Le Big Band du CNR rencontre King Crimson. Festival Jallobourde Canéjan le 17/01/15

Ce qui est beau dans un défi c’est quand il parait un peu fou et n’est donc pas gagné d’avance. Ce défi Julien Dubois l’a proposé à ses élèves : monter un projet autour de la musique de King Crimson, avec son Big band de jeunes musiciens du Conservatoire National de Région. Le cadre, le festival Jallobourde ce soir là à Canéjan.
Avant le concert tout le monde est un peu inquiet, les uns ne connaissant pas King Crimson, les autres justement le connaissant. Que vient donc faire un big band dans cette affaire ?
Salle pleine avec bien sûr parents et amis et des amateurs comme l’équipe d’Action Jazz qui dans sa jeunesse a aussi écouté beaucoup de rock – et continue – et notamment ce groupe anglais mythique au répertoire très écrit et tortueux, qualifié de progressif et à juste titre dont le leader  Robert Fripp est un extraterrestre. Certains d’entre nous possèdent encore les albums en vinyl, « In the Court » leur premier disque culte, « Red », même des 45 tours d’époque. Fin des 60’s et début des 70’s pour la période principale et fondatrice du groupe.
Le programme annonce en premier titre « 21st Century Schizoïd Man » ; ça va décoiffer me dit Alain, ça part fort constate Dom ; en big band ? Non, par pour ce titre. Guitare, basse, claviers, batterie, deux sax et un chanteur qui entre, exubérant, provocateur et ça démarre. King Crimson est là, devant nous on se regarde , on n’y croit pas, j’ai des frissons ! Ils le tiennent ce morceau violent, les sax brûlent déjà, la guitare s’enflamme elle aussi. Ouch…
Puis entre la formation complète. Ils sont une trentaine : cuivres, flûtes, violons, guitares, basse, claviers, vibraphone, batterie et percussions et huit choristes dont deux garçons. Je n’en nommerai aucun, hors le Chef, tant le mérite est collectif. Julien Dubois lance son monde pour « Red » et ça marche ! Un son, une ampleur, une profondeur pour ce titre au phrasé répétitif qui monte sans cesse dans la gamme. L’arrangement big band est fantastique, une prouesse (nous apprendrons de sa bouche à la fin du concert qu’aucune partition n’existant Julien Dubois a transcrit tous les morceaux avant de faire l’orchestration !). Les changements de rythmes, les breaks, si imprévisibles et complexes sont parfaitement maîtrisés. On y est, toujours des frissons, on se régale.
Suit « Larks’ Tongues in Aspic, Part One » une composition de musique contemporaine complexe et piégeuse. Ça marche toujours, le big band avec ses violons s’y révèle symphonique.
Morceau phare « The Great Deceiver » nous comble de bonheur, l’orchestre est à fond, les chœurs se régalent puis les chanteuses à tour de rôle et ce refrain tubesque « cigarettes ice cream, figurines of the Virgin Mary » et ça repart à fond. Ouh la la ! Ils enchaînent directement sur « Lament ». Ecoutez les versions originales et essayez d’imaginer la transcription en Big Band…
King Crimson c’est le contraste, la violence mais aussi la douceur. Deux duos chant guitare « Book of saturday » (Marine et Yori)   ainsi que « in the wake of Poseïdon » (Emeline et Johary)Magiques.

Seule reprise de la deuxième époque (1981) le très beau « Frame by frame » Vers la fin « Larks’ Tongues in Aspic, Part Two » qui, par sa majesté, rappelle un peu  Magma ; toujours nickel !
Final avec « In the court of the Crimson King » – où ceux qui ne connaissaient pas le groupe se sont aperçus que si – magnifiquement joué et chanté et qui m’a tiré des larmes de bonheur. Et tout le public qui se fait piéger par la fausse fin alors que les pipeaux et autres flûtiaux n’avaient pas encore apporté leur note décalée et amusante à la solennité du titre !
Fin. Salle debout, ovation, le bonheur sur le visage des musiciens, une certaine satisfaction sur celui du chef si exigeant et justement récompensé.
Rappel, un petit bout de « Lark’s Tongues 2 » et la partie de pipeaux de « In the Court ». Nous voilà royalement cramoisis de bonheur, on en avait tous besoin en ce moment. Défi réussi. La relève est assurée.
Allez les écouter au Rocher le mercredi 11 février à 20h30 (réservation conseillée 05 56 74 8000), ne vous privez pas de ce moment !

Philippe Desmond.

Photo Patrick Lucbert

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