tard, et féru de cinéma. Les choses jazz vont déjà bon train, les standards se bousculent et s’étirent avec  passion, alimentés de chorus et d’échanges qui instaurent une ambiance club dans laquelle on se sent bien.  Les « jam addicts » sont arrivés, et c’est du costaud ! Mathieu Calzan, qui investit le piano droit du bar et en titille avec délice l’ivoire, Louis « Cash Express © » Gachet (from « SF »), qui dompte sa brûlante trompette à la « hubbarde » et en extirpe des sons très « shaw », Jérôme Mascotto donc, et son beau saxophone tout neuf, et ce son engagé et chaleureux qui est sa marque. On n’oubliera surtout pas les « drumming » impeccables que distillent tour à tour Yoann Dupuy et Thomas Galvan, ainsi que la finesse de la contrebasse de la douce Marina Kalhart, qui nous quitte pour Copenhague (mais que l’on reverra), fidèle de ces jam et dont on avait apprécié le récent projet « Melodious Tonk » en trio avec le batteur Simon Lacouture et le guitariste Patrick Bruneau.

Mimoon Trio

Clément Bourciquot et Marina Kalhart

La semaine suivante, cette joyeuse animation n’allait certes pas se calmer, vu que dès le lundi, ce fut au tour de Thomas Despeyroux, exquis batteur et grand artificier de la jam bordelaise, d’ouvrir celle du Café des Moines au 12 rue des Menuts, pour laquelle il a invité deux jeunes pointures de la scène parisienne : Simon Chivallon aux claviers, que l’on connait bien chez nous (Edmond Bilal Band, Alexis Valet 4tet & 6tet, Gaëtan Diaz 5tet, JarDin…), et Gabriel Pierre à la contrebasse, excellent musicien et hyper actif dans foule de jams parisiennes, mais que l’on a aussi grandement apprécié à Marciac, au sein du trio d’Alexandre Monfort. On a plaisir à le retrouver le lendemain pour une nouvelle jam jazz, organisée elle aussi par Thomas Despeyroux tous les mardis en un nouveau lieu : Le Bad Motherfucker Pub (ce nom !) 16 Cours de l’Argonne. Accueil sympathique, salle assez vaste avec un beau billard tout au fond, on peut grignoter et la bière est bonne, bref. Il nous propose un trio très pointu et bien en jambes, d’autant qu’il marque le retour de Guillaume « Doc » Tomachot en excellente forme, qui nous gratifiera d’un suprême chorus enflammé sur le « Mr P.C. » du Trane, son sax est chaud bouillant ! Pour la jam arrivent un batteur mystérieux, mais aussi Alexis « Elastic » Cadeillan qui s’empare de la basse et va la faire danser, ainsi qu’à ses côtés le fort talentueux Rémi Dugué-Luron, armé d’une guitare acoustique électrifiée un peu vintage, dont il extirpera les plus beaux sons de son âme manouche.  Superbe entente improvisée qui fait de cette première une réussite, on y reviendra !

De g à d : Gabriel Pierre, Thomas Despeyroux et Guillaume « Doc » Tomachot.

Jam Badmotherfucker Pub

Le lendemain mercredi, c’est probablement la jam jazz la plus en vue de Bordeaux, la « Jazz Night Session » du Quartier Libre (lequel fête d’ailleurs ses deux ans d’existence !), 30 rue des Vignes aux Capus, tout ça grâce à Julian et son équipe, qui y ont cru dès le début mais aussi à celui dont c’est presque la fille spirituelle, Thomas Despeyroux, vrai « master of ceremony » que revoila en super forme, à la tête d’un quartet sacrément musclé. Avec lui on retrouve Guillaume « Doc » Tomachot visiblement ragaillardi par la soirée d’hier, il le prouvera tout au long du set, alors que la belle Laure Sanchez tient la contrebasse et nourrit le groove, son associé de trio Robin Magord s’y entendant à merveille pour faire jongler les bulles herbiennes. Tout fonctionne au quart de tour et cette superbe mécanique jazz poursuivrait bien sa route dans la nuit, si dame jam ne piaffait pas d’impatience à venir en découdre avec la note bleue improvisée. Ce soir c’est noir de monde et les musiciens sont légion. Alexis Valet a laissé son vibraphone à Paris, mais le clavier encore tiède de Robin Magord n’a pas de secret pour lui, alors il s’en empare avec élégance, bien décidé à ne pas s’en laisser compter et à en tirer les phrases perchées que l’on aime chez lui. La bande des aficionados est réunie pour écouter ses potes ou s’en donner à cœur joie sur scène. On cite Marina Kalhart, Louis Gachet, Mathieu Calzan, Jéricho Ballan, Louis Laville, Félix Robin et surement quelques autres… Vous ne croyez tout de même pas qu’ils allaient laisser passer une telle occasion, mince, c’est la rentrée ! Soirée de rêve dans un torrent jazz bien fresh, jusqu’à tard dans la nuit, ce sera dur de se lever le lendemain, mais quel pied ! Puisqu’on parle du Quartier Libre, profitons-en pour rappeler qu’il offre aussi une table inventive et gouteuse, et qu’en plus d’une riche programmation de concerts en tous genres, où ne sont pas oubliés le rock, le slam, l’electro, l’avant-garde, bruitiste ou pas, bref, tout ce qui sonne « mutant sound », d’autres jams que celle jazz s’y tiennent comme la « Jam Old Jazz » (le mardi), la « Jam Blues Funk » (tous les 1° jeudis du mois) et la «Soul Jam Party » (le samedi) , alors ne les manquez surtout pas !

 

De g à d : Thomas Despeyroux, Guillaume « Doc » Tomachot, Laure Sanchez et Robin Magord.

De g à d : Jericho Ballan, Louis Gachet, Louis Laville et Alexis Valet.

