« le langage de la batterie jazz » par Guillaume Nouaux

par Philippe Desmond.

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C’est bien beau de sortir le soir pour écouter du jazz mais ça finit pas écourter vos nuits. Alors aujourd’hui ce sera jazz le matin mais pas un concert, une conférence ou une master class, celle de Guillaume Nouaux sur « le langage de la batterie jazz ».

Nous sommes au Music Workshops un ancien magasin de musique bordelais transformé en école de musique et plus particulièrement de batterie, animée par les batteurs Julien Trémouille et David Muris mais aussi par Rija Randrianivosoa, professeur de guitare au CNR. Le lieu héberge aussi le luthier Omar Amal. Une vingtaine de personnes dont de tous jeunes batteurs est là pour écouter parler et heureusement jouer, le fantastique musicien qu’est Guillaume Nouaux. Sa batterie artisanale fétiche, une ART, siglée GN est là qui nous attend, la conférence sera donc illustrée.

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Guillaume en plus de ses qualités musicales est un érudit de son instrument et de la musique qui va avec. Très attaché à son histoire qu’il juge indispensable pour le pratiquer au mieux c’est aussi un passeur de message et ce n’est pas la première fois que j’ai la chance de le voir pratiquer cette activité.

Son premier geste en se mettant aux baguettes est d’enlever ses chaussures- je l’avais déjà remarqué lors de ses concerts – le toucher des pédales lui étant ainsi « plus confortable et aussi sensuel ».

Il va durant près de deux heures nous expliquer la naissance de la batterie, concomitante avec celle du jazz et réciproquement. Tous les éléments ou presque existent déjà dans les fanfares ou les orchestres classiques : la grosse caisse, les cymbales, les tambours et même la caisse claire vers 1850. L’assemblage du tout avec l’adjonction des toms, formes dérivées des tam-tam africains, va à l’image du jazz lui-même être influencé par toutes les parties du monde. Cymbales chinoises (au bord relevé) , turques (coniques) voire grecques… L’apport des esclaves noirs est décisif dans la naissance de la batterie. Guillaume nous raconte que pour avoir la paix sociale le Maire de New Orleans, port d’arrivée de ces pauvres malheureux – leur a généreusement octroyé le dimanche et que ceux-ci en profitent pour jouer de la musique – à Congo Square – avec tout ce qui leur tombe sous la main et notamment des percussions, apportant le rythme à une musique alors assez sage.

Une étape décisive est en 1909 l’invention par la marque Ludwig de la pédale de grosse caisse qui permet ainsi à une seule personne de jouer . Avantage économique aussi, une personne à payer au lieu de trois ! Jusque là un batteur pratiquait éventuellement le double drumming en tapant sur la grosse caisse avec les baguettes.

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Double drumming

Parallèlement les blancs jouent du ragtime ou du stride et petit à petit la batterie va s’imposer et faire naître le jazz New Orleans et donc le jazz. Il cite pour le style de groove NO, Baby Dodds un des premiers vrais batteurs, Zutty Singleton, puis plus récemment Herlin Riley ou Vernell Fournier batteur d’Ahmad Jamal ; tous des batteurs de NO réel berceau de l’instrument et d’une façon d’en jouer. La crise de 29 fera partir les musiciens vers les grandes villes, Chicago, NYC et ainsi propagera le jazz. Entre temps le hi-hat ou charleston viendra, après plusieurs prototypes peu commodes, compléter l’arsenal des batteurs.

Tout ce matériel il s’agit de bien s’en servir et Guillaume souligne l’adéquation entre le style de jazz et l’utilisation « de bon goût »de certains éléments et moins d’autres.

Arrivera Jo Jones et l’invention du « chabada » ou la cymbale devient prépondérante pour marque le temps au be-bop notamment. Il parle du shuffle, de l’influence des rythmes latinos, de l’accointance avec le rock et le rythm’n blues…

Tous ses propos sont illustrés d’extraits musicaux mais surtout – quel bonheur ! – de démonstrations à la batterie de tous les styles évoqués. Guillaume est capable de vous restituer le drumming de n’importe quel batteur, ou presque, en vous expliquant en même temps ce qu’il fait ; lumineux. Sa maîtrise de l’instrument est absolue et on voit qu’il aime partager sa culture. Vraiment un très beau moment.

Il a un avis très précis sur le rôle du batteur, qui doit mettre en valeur ses collègues mais aussi savoir se mettre en avant au bon moment. Un batteur peut rendre le concert bon mais aussi le rendre mauvais…

Dernier conseils pour les jeunes qui sont là : pour progresser penchez vous sur l’histoire de l’instrument l’évolution de ses styles, le pourquoi de cette évolution, son comment, et là vous pourrez peut-être apporter votre propre influence, sinon vous ne serez que des clones.

On sent qu’il aurait encore pu parler pendant des heures et nous l’écouter autant.

Il me remonte un souvenir ; il y a maintenant bien longtemps dans le but de faire de la planche à voile j’avais lu un guide d’apprentissage et je me souviens qu’en le refermant je m’était dit « super ! j’ai tout compris ». Aujourd’hui cela me fait la même impression. Mais je me souviens aussi que j’avais déchanté en tentant de rester simplement debout sur ce gros bout de plastique agité par les flots et le vent. J’ai bien peur d’avoir la même désillusion tout à l’heure en m’asseyant sur mon tabouret, baguettes à la main…

http://www.guillaumenouaux.com/

http://musicworkshops.fr/

Un commentaire sur “« le langage de la batterie jazz » par Guillaume Nouaux

  1. Alain Piarou dit :

    Superbe restitution de cette conférence. Merci Philippe. Amicalement.

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