La Gazette Bleue N° 24 vient de sortir ! Spécial UZEB, Festivals d’Été, Cuba et plus !

Bonjour ! Voila la Gazette Bleue N°24 • Septembre 2017

Bonjour à tous ! Voici la Gazette n° 24 qui ouvre avec Uzeb, le retour au Rocher de Palmer en juillet dernier. Spécial Festivals de l’Été, mais aussi Cuba et le Jazz, des interviews, des chroniques CD, l’agenda etc… Bref, une riche rentrée musicale !

Bonnes lectures !

Un dimanche aux 24 heures du Swing

par Philippe Desmond, texte et photos.

Nous vivons dans un drôle de monde, drôle au sens de pas drôle. Suprématie des « grands » médias, principe de précaution, plan Vigipirate, risque zéro (tu parles…), une ode au repli sur soi. Bienheureusement certains résistent , jouent les villages gaulois comme dans cette belle bastide de Monségur, au fin fond de l’Entre deux Mers mais si près de Bordeaux et d’ailleurs. Je parle des organisateurs des 24 heures du Swing qui depuis plus de 25 ans prennent eux des risques. Ils en ont été récompensés, car alors qu’une alerte orange sévissait sur notre belle Gironde, que nous étaient promis des orages terribles, des déluges de pluie et de grêle, que justement ces foutus « grands » médias et leurs bulletins météo alarmistes nous incitaient à nous calfeutrer dans nos caves. Malheureusement je suis sûr que certains ont été refroidis par cette pleutrerie organisée, et bien ils ont eu tort !

Après deux jours de festival que je n’ai pas pu avoir la chance de suivre, la journée du dimanche s’annonçait festive et variée, elle le fut.

Arrivé trop tard pour une messe gospel mémorable m’a t-on dit, c’est à la Guinguette que j’ai pris mon café au son du trio French Quarter et leur jazz New Orléans, entourés de danseurs de swing entamant leur marathon. A noter les œuvres du sculpteur Freddish parsemant le festival.

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Un petit tour sous la halle – une merveille dans le genre – avec le Combo des classes jazz du collège de Monségur. Créé en 2002 à l’image de celui de Marciac, il est une étonnante pouponnière de talents. Le temps d’un « Watermelon Man » bien funky et d’un « All Blues » très groovy arrive l’heure de l’apéritif sous les arcades.

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J’y retrouve trois amis et nous voilà plongés dans l’univers de Bullit, un quartet très sixties jouant du Lee Morgan, Wes Montgomey, Horace Silver… avec un son très marqué par cette instrument que j’adore, un orgue et sa cabine Leslie. Amis, apéro, bonne musique, what else….

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Ce moment comme son nom le suggère nous ayant mis en appétit nous nous retrouvons à table au stand du boucher local où nous dégustons un pavé de bœuf d’un autre monde. La chance d’avoir à notre table l’organisateur du festival Philippe Vigier venu nous rejoindre, étonnamment calme et serein, lui en charge d’une si grosse machine qui se prépare déjà depuis presque un an. Un combo du collège assure sous la halle notre fond sonore, et là-bas l’assistance est importante pour les soutenir.

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La halle justement nous y repartons et assistons avec émotion à un moment très touchant avec la prestation des Percutemps . Les résidents du foyer de vie pour adultes handicapés de Monségur viennent restituer les travaux de leur atelier de percussions. Quelle belle initiative et quelle prouesse de réussir à faire se produire en public des personnes souvent très repliées sur elles-même.

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Action Jazz est dans la place et pas peu fière de voir s’y produire le gagnant de son dernier tremplin, le groupe bordelais Capucine. Pas forcément le type de salle à leur convenance avec ce volume énorme, cette structure métallique pour leur musique de cristal, mais une magnifique prestation pleine de fraîcheur, avec bien sûr leurs propres compositions et une surprenante reprise des Beatles, « Norvegian Wood ». Et un moment spécial pour Louis Laville, le contrebassiste, ancien élève du collège local, jouant sous les yeux de son ancien professeur François Mary, celui-ci me confiant sa fierté.

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Mais vite il faut filer place des Tilleuls car le Hot Swing Sextet est déjà en train de mettre le feu, remplissant la piste de danse. Le public arrive cette fois en masse et à l’ombre des tilleuls – et oui il y a du soleil messieurs les météorologues – l’ambiance monte. Ce groupe bordelais est magnifique capable de faire bouger les plus timides et leur spectacle est toujours un festival plein de gaieté.

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Fin du set, retour vers la halle avec Amam’s Family de l’atelier musiques actuelles de Monségur. Autour de trois pros, François Mary (basse), Célia Marissal et Mathieu Grenier (chant) de jeunes musiciens dont un jeune chanteur, un petit Prince qui nous livre une superbe version de « Kiss ». Ça groove, ça funke, ça promet !

