JAZZ [at] BOTANIC, AN II – (1) Emanuele Cisi 4tet + Lee Konitz / Émile Parisien 4tet

Jeudi 24 juillet 2014 – Écrit par Dom Imonk

Pour la 2° édition de leur festival, Benoît Lamarque (directeur) et Cédric Jeanneaud (directeur artistique) ont vu large et l’on s’en réjouit. Pas moins de dix jours de festival répartis en deux sessions, pour moitié entre la fin juillet et la mi-Août, et l’invitation d’un prestigieux « parrain » lors de la première session, l’immense Lee Konitz, qui se joint chaque soir à un groupe. Programme royal !

Hier soir, après une présentation du festival et quelques mots de Fabien Robert, adjoint à la Culture à la Mairie de Bordeaux, on a pu écouter trois générations de saxophonistes, mais très proches par la ferveur, et trois types de saxophones, l’alto pour Lee Konitz, le ténor pour Emanuele Cisi et le soprano pour Émile Parisien.

Tout d’abord, Emanuele Cisi, dont le cv est impressionnant. Cette expérience de plus de vingt ans participe à son aisance et à sa richesse de jeu, des thèmes les plus classiques à ses compositions personnelles ou adaptations, dont les arrangements sont très actuels. Et puis il a cette « special touch » dans le feeling, qu’ont les musiciens italiens, et on s’en régale. On le sens fort respectueux et inspiré par ses grands aînés, de Lester Young à Warne Marsh, en passant par…Lee Konitz. Son quartet fonctionne à merveille et c’est un réel plaisir de retrouver à ses côtés l’excellent et très présent Dave Blenkhorn, notre très demandé guitariste australo-bordelais. Nicola Muresu (ctb), imperturbable, et le très précis Adam Pache (bat), assurent une très élégante assise rythmique. C’est en duo avec un Dave Blenkhorn très à l’écoute que Lee Konitz a choisi d’entrer en scène. C’est bouleversant de le voir là, presque modeste et timide, mais ce son et ces phrases ! Belles, fines et colorées, comme le soleil qui se couchait alors. Il lui suffit de « peu » de choses pour être profondément présent et touchant, comme un grand chêne baissant ses immenses branches intérieures à notre portée, pour permettre d’en palper les multiples feuilles d’un vert pur. Le duo a joué ainsi quelques temps, comme sur un fil, superbe dialogue fait de retenue, de pudeur, le souffle de Lee Konitz est toujours là, et l’inspiration comme en évolution constante. Même impression quand le reste du quartet est revenu à sa demande, on le sentait « à la direction ». Les quelques morceaux joués en quintet, et le rappel, ont été prétextes à de délicieux échanges, faits d’écoute, de respect et d’union. Du très beau jazz. Plus de trente ans séparent les deux solistes, il n’en paraissait rien !

 Quel plaisir de retrouver ensuite le Émile Parisien 4tet. Il était programmé l’an dernier mais avait été empêché. J’ai le souvenir ému d’Émile, tout jeune, jouant en duo avec Pierre Boussaguet, sur la grande scène de Marciac, un tabouret entre eux portant une belle rose, nous étions en Août 1998, Guy Lafitte venait juste de partir, brûlant hommage à lui donné. Que de chemin parcouru depuis ! Aujourd’hui, Émile et ses amis jouent une musique tournée vers l’avenir mais qui aspire le présent à grandes goulées. Tout doit être dit et compris plus vite, il y a une sorte d’urgence et des signes successifs sont joués et nous remuent, avec accélérations, breaks, accalmies, unissons, je ne sais pas si c’est du jazz ou quoi ? Peu importe, mais pourtant si, un peu beaucoup quand même…Il y a aussi de la fibre rock dans leur matière, l’excellent Sylvain Darrifourcq et sa puissante batterie n’y sont pas étrangers. Souvenons-nous d’Elvin Jones derrière le Trane, de Tony Williams derrière Miles, ils impulsaient un peu de cela eux aussi. La basse d’Ivan Gélugne n’est pas en reste. Elle est percussive et primale à souhait, développant un puissant drive qui soutient ainsi dans les mêmes inflexions le travail du batteur, jusqu’à bâtir à deux des sortes de transes, offrant socle aux envolées, possédées par le « cosmique », du leader. On est aussi très intéressé par le passionnant Julien Touéry dont le piano multiple nous ravit. Les touches d’ivoire, c’est bien, superbe même, et il s’en sert à merveille, mais à l’instar d’autres artistes « apprentis sorciers », il aime à aller bricoler dans la pièce à côté, tester, expérimenter un peu plus loin dans le ventre de sa belle bête noire, pour en extraire du son neuf. Les cordes sont ainsi utilisées à vif, caressées, frappées, scotchées, bloquées, on les tire avec des fils qui en délivrent des sons de violons mutants. Le jeu d’Émile Parisien, curieux, furieux et élégant a murit, évolué et atteint de belles altitudes, les victoires du jazz 2014 qui l’ont récompensé ne s’y sont pas trompées, mais c’est un artiste libre et en perpétuel mouvement, il ne s’arrêtera pas là. Au final, ces quatre garçons ont joué une musique d’une impressionnante efficacité, suivons-les, même si on n’a plus pied !

 Ce soir deux belles formations : Corneloup/Labarrière/Goubert, puis le Petit Orchestre du Dimanche + guest Lee Konitz

 Dom Imonk

Photos © Thierry Dubuc – 2014

AFFICHE JAB 2014

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EMILE PARISIEN

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