La nuit insoliste, Uzeste

Par Alain Flèche, photos Alain Pelletier

Samedi 19 août 2017, soir

Soirée de clôture de la 40ème édition du festival artistique d’Uzeste. Le concept est une promenade, plus ou moins guidée, autour du village, avec musique, acteurs, pyro, et plein d’autres trucs ! Je ne promets pas de ne pas en oublier, ni de les avoir tous reconnus, ni de raconter dans l’ordre. Mais quel désordre (l’ordre moins le pouvoir !). Au coin d’une place, d’un bois, d’une rue… nous croiserons :

Jérôme Rouger, Jacques Bonnafé, Gilles Defaques, Raphael Quenehen, Sylvain Darrifoucq, Valentin Ceccaldi, Fabien Gaston-Rimbaud, Léa Monteix, le parti Collectif, Laure Duthilleul, François Corneloup, Gael Jaton, Polo Athanase, Nenetto, Alys Varasse, les “Imaginasons” de Patrick Deletrez, Fawzi Berger, le Scrime…

Rendez-vous dans le parc, accueilli par des sons synthétisés par ordinateur. Toute proche, une scène. Sketch sur la relation acteurs-auditeurs,  le 1er rang est responsable du résultat du show, en ce qu’il filtre et réagit sur les informations, soit en les acceptant, soit en faisant écran. Je pense, dorénavrant,  éviter ces places, pourtant tentantes. En fin de diatribe loufoque (et otarie on a ri), à grand renfort de gestes genre “hôtesse de l’air  jouant des bras et des mains pour diriger les voyageurs en cas de…”, le public est séparé en deux énormes groupes qui se dirigeront dans des directions différentes. Avons nous tous vu les mêmes intervenants ??? Quoiqu’il en soit, on y va ! Des lumières, des feux partout, dans les bosquets, près de la rivière, des chants, des textes dans des endroits improbables.

En fait, dès la seconde “vraie” intervention, nous nous rendons compte que nous sommes bien plus nombreux que prévu, et tant pis pour ceux qui traînent la patte, ils ne  verront ni n’entendrons tout de ce spectacle sans cesse enchaîné et renouvelé. Sax et mandoline dessous un petit pont, musiciens en mouvement, notes furtives, tambours au loin. Des relents de musique jouée ailleurs, un violoncelle devant nous accompagne les sons diffus. Nous avançons, des rythmes créoles se précisent. Juste des voix. Du “bélé”, chanteurs cachés dans les taillis, des lampes suspendues aux arbres agitées par des mains invisibles, lumières et ombres qui se confondent. Au bout du parc, une impasse. Un mur, un oeuvrier nous apostrophe, nous encline à lire, à hurler tous, le graffiti inscrit sur le mur : “complot commun” ! Puis mouvement général droit sur le mur… en cartons, qui seront érigés plus loin, au milieu d’un délire de sons, de bruits, de musiques, de textes, où tous se demandent ce qu’ils doivent faire… mais ils le font, dans tous les sens, gloire à l’insensé !  ! Une vingtaine de tambours, caisses, percussions, crécelles et autres emmènent maintenant le troupeau, tel le joueur de flûte de Hamelin. Tous semblent être dépassés par cette marée (où on se marre bien), mais, bon enfant, elle joue le jeu au milieu des multiples feux de joie, d’artifice, follets, qui s’illuminent à chaque instant. Sur un pré, des lettres géantes : 40 ESTEJADA DE LAS ARTS… enflammées ! Tambours toujours. À l’angle d’une rue, fenêtre allumée à l’étage. Solo d’une guitare libérée de codes. Arrive une grue charriant une palette, dessus : une batterie qui donne la réplique à la gratte bis are.

On reprend la route. Tambours, feux, des instruments parcourent en courant la longue procession. Croche-pied pour la pensée qui n’a que faire ici. Il suffit d’être, pour ne pas s’emmêler les oreilles. L’instinct ! Le lâcher prise du connu est de rigueur pour ne pas trébucher sur des idées reçues, ou fixes, en tous cas inutiles ! Autre fenêtre : une jeune femme récite, plein de charme, un texte-manifeste magnifique du grand poète  gascon Bernard Manciet  . .  Pas loin, une batterie explose de joie. Un solo plein de fougue, de feux qui éclairent Louis, ricochent en même temps que les baguettes sur les cymbales. Encore des feux, des sons éparses partout, des cris, des rires, et nous arrivons en face de “l’Estanimet” où nous attend un piano, monté sur des palettes, des bougies se balancent au-dessus. Le grand Maitre d’ici officie. Bernard Lubat nous gratifie d’une aubade flamboyante en guise d’au-revoir. Tout doit se finir en chants et danses. C’est l’heure du bal. À la bonne heure ! Pas de risque de fausse note, ce n’est pas du “baloche” de banlieue ! On est chez les grands là. Alors, rien de moins que le fabuleux groupe nantais pour faire se dandiner les ours en goguette, refusant d’en finir avec la fête. Et c’est donc les musiques de Papanosh que nous emporterons dans les oreilles comme dernières fleurs de ce bouquet de bonheur que nous a offert ce festival, dernier grand bastion artistique contre la bêtise généralisée. Vivement l’année prochaine !

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