Lennon revisité par Rantala

 

Iiro Rantala : Tribute to John Lennon au Rocher

par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier

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Il en est des hommages comme pour beaucoup d’autres choses – les chroniques de concert notamment – il y en a de réussis mais aussi de ratés, de fades, de trop clinquants, de faux, d’artificiels, d’intéressés… Ce soir un Tribute to John Lennon nous attend au Rocher, par Iiro Rantala, un pianiste, de jazz qui plus est, seul, et Finlandais par-dessus le marché.

On prend le risque, ça va le concert est à 5€ et un verre – ou plus – de vin sera servi à la fin. En effet le principe des concerts en soirée à 19h30 parrainés par le négociant en vins Diva, abandonné l’an dernier, reprend cette année. Ces concerts avaient à de nombreuses reprises été l’occasion de découvrir des artistes merveilleux, peu médiatisés ou pas encore, comme notamment un certain Gregory Porter en juin 2012… Iiro  (avec 2 i) Rantala était lui venu en décembre 2013 pour un concert qui faisait le pont entre la musique classique et le jazz et nous avions découvert un grand pianiste. Le risque ce soir est donc calculé.

Le piano à queue de chez Steinway & Sons – qui mériterait d’être un peu briqué – sera le seul décor, la musique fera le reste. En bon Finlandais un solide gaillard blond arrive sur scène, vêtu d’un T-shirt vintage hippie, bleu délavé, époque fin Beatles.

Annonce des deux premiers titres dans cet Anglais typique des scandinaves, clair et aux « r » bien roulés, « Because » et « Watching the Wheels ». Heureusement car l’identification du premier titre est longue à apparaître annonçant la nature du concert, des interprétations et des arrangements personnels autour de l’œuvre de Lennon. Et c’est là que va se situer la prouesse, car au final aucun titre ne sera trahi, aucune mélodie ne sera oubliée, mais tout sera réassemblé avec la patte jazz – et classique –du pianiste. Une approche personnelle mais respectueuse de l’œuvre originale.

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Des accents jazz certes mais aussi parfois Gershwiniens, ou des reflets de Satie ou de Stravinsky. Du ragtime comme l’intro de « Help » titre qui va alterner entre violence et délicatesse, une version bouleversante de « Imagine » présentée avec modestie, une reprise enjouée de « Norvegian Woods » ou cette interprétation passionnée de « Woman » ; à ce propos Iiro raconte qu’elle avait été écrite pour Yoko Ono au retour de John auprès d’elle après sept mois de  fêtes à Los Angeles… La beauté de la chanson aurait ainsi sauvé John de la disgrâce !

Puis « Just Like Starting Over » avec une rythmique main gauche redoutable, une jolie ballade jazz pour « In my Life » aux accents de Bach, une version pessimiste finissant de façon optimiste – dixit Iiro – de « Happy Christmas » et enfin «un « Working Class hero » d’outre-tombe, lugubre à souhait le piano préparé avec des serviettes dans les basses et médium, sa carte d’embarquement Air France calée dans les cordes aigues !

Attention on ne parle pas d’une quelconque performance déjantée de musique concrète ou pire mais d’un grand pianiste, un virtuose absolument fusionnel avec son instrument, en maîtrisant toutes les nuances et faisant passer des émotions intenses ; le Salon de Musiques lui a fait une ovation et a eu droit à un rappel introduit par un bout de « Marseillaise » – vous avez deviné le titre qui va arriver – vite remplacée par quelques mesures du « God Save the Queen » et donc enchainée par « All You Need is Love » repris, à la demande de l’artiste, par le public joyeux.

Le courant est passé entre le pianiste et l’assistance grâce à ses enchaînements expliqués avec gentillesse et précision. Cette même gentillesse qu’il aura lors des dédicaces de son album « My Working Class Hero » qui vient de sortir chez la belle maison de disques ACT. Tout ça autour d’un verre – ou plus – de Montes, un excellent vin rouge chilien. Et oui il fallait venir !

Et donc ce soir c’était un hommage plein d’émotion très réussi certes mais surtout une œuvre personnelle autour de la musique intemporelle de John Lennon ; superbe !

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