Le jeudi de la semaine suivante, nous voici rendus au Starfish Pub, 24 rue Sainte Colombe. C’est la rentrée d’une jam qui existe depuis un an et s’y tiens les 1° et 3° jeudis du mois. Menée par le groupe Capucine – on ne présente plus Thomas Gaucher, Félix Robin, Louis Laville et Thomas Galvan – les festivités sont reconduites pour la nouvelle saison et on s’en réjouit ! La journée a été rude pour certains car il y avait audition au Conservatoire tout proche, sous la houlette de l’invité du soir, Julien Dubois, leur professeur et aussi leader du groupe JarDin. Nos musiciens arrivent fourbus, mais ils n’en laisseront rien paraître tout au long d’un set consacré au grand Wayne Shorter, dont on fêtait en août les 84 ans ! Peu de thèmes mais magnifiquement développés et un Julien Dubois au jeu riche, militant et combatif, et quelque fois risqué, sa patte « mbase » ressortant par moment ses griffes pour aciduler ses remarquables phrases, dont certaines un soupçon free style. La fatigue a comme disparu et Capucine tient bien le rythme, le flow et les chorus assurent, nos quatre jeunes gaillards rendant élégamment honneur à leur professeur, même si les doigts de Vendeen sont en surchauffe. La jam va suivre et ça va jouer du feu de Zeus jusqu’à pas d’heure ! Quelle énergie, quelle passion, quelle force collective ! On a retrouvé là toute la « bande » déjà croisée précédemment, avec de nouvelles têtes comme Mathieu Tarot et David Bonnet à la trompette, Joseph Rouet-Torre à la guitare et Alexandre Aguilera, sans sa flûte car il a décidé de reprendre son sax pour les jam, et c’était très réussi pour une première ! Bordeaux, la « belle endormie » ? Pas si sûr ! Ces jams le prouvent et vous font de l’œil, ne vous en détournez pas ! Tous ces lieux et ces musiciens vous ouvrent en grand les portes de leurs nuits étoilées ! Alors n’hésitez pas, venez donc y faire un tour, ils n’attendent que ça, et vous ne serez pas déçus !

Capucine et Julien Dubois

Jam Starfish

Jérôme Mascotto et Mathieu Calzan

Jam Starfish

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre et Starfish Pub) et Dom Imonk

barlavantscene.fr

cafedesmoines33.com/

quartierlibrebordeaux.com/v2

starfishbordeaux.fr

 

L’improRobotique Dialogue – Cie Lubat

Molière – Scène Aquitaine, 18 mai 2017
Par Alain Flèche, photos Alain Pelletier

Avec, dans le dés-ordre et en toute pertinence : Bernard et Louis Lubat, Jaime Chao, Fabrice Vieira, Jules Rousseau, Thomas Boudé, Juliette Kapla, Tanguy Bernard + Gaël Jaton, Hugo Dodelin, Olivier Ly, Clément bossu.

1er Acte – nous étions quelques-uns à découvrir, le mois dernier à Uzeste, un peu avant une prestation libertaire mémorable du trio (et +) “Das Kapital”, un nouveau projet du maître de céans, annoncé “électro-acoustique”, avec presque la même équipe, qui paraissait être une belle exploration, mais encore trop proche des origines du genre, évoquant Pierre Henri ou Xénakis, sans laisser entendre une nouvelle orientation originale, justement, malgré un évident désir de communication, par des moyens et instruments, où les claviers deviennent numériques et abstraits, traitant sons et humeurs par filtres synthétiques dont se cherche encore quelque sentiment…

2ème Acte – la bande à Lubat, jeudi dernier, sort de résidence de “Molière –..”. je n’y suis pas. Il se dit : comme il me reste impression précédente…

3ème ! Ha ! Ah ! Les voilà ! Tout beaux tout neufs. Une scène avec des instruments plus “physiques”, voir “connus” (piano de Lubat, batterie de Louis, des guitares, basse, voix [là, il y a Juliette en plus, qui joue d’elle, et donne une folubie gracieuse et forte et vraie, qui n’efface pas pour autant, du tout, le boulot, plus dans le son que le texte, de Fabrice] et puis les ordis, qui font que plus rien n’est ni ne sera comme avant leur arrivée dans la sphère musicale, et des micros qui recueillent tous les sons et bruits qui s’en approchent. Et surtout, plein de trucs, par terre, et sur un plateau soutenu de tréteaux, où se bousculent des machins en plastoc, en peluche ou métal, plutôt jouets, près à bouger, déjà frémissants de clignotements d’yeux lumineux impatients.

Et ça démarre. Tranquille, pour voir, et s’entendre, et dire. Bernard, piano, qu’il traite, de tout. Au fouet, doucement, et puis des espèces de jouets encore, qui rebondissent sur les vibrations des cordes qui les portent et les supportent. Louis le rejoint de mailloches, frôlent et frappent fûts et frames. Les autres cordes arrivent, s’installent, puis, les sons multiples de Vieira. Et puis, voilà, les plus tellement jouets, plutôt robots qui bougent. Mis en scène, en lumière et en sons. Jaime joue d’un drone aérien et on ne sait qui dirige l’autre et le fait danser. Il est là, ici, partout. Fée Clochette ou hélico de “Apocalypse Now”, d’où début d’un doute. Devant scène, des bestioles plastic s’agitent, s’attirent, s’agrippent, se fâchent et se lâchent. La musique ne cède devant rien de ces jeux qui semblent leur échapper… mais non. Tout est construit maintenant.. Aboutit, en place, mots, motivation, actes, actions et participactions de ce qui fait sons et sens. Des mots, Juliette en dit. Tra [lala] duire. Tourne autour et décortique ce verbe par le sien plus ou moins propre. Des mots jetés et rattrapés au vol, au moment où ils ne disent plus rien, mêlés, retournés, détournés, en-chantés, reprennent sens et vie, en d’autres langues aussi. Triturés, mis en chantier, dentelés à coup de programmes multibits insensés mais dit-gérés, les ordis s’emparent subrepticement et de plus en plus viol-amant des mots envolés, volés à leur génitrice pas triste qui crie et hurle des volées logorrhées diction par scission inventée. Les tambours noie le poison en assourdissant les parties son. Le piano, pas ni, ni, pas nô non plus, juste juste où il fait. Des pincées de cordes pincées se parent de sens, partent en l’air de rien, parlent entre elles et se mêlent aux restes des sons. Aussi des souffles et des drôles de bruits. Plein. On ne s’en plaint pas !

