Markit Zéro au Caillou le 24/11/2016

Par Annie Robert, photos Philippe Marzat

Nouvelle génération en vue…

Markit Zéro    24/ 11 /2016

Caillou du jardin botanique      Bordeaux
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Une nouvelle génération de musiciens est en train de se frayer un passage, doucement, tranquillement mais pas sans efforts dans le petit monde du jazz.
Ils sont trentenaires ou à peine, d’une qualité musicale bluffante, ils créent en groupe, soudé et permanent. Leur nom en témoigne d’ailleurs; que ce soit les canadiens de Misc, les lyonnais d’ EYM, les bordelais d’Atrisma, d’Isotope et d’autres encore. En s’éloignant des quartets, quintets ou trios  portant le nom d’un leader, des structures habituelles (thème / impros et retour à la case départ).  ils affirment leur désir de composer et écrire ensemble.
Solidaires, ils s’entraident, partagent leurs expériences, s’enrichissent mutuellement, sans individualisme à tous crins. Les jam-sessions où l’on se poussait des biscottos musicaux, en essayant d’écraser la concurrence n’est pas dans leur culture. Cerise sur gâteau: une bonne dose d’humour et de dérision (ah, les titres barrés !! ) Une vue nouvelle et des valeurs revigorantes.
Généreux jusqu’au bout des notes, ils vivent d’eau fraîche (ou de bière) et de complicité, échangeant leurs hébergements, leurs instruments si besoin, et leurs lieux de concerts.
Un bel exemple nous en est donné ce soir avec la rencontre des toulousains de Markit Zéro et des bordelais d’Edmond Bilal..Les deux groupes se sont rencontrés lors d’un tremplin, se sont découverts, reconnus et appréciés aussi bien musicalement qu’humainement. Même âge, mêmes envies, mêmes enthousiasmes.  Edmond Bilal est parti la semaine dernière jouer à Toulouse  et c’est à Markit Zéro  à présent de se produire en terre bordelaise et de nous donner le plaisir de les découvrir.
Et c’est vraiment un réel plaisir.
Voici un jazz qui ne se contente pas d’être entendu de façon distraite, en bande passante  mais qui s’écoute avec attention. À la fois écrit et libre, il se nourrit  de fortes connotations impressionnistes, structuré par un groove impeccable qui mêle influences électriques, rocks ou ethniques sans artifices, de façon souple, et tenu à bout de baguettes par la batterie énergique de Kulusé Souriant. Le groupe fonctionne comme un explorateur d’ambiance et de moments. Une journée se déroule devant nous avec ses instants de calme ou d’urgence, ses repos du soir, ses inquiétudes et ses chuchotis, ses pensées filantes, sa folie pressée et ses petits bonheurs. La contrebasse déliée, tendre ou sauvage d’Henri Lassemillante  égrène les inquiétudes de la nuit. Le son boisé, plein de clarté chantante du sax soprano de Carla Gaudré fait défiler le déploiement du jour. Les pas ou les galops de guitare des belles envolées rock ou blues de Dorian Dutech, accompagnent les revers et les questionnements et le piano tantôt romantique tantôt grinçant de Jules Gabriel  marque les soucis ou les délires.
Chaque couleur de morceau se transforme, en kaléidoscope, avec une diversité séduisante des compositions orchestrales, un équilibre entre harmonie et mélodie, et une mise en relief de chaque instrument. Si un musicien se tait c’est pour mieux laisser la place à l’autre et reprendre doucement en écho ou en soutien. L’auditeur ne baisse pas la garde, mais se laisse porter par des morceaux de fresques, des bribes de cinémas en contre jour.
Un jazz inventif et vivant.
Le temps d’hier, chafouin, gris et pluvieux n’avait pas incité les spectateurs à sortir de leur cocon douillet. Nous étions trop peu nombreux à découvrir Markit Zéro et  c’était bien dommage. Parions que cette première visite ne sera pas la dernière. On les attend à nouveau avec le soleil en équipage.

Car cette jeune génération est belle, admirable, têtue et porteuse de nouveautés.
En ces temps de frilosité générale, de défiance, de renoncements, de superficialité inquiète, elle montre que la richesse, la vraie, la vitale, la puissante, l’essentielle, est dans le partage et l’échange et pas dans les rolex.
On les aime.
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Par Annie Robert, photos Philippe Marzat

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