Du bouillon de