Sont-ce les robots qui gesticulent dans tous les sens, dans tous les coins, passent, s’affrontent, se calment, repartent ailleurs, qui induisent les sons qui eux, se transforment, et avec quelle aisance !, en musique, ou bien ce sont les musiciens qui pensent diriger leur instrument vers les mouvements choisis des robots qui en prennent à leur aise ? Qui sont les maîtres à bord ! Le navire singulier, pluriel, chahute. La réponse se trouve entre les yeux et les oreilles, et appartient à chacun des acteurs et des auditeurs qui sourient, rient à l’éclat latent de la performance. Et puis les questionnements remplacent le confort de l’écoute passive, puisque nous sommes interpellés, happés dans l’imaginaire des compositions qui nous sont adressées. Tous ces petits machins qui envahissent la scène et les sens font sens. Le divertissement devient une lutte ! Les rires sonnent faux, les sourires se crispent. Qui sont donc les robots ? Nés de nécessité de jeu, de commerce, ils commencent à vouloir gérer leur vie propre. Malhabiles puis de plus en plus précis, forts de leur multitude, ils ne semblent désormais répondre qu’à leur désir, encore embryonnaire pour l’heure, d’indépendance, de liberté, et de conquête. Peut être est-ce pour de rire, peut être pas, plus. Éblouis nous sommes, de sons neufs, mais gênés des questions posées, et ne s’arrêtant pas là où il suffirait. Le doute donc, les sièges deviennent moins confortables, les joujous rigolos nous inquiètent, prêts à déborder de la scène, à outrepasser leur rôle ludique. Les musiciens improvisent, les robots vont plus loin déjà, qui les retiendra ! La musique ne s’arrêtera pas, le progrès non plus. Au se cours la compagnie, il fait peur, comme il fait noir.

Une heure de spectacle, il faudra quelques jours pour s’en remettre.

Alexis Valet in Bordeaux, Février 2017

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre) Thierry Dubuc (Club House) Dom (Caillou)

 

Ça faisait belle lurette qu’Alexis Valet n’était pas revenu taquiner les marteaux de son vibraphone Musser dans le 3.3, et il nous manquait beaucoup ! A ses amis musiciens d’abord, puis à nous, ses addicts, son public, lui qui avait éberlué le jury du Tremplin Action Jazz 2016 avec son sextet, et en chopa tranquille le grand prix. Le Festival Jazz 360 ne s’y trompa pas en juin dernier, en le programmant dans la foulée à Quinsac, et le festival de jazz d’Andernos non plus, le mois suivant. Et puis nous l’attendons de pied ferme à Beautiran, en juin prochain, dans le cadre du Jazz & Blues Festival, et en divers autres projets, mais chut, on vous dira tout au moment voulu.

La mini tournée a débuté au Caillou du Jardin Botanique, par une invitation le 09 février du pianiste Thomas Bercy, et son trio, dont on connait les doigts fort inspirés et l’amour qu’il porte à McCoy Tyner, auquel il dédie une nouvelle fois son concert. Accompagné de Jonathan Hedeline et de Philippe Gaubert, Alexis Valet est invité à les rejoindre pour cet étourdissant hommage. C’est irrésistible, le jeu collectif est ample et s’illumine de ces cieux bleutés, au charme desquels les late sixties succombèrent. Liberté, lyrisme tynérien, tatoué Trane. Alexis part en des flow aériens lumineux, soutenus par  Jonathan Hedeline qui raffole de ces riffs répétitifs qui bâtissent une hypnose boisée. Philippe Gaubert est le batteur de la situation, Puissant, brut d’âme, un peu comme Elvin.  Thomas Bercy, veille, drive, et tague de couleurs indélébiles de beauté les thèmes joués, sur les dents d’ivoires qu’il dompte. On est sous le charme.

Dès le lendemain, nous voici partis pas très loin, au Club House (ex Comptoir du Jazz), un lieu qui est friand de tous genres de musiques bien câblées, et en particulier de new-groove. On retrouve ainsi avec joie l’Edmond Bilal Band, toujours formé de Paul Robert (sax elec), Simon Chivallon (claviers), Mathias Monseigne (basse) et Curtis Efoua Ela (batterie). Ce groupe s’est forgé un style bien punchy, qui allie jazz, groove, un soupçon de world, mais aussi une electro savamment dosée. Et ça a fini par payer car leurs concerts sont désormais bondés, vu que tout en restant fidèles à leur ligne originelle, ils la font diablement évoluer, tout en partageant leur expérience, comme ce soir-là avec Alexis Valet, lequel va s’en donner à cœur joie en plongeant direct dans le flux tumultueux de ses hôtes. Ça chauffe sévèrement au Club House, le public est aux anges. Un groupe qui a carrément les bons marteaux pour enfoncer les clowns !

La semaine suivante, notre vibraphoniste ne prend aucun répit, vu que dès le mercredi, on le retrouve à la traditionnelle jam du Quartier Libre, et le lendemain au même endroit avec son quartet : Simon Chivallon (claviers), Gaëtan Diaz (batterie) et Samuel F’Hima (contrebasse). Un set de « mise en place » selon Alexis Valet, mais qui révèle pourtant une grande qualité de jeu, sur des compositions inspirées, genre échappées, où les solistes s’envolent sur un jazz décomplexé, ample et inventif. On a certes ses références, mais on joue hors les chapelles, frais et libre. Les interactions entre les quatre sont agiles et de haute volée, pas besoin de filet, même pas peur du vide. Une vie intense, où l’on s’observe, où tout s’imbrique, se suit, se tient tête un temps ou deux, puis se réconcilie, dans une fluidité de son naturelle. Et c’est là l’une des forces de ce quartet, une harmonie savante, où clavier et vibraphone ondulent et ne font plus qu’un par moment, les deux flottant sur une rythmique souple, précise, et percutante, quand il le faut. Bref, ce quartet est un vrai bonheur et ce concert annonce clairement la couleur de ce qui se jouera le lendemain au Club House, même formation, mais sous le nom de Simon Chivallon Quartet.

