Franck Amsallem – Chronique de « Sings Vol.II »

FRANCK ANSALLEM

Par Dom Imonk

Parue le 01 mars 2015 dans la Gazette Bleue N° 9

Franck Amsallem a passé vingt ans aux États-Unis, du début des années 80 jusqu’à son retour en France, à l’aube de ce siècle. Ce fut d’abord à Boston, où tout jeune il étudia un temps au Berklee College of Music, puis ensuite à New York où il se perfectionna à la Manhattan School of Music, avant que d’enregistrer en trio son premier album en 1992, « Out a Day ». Gary Peacock et Bill Stewart sont de la fête, la classe absolue ! Franck croque à pleine dent la « grosse pomme » qui l’accueille, en faisant ses armes aux côtés de grands du jazz. Parmi eux : Gerry Mulligan, Joshua Redman, Kevin Mahogany, et, sur disque, Joe Chambers, Scott Colley, Tim Ries et Leon Parker. Par la suite, il s’est associé à d’autres très sérieuses pointures, sur certains de ses albums, comme Elisabeth Kontomanou, Stéphane Belmondo, Rick Margitza, Olivier Bogé, Daniel Humair et Riccardo Del Fra. La liste est encore longue, et elle situe le haut niveau d’exigence de notre homme.
Ajoutons qu’aux quatre coins de la planète, ses tournées et participations à des festivals réputés furent et sont toujours nombreuses.
Ce nouveau disque est le onzième, et les photos de New York (de Gildas Boclé) qui ornent sa pochette, indiquent la passion demeurée intacte de Franck Amsallem pour cette ville fascinante.
Comme sur son précédent album « Amsallem sings » (2009), le pianiste a décidé d’ajouter ses cordes vocales à l’arc en ciel de sa musique. Mais c’est en trio qu’il nous revient, entouré de musiciens de renom, avec lesquels les liens sont forts. Sylvain Romano (contrebasse), au jeu solide, profond et délicat et Karl Jannuska (batterie), précision du drive, espace et envolées qui évoquent son Canada natal, offrent en écrin leur alchimie rythmique au jeu subtil, lumineux et généreux du leader. Franck Amsallem ne cache pas son admiration pour Hank Jones ou Ahmad Jamal, et on retrouve ce pigment dans le feeling new-yorkais qui l’anime, et qui pourrait aussi faire penser à un Kenny Werner. L’été dernier, j’avais eu le plaisir de voir ce trio, en after hours à L’Atelier (Marciac), le jeune Viktor Nyberg remplaçant Sylvain Romano ce soir-là. Le club s’était bien vite rempli, le concert en deux sets fut délectable. Un moment de grâce et d’émotion, tant la musique jouée collait au lieu, tournoyant de pierres en poutres et enveloppant le public d’une chaleur suave, qui fait la force de ce jazz-là. L’occasion d’apprécier en « live » la qualité de jeu de ce trio, mais aussi d’écouter le chant de Franck Amsallem en direct. On ressent dans sa voix un réel plaisir de chanter, un entrain et une expressivité qui sont maitrisés et contenus, une sorte de sobriété, sans effet gratuit façon crooner cheap, plutôt un côté chic et classe, qui ne choque pas. Il laisse sa chance aux mots qu’il dit, mais ne les materne pas trop. Si j’osais, je dirais qu’il y a dans sa voix un soupçon de Chet Baker et de Ben Sidran, qui est lui aussi pianiste. A part « Paris remains in my heart » signé par Élizabeth Kontomanou et lui, les thèmes abordés sont tous des reprises, pas toutes très connues, mais quelle musique! Neuf bijoux qu’on (re)découvre, de « Never will i marry » à « Two for the road ». On passe par des moments saisissants d’intensité, avec par exemple « If you could see me now », « Dindi », « How deep is the ocean » et un « Body and Soul » très recueilli. Quelques autres morceaux surprise sont là pour vous séduire et vous les écouterez en boucle. Bien bel album d’un jazz vrai et profond. On a comme l’impression furtive d’être revenu à New York City, l’espace d’un voyage éclair !

Par Domimonk

http://www.amsallem.com/

Fram Music Productions – FRA 002

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