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Il paraît qu’il y a une super chanteuse aux Tilleuls alors on repart. Quel métier ! En effet la nommée Leslie Lewis chante et même très très bien ! Quelle découverte pour moi !

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Accompagnée d’un trio du feu de Dieu celui du pianiste Philippe Duchemin elle va faire un tabac. « Feeling Good » attaqué a cappella me donne la chair de poule, son « Lady is a Tramp » n’a quasiment rien à envier à la version d’Ella, son scat est parfait. Merci à Philippe Vigier de nous avoir fait connaître cette belle artiste.

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Señor Météo a décidément tout faux, le temps est au beau, juste ce qu’il faut pour faire pousser les haricots, rouges en l’occurrence. Les Haricots Rouges sont de retour à Monségur.

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Le groupe formé en 1963 a bien sûr vu sa composition évoluer mais le sextet actuel a déjà de la bouteille, ce qui dans ce cas et comme à Bordeaux est une qualité. Véritable institution du jazz New Orléans,  ils sont capables, grâce à leur talent de musiciens et à leurs pitreries, d’emballer le public, grand ou de spécialistes, avec une bonne humeur communicative.

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Le jazz on l’oublie trop souvent c’est aussi la fête ! Pour clôturer le festival et dans ce lieu magique de la place des Tilleuls c’était un choix idéal.

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Et bien voilà on a survécu à cette alerte orange, rouge donc vers la fin ! Des bénévoles se donnent du mal pour nous faire du bien, aidons les, soutenons-les, sortons, communions, communiquons ! Bravo à eux et un grand merci de nous faire vivre des journées pareilles.

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Il faut rentrer vers Bordeaux maintenant, quoi faire ? Un tour au Molly Malone’s le trio de Thomas Bercy y accompagne le chanteur américain Jack Pollard en tournée en France. Voix de velours, crooner plein de charme et un trio au top comme d’habitude, voilà une journée qui se termine en apothéose.

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La Gazette Bleue n°18 vient de sortir ! Spécial Yoann Loustalot, les festivals & bien plus !

Bonjour ! Voici la Gazette Bleue N° 18 Sept 2016 !

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C’est Yoann Loustalot qui vous y accueille. On a aussi rencontré Thomas Julienne et Stéphane Séva. Visite au Quartier Libre (Bordeaux) et flashback sur des festivals comme Andernos, Monségur, Respire Jazz et Saint-Émilion. Sans oublier les chroniques de disques et vos rubriques habituelles.

Bonne rentrée et bonnes lectures !

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Plus près que « là-bas », Monségur et son festival.

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Aller à Monségur aux « 24 heures du swing » c’est un peu comme une préparation à un autre festival plus couru, vous savez là-bas, au mois d’août dans ce coin un peu perdu du Gers… Le parallèle est assez frappant, déjà pour arriver jusqu’ici au fin fond de l’Entre deux Mers, comme pour là-bas ça se mérite. La ville de Monségur est elle aussi une bastide avec ses traditionnelles galeries à arcades – chez moi à Créon on parle d’arceaux » – et ici aussi la place est animée par des bars, des restaurants, des boutiques, des stands de tout et de rien, d’artisans et de marchands avec un fond musical perpétuel de circonstance. Mais si on veut clore la comparaison, j’y trouve un avantage ici dans la mesure où l’on est encore à une échelle plus artisanale que là-bas. Mais avec une sacré belle organisation, ne vous méprenez pas sur mes propos.

A mon arrivée j’ai juste le temps d’assister à la dernière partie du concert de Laure Sanchez Trio sur la jolie petite scène installée rue Barbe, comme ça en plein milieu. Le trio, prix de la Note Bleue au dernier tremplin Action Jazz est désormais bien rodé et offre un répertoire de compositions originales plein de fraîcheur de musicalité et de groove. Pour ce dernier Laure n’hésite pas à utiliser sa basse électrique tout en chantant.

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Robin Magord est vraiment épatant au piano, quant à Nicolas Girardi il invente sans cesse à la batterie celle-ci avec sa toute petite grosse caisse paraissant sortie d’un magasin de jouet. Invité surprise, un chien, celui du voisin, fait un moment les chœurs !

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Il reste moins d’une heure avant le concert sous la halle, le temps d’aller se régaler au stand du boucher local dont le pavé de bœuf va s’avérer à tomber ; un petit vin des voisins de Duras et nous voilà prêts pour affronter la soirée ; elle va être longue, deux heures du matin pour la fin du dernier concert !

