Laurent Robino à l’Avant-Scène

 

Par Philippe Desmond

Bar l’Avant-Scène

Bordeaux le samedi 29 avril 2017

Il est toujours intéressant d’aller découvrir un jeune musicien surtout quand il est entouré « d’anciens » disons de gens qui ont déjà fait leur preuves. C’était le cas ce samedi soir à l’Avant-Scène le petit bar qui est pourtant un haut lieu du jazz bordelais. Combien y sont passés et de célèbres en plus !

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Nous voilà donc ici pour retrouver le Bordelais de 26 ans à peine, le saxophoniste alto Laurent Robino. Sauf qu’il a fait des infidélités à notre pourtant si belle ville – tout le monde le dit maintenant, ça doit être vrai – pour suivre un cursus au conservatoire de musique de San Sebastian, le réputé Musikene. Etudes mais aussi rencontres de nombreux musiciens et non des moindres notamment au gros festival de cette ville. Des progrès et ainsi l’admission dans le non moins prestigieux Prince Claus Conservatorium de Groningen en Hollande en 2015. L’occasion, en relevant ce brillant cursus, d’évoquer avec cet ancien du Berklee College de Boston qui l’accompagne ce soir le manque flagrant en France d’une formation universitaire diplômante de haut-niveau pour les musiciens. Certes il y a les conservatoires mais les équivalences avec l’étranger sont plus difficiles à faire car moins nettes du fait du type de formation moins universitaire, au sens d’universel, qu’ailleurs. Un sujet de plus pour nos futurs dirigeants si jamais la formation culturelle venait enfin à les intéresser… Mais ce n’est pas le propos.

Cet ancien de Berklee c’est le musicien et contrebassiste Olivier Gatto du très solide donc. A ses côtés à la batterie Philippe Gaubert toujours dans les bons coups lorsqu’un bon musicien débarque à Bordeaux, un vrai pivot local.

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Ils ont joué en trio les jours précédents mais ce soir puisqu’il y a un piano sur place il y aura aussi un pianiste, Loïc Cavadore, que personnellement j’adore. Pour se faire entendre il a déshabillé complètement le piano le faisant ressembler à ces bastringues de saloon tels que le cinéma nous les fait revivre , ou invente. Spectacle insolite que cet I-Phone posé contre les marteaux pour délivrer la grille.

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Attablé à mes côtés, mais il ne jouera pas, un autre ancien de Berklee, le saxophoniste ténor Alex Golino. Il est venu écouter un de ses anciens élèves qui va le remercier en lui jouant une composition be-bop écrite en son honneur « Goalino » ; qu’Alex lui ait permis d’atteindre son but est évident. Car Laurent Robino en plus d’être un excellent saxophoniste alto au son naturel et chaleureux, profitant de toutes les tonalités que lui offre son instrument est aussi un très bon compositeur.

Il va nous le montrer aussi par cette belle ballade, dédiée elle à sa maman présente ce soir. Loïc Cavadore la débute en solo par un concerto – il a une formation classique, ça se sent – et une fois que les trois autres l’auront rejoint prendra un chorus inspiré de toute beauté. Tout le concert il va nous régaler.

Olivier Gatto est ce soir en grande forme, la Juve a gagné la veille et à l’approche de la rencontre contre Monaco mercredi il est remonté comme une pendule. En attendant il va nous montrer qui il est si on ne l’avait pas déjà remarqué. Sa longue et lyrique intro d’une autre composition de Laurent dédiée cette fois à son oncle ou ce chorus d’un autre monde mêlé de percussions à la façon d’un Mingus, d’une profondeur très émouvante dans le « Steeplechase » de Charlie Parker vont même arriver à nous surprendre encore. Les réactions du public très averti pour la plupart sont révélatrices.

C’est ce qui est bien avec le jazz quand un concert comme celui-ci, tout simple (!) sans tapage, purement acoustique, arrive à vous procurer de fortes émotions.

On sent même parfois le jeune Laurent au spectacle. Philippe Gaubert n’a pas la tâche facile ce soir, lui le puissant batteur il doit aussi rester au service des autres pour leur tisser un tapis de percussions adapté. Baguettes, balais, mailloches tout va y passer pour construire une ambiance rythmique impeccable.

Avec un telle trio Laurent est en confiance et aussi bien dans ses compos que dans les standards (« Nardis » de Miles, « Beatrice » de Sam Rivers…) il fait chanter son alto blanc – ça va avec tout – ose prendre des risques, qui d’après les mimiques que fait Olivier le surprennent parfois. Encore un peu de timidité dans ses présentations mais qui disparaissent vite bec en bouche. Un musicien qui monte c’est sûr.

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Un tout jeune de 19 ans viendra rejoindre avec succès le quartet avec sa trompette, Vincent Gaubert, le fils, sur « Well You Needn’t » de Monk. Festival de chorus pour tous sur ce dernier titre, super. Un autre Gaubert est là aussi mais avec ses 13 ans n’ose pas sortir son sax.

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Mais dans le jazz ce n’est jamais fini et c’est Iano Anselmo qui prendra les baguettes pour un bonus en trio piano contrebasse batterie.Un excellent choix que d’être venu ici alors que la programmation musicale et particulièrement jazz dans les environs était ce soir très riche. Choisir c’est renoncer dit-on, mais là vraiment aucun regrets !

Et demain la journée va être riche et longue avec le Jazz Day #2 à Saint Macaire mais ça on vous en reparlera dans la Gazette Bleue de juillet, patience !

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C’est bon vous avez noté, il s ‘appelle Laurent Robino.

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