L’élégance du Didier Ballan trio

par Philippe Desmond

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Didier Ballan est rare, trop rare, récemment j’ai eu la chance de l’intercepter au piano à la jam du mercredi au Quartier Libre dont son fils Jéricho est un habitué. Depuis quelque temps il travaillait entre autres sur un projet de trio, avec Jéricho justement, à la batterie bien sûr et avec Aurélien Gody à la contrebasse. Trio « classique » donc mais traité avec une certaine originalité notamment dans le répertoire.

Ce soir au Caillou la nuit est douce sur la terrasse enfin libérée de sa contrainte de fermeture à 22 heures, loin de la fan-zone bruyante et agitée. Le trio est installé sur la fameuse scène remorque, dont l’arrivée et le départ sont chaque fois une épopée, face aux convives du restaurant pas toujours très concentrés sur la musique mais c’est la loi du genre.

Le registre du trio est le jazz-blues plutôt lent et les ballades. Amusant le contraste entre le gabarit imposant de Didier, ses cheveux fous, sa barbe épaisse et la délicatesse de ses doigts sur le clavier. Son jeu de piano est d’une extrême élégance, aussi bien dans les passages tout en retenue ou dans des chorus très riches.

De fait Jéricho, que l’on voit et entend, lui, plus souvent dans des projets variés allant du swing (Hot Swing Sextet) au ska en passant par du jazz très moderne (Alexis Valet sextet), s’aligne sur ce registre et nous montre une de ses innombrables facettes ; sa finesse aux baguettes est ici manifeste sous le regard admiratif de son père sur scène et de sa maman dans l’assistance. Illustration dans la reprise de la douce ballade « Japam » composition de Didier jouée à l’origine en septet avec le Jazz Ensemble (voir Gazette Bleue #2 lien ci-dessous).

Avec eux Aurélien Gody, lui aussi musicien protéiforme, se régale et nous régale à la contrebasse ; il adore ce type de musique, ces blues lents, ces ballades qu’il n’a guère l’occasion de jouer. Il est capable de leur donner un sacré cool-groove comme hier dans le « Misterioso » de Thelonious Monk.

Un clin d’oeil à David Bowie là-haut avec une lumineuse adaptation de « Life on Mars » où il se trouve peut-être, un passage chez Radiohead avec « Pyramid Song », le « Do nothing till you hear from me » de Duke Ellington et d’autres compositions originales comme « Cerise » pour un concert tout en délicatesse et élégance.

Un concert qu’on aimerait entendre dans un lieu plus intimiste que la grande terrasse du Caillou où il doit donner non sa pleine puissance mais sa pleine douceur.

http://www.didierballan.com/

https://www.youtube.com/watch?v=8FgYumfwGKQ

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n2/

 

 

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