Lisa Simone : Un héritage sans ombres


Par Annie Robert, photos Thierry Dubuc

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« Les filles ou fils de »  fleurissent un peu partout. Enfants de restaurateurs ou de cinéastes, rejetons de couturiers, de comédiens ou de chanteurs, ils occupent l’espace médiatique et culturel parfois pour le pire, parfois pour le meilleur.
Il y a ceux qui profitent de la notoriété de leurs géniteurs pour usurper leur talent, ceux qui parfois les dépassent en se faisant plus qu’un prénom (assez rares) et ceux qui se remettent difficilement de l’ombre tutélaire qui les a mis au monde.
Lisa Simone a failli appartenir à cette dernière catégorie. Pas simple d’être la fille de Nina, figure combattante et diva absoluta. Elle a emprunté bien des chemins de traverse et traqué bien des démons avant d’être rattrapée par le virus de la musique et de se lancer enfin.
À 52 ans, libre sans doute, elle sort son premier album , elle ose et elle fait bien. « All is Well » qui est le support du concert de ce soir, est un  album très personnel et bénéficiant des arrangements acoustiques particulièrement soignés du guitariste Sénégalais Hervé Samb. Le lien est ainsi fait entre ses musiques de prédilection (le jazz, la soul et la chanson populaire US) et ses compositions personnelles. Sa mère est présente partout, par instants légère, à d’autres plus prégnante, une ombre qui la porte à présent plus sûrement qu’elle ne l’écrase.
Sur scène Lisa Simone est une brindille brune, sportive et fort belle, avec le contact facile et un français délicieux avec lequel elle joue un peu.
Après le titre- phare de l’album et un hommage appuyé et peut être un tantinet larmoyant à sa mère intitulé «The child in me » elle s’installe véritablement son set avec le nerveux, tonique et puissant « Révolution » entourée de belle façon par  le guitariste Hervé Samb, aux solos rock d’enfer, le magistral bassiste américain Reggie Washington et Sonny Troupé, rythmicien guadeloupéen nourri de gwo ka, opérant  ainsi  de belles noces entre héritage africain et modernité universelle.
Et ce n’est pas à Nina Simone que l’on pense à ce moment là, mais plutôt à Aretha Franklin et à sa soul/funk du tonnerre de Zeus !
Il faut dire que la voix de Lisa est magnifique, ample, déliée, puissante. Une voix qui en jette, faite pour la soul, élevée aux accents du blues. Ca déménage, ça envoûte, ça ébouriffe…
Elle reprend  sans les singer deux belles chansons de sa mère ( dont le merveilleux Ain’t Got No, I’ve Got Life,) et même si résonnent encore dans nos oreilles, les belles versions de Nina , la voix si différente, si claire, si chaude de Lisa en propose une refonte plus qu’aimable et diablement enfiévrée.
Des belles ballades ( Autum leaves,  New world coming) ponctuent le set  et c’est sûrement dans ces moments là que je l’ai préféré, juste la voix, sans afféteries, sans maniérisme ( elle y a cédé parfois hélas)  avec une guitare légère et inspirée pour tout accompagnement.
Lisa Simone est une artiste sincère, généreuse et que l’on découvre épanouie, une artiste qui s’est jetée à corps perdu dans cette musique en héritage et qui s’y est trouvée.
Il lui suffira peut-être d’effacer quelques scories démagogiques ( faire chanter le public c’est bien, mais cinq fois c’est trop !), quelques travers narcissiques ( Lisa c’est moi !), quelques petites facilités vocales  pour s’installer dans le panthéon des grandes voix, de celles avec lesquelles on prend plaisir à passer du temps.
C’est de toute façon, plus qu’ « une fille de », une vraie chanteuse, une vraie présence, et comme dit une de ces compositions  «  my world » un monde qui vient de s’ouvrir.  On ne demande qu’à y rentrer.
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2 commentaires sur “Lisa Simone : Un héritage sans ombres


  1. temps dit :

    Bonjour,
    selon le métier,
    des parents qui ouvrent la porte,
    ne suffit pas toujours,
    Cordialement

  2. Alychouette dit :

    Bonjour,

    Je suis heureuse de tomber sur cet article, j’ai aussi eu la chance d’assister à un concert de Lisa Simone et c’est vrai qu’elle a une voix incroyable et de très jolis morceaux !
    Cependant, le fait quelle fasse tant participer le public m’a vraiment plu, cela à vraiment mis une ambiance de bien-être, de proximité, de chaleurosité dans la salle, c’était superbe !
    Et si non, à propos du « Lisa c’est moi », je pense que pour elle c’est important de le signifier, je pense que c’est le cheminement de toute sa vie qui l’a conduit à cette conclusion, qui lui a permis de ne plus vivre dans l’ombre de sa mère, et il est vraiment important pour elle de signifier que même si elle est fière de son « Legacy » comme elle le dit, elle est Lisa et non Simone à travers qui, on a tendance à passer pour parler d’elle !

    Mais je ne peux pas juger objectivement car chaque concert est unique, tout comme chaque expérience l’est aussi ! Quoi qu’il en soit, je trouve que l’article bien rédigé !!!

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