Beaucoup de monde, c’est vendredi, et l’on veut du jazz, on n’appelle pas ce lieu « ex Comptoir du Jazz » pour rien ! C’est donc Simon Chivallon qui prend les rênes de ce concert et présente ce qui va se jouer ce soir. Très fin clavier, omniprésent sur la scène parisienne, il dit certes préférer le piano acoustique, mais c’est déjà l’un des maîtres de la jeune génération des claviers électriques, quelle dextérité, quelle sonorité de Rhodes ! Le concert va donc proposer à peu près les mêmes compositions que la veille, quasiment toutes d’Alexis Valet, et quelques reprises arrangées avec humour (ces titres !). Tout semble mieux en place que la veille. Un lieu différent, un public peut-être plus nombreux, et la vivante présence des amis musiciens du cru, dont Thomas Gaucher (Capucine), qui enregistrera le concert. « Hey it’s me you’re talking to” (de Victor Lewis), élégant et disert,  nous met bien en condition,  et les solistes s’enflamment avec grâce. Rythmique de luxe et réactivité au top pour étayer ce joli morceau. “Moustaches à souris” n’en trahit pas la noblesse, et même si d’aucuns pouffent dans la salle à son simple énoncé, cette composition tient fort bien la route et dévore comme un morceau de fromage, l’attention particulière que lui porte le public. Là aussi, interplay, liquidité clavier/vibraphone, walking réfléchi de la basse, drumming articulé et propulseur attentif. Le reste suit avec la même aisance innée, avec un très beau chorus de contrebasse sur « Rikuom » (ne le lisez pas à l’envers !), et Simon et Alexis qui profitent de l’aspiration. Tout ça nous  mène à « Luc », puis au très beau « Tergiversation » (de Gene Perla, version de Warren Wolf) qui clôt le premier set. Démarrage du deuxième set en mode groove acidulé, avec « Funkin dog » un tube d’Alexis Valet qui fait fourmiller les gambettes sur un flow très Herbie & The Headhunters, dont le thème reste rivé à nos mémoires 70sardes. Tout baigne, coucher de soleil sur le pacifique, regards désabusés des palmiers géant du Sunset bvd, sur nos décapotables qui cruisent sur son vieux bitume, chemises à fleurs, autoradio à fond et Ray Ban, bref, on y est ! Même mood avec « 1313 » qui remet le couvert, en plus soft. Magie de cette compo, qu’on verrait bien en bo de thrillers genre Mannix ou Bullitt, impression west coast seventies. C’est fou de savoir écrire des trucs pareils !

Retour à un jazz plus vintage avec l’entrée d’Olivier Gay au buggle pour trois thèmes rondement menés, « Triple chaise » (arrangement du « Steeplechase » de Charlie Parker), thème très développé, chacun y allant de son solo, celui de Gaëtan, scotchés nous fûmes, « Apple Teyron » (hommage à Tom Peyron de l’Isotope trio, dont Olivier est le trompettiste) et enfin un splendide « Beatrice » (Sam Rivers), où Simon Chivallon, emporté par l’émotion, citera même le « Resolution » de Coltrane, avant de refermer ce beau live.

Soirée réellement magique offerte par ce groupe qu’il faudra suivre car il fourmille de projets. Le lendemain, le quartet d’Alex Valet jouait au Baryton à Lanton, et le dimanche à La Belle Lurette à Saint Macaire, autre lieu précieux pour le jazz et par les âmes belles et passionnées qui l’animent. Fin d’un tournée éclair pour Alexis Valet, grandement appréciée, l’homme qui vibre, mais n’est pas aphone, quand il s’agit de jazz. Revenez vite messieurs, we miss you !

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier (Quartier Libre) Thierry Dubuc (Club House) Dom (Caillou)

Erri De Luca / Stefano Di Battista

Par Annie Robert, photos Alain Pelletier

Rocher de Palmer  9 février 2017
LA MUSICA INSIEME
Les souvenirs sont d’étranges créatures. Ils vivent en morceaux, s’effacent ou reverdissent, s’enflent noirs et sombres, ou se déploient en caressant une nostalgie heureuse. Ils sont faits de mots, de sons et d’odeurs qui se croisent et se faufilent. Pour notre bien ou notre malheur. Cela dépend des moments.
Ce soir, c’est un objet culturel peu habituel qui nous est offert pour justement faire bouillir et bouillonner la marmite aux souvenirs…
A l’initiative du Rocher de Palmer et en partenariat avec “Lettres du monde” la littérature et la musique, les sons et les mots qui se cherchent parfois, se ratent peut être, se découvrent souvent, seront à l’honneur. Ils nous permettront de cheminer dans les souvenirs d Erri De Luca, tout parsemés de témoignages sonores. Il appelle cela une “chiacchierta”, un papotage musical.
Erri De Luca est un écrivain d’envergure… pas par la taille de ses romans, souvent modeste, mais par l’intensité de son pouvoir d’évocation, la précision de ses mots, leur retenue et leur justesse. Un Nobel à venir. Même si on ne connaît pas Naples, on entrera sans peine dans les effluves de l’atelier du cordonnier, on sentira la chaleur reposante du coucher de soleil sur les toits, les paroles murmurées dans les rues étroites, les luttes ouvrières ou les falaises d’escalade. Le monde d’Erri de Luca, cette Italie inconnue deviendra vivante pour le lecteur, si vivante qu’elle entrera dans nos têtes, sous la peau, dans notre imaginaire, on s’en fera des souvenirs aussi denses que s’ils étaient réels.
Croisons donc tout cela… Ses souvenirs à lui, réels ou fantasmés, nos images à nous lecteurs de ses mots ou simples curieux, la voix et les chants, le saxophone et le piano. Écoutons les textes, entendons les souvenirs, écrivons la musique à plusieurs.


C’est un air de valse gaie qui introduit le concert, les mots s’envolent en rondes poétiques. Le saxophone délicat de Stéfano di Battista, la batterie combative de Robert Pistolesi, le piano souple d’Andrea Rea, la basse papillonnante de Daniele Sorentino s’allient à la voix chaude et puissante de Nicky Nicolai (une Nana Mouskouri jeune et c’est un compliment !) pour nous faire entendre “les fleuves qui descendent vers la mer sans jamais la remplir.”
C’est un moment de chansons (sous – titrées en français, grand merci), comme des fenêtres ouvertes sur des thématiques qui lui tiennent à cœur, des vieilles chansons napolitaines ou anarchistes, des souvenirs d’oreille dont il a transformé les paroles ou bien des morceaux que Stefano di Battista le saxophoniste a composé à partir des vers ou des phrases qui lui ont été confiés, en un jazz tonique et mélodieux.


On côtoie Marie et aussi Joseph, si amoureux de son incroyable épouse, Janvier le Saint renégat qui arrête la lave du volcan, Naples la tellurique, les naufragés de Lampedusa, la Médi (terranée) porteuse de civilisation ou fossoyeuse des hommes perdus, les grèves et les combats. Erri De Luca raconte, généreux, profond, il chante même les vers de Nazim Hikmet. La musique illustre sans effet, plutôt joyeuse, ses paroles et ses indignations recueillies. On écoute les anecdotes et les réflexions, on savoure les notes. Car si Erri de Luca n’est pas un musicien, il en connaît les codes, le langage et le rythme.
L’intervention de Pierre François Dufour avec la voix si humaine de son violoncelle soufflera tendresse et générosité dans l’introduction de “Je voudrais te manquer” et la lecture qu’Erri De Luca fera d’un de ses textes sur un Noël de «  confusion et d’excellence” au sein d’une lutte syndicale nous laissera émus et le cœur gonflé.
Pour se battre, il faut prendre la parole, la partager, la donner. Les mots chantés ont une immunité naturelle, ils portent la musique en eux, ils se permettent de sortir de la carapace des livres. Jouez donc musiciens, pour garder la force des mots !!” a déclaré Erri De Luca au début du concert.
On a partagé toute la soirée le goût délicat, la sensuelle beauté de cette recherche dans une lecture musicale poétique, jazzy et originale
Un réel moment de partage, un étonnant corps à corps entre les notes et le verbe : “la musica insieme”. Un délicat programme.

