Jazz 360 Cénac, vendredi 9 juin 2017

A mon humble avis, on retiendra que la décennie 2010 en jazz aura été marquée par le retour du trio acoustique piano, contrebasse, batterie.
Vous me direz qu’il n’a jamais disparu. D’accord, mais c’est davantage de l’émergence d’un style, d’un courant, d’un souffle qu’il me semble opportun de parler.
Le son, on le connait ; c’est le discours qui est vraiment nouveau.
Héritiers du regretté E.S.T . (trio suédois, actif de 1990 à 2008, année du décès la mort de son leader Esbjörn Svensson). ces explorateurs s’appellent Gogo Penguin, Mammal Hands, Foehn Trio, et (j’espère qu’ils n’en voudront pas), Eym Trio et RP3 (Rémi Panossian trio).
Bref, on ne manque pas d’offre, et personnellement, ce n’est pas pour me déplaire.

C’est cette belle nouvelle vague du trio qui a déferlé vendredi 9 juin au festival Jazz 360, éclaboussant le public de la salle culturelle de Cénac de cette fraîcheur, tant dans les mélodies que dans la structure rythmique, dépoussiérant les codes du jazz et offrant un point de vue résolument neuf sur le format le plus vu du monde jazz : un piano, une contrebasse, une batterie !

Premier set : Eym Trio et leurs invités

Elie Dufour – Piano

Yann Phayphet – Contrebasse

Marc Michel – Batterie

Mohamed Abozekry – Oud
Marian Badoï – Accordéon

« Ginkgo Biloba », extrait du dernier album Khamsin ouvre la soirée. Élie Dufour au piano imprime la précision et la finesse rythmique de ce premier titre qui se développe crescendo et nous met de suite dans l’ambiance : le son du Oud (Mohamed Abozekry) qui orientalise le

dialogue avec le piano me rappelle certaines discussions instrumentales anciennes entre Pat Metheny et Lyle Mays. Le jeu subtil de Marc Michel donne à l’ensemble une sensation de légèreté, une sorte te rythmique flottante

Elie Dufour

Marc Michel

Ambiance très différente lorsque Marian Badoï, entame en solo à l’accordéon, sa composition « Le Vent de Carpates ». Ce blues rapide version Balkans met en lumière toute la virtuosité du groupe. Le rythme retombe avec « Mirage », dont le mid tempo met en avant la précision du jeu de contrebasse de Yann Phayphet… nous voilà quelque part en Égypte. Le voyage continue jusqu’à Kuala Lumpur (« Le Lours de Kuala Lumpur Part1 & 2 ») ; toute l’énergie du groupe fascine le public qui n’est pas avare d’applaudissements. La combinaison des 5 instruments, offre une palette sonore et rythmique unique. Tour à tour piano, oud et accordéon se répondent ou jouent à l’unisson accompagnés par l’archet de Yann Phayphet.

Le titre éponyme de l’album « Khamsin » clôture le set et offre tout le potentiel du quintet. Une rythmique implacable très appuyée à la contrebasse, les sonorités du Oud, du piano et de l’accordéon tantôt à l’unisson, tantôt en conversations. C’est envoûtant.

Mohamed Abozekry, Yann Phayphet, Marian Badoï

 

Au rappel, le voyage prend fin à « Bengaluru » où le groupe vient de jouer, après quelques concerts donnés en Inde. Est-ce qu’ils sont bien ici, à Cénac ou encore un peu là-bas ?

La salle est debout, enthousiasmée, rassasiée par tant de saveurs mélodiques et rythmiques.

  • Set list

    Ginkgo Biloba
    Vent de Carpates
    Mirages
    Le Lours de Kuala Lumpur Part1 & 2
    Khamsin

    Bengaluru (rappel)

Second set : Rémi Panossian RP3.

Rémi Panossian : Piano
Maxime Delporte : Contrebasse
Frédéric Petitprez : Batterie, percussions

Maxime Delporte

Rémi Panossian

Le second set est l’occasion de découvrir (ou redécouvrir) le facétieux Rémi Panossian dans son désormais célèbre format RP3. Humour, jeux de mots, titres décalés, jeu moderne et décontracté… Rémi Panossian a tout pour plaire. En plus il est beau gosse et joue le total look avec ses belles baskets bleues. De quoi faire craquer la ménagère de plus ou moins 50 ans !
Mais parlons un peu musique ou plutôt « Happy culture », pourquoi pas, puisque c’est le titre qui allume la mèche d’un concert qui va faire boum. Ce premier titre plante bien le décor, celui d’un jazz modernisé par une culture blues rock sous-jacente. Puis viennent les présentations : Maxime Delporte à la contrebasse et Frédéric Petitprez à la batterie et « Brian le raton-laveur ». Pardon ! Brian c’est le titre du second morceau. A part, l’origine canadienne de ce nom… nous n’en saurons pas davantage ; secrets d’artistes. Pas davantage d’ailleurs avec celui qui suit, « Busseola fusca ». Le morceau qui commence par une intro à la contrebasse est nerveux, très rythmé, presque hypnotique. « Jeju-do » calme un peu le jeu en évoquant la délicatesse et les mystères extrême-orientaux de la Corée.
Contraste avec « Burn out », un titre mid tempo un peu plus torturé, qui peut-être justifie son nom ? Et on passe au groove funky de « Radiation spring », un souffle de printemps avant de s’envoler de nouveau vers l’Asie avec « Shikiori » extrait du précédent album « BBang ».
Toute la puissance rythmique du trio s’exprime au travers des compositions qui laissent chaque instrument exprimer à la fois sa personnalité et son jeu, sans jamais voler la place aux autres. Une subtile réalisation où les gros plans en solo n’écrasent pas le jeu en retrait des autres instruments, une prouesse d’autant plus invraisemblable dans le format du trio acoustique.

Frédéric Petitprez

Pour finir en beauté, le rappel, comme un clin d’œil, « Into the wine », s’imposait en plein vignoble bordelais. Dans une veine rock où coule des accents de Garonne de ce toulousain d’adoption, Rémi Panossian et ses complices Maxime Delporte et Frédéric Petitprez mettent définitivement le public sous le charme (et pas seulement les ménagères de + ou – 50 ans !)

 

Set list

  • Happy culture
  • Brian le raton-laveur 
  • Busseola fusca
  • Jeju-do
  • Burn out 
  • Shikiori
  • Into the wine (rappel)

Photos : Thierry Dubuc

Vince

Un commentaire sur “Jazz 360 Cénac, vendredi 9 juin 2017

  1. Annie Robert dit :

    Qu’est qui se passe avec la ménagère de 50 ans ? …. merci en tous cas pour cette chouette chronique.

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