Meilleurs vœux

Une vidéo virale circule depuis quelques semaines. On y voit un enfant démontrer son infaillibilité en dictée musicale. Le garçonnet au tableau note sans aucune hésitation sur une portée non pas des « single notes » mais des accords aléatoires joués au piano par son professeur, qui, pour pousser le test à ses limites, introduit quelques aberrations harmoniques et finit par plaquer un accord fantaisiste avec ses dix doigts, faisant résonner au moins trois octaves ; rien n’y fait, malgré l’empilement de notes sans aucune logique interne, les dissonances sont élucidées instantanément par le gamin. Les sceptiques dénonceront une supercherie, mais pour moi, l’expérience conduit à une conclusion réjouissante. Elle confirme la possibilité, aussi infime soit-elle, que l’oreille absolue soit parfaitement développée à un âge précoce. Nous avons devant nous un vrai prodige, sans doute futur chef d’orchestre.


Vu mon âge avancé (et ça ne s’améliore guère) je suis de plus en plus émerveillé par le génie de jeunes musiciens. La télé nous en fait voir et entendre quelques-uns, français de surcroît – cocorico ! – entre Noël et le premier de l’an. Ils réchauffent le cœur de ceux qui analysent rationnellement, froidement le phénomène musical, au risque de se distancier de sa finalité (produire de l’émotion). Ils redonnent espoir à ceux qui désespèrent de la jeune génération. Grâce à elle, les anciens peuvent se projeter dans un futur qu’ils ne connaîtront pas et qui s’annonce extraordinaire, même si aujourd’hui encore quelques imbéciles barbus, le doigt pointé vers le ciel, jettent l’anathème sur cette perversion de l’âme que représente la musique, et même si quelques théoriciens malades prétendent que la musique occidentale savante écrase de sa supériorité le reste de la production mondiale. En prétendant rapprocher l’homme de Dieu, ou l’Aryen de son Graal, ces pervers polymorphes s’éloignent de l’humanité et tendent vers le zéro absolu quand les humains talentueux tendent vers l’infini. La haine de l’excellence, de la créativité, de la liberté, de l’originalité pousse les abrutis au meurtre. Je deviendrais volontiers aussi con : lorsque j’entends des imposteurs haranguer des brutes sanguinaires, moi aussi je sortirais bien mon revolver, sauf que le mien est imaginaire.

Alors, si j’ai un vœu à formuler pour cette année 2017, c’est que toutes les voix discordantes et maléfiques se taisent, que toutes les belles et bonnes énergies s’unissent pour que vive la musique que nous aimons, et pas que le jazz, d’ailleurs, car toutes les musiques du monde, d’hier et de demain, resteront vivantes tant qu’il se trouvera des passionnés pour les jouer et pour les écouter.

2 commentaires sur “Meilleurs vœux

  1. CASTERA Michel dit :

    bonjour Ivan , dans ton article tu parles de ton age avancé qui doit être 63 ou 64 ans ; si tu es celui auquel je pense , tu es ou étais guitariste et fréquentais le Lycée de la Bastide
    nous avons du jouer ensemble dans l ‘orchestre du lycée dans les années 70 à 72 dans lequel je jouais du saxophone , il y avait Philippe Petit , Christian Basque , Philippe Ambrosino San Martin Brachet , je ne me souviens plus du nom du batteur batteur

    cdt MICHEL CASTERA

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