La halle se remplit doucement, la fouille est bon enfant. Quelle beauté cette construction de fonte et de verre du XIX siècle ! Pour l’acoustique par contre…

Ce soir, que des Anglais au programme, comme quoi ils ne sont pas tous prêts à se replier frileusement sur leur île. La chanteuse Malia pour commencer, accompagnée d’un trio piano, basse, batterie. J’attendais une brune, c’est une blonde qui arrive vêtue de blanc et noir un chapeau melon sur la tête, référence à John Steed ou à Malcolm McDowell dans Orange Mécanique ? Vous ne verrez pas de photo, les instructions de la diva étant claires, les photographes accrédités peuvent agir sur le seul premier titre et pas de gros plan ! Et le service d’ordre est vigilant. Thierry n’aura pas eu le temps de mitrailler et après tout si elle ne veut pas qu’on fasse sa promo, ça la regarde. D’autant que le concert ne va pas nous marquer, elle chante très bien et dans plusieurs tessitures, les musiciens jouent bien mais, est-ce le son difficile ici, le répertoire un peu plan-plan, nous n’avons pas accroché. Les « Fipettes » de Bordeaux qui étaient à nos côtés ont, elles, adoré !

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Un petit tour sur la place avant que la deuxième partie ne démarre, la soirée est douce, c’est vraiment l’été. Place à Incognito, présenté comme du soul-jazz-funk ; exact.  Neuf musiciens, trois chanteuses, un gros son. Le leader Jean Paul Maunick, Mauricien d’origine, va animer le concert, présentant les titres avec ses commentaires humanistes et en français.

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A tour de rôle les trois chanteuses occupent le devant de la scène dans des registres allant d’Aretha Franklin à Randy Crawford des Crusaders avec parfois un light show à la Soul Train. Mais à mon avis c’est en instrumental que le groupe donne toute sa puissance, la musique partant en liberté avec un groove d’enfer, la fin du concert étant ainsi énorme !

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Il est minuit bien tassé, direction la place des Tilleuls ; les stands de cuisine espagnole, marocaine sentent bien bon en passant, on se laisserait presque tenter.

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Latin Spirit joue déjà ; ils se définissent ainsi : « des harmonies salsa, des chorus jazz, des rythmes cubains » ; voilà vous savez tout. Ou presque. Au programme du Tito Puente, Poncho Sanchez ou Paquito Riviera et surtout de la joie ! Le public un peu timide au début ne va plus vouloir s’arrêter de danser !

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Avec un super son (enfin) dans ce lieu magnifique les musiciens vont nous régaler ; on en connaît bien certains à Action Jazz, notamment Franck Leymerégie (congas) et Benjamin Pellier (b) d’Akoda et même Valérie Chane-Tef (p) pigiste de luxe ce soir, associés à d’autres excellents musiciens bordelais.

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Mayomi Moreno mène la danse au chant ; Rodolphe Russo (fl, direction musicale) Bertrand Tessier (st) Rémy Béesau (tr) Renaud Galtier (tb) Frédéric Jarry (dr). Chaud bouillant ce concert et qui nous amène à deux heures du matin sans aucun effort, le genre de moment qu’on adore dans les festivals.

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L’air de rien il y a une heure de route pour rentrer à Bordeaux, bon mais c’est quand même plus près que là-bas… Dire que demain avec le programme swing qu’il y a je ne vais pas pouvoir revenir…

Natacha Atlas / James Carter Organ trio Monségur 08/07/16

Par Annie Robert, photos de Thierry Dubuc
La soirée des Hybridaswing         
Monségur. La bastide perchée. Dans des parfums de foin coupé, de douce soirée, de brise légère, et les reflets bleutés des vignes avant la pluie, les 24 heures du Swing entament leur première soirée. C’est un rendez-vous pris depuis longtemps chez les amateurs de jazz (27° édition !), une respiration de début de vacances que l’on a plaisir à retrouver. Regroupé autour de la halle et de la belle place à arcades du village, le festival va pendant trois jours accueillir son public fidèle et attentif.  Tout y est prêt.
Bien qu’il règne l’atmosphère décontractée et l’air de bienveillance qu’on lui connaît, il semble avoir replié un peu ses ailes. Adieu le village jazz et les animations du foyer. Le off est moins dense, la musique bouillonnante moins présente dans les rues. Dommage sans doute ( mais il y a des impératifs divers qui nous échappent à nous spectateurs et qui se rappellent vivement  aux organisateurs, on le sait bien.)
Sous la vieille halle en fer qui trône sur la place centrale, la soirée proposée semble belle en tout cas ; elle est placée sous le signe de l’hybridation, de la chaleur et des vertus toniques du croisement des influences, de la multiculture et du mélange.