 

 

 

Erik Truffaz 13 juillet 2016, parc Palmer

Par Ivan Denis Cormier, photos Alain Pelletier

Eric Truffaz

Erik Truffaz

Quel bonheur d’avoir vu et entendu ces trois formations hier au soir au parc Palmer de Cenon, dans le cadre du festival Sons d’été ! Le public était au rendez-vous (le parc s’est progressivement empli de 2500 spectateurs) et les amateurs ne s’y sont pas trompés : il y avait là du vrai, du beau, du bien, « du lourd », comme on dit familièrement.

A 19h30 un premier groupe avait la lourde tâche de chauffer non pas la salle, puisque les concerts avaient lieu en plein air, mais un périmètre assez vaste encore clairsemé, les premiers arrivés étant plus soucieux de trouver de quoi se nourrir et se désaltérer que d’écouter une première partie de concert pourtant des plus intéressantes. Dans ce vaste amphithéâtre de verdure où les plus prévoyants avaient déjà déplié tapis de sol ou fauteuil de plage à bonne distance de la scène, il fallait capter l’attention des auditeurs et les amener à se rapprocher des musiciens, réussir à les mettre en condition, ou plutôt dans des conditions physiques et psychiques d’écoute. The Angelcy, dont la musique totalement inclassable a des accents indie-rock et folk, est pourtant parvenu à focaliser une partie du public, ce qui n’est déjà pas si mal !

Quant à enrôler l’auditoire, le faire chanter à l’unisson ou battre des mains en rythme, c’est bien sûr une autre paire de manches. Le chanteur du groupe, qui pratique également le ukulélé (bien qu’il l’eût oublié à l’hôtel ce soir-là), animait bien la scène et nous offrait des compositions savamment orchestrées aux couleurs extrêmement variées, grâce à une instrumentation atypique et à des emprunts à différentes musiques du monde très typées, du celtique au raga et au reggae, de l’africain au latin, en passant par de petites allusions au kletzmer et au New Orleans. Le son produit par cet ensemble au goût inhabituel était fort agréable –imaginez un repas gastronomique dans le restaurant d’un chef étoilé qui explore la nouvelle cuisine. Un menu surprenant, au final une expérience unique.

Vient la deuxième partie de ce concert que j’attendais avec une certaine excitation. J’avais quelque peu délaissé les albums d’Erik Truffaz achetés jadis et dont je gardais un souvenir  mitigé, de riffs entêtants répétés à l’envi en toile de fond. Depuis, Erik a poursuivi avec constance un parcours exigeant et présente aujourd’hui une musique à mon sens plus riche et plus aboutie. La pureté et la sobriété du jeu favorise la concentration et l’on se plait à pouvoir écouter le tapis sonore proposé par le clavier et la rythmique (inutile de préciser qu’on a affaire à des musiciens de haut vol). Limpides, les mélodies sont belles, apaisées mais intenses, et les improvisations ont une logique interne, une rigueur et une cohérence avec le projet du leader. Un certain Miles avait su gagner l’estime de ses pairs et du grand public en mêlant fermeté et fragilité, torture intérieure et sérénité, et en se nourrissant de l’échange avec ses coéquipiers à qui il donnait la liberté d’exprimer leur individualité. Ici j’éprouve un plaisir tout à fait semblable en écoutant les musiciens tisser la trame et donner le meilleur d’eux-mêmes tout en respectant scrupuleusement l’esprit du morceau. Dans ce projet la répétition n’est pas fuie comme la peste mais bien dosée, l’infime variation de timbre ou les renversements d’accords au clavier rompent le cours d’une phrase trop linéaire, et lorsque la rythmique prend de l’ampleur et devient une espèce de lame de fond, sur laquelle vogue le trompettiste, comme un frêle esquif, je me laisse moi aussi emporter par le mouvement, sachant qu’une déferlante nous ramène toujours sur terre.

Arthur Hnatek

Arthur Hnatek

Benoît Corboz

Benoît Corboz

Mention spéciale pour Arthur Hnatek, jeune batteur connu pour avoir accompagné notamment l’excellent Tigran Hamasyan. Il est redoutable de finesse et donc de musicalité, d’énergie, de précision et d’efficacité, manie les rythmes composés avec une aisance déconcertante. Benoît Corboz, aux claviers, membre attitré du groupe depuis 2010, est un artisan du son et un artiste accompli, il crée des climats et possède un groove magnifique — pas de bavardage, pas d’esbroufe, rien qui ne soit maîtrisé ; les finitions sont impeccables. Il suffit d’un trait pour esquisser un motif rythmique, nul besoin de s’appesantir.  Et pour finir le bassiste, Marcello Giuliani, d’une solidité à toute épreuve, soude l’ensemble et conquiert le public en imprimant une pulsation aussi jouissive que communicative. Bon éclairage, bonne sonorisation, lieu propice au partage et à la détente, que dire de plus ?

Marcello Giuliani

Marcello Giuliani

Ce quartet fixe d’emblée l’attention du public et l’amène à taper du pied, des mains, à hocher la tête, à échanger des sourires entendus, c’est dans le groove que l’on trouve la plénitude. Cette sensation lancinante qui passe par une pulsation parfois funky, majoritairement binaire, tandis que la mélodie et l’orchestration créent des volumes sonores, se prolonge après le concert. Voilà ce que je trouve amélioré, l’expression, les mélodies, la qualité globale et les qualités individuelles de ce groupe –bref, souhaitons au 4tet un succès amplement mérité !

NB : chronique du troisième groupe de la soirée, Ibrahim Maalouf :

https://blogactionjazz.wordpress.com/2016/07/14/certains-laiment-show-ibrahim-maalouf-a-palmer/

 

Youpi Quartet à Cénac – Jazz 360, Samedi 19 mars 2016

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier

De g à d, Laurent Maur, Ouriel Ellert, Curtis Efoua et Emilie Calmé.

