Edmond Bilal Band au Caillou, Bordeaux le 15/01/2016

Par Dom Imonk, photos Thierry Dubuc

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Edmond Bilal Band est un être musical protéiforme qui, comme le caméléon, change de couleur dès que son inspiration le lui dicte, ou quand les aléas de la vie le lui imposent. Ainsi les avait-on découverts il y a quelques années, en un quintet très prometteur, voguant dans un jazz groove au flow grossissant de concert en concert. Trois EP (dont deux chroniqués dans la Gazette Bleue : n°1 & n°10), avaient fixé plusieurs de leurs compositions, souvent reprises en live, certaines allant peu à peu devenir les hymnes du groupe. L’année dernière, le Edmond Bilal Band s’est produit en quartet, avec une musique plus punchy, des thèmes plus resserrés, en quête de sonorités toujours plus affutées. Nous avons adoré ça, mais nous n’étions pas les seuls car la formation a ainsi écumé diverses scènes de l’été, dont Jazz in Marciac, et il fit un peu avant un passage très remarqué à La Défense Jazz Festival, dont le batteur Curtis Efoua Ela ressortit primé. Fin 2015, ce furent aussi les fameuses « Dover sessions », filmées aux KETV Studios de Douvre, on en reparlera. Ce vendredi soir, le caméléon Edmond s’est posé en trio sur un Caillou ravi de les accueillir. Un public nombreux, des fidèles, des amis. Un répertoire encore en mutation joué par un groupe arrivé bien musclé en technologie, formé de Paul Robert (saxophone ténor, moog, effets), Mathias Monseigne (guitare, basse, effets) et donc Curtis Efoua Ela (batterie, effets). De nouveaux morceaux ont été proposés comme « @transversale » et « Patapatwi », les deux joués à Douvre et déjà visibles sur la chaine youtube d’Edmond, ainsi que le fort pêchu « Captain B », très bientôt en vidéo lui aussi. Le trio est passé à une lecture carrément « drum & bass » de son répertoire. Ça souffle fort et ça décoiffe, un peu à la manière du « Bedrock » d’Uri Caine, ou de son « Philadelphia experiment ».

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Paul Robert fait joujou avec son nouveau moog, ce qui épice les flux et colorise le ton. Son saxophone garantit la « jazzité » du propos, on le sait fan de Cannonball Adderley, et on sent une belle soul dans son jeu. Mais grâce à ses pédales d’effets, son souffle s’échappe souvent vers des éthers électronisés, et ses phrases ainsi démultipliées créent un mood planant qui contraste bien avec le groove endiablé des deux autres compères.

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Curtis Efoua Ela est impressionnant de drive. Il jongle avec ses boules de rythme, de peaux en cymbales, agilité et précision d’impact étant ses marques. Il est partout et ses tempos ensorcelés, aidés d’un peu d’electron, enflamment la musique et sont le fondement d’une pulse fraîche et hachurée, qui booste l’ambiance et la repeint à neuf.

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Parlons de la basse « pointilliste » de Mathias Monseigne qui joue en mode « morse hypnotisant », il « electro-choque » les morceaux, pas volubile mais omniprésent dans le son, comme un percussionniste à quatre cordes. Il est tout aussi indispensable quand il s’empare de sa fidèle guitare bleue. Les pédales d’effets enrichissent son jeu mutant, qui devient beaucoup plus rythmique, des riffs et accords s’entrelacent, dans des humeurs obliques, au boisé acide, et ce, un peu au dépend de ses chorus d’antan, mais on sait qu’ils reviendront un jour.

Outre les morceaux déjà cités, on a eu droit à des pépites, telles que la brûlante reprise du « Listen here » d’Eddie Harris, à d’autres récentes compositions comme « M’Brabouch » et « Alerte V », et enfin aux tubes, transfigurés par le drum & bass, que sont « Watertouch II», « Zealot charge » et un « Hymne à la repeinte », carrément devenue une « Free repeinte » lunaire et sinueuse, ouverte par un sax cosmique. Ces nouvelles couleurs de peinture « bilalienne » nous ont bluffés et prouvent l’aisance avec laquelle le groupe sait se remettre en question. Et puis les ingrédients sont là: Une formation ayant muri en peu de temps, des musiciens chercheurs et trouveurs d’idées neuves, des compositions enlevées et bien rodées à l’expérience du live. On suivra de près leurs mutations futures. Après deux sets enflammés, Edmond Bilal Band a encore offert à son public qui le rappelait, une superbe improvisation planante créée dans l’instant, beau cadeau qui nous fait espérer les revoir au plus vite en concert. Le groupe démarre la nouvelle année sur les chapeaux de roue. Ainsi, le 23 janvier 2016, à l’initiative du Rocher de Palmer, on retrouvera Edmond Bilal Band à San Sebastian, devenue capitale européenne de la culture. Et ensuite, le 18 février 2016 à Paris, à l’occasion d’un showcase auquel ils participeront à la prestigieuse Maison Selmer.
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Caillou du Jardin Botanique

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