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Natacha Atlas

C’est Natacha Atlas qui entame la soirée. La diva de la pop orientale, petit bout de femme gracieuse lance ses musiciens dans un tempo rapide, soutenu par un ostinato galopant avec Vasilis Sarikis aux drums un peu appuyés parfois et Andy Hamill à la basse.
La voix est chaude, puissante par instants, enfantine à d’autres moments, entrelacée de sanglots et de mélopées, soyeuse comme une liane. Lancinante ou charmeuse, elle s’appuie  sur le travail effectué avec Ibrahim Maalouf  qui lui a confectionné un album sur mesure, intitulé « Myriad Road » mélange de jazz et d’orient. Soutenue ce soir par la trompette claire de Byron Wallen, le violon virevoltant et flamboyant de Samy Bishai, elle passe sans difficulté, de la langue arabe, à l’anglais, de l’atmosphère joyeuse ou nostalgique des rues du Caire, aux morceaux jazz dans la tradition des clubs londoniens ( très délicat  « Something » ) ou à la musique du ballet d’Angelin Prejlocaj ( magnifique « Opium »). Cela donne une boule à facettes dont on recherche, indécis, la couleur, celle du sable ou de la fumée, de l’argile ou du charbon.

Une ballade en forme de berceuse, le piano remarquable, en touches impressionnistes ou en impros toniques et imaginatives d’Alcyona Mick se déploient tour à tour. Des chansons tournées vers la pop s’invitent également comme des bribes joyeuses de radio à travers les rues embouteillées d’une capitale arabe.
Il y a des moments de grâce et des moments de questionnements. L’émulsion ne fonctionne pas toujours, même si elle fonctionne souvent. C’est un hybride étonnant dont le terreau n’est peut-être pas encore assez profond pour donner sa pleine mesure et qu’il faudra voir évoluer.

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Natacha Atlas band

 

Vingt minutes de pause et une petite bière plus tard, c’est au tour du James Carter Organ Trio de rentrer en lice. Changement d’atmosphère et changement de tonus. Mais hybridation également.

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James Carter

Une présence de géant débonnaire, un sourire malin, et une présentation des morceaux en français (merci bien) nous inclinent illico au partage. James Carter et ses multiples saxophones revisitent Django Reinhardt, le manouche céleste et sa modeste guitare. L’homme de Détroit va croiser les pas et les notes de celui de Samois.
Il va le mouliner, le passer au presse-purée de son énergie pour en faire un « Django Unchained »  de belle facture. Il démarre en fanfare par un chamboulement complet de « Nuages » qui passe de la douceur nostalgique à la furie funkieuse…Ne gardant que l’ossature des mélodies et des phrases, c’est une réappropriation tonitruante et réjouissante qui nous embarque dans un ouragan de notes, de mots, de frappés, de dansés, d’excès en tous genres. Tous les standards sont repensés, décortiqués et habillés de neuf.
De la cire dans les oreilles, de la brume sur les yeux, des cheveux à défriser, un vieux sparadrap à enlever, un brin de vague à l’âme ?  Pas de problèmes, James Carter est là et Gérard Gibbs à l’orgue, Alex White à la batterie ne sont pas en reste.

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Gerard Gibbs

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Alex White

Nous voilà nettoyés au Carter, dérouillés au groove, punchés  au swing, carterpillarisés à l’after-beat.  Les sax deviennent jouets, trompettes, percussions sonores, ça slappe, ça chuinte, ça vibrionne… une technique éblouissante, une maîtrise qui impressionne et qui en fait quelques fois un peu trop dans la sur-démonstration de son savoir faire. Petit péché d’orgueil ou grand désir d’amour ? Cela n’entache en tout cas pas le plaisir que l’on prend à l’écoute, surtout quand la folie s’apaise, que le sax soprano délicat se fraye un passage. Le discours mélodique se met alors encore plus clairement en place, l’orgue Hammond chante sa poétique, la batterie swingue avec le bonheur de la baguette libérée. C’est sincère et magnifique, simple comme une caresse.
Une valse musette, un bout de vie en rose et « une douce ambiance » de feu clôturent ce set iconoclaste et même si les yeux sont un peu fatigués par l’heure tardive, l’énergie incroyable que James Carter nous a donnée si généreusement nous accompagnera un bon moment.

La soirée des hybridaswing a été contrastée, parfois heureuse, parfois interrogative mais de toute façon satisfaisante par son existence même, par ce désir forcené d’aller vers les autres , d’établir des ponts et des échanges. Le pont peut être tremblant ou solide, en pierre ou en lianes fines, en balancelles ou en poutrelles, il est là et c’est l’essentiel.
Merci Monségur et bonnes passerelles à venir.