De g à d, Laurent Maur, Ouriel Ellert, Curtis Efoua et Emilie Calmé.

Pour sa deuxième soirée cabaret « inter festival », et forte du succès de la 1° édition en Novembre dernier, l’Association Jazz 360 a proposé ce soir la même formule à ses fidèles fans de jazz, venus encore plus nombreux, pour célébrer le printemps en musique. Tout se passe dans l’accueillante Salle Culturelle de Cénac. On retrouve les belles tables rondes qui nous invitent à la convivialité. Les plus gourmands ont déjà avisé les assiettes bien garnies, concoctées par les vaillants bénévoles qui s’affairent en cuisine. Et comme si cela ne suffisait pas, la soirée est parrainée par le Château du Garde, situé sur la commune, qui propose ses exquis Côtes de Bordeaux. Les discussions vont bon train, les rires, les éclats de vie, mais il faut faire silence car les musiciens arrivent. L’invité du soir est le Youpi Quartet, groupe devenu très actif sur Bordeaux et la région. L’allant de sa musique séduit le public, sa fraîcheur et la qualité de son écriture trouvant belle complice en l’improvisation. Le groupe s’est formé au cours de l’été 2014, à l’initiative de Laurent Maur (harmonica) et d’Émilie Calmé (flûtes). De beaux diplômes en poche et maintes fois primés, ils ont pu forger leur pétillante dualité en accomplissant le tour du monde, pour de multiples concerts, des rives du Pacifique, à celles de la Mer de Chine, en n’oubliant jamais l’Europe et notre douce France. Cette riche expérience les pousse à fonder ce quartet et à se rapprocher des deux jeunes et très talentueux musiciens que sont Ouriel Ellert (basse) et Curtis Efoua (batterie), qui, après de solides études eux-aussi, ont déjà sérieusement arpenté les routes du jazz, et collaboré à foule de projets. Tout ce joli monde se met en place, répète, commence à tourner et, début 2015, le Youpi Quartet enregistre un premier EP – « l’Ile nock » – qui montre déjà de belles dispositions à la composition. Puis les concerts se sont succédés, on a modelé et peaufiné le répertoire, et, de jour en jour, le groupe a pris son envol, et formé cette délicieuse complicité à quatre, qui nous a enchantés ce soir.

Emilie Calmé

Emilie Calmé

 

Laurent Maur

Laurent Maur

Comme des jongleurs de sons, Émilie Calmé et Laurent Maur échangent des bulles qui, en éclatant, délivrent un mélange de parfums world qui nous font voyager, allant de l’Argentine, avec « Denancimiento » et « La Cambiada »  (G.di Giusto), à un très beau « No man’s land » (E.Calmé) évoquant les steppes mongoles, en passant par le coréen «Ibuni Dugu Ieio » (E.Calmé). On est aussi très aguiché par « La rentrée » et un « Blagal bolero », pied de nez  bien funky à Ravel, qui verra un Curtis Efoua déchainé sur son beau kit de batterie « De France » (ces deux morceaux par Laurent Maur). Bassiste précis, élégant et fin compositeur, Ouriel Ellert ouvrira le 2° set avec un « Afrobeat évolutif » au groove syncopé irrésistible, suivi d’un « Wood’s dream » éthéré comme une clairière printanière. Tout au long des deux sets on aura été captivé par la cohésion et l’esprit d’aventure du groupe, mené par le tac-au-tac subtil et inspiré entre l’harmonica très pointu de Laurent Maur, dont le son pouvait parfois évoquer un mini accordéon festif, et les flûtes magnifiques et voyageuses d’Émilie Calmé. Et pour offrir charpente souple et féline à ces voltigeurs, rien de mieux qu’un pacte rythmique musclé et inventif, répondant au doigt et à l’œil, celui scellé par Ouriel Ellert et Curtis Efoua. Un rappel en forme d’improvisation a joliment terminé la soirée, pour notre plus grand plaisir.Le Youpi Quartet est l’un des groupes les plus enthousiasmants du moment. Sachez que vous les retrouverez à Bordeaux ce samedi 09 avril à 20 h au Théatre de la Rousselle, 77 Rue de la Rousselle (mais il y aura des activités dès 10h30, avec en particulier le vernissage de l’exposition de peinture de Bernard Ellert, le père d’Ouriel), et le vendredi 15 avril à 20h30 pour leur grand retour au Caillou du Jardin Botanique (*). Ne les loupez surtout pas.

Scoop : Richard Raducanu, président de Jazz 360, nous a confié qu’en plus de ces soirées, il envisageait aussi la programmation de « soupers » jazz sur Cénac, alors épicuriens du jazz, affaire à suivre de très près ! Et enfin, rendez-vous les 10, 11 et 12 juin 2016 à Cénac et alentours, pour la 7° édition du Festival Jazz 360. Un grand merci à Richard Raducanu et à toute son équipe de bénévoles.

(*) Cf dans ce blog, la fine chronique par Annie Robert de leur concert au Caillou du Jardin Botanique, le 28 août dernier.

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Youpi Quartet sur facebook

Festival Jazz 360

Site de Christian Coulais, l’oeil mémoire de Jazz 360

Château du Garde

Jacques Schwarz-Bart & Omar Sosa « Creole Spirit » au Rocher de Palmer

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier

De g à d Omar Sosa, Jacques Schwarz-Bart et Moonlight Benjamen

De g à d Omar Sosa, Jacques Schwarz-Bart et Moonlight Benjamen

C’était Jeudi 17 mars. Une salle « 650 » presque comble accueillait un collectif mené par deux grands musiciens, frères d’esprit. L’un, le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart, originaire de Guadeloupe et l’autre, Omar Sosa, claviériste cubain. C’était la première française de leur nouveau projet « Creole Spirit », dont l’idée avait germé il y a quelques années, et fit ses premiers pas sur scène début 2015, lors d’une résidence en Guadeloupe. Les deux hommes sont depuis longtemps en communion, par une profonde  spiritualité créole, Jacques Schwarz-Bart marqué par le Vaudou haïtien, nourrissant son jazz multiple de musique gwoka, et Omar Sosa, animant le sien de rythmes afro-caribéens et d’une « world music » devenue universelle. La renommée des deux hommes a fait le tour du monde et le public les aime pour la paix et l’harmonie qu’ils lui apportent. Ainsi a-t-on pu voir le saxophoniste aux côtés notamment du bouillant Roy Hargrove’s RH Factor, alors qu’Omar Sosa a souvent pu offrir les vives couleurs de sa poésie aux subtils scintillements d’un Paolo Fresu, les deux par moment associés à Trilok Gurtu, magicien du pouls de la Terre. Ce soir, le blanc porté par les artistes illumine la scène du Rocher. Il y a aussi une sorte de tapisserie posée sur le sol, sa photo projetée en arrière-plan suggérant un gros cœur. On retrouve le blanc dans diverses bougies, dont l’une séparant deux calices emplis de rhum – dont seront plus tard dispersées quelques gouttes sur scène pour en nourrir le sol – l’un enveloppé du bleu de Yemaya, déesse maritime de la Santeria, et l’autre du rouge de Shango, divinité du tonnerre et de la foudre. Ce sont deux magnifiques chanteuses dansantes qui ont ouvert cette mystérieuse cérémonie : Moonlight Benjamen,  prêtresse du vaudou haïtien, au regard envoutant porté par une voix profonde et prenante, et la fille d’un réputé chanteur des Santerias, Martha Galarraga, qui a souvent partagé la scène avec Omar Sosa, et dont le verbe subtil parfume l’air avec finesse.

Martha Galarraga

Martha Galarraga

 

Claude Saturne

Claude Saturne

Leur chant, habité par l’esprit, et leur chorégraphie, chargée des signes du rite, accueillent à ravir deux redoutables percussionnistes : Claude Saturne, haïtien, qui joue de ses tambours avec une ferveur hypnotique, tissant de brûlants tapis pour danse et  transe sur fond de gwoka survolté, et Gustavo Ovalles, cubain, équilibriste percussif,  jouant de tout, mais en particulier d’un cajon équipé d’une pédale, ou de divers petits bouts de bambous, tapés sur une planche, un jeu fourmillant d’idées. Les voici alors rejoints par les deux maîtres de cérémonie, le blanc les vêt aussi, mais Omar avec cette exubérance poétique qui est sa marque. Dans cet univers foisonnant, les deux leaders sont proches. Ils se regardent, s’écoutent et se testent, avec une envie d’étincelles et de feu, souriant aux trouvailles et se touchant les mains au sortir de tel chorus ou de tel riche accord, en frères d’harmonie et cousins mélodistes. Jacques Schwarz-Bart est en peu de temps devenu l’un des maîtres du saxophone ténor, son jeu et ses envolées sont d’un lyrisme sans fard, dont l’élégance du feu révèle la beauté d’âme, à laquelle Omar Sosa ne pouvait qu’être sensible, la sienne l’étant tout autant. Les claviers du cubain sont toujours aussi inventifs et luxuriants, on l’observe, il bouge, guette son compagnon, et décèle les moindres interstices où il puisse déposer une note, un son, comme on met une jolie fleur à la boutonnière d’une chanson. Outre la spiritualité, l’énergie et l’union sacrée qui scelle ce groupe, la force de cette musique, c’est aussi la vie et l’alternance des climats qui la décrivent. On y vit fêtes et joies, on s’y recueille, intime et méditatif, alors que de plus fermes instants dénoncent malheurs et violences. En fusionnant Cuba et Haïti, dans ce qu’elles ont de plus sacré, ce jazz intense offre une voix nouvelle à la créolité. Standing ovation méritée pour ce très beau projet, et l’envie de les revoir très vite !

Merci à Valérie Chane-Tef du groupe Akoda pour ses aimables indications.

Jacques Schwarz-Bart

Omar Sosa

Le Rocher de Palmer

Sur les ailes des pygargues

Eric Bibb et JJ Milteau, Entrepôt du Haillan, 10/03/ 2016
par Annie Robert, photos Alain Pelletier

©AP_ericBibb

Plusieurs guitares, des harmonicas diatoniques en petites friandises, des claquements de doigts et des claqués de pieds, un sombrero d’hidalgo beige, une voix chaude, légèrement voilée et le décor est posé, le voyage peut s’enclencher dans les paysages du country-blues. « Pick a bale of cotton » avec son rythme folk endiablé nous happe immédiatement sous un flot d’images. Et nous voilà partis. On embarque dans les chariots des petits blancs, dans les champs de coton du Sud et les bayous de Louisiane. Les mustangs ébrouent leurs naseaux et une douleur sourde se faufile, omniprésente avec en contrepoint des espoirs fragiles chevillés au corps. C’est un pan d’histoire qui se réactive et qui résonne en ces temps d’incertitudes, d’immigrations et de déracinement comme un drôle de miroir ancien, bouleversant, universel et honteux. Le blues est à l’œuvre.
Eric Bibb et JJ Milteau rendent hommage ce soir, devant une salle archi pleine à Lead Belly. Mauvais sujet et charmant bougre, troubadour et colporteur moderne, ce chanteur folk afro américain le plus célèbre de tous les temps aura converti à la vérité du blues des millions de fans, bien au-delà des frontières de sa propre communauté. Ses chansons ont été reprises maintes fois, des jazzmen aux rockeurs, des folk-singers aux groupes modernes, sans que l’on sache vraiment qu’il en était l’auteur : « My girl » (Where did you sleep last night) de Nirvana, « House of the rising sun » (The Animals puis Johnny Hallyday), « Midnight Spécial » de Creedence Clearwatter Revival… et il faut désormais ajouter Keith Richards dans la longue liste de ceux qui ont interprété le délicieux « Goodnight Irène ». On redécouvre ces petits bijoux au fur et à mesure de la soirée en chuchotant «  ah bon…c’était de lui ? »
Le groupe est dans une formation minimale qui n’enlève rien à sa puissance. Larry Crockett (rien que le nom fait rêver..) à la batterie propose une rythmique tantôt douce au ballet, tantôt forcenée qui va du bruit sourd des rails du chemin de fer, direction l’Ouest, au chuintement des hautes herbes des plaines. Avec sa basse bizarre en forme de petit violoncelle et sa voix d’outre-tombe, Gilles Michel et son allure de sage Cheyenne assure un soutien sans faille et énergique.

©AP_jjMilteau-1843
JJ Milteau fait bien plus qu’accompagner Eric Bibb. Harmoniciste reconnu, délicat, et fulgurant, il est un vrai et grand partenaire. Il donne une couleur particulière au concert en convoquant toutes les composantes de l’harmonica (ou plutôt des harmonicas, il en a plein !)   Son instrument a des airs de bête traquée, d’éclairs zébrés, de vents dans les arbres, de petits cris d’oiseaux, de plaintes et de souffles, parfois en solo, parfois en simple accompagnant. On se délecte de cette pleine entente entre les deux hommes.
Quant à Eric Bibb , sa voix, sa guitare à douze cordes et ses combinatoires hyper sophistiquées, tout est tissé de la nostalgie tantôt désespérée, tantôt revendicative et coléreuse de cette Amérique mythique si proche pour lui et pas si éloignée de nous. Les petites joies du quotidien, les chants de travail et les berceuses, les peines de cœur et les injustices se succèdent, c’est une vraie mosaïque de nouvelles romancées qu’il nous distille, le sourire ou le sanglot dans la voix avec une poésie permanente. Et les chansons qu’il convoque sont bien à cette image, sauvages ou résignées. Cette appropriation des chansons de Lead Belly dans un mélange de force et d’humilité fait toute la saveur de ce concert. Et le public fredonne et tape dans les mains, totalement sous le charme, ravi. Ce « folklore » nous parle, nous enchante et nous trouble aussi.
On vit un beau moment de partage généreux, une belle soirée de musique gaie, tendre, folle ou triste, parfois tout en même temps. Du blues quoi…
Nul doute que le vieux Lead Belly aurait apprécié cet hommage, qu’il aurait lui aussi tapé du pied et chanté à pleins poumons s’il n’était pas déjà parti au-dessus des grandes plaines sur les ailes des pygargues à tête blanche, ces oiseaux à l’élégance rare qui peuvent de leurs yeux perçants découvrir ce qui est caché, même profondément, ce que l’on n’a pas trop envie de voir, ce qui rend honteux ou mélancolique, tous les exploits et toutes les lâchetés d’un monde qui n’épargne pas les faibles.

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Le mystères des alchimistes



Par Annie Robert, photos Alain Pelletier

Michel Portal / Bojan Z / Vincent Peirani/
Auditorium de Bordeaux 27 février 2016

©AP_portalPeiraniBojanZ-1379
Il en est de la musique et du jazz comme de l’alchimie : du mystère, du mélange, beaucoup de travail, de la matière et du feu. Touillez, brassez, insuffler, espérer et attendre…
Parfois de nobles matériaux accouchent d’un pet de lapin ou d’une essence pauvre, parfois avec des ingrédients juste un peu différents et un soupçon de « je ne sais quoi », l’alambic s’exalte et s’abandonne à la création superbe, au grand œuvre tant attendu.
Ce soir, il y avait dans la cornue, trois magnifiques ingrédients, trois musiciens de premier plan, à la fois proches et éloignés. Trois générations également.

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Michel Portal, à 80 ans, est une figure majeure du jazz que l’on ne présente plus. Clarinettiste classique de formation, amoureux de Brahms ou de Mozart, compositeur innovant, partenaire des plus grands, il sait donner à ses clarinettes des accents free et facétieux. Il s’appuie sur un caractère bien trempé, presque une colère expressive et une présence forte. Il embrasse la musique, la soulève et la fait plier à ses envies. Un papi râleur, furax et divin.

Bojan Z, la petite cinquantaine éclatante, est lui un pianiste qui n’a peur de rien, inclassable, virtuose, inventeur permanent, traficoteur d’instruments, il se délecte des échanges, des mélanges, des folies décalées. Sa carrure d’athlète a partagé la scène avec des musiciens de tous horizons, de tous pays, un « xénophoniaque » fertile qui étonne sans cesse.
Quant au petit dernier, le petit jeunôt mais pas le moindre, c’est un miracle à lui tout seul.

Vincent Peirani, issu lui aussi de la musique classique, donne à l’accordéon un son nouveau, tremblant d’émotions, de paroles et de sonorités. À 35 ans, ce géant aux pieds nus, ce compositeur fécond a joué avec tout ce que le jazz compte de belles personnes.
Qu’allait donc donner la réunion de ces trois-là ? Trois âges, trois approches, trois univers… Allaient-ils se neutraliser, se regarder de haut ou bien se sublimer mutuellement, se transmuter ? L’élixir serait-il au bout du mélange ? Bien sûr, ils s’étaient déjà croisés, avaient joué l’un avec l’autre, sans l’un ou sans l’autre, avec les uns, avec les autres, mais les trois ensembles rarement…  Une fois paraît-il, à Marciac l’année dernière, un beau souvenir pour ceux qui y étaient)
La salle était dans l’attente et l’espoir. Pas un siège de libre… Un Auditorium bourré à craquer dans des ronds de lumières dorées.
Dès le premier morceau, l’alambic s’est rempli de graines de pluie de piano, de sons chauds de clarinette basse, de larmes grisées ou de rires clairs d’accordéon. Cela s’est mis à bouillonner comme un concerto tragique et gai à la fois. Imaginez des bulles de conversation tous azimuts entre un aîné, leader pas si sage et sans contraintes et ses puînés pas si respectueux que cela. Affections, échanges, prises de risques, mais travail choral permanent (à l’image du titre d’une des compositions de Peirani) et vraie création d’une œuvre commune. La musique tournoie, se love, se ploie, s’efface et se redresse. Pas de temps faibles, pas un seul instant de répit. Les accents yiddishs côtoient la valse et le concerto, le voyage dans les steppes de l’Asie mineure, se mêle à la disharmonie heureuse de Satie, aux accents de blues et aux ponts de Paris. Les thèmes s’éclatent, se perchent et se détendent en une mosaïque recollée à coups de caresse et de rage. Compositions de l’un et de l’autre se succèdent. (Bailador Dolce pour en citer deux). La salle est emportée dans un manège de chevaux de bois, dans les jupes blanches des derviches tourneurs. Les instruments deviennent des supports sur lesquels on frappe, on scande, dans lesquels on chuchote et on siffle. La voix squattée s’y faufile également. C’est puissant, étonnant, rempli de grâce et de flamboyance. La magie des alchimistes est à l’œuvre, celle qui transmute tout, du lyrique, du folklorique, de l’humour et de la soie. Trois grands et beaux musiciens qui se sont trouvés et reconnus. Et des miettes de pierre philosophale en partage pour le public. On en ressort tourneboulés, ravis par cet équilibre fragile et parfait, fruit d’une belle intelligence et d’une expressivité émotive permanente. La salle debout les a lâchés après deux rappels et une standing ovation plus que méritée.
Les alchimistes ont frappé fort !!

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