Hypnotique Mélanie de Biasio au Rocher

Par Philippe Desmond ; photos interdites par la production de MdB. (J’ai volé la photo de couverture)

Pour Pierre.

Dans la famille des chanteuses belges nous connaissons la rigolote ancêtre Annie Cordy, la braillarde épouvantable Lara Fabian mais par dessus tout nous avons la chance d’avoir Mélanie de Biasio. Pas rigolote certes, ni braillarde, surtout pas, mais unique, une pépite inclassable, un objet chantant non identifié, une merveille.

Le public ne s’y est pas trompé et la 650 du Rocher est pleine.

Surprise ce n’est pas la chanteuse avec sa coupe de Jeanne d’Arc qui se présente mais une beauté brune bouclée entourée d’un bassiste et d’un percussionniste. On apprendra qu’il s’agit du trio « Ua Tea » (prononcer oua téa) avec au chant, guitare et ukulélé Dawa Salfati, à la basse Galalaël « Dunbaar » Renault, au set de percussions et au vibraphone électronique Raphaël Perrein. Un univers métissé pour ce groupe de la région, assez minimaliste, assis sur une belle rythmique, pimenté d’effets électros élégants et habité par la voix sublime de Dawa. Un répertoire très travaillé avec des touches éphémères de be bop, des breaks surprenants, une très belle surprise. D’ailleurs le public en voudrait encore, chose rare pour une première partie, les gens étant souvent impatients de voir l’affiche de la soirée.

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Changement de plateau rapide et une plongée immédiate dans l’univers hypnotique de Mélanie de Biasio. Minimalisme maximal, ambiance éthérée, crépusculaire et cette voix profonde tout en retenue, comme la musique tout en suggestion. Deux claviers, Pascal Paulus, parfois aussi à la guitare et Pascal Mohy au Fender Rhodes pour un climat électro et un batteur qui va me fasciner toute la soirée presque autant que Mélanie : le Suisse Alberto Malo – nous on l’appelle Malo m’a dit Mélanie – qui a joué avec Tricky, Eric Truffaz, Sophie Hunger, Ben Sidran… La déception de ne pas voir le batteur annoncé Dré Pallemaerts est vite retombée devant un tel talent. Rôle central de la batterie avec une rythmique soutenue mais pleine de finesse, de créativité ; caresses des peaux, beat de grosse caisse très house sur le titre dynamique – le seul – Gold Junkies, jonglage incessant baguettes mailloches, une présence à la fois absolue et discrète dans cet univers moelleux, fascinant.

Mélanie sur un registre qu’on pourrait croire monocorde raconte ses histoires, souvent mélancoliques avec une grâce curieuse, faite de lenteur, de sensualité, se caressant le ventre, ondulant des bras et des mains, elle prend sa flûte de temps en temps pour quelques mesures. Elle se tient en retrait loin du bord de la scène, elle est présente mais ailleurs elle a l’air de planer au milieu de ces éclairages très travaillés. Dans la salle c’est le recueillement, personne ne bronche, personne ne respire, le temps est suspendu.

Quel dommage que la production ait interdit les photos, notre photographe du soir vous aurait régalé ; au lieu de ça quatre photos sans saveur – en voilà une – nous ont été envoyées…

Melanie De Biasio © Jerome Witz 3

Photo Jérôme Witz

A l’écoute aujourd’hui du dernier album « Lilies » qu’elle a composé presque entièrement et dont elle a joué l’intégralité hier soir, je me rends compte – je le savais déjà – l’apport que constitue le live ; hier soir nous étions enveloppés d’un nuage de douceur avec néanmoins une vibration permanente, nous avons vu Mélanie pleurer à la fin d’un titre, elle a conversé avec nous avec délicatesse ; on s’est fait embarquer. Aujourd’hui sur ma platine c’est plus froid voire mortifère, mais toujours aussi beau.

Inclassable musique mais on s’en moque, on retrouve une référence connue avec « Afro Blue » dans une interprétation à tomber, on pense à « The End » des Doors sur un autre titre envoûtant. Deux rappels, une émotion visible chez Mélanie certainement dotée d’une sensibilité à fleur de peau comme le traduit sa musique.

On repart tous sur la pointe des pieds.

Pierre toi qui l’aimes tant et qui étais à son précédent concert tu as dû adorer depuis là-haut.

https://uatea.bandcamp.com/

 

PS : parler d’Annie Cordy et de Lara Fabian dans une chronique de Mélanie de Biasio je vous accorde que c’est vraiment n’importe quoi. Et ce n’était même pas un pari…

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