Jacques Schwarz-Bart & Omar Sosa « Creole Spirit » au Rocher de Palmer

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier

De g à d Omar Sosa, Jacques Schwarz-Bart et Moonlight Benjamen

De g à d Omar Sosa, Jacques Schwarz-Bart et Moonlight Benjamen

C’était Jeudi 17 mars. Une salle « 650 » presque comble accueillait un collectif mené par deux grands musiciens, frères d’esprit. L’un, le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart, originaire de Guadeloupe et l’autre, Omar Sosa, claviériste cubain. C’était la première française de leur nouveau projet « Creole Spirit », dont l’idée avait germé il y a quelques années, et fit ses premiers pas sur scène début 2015, lors d’une résidence en Guadeloupe. Les deux hommes sont depuis longtemps en communion, par une profonde  spiritualité créole, Jacques Schwarz-Bart marqué par le Vaudou haïtien, nourrissant son jazz multiple de musique gwoka, et Omar Sosa, animant le sien de rythmes afro-caribéens et d’une « world music » devenue universelle. La renommée des deux hommes a fait le tour du monde et le public les aime pour la paix et l’harmonie qu’ils lui apportent. Ainsi a-t-on pu voir le saxophoniste aux côtés notamment du bouillant Roy Hargrove’s RH Factor, alors qu’Omar Sosa a souvent pu offrir les vives couleurs de sa poésie aux subtils scintillements d’un Paolo Fresu, les deux par moment associés à Trilok Gurtu, magicien du pouls de la Terre. Ce soir, le blanc porté par les artistes illumine la scène du Rocher. Il y a aussi une sorte de tapisserie posée sur le sol, sa photo projetée en arrière-plan suggérant un gros cœur. On retrouve le blanc dans diverses bougies, dont l’une séparant deux calices emplis de rhum – dont seront plus tard dispersées quelques gouttes sur scène pour en nourrir le sol – l’un enveloppé du bleu de Yemaya, déesse maritime de la Santeria, et l’autre du rouge de Shango, divinité du tonnerre et de la foudre. Ce sont deux magnifiques chanteuses dansantes qui ont ouvert cette mystérieuse cérémonie : Moonlight Benjamen,  prêtresse du vaudou haïtien, au regard envoutant porté par une voix profonde et prenante, et la fille d’un réputé chanteur des Santerias, Martha Galarraga, qui a souvent partagé la scène avec Omar Sosa, et dont le verbe subtil parfume l’air avec finesse.

Martha Galarraga

Martha Galarraga

 

Claude Saturne

Claude Saturne

Leur chant, habité par l’esprit, et leur chorégraphie, chargée des signes du rite, accueillent à ravir deux redoutables percussionnistes : Claude Saturne, haïtien, qui joue de ses tambours avec une ferveur hypnotique, tissant de brûlants tapis pour danse et  transe sur fond de gwoka survolté, et Gustavo Ovalles, cubain, équilibriste percussif,  jouant de tout, mais en particulier d’un cajon équipé d’une pédale, ou de divers petits bouts de bambous, tapés sur une planche, un jeu fourmillant d’idées. Les voici alors rejoints par les deux maîtres de cérémonie, le blanc les vêt aussi, mais Omar avec cette exubérance poétique qui est sa marque. Dans cet univers foisonnant, les deux leaders sont proches. Ils se regardent, s’écoutent et se testent, avec une envie d’étincelles et de feu, souriant aux trouvailles et se touchant les mains au sortir de tel chorus ou de tel riche accord, en frères d’harmonie et cousins mélodistes. Jacques Schwarz-Bart est en peu de temps devenu l’un des maîtres du saxophone ténor, son jeu et ses envolées sont d’un lyrisme sans fard, dont l’élégance du feu révèle la beauté d’âme, à laquelle Omar Sosa ne pouvait qu’être sensible, la sienne l’étant tout autant. Les claviers du cubain sont toujours aussi inventifs et luxuriants, on l’observe, il bouge, guette son compagnon, et décèle les moindres interstices où il puisse déposer une note, un son, comme on met une jolie fleur à la boutonnière d’une chanson. Outre la spiritualité, l’énergie et l’union sacrée qui scelle ce groupe, la force de cette musique, c’est aussi la vie et l’alternance des climats qui la décrivent. On y vit fêtes et joies, on s’y recueille, intime et méditatif, alors que de plus fermes instants dénoncent malheurs et violences. En fusionnant Cuba et Haïti, dans ce qu’elles ont de plus sacré, ce jazz intense offre une voix nouvelle à la créolité. Standing ovation méritée pour ce très beau projet, et l’envie de les revoir très vite !

Merci à Valérie Chane-Tef du groupe Akoda pour ses aimables indications.

Jacques Schwarz-Bart

Omar Sosa

Le Rocher de Palmer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *