Le délicieux fracas de la Caraïbe…

Festival des Hauts de Garonne / Cenon Parc Palmer

Par Annie Robert, photos Alain Pelletier

Les organisateurs du festival des Hauts de Garonne ont le souci de leurs spectateurs, souci du voyage et du dépaysement pour des citadins enfermés dans leur ville par des temps de vacances, souci de la qualité par la présence de groupes d’un immense talent. Merci à eux, merci à eux.
Car, hier soir au parc Palmer, c’est la Caraïbe qui était à l’honneur avec deux groupes époustouflants. Avec le fronton du château pour décor et les grands platanes pour abri, ballottés par un vent un peu capricieux et des nuages défilants, on n’en a tout de même pas raté une miette.

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Une heure et quart avec le saxophoniste Miguel Zenon, et son quartet, c’était presque trop peu pour se rassasier de cette musique vivante et allègre. Oscillant entre la chaleur de son Porto Rico natal, sa douceur et ses vaguelettes tièdes et les embruns gris de New York sa ville d’adoption, il nous entraîne dans une musique complexe, rythme caraïbe et technique new-yorkaise mêlées. Une même phrase, un même thème semblent développés, dans une polyrythmie permanente, avec des contre-pieds, des pieds de nez et des surprises étonnantes. C’est dynamique, les notes groovantes se fracassent en gerbes, se déploient, vont et virevoltent. C’est sophistiqué, mais ça parle.
Autour de son saxophone alto à la technicité irréprochable, trois sidemen (oh le bel échange comme des gouttes de pluie entre le pianiste et le batteur !!) Luis Perdomo au piano léger et puissant, Hans Glawischnig à la contrebasse (un solo magnifique) et Henry Cole à la batterie. Ces trois-là ne sont pas en reste question couleurs, recherches et fulgurances.
De Miguel Zenon je ne savais rien ou presque, j’ai découvert un grand saxophoniste, une musique compliquée certes, mais pas ostentatoire ni rebutante, qui se moque de la mode et qui trace sa route, jazzy en diable hors des sentiers battus. Comme disent les jeunes «  je kiffe grave !!”

©AP_sonnytroupe-2647

Un changement de plateau plus tard et c’est le quartet de Sonny Troupé qui se met en place.
Pour une fois le leader, c’est le batteur, un batteur reconnu, ayant travaillé avec les plus grands. Son complice Grégory Privat au piano n’est pas loin et ces deux-là, ça se sent, se connaissent musicalement depuis longtemps. Ils partagent les mêmes racines musicales, la même formation, le même amour du jazz et des musiques antillaises.
Pour ceux qui s’espéraient un moment de béguine et de zouk, déception… cela va bien au-delà, des pointes d’électro, des sons de nature, des mots chuchotés ou entonnés… Des voyages et des rêves, le titre de l’album de Sonny Troupé porte bien son nom. Mais dans le fond de sa musique, le fond profond, celui qui entraîne tout, on trouve le rythme, celui de sa batterie, celui des tambours Ka (Arnaud Dolmen), celui de la basse (Mike Armoogum), celui des petits marteaux du piano. C’est un rythme tellurique et fort, et pourtant mélodique et dansant. On se laisse envoûter et prendre par ce “solo à deux” autour des seuls tambours Ka, du jeu des phalanges claquant sur la peau tendue de la percu, dix minutes intenses, épuisantes, bluffantes.
Du jazz ethnique direz-vous… du jazz oui, métissé aussi, mais surtout très personnel, un sillon creusé profond et original.

C’est d’ailleurs le point commun aux deux groupes entendus ce soir, la recherche d’une trace originale et personnelle.
Beau travail, belle musique, belle programmation. Bref belle soirée…

Un petit clin d’œil satisfait au technicien-lumière qui sait si bien faire vibrer les murs, les arbres et les ombres.

Un commentaire sur “Le délicieux fracas de la Caraïbe…

  1. Hello tres bel article. pouvez vous rectifier un point : avec Sonny Troupé, ce n’était pas Olivier Juste mais Arnaud Dolmen au tambour ! merci 🙂

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