Le swing étincelant du Franck Dijeau Big Band.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Rocher de Palmer, mardi 28 mars 2017.

Le bonheur c’est simple comme un big band, preuve nous en a été donnée hier soir dans un Rocher 650 plein à craquer.

Pourtant un big band ce n’est pas simple ! Pensez donc 17 musiciens ! (la liste en fin d’article).

Il faut déjà les trouver. A Bordeaux pas de problème il y aurait presque l’embarras du choix tellement les talents y sont nombreux.

Il faut les réunir sachant que tous ont de nombreux autres projets.

Il faut qu’à l’heure dite aucun ne manque à l’appel.

Il faut de quoi nourrir chacun musicalement (répertoire, arrangements, partition) et aussi à table….

Il faut ensuite accorder tous les violons et sans violon dans l’orchestre ce n’est pas facile.

Il faut aussi trouver 16 cravates identiques – le chef curieusement n’en a pas – essayez vous verrez que ce n’est pas le plus aisé.

Et j’en passe…

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Cette prouesse Franck Dijeau l’a réalisée avec la passion et la fougue qui le caractérisent. Depuis que le projet est né voilà deux ou trois ans il n’a cessé de le peaufiner de le polir pour arriver ce soir à un niveau de qualité maximal. Cette soirée de sortie du premier album du Franck Dijeau Big Band « Swing Sessions » il la désirait, elle l’obsédait depuis des mois, son impatience affichée sur les réseaux sociaux était plus que palpable, elle se devait d’être réussie tout comme l’est l’album. Elle l’a été, splendide, magnifique, brillante comme les reflets des cuivres de l’orchestre.

Tout a bien commencé avec un « before » dans le foyer du Rocher destiné aux partenaires et aux souscripteurs venus chercher leur album pré-commandé il y a des mois. La famille et les amis sont là, les officiels aussi. Rappelons pour ceux qui l’ignorent que Franck est le directeur de l’école de musique de Cenon à quelques encablures du Rocher. Excellents vins du château La Bertrande dont un magistral cadillac liquoreux pour préchauffer une partie du public… et les musiciens visiblement plus détendus que leur chef. « La journée de répétition s’est très bien passée » me confie Thierry Lujan le guitariste ; ils n’avaient pourtant pas joué ensemble depuis la résidence d’enregistrement à la Coupole en décembre ! 17 !

La queue est déjà très longue devant le Rocher, bien au delà du food truck de service. Vite le concert !

Salle 650 rouge et noire et les voilà tous sur scène en noir et rouge, le pari esthétique est déjà réussi. Rien de tel qu’un bon titre de Count Basie pour accueillir tout le monde ; « Jumpin’ at the Woodside » et nous voilà instantanément transportés dans cette époque rêvée des comédies musicales de Broadway, nos tenues se transformant en smoking, les dames s’habillant ou se déshabillant de robes de soie aux décolletés profonds et élégants. On s’y croirait ! On y est. Sur scène ça scintille de notes et ça va swinguer jusqu’au bout.

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Prise de son et lumières au top vont permettre de régaler les oreilles et les yeux. 17 musiciens et pourtant la possibilité de distinguer musicalement chacun d’un regard. Quand on pense big band on évoque de suite la puissance ; certes elle est là mais tellement accompagnée de nuances, de breaks ciselés faisant surgir le son délicat de la guitare, ou le ronflement de la contrebasse ; c’est une surprise continuelle mais aussi un bonheur de deviner les contrepoints des cuivres et bois (les sax et oui !). Franck Dijeau est allé chercher les versions initiales des morceaux pour les arranger à sa manière avec modernité mais respect.

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Pas de spectacle guindé comme le laisserait penser la présentation élégante de l’orchestre, au contraire sur scène une ambiance joviale mais appliquée ; on se chambre, on s’encourage, on se fait des niches, on ose relever des défis, objets de paris préalables. « Les Loulous » comme les nomme affectueusement le chef, assurent le spectacle et lui n’est pas le dernier à aller les chercher et à mettre de la fantaisie comme dans cette intro au piano volontairement interminable raillée par les musiciens qui s’impatientent ! Musicalement il les dirige au doigt et à l’œil ; au poing même, pas sur la figure, mais boxant l’air pour signifier le punch souhaité. Franck ne tient pas en place quittant son clavier -un vrai et beau piano à queue – pour diriger l’orchestre ou lancer les battements de main du public, y revenant pour un chorus ou signifier le final de trois petites notes.

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Évidemment certains diront que cela est codifié, que les chorus sont préparés à l’avance, le nombre de mesures fixé ; certes mais à 17 il vaut peut-être mieux non ? Ainsi à tour de rôle les solistes se lèvent et s’avancent pour faire leur numéro ; c’est réglé au palmer, évidemment.  Quand c’est son tour, le plus dissipé de tous, Sébastien « Iep » Arruti en profite pour faire des selfies, même avec le patron ! De l’humour, de la bonne humeur sur scène très communicative, tout cela permis par la qualité musicale remarquable.

Quasiment tout l’album va être joué avec en bonus un bon vieux rag de 1929, « Bugle Call Rag » qui se termine dans un tempo délirant, le big band y libérant tous ses chevaux ; ils l’avaient juste répété pour la première fois l’après-midi…

Rappel debout pour une version jungle de « Sing Sing Sing » avec un Julien Trémouille en démonstration à la batterie, se retrouvant seul sur scène pendant un chorus magistral au cours duquel il va garder un tempo de métronome tout en jouant continuellement le thème en filigrane.

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C’est fini. Plutôt ça commence car ce projet il va falloir le montrer à un maximum de gens, il le mérite et le public le mérite aussi. Pour les organisateurs de spectacles renseignez vous le prix est tout à fait abordable et vous êtes sûr d’attirer et de combler le public. Du très haut niveau.

En attendant achetez le disque et même s’il est sur toutes les plate formes numériques prenez le en CD, la pochette est superbement faite et très détaillée. En vente notamment chez Cultura, partenaire du projet,  diffusé dans Open Jazz sur France Musique et déjà dans le peloton de tête des ventes de jazz en France !

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Le Franck Dijeau Big Band :

Franck Dijeau direction d’orchestre, piano, arrangements, recherches, communication, logistique…

Julien Trémouille à la batterie, Thierry Lujan à la guitare et Gabriel Genin à la contrebasse.

Bertrand Tessier et Serge Servant au sax alto, François-Marie Moreau et Jean-Robert Dupuy au sax ténor, Jean-Stéphane Vega au saxbaryton.

Renaud Galtier, Sébastien « Iep » Arruti, Philippe Ribette et Gaëtan Martin aux trombones Franck Vogler, Mickaël Chevalier, Manuel Leroy et Antonin Viaud aux trompettes et bugle (MC)

Pour en savoir plus :

Article du Blog Bleu : http://blog.actionjazz.fr/franck-dijeau-big-band-making-of/

Article et critique CD dans la Gazette Bleue pages 32-33 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

Site web : www.franckdijeau.fr

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