ESCAPE LANE [TB#6] Le Rocher 07/02/17

Par Alain Flèche, photos Stéphane Boyancier et Alain Flèche

J’arrive sans à priori, les noms me sont nouveaux,  plutôt intéressé par ce projet transatlantique, présenté par un des fondateurs: Alexandre, en avant concert. Mission de réunir des musiciens cherchant d’ici, de ceux qui perpétuent, en filiation directe, sur le sol des multiples transmigrations, origines de cette musique présente qui nous interpelle aujourd’hui. Alors on s’embarque pour les States. On reçoit des ricains. Et ça tourne ! L’association/collectif « The Bridge » assure ! Dates de concerts, rencontres, échangent, réunions, groupes qui se forment. Ça drop ! Faut pas les quitter des oreilles. Et sont sympas, bien sûr.

Là, pour la destination, ils ont choisi. Chicago. Dans le genre valeurs sures : des élèves de la dernière génération de AACM ! Et là, encore, la magie opère. Rencontres improbables qui se réalisent dans le spontané d’une curiosité bien placée. Avant tout, en même temps que la musique, il s’agit d’une rencontre entre êtres humains. « -vous vous voyez ? -oui. Vous répétez ? Non, on vit ensemble et on joue, sur scène, presque tous les jours » . recherche d’osmose, dans le don, et l’abandon de tous ce qui alourdit et ralentit le moment de fusion de chacun des protagonistes dans : l’ensemble, moment qui n’existe que dans l’instant prolongé de lui-même. Fusionnel … ou pas ! Alors, ça y va, en plein. Tous à poil. Rien d’écrit, rien de figé. Seule préparation de la soirée : « -Tu commences Jeff ? ». Voilà. En route.

Alors Jeff Parker commence, dans un jeu très personnel, qu’ils auront tous ,  quelques réminiscences cependant d’un son ‘ pourri’ de James Blood Ulmer, plus une démarche bruitiste,  héritage de Fred Frith ou Marc Ribot, ou/et Jeff  Lee Jonhson, pour plus d’une note, bleue, sale, seule. Rejoint de Ben Lamar Gay. Il remplace, sur cette tournée, le trompette habituel de cette formation : Marquis Hill, débauché par M.Miller sur une tournée d’un an et demi. Oups. Pardon. Bref, tu vois l’niveau ? Ben Lamar, lui, il ne me boude pas la comparaison que j’ose lui proposer, avec Bowie, Lester. Il a même rigolé. Vidé de la tension soutenue tout le long du set, long, généreux, et unique, pas de rappel. Tout est dit, et bien dit. Musique concentrée sur elle-même et son évolution constante interdépendante des idées émises, ou suggérées par chacun, et  du  public aussi. Le ressenti, le feeling, ça l’fait. La contrebasse de Joachim Florent va permettre de souffler un peu, sur la rondeur d’un walking, certes dé-concertant, mais pas si loin des clous, enfin, un temps, et quelque. Il aime bien aussi s’échapper des codes, espace, temps. Il reste (presque) sage. Il garde la boutique, il redresse quand le vent souffle, juste avant de partir jouer avec les copains,  faire les fous, éclater de rire . Et puis, Denis Fournier, batteur, gérant du binz, et de la situation, play-boy irrésistible, étincelant de finesse, modeleur de constructions basées sur leur propre instabilité, et cette perpétuelle remise en question du prévu ne le laisse jamais au dépourvu, pourtant, et il pourvoit, donc, de son énorme mieux, à accompagner, remplir, s’il faut, pour s’évanouir aussitôt dès qu’il plaira à, lui, à côté, avenir. À devenir, tous les temps, tornade de joie libertaire libératrice, résurgence des urgences de  création ex-nihilo, mais avec d’autres rêveurs fabricants de rêves, ceux qui sont là, et ceux qui sont évoqués. Jamais bien loin de l’ « Art Ensemble » ou de l’ « Etnic ‘ » de Kahul El’ Zabar. Ça sent bon la révolution permanente. Ensemble, chacun, solo, à 2 à 3, tous, selon la nécessité de l’instant : exploration des possibilités. Des cherchants. Denis m’a ému, en tournant la manivelle d’une boite à musique, ouais, avec une telle intensité, émotion, intention me dira-t-il plus tard. Là, on touche quasi au sacré. Si. Rien de trop, rien qui manque. En place. Des potes qui ont des trucs à (se) dire. De très belles choses d’hommes, qui se rencontrent tard le soir… à la Léo. Et des choses de joie de communion. Ce truc de musique qu’ils fabriquent ensemble pour nous tous, ça fait un bonheur qui va nous tenir un moment. Jusqu’au prochain…

Je me rapprochai ensuite de Denis, j’utilise cette source pour beaucoup de mes assertions dans ce billet, on parle de ce projet, d’autres sur le feu par chacun, ça vit, ça bouillonne. J’vous le dit : pas mort le Free ! Il y a encore du monde pour relever le défi. Justement, passe François Corneloup, dans le coup, du moment, papote avec la bande. Des projets aussi, encore, on n’est pas perdus ! François-René Simon, de « Jazz Mag » croise par-là, prend des notes, l’air d’à peine y toucher, bien entendu : L’air du temps qui est là, qu’il fait, et qui passe, pour faire la place, au suivant.

Ben Lamar Gay : cornet, bidouillerie electronics & co

Jeff Parker : guitare électrique

Joachim Florent : contrebasse

Denis Fournier :   batterie, percussions

Par Alain Flèche, photos Stéphane Boyancier et Alain Flèche

https://www.lerocherdepalmer.fr/

 

Un commentaire sur “ESCAPE LANE [TB#6] Le Rocher 07/02/17

  1. PIAROU Irène dit :

    Alain, comme à chacune de tes chroniques, on regrette, on a des remords de ne pas avoir pris le temps d’assister à ce concert…
    Merci de nous faire partager ces moments de bonheur !
    Irène

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