Léognan’s Boogie Festival 2016

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Un festival Boogie Woogie à Léognan, ville déjà célèbre pour sa belle appellation de vins partagée avec Pessac et pour son festival de Blues, pourquoi donc ? Tout simplement car, comme souvent, des passionnés ont formé une association pour promouvoir le genre et tant qu’à faire en organiser un festival, premier du genre et espérons le d’une longue série. A la tête de l’association Les Nuits du Boogie la famille Michiels dont le fils Florian est un très bon pianiste, il va nous le montrer ce soir.

Tout est né d’une rencontre avec le pianiste Jean-Pierre Bertrand une sommité du genre en France notamment créateur du Beaune Blues Boogie. Il est là ce soir et va jouer, un peu comme le parrain de la manifestation.

Mais qu’est ce que le Boogie Woogie ? C’est à l’origine une manière d’interpréter le blues au piano. Son nom vient de son rythme proche « ta-da ta-da » le battement des roues de trains sur les joints des rails (à l’époque non soudés entre eux), un double essieu de train s’appelant boogie (bogie en Français) ; le Woogie est associé artificiellement par assonance pour mieux sonner. C’est devenu un genre à part entière. Le site de l’association Les Nuits du Boogie vous en dira plus.

Le jazz est protéiforme mais le jazz a des racines, ce style en fait partie. Quel est le jazzman qui n’a jamais un jour joué du Boogie-Woogie, ce blues rapide à la rythmique caractéristique sur lequel on peut broder à l’infini ? De là à en faire une spécialité pour certains musiciens c’est une découverte pour moi.

Ce soir, nous annonce-t-on, nous avons la chance d’entendre deux des meilleurs spécialistes européens du genre, le Français Jean-Pierre Bertrand et l’Allemand Frank Muschalle. Florian Michiels, le régional de l’étape, aura l’honneur de partager la scène avec eux. On ne va pas être déçu.

Pour cette première édition, certainement à cause d’une organisation en rodage et ainsi d’une communication trop timide la salle Georges Brassens est loin d’être remplie. Qu’importe, les absents auront tort.

Deux pianos à queue se font face sur la belle scène, pourtant, pour commencer le concert les trois pianistes se ruent sur un seul d’entre eux pour jouer à six mains un Boogie-Woogie endiablé. Le ton est donné, celui du partage, du plaisir musical.

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Florian Michiels reste seul pour un blues, rejoint bientôt par le guitariste Nicolas Peslier (quintet de Marc Laferrière)  , le contrebassiste Gilles Chevaucherie (les Haricots Rouges) et le batteur Stéphane Roger (Mégaswing quartet, habitué du Caveau de la Huchette) des musiciens qui accompagnent souvent Jean-Pierre Bertrand. Pour Florian c’est un peu le baptême du feu et il va relever le défi haut la main.

Jean-Pierre Bertrand va ensuite le remplacer et nous montrer l’étendue de son talent avec quelques Boogie-Woogie débridés, main gauche rythmique en pilote automatique, la droite volant sur le clavier ; remarquable. Des titres de Joe Turner, de Memphis Slim, Clarence Williams pour une main droite agile ne dépassant pas le tiers droit du clavier et une débauche de triples croches. Et quelle gaieté dans le jeu ! Au gré des titres, la formation va aller du piano solo au quartet chacun apportant ses chorus avec talent et bonne humeur.

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Jean-Pierre Bertrand

Jean-Pierre Bertrand introduit alors son collègue allemand Frank Muschalle en nous précisant qu’avec lui le piano sonne différemment… Je crois bien que sans cet avertissement nous nous en serions rendu compte ! Une rythmique de main gauche très riche tout en gardant ce tempo d’enfer et une main droite qui fait se demander s’ils ne sont pas plusieurs à jouer en même temps, le tout avec un son profond et un liant extraordinaire. J’ai rarement entendu un pianiste jouant avec une telle aisance et une telle musicalité ; le son d’Oscar Peterson, mais dans un autre genre. Son interprétation du tube du genre « Boogie Woogie Stomp » valait à elle seule le déplacement !

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Frank Muschalle

Une pause bienvenue va nous permettre de déguster de délicieux vins du crus, Chevalier et Grandmaison, de savourer quelques gourmandises et de rencontrer les musiciens. Puis ça repart pour un second set qui va s’organiser en direct, au gré des deux principaux pianistes, se questionnant à haute voix sur le morceau à jouer et appelant les sidemen en fonction du choix. Une ambiance détendue pour une qualité musicale de très haut niveau . Les dialogues des deux pianos, certains diraient des battles maintenant, sont jouissives, n’ayons pas peur des mots. Le public s’enflamme – trop souvent à contretemps – on a envie de danser – zut j’ai oublié ma partenaire fétiche – on se régale !

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Final avec tout le monde sur scène et à trois aux pianos, Florian rejoignant deux de ses idoles en toute simplicité. Une très belle soirée à laquelle Action Jazz est heureuse d’avoir participé et des organisateurs satisfaits car pour un coup d’essai c’est un coup de maître musical. Que ceux qui ont raté ça cette année soient là l’an prochain !

En partant j’ai la chance de me trouver à côté de Florian Michiels quand son professeur de piano vient le féliciter avec émotion « bravo, tu as vraiment bien bossé » ; certainement vu le résultat.

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http://lesnuitsduboogie.wix.com/lndb#!blank-1/o0r6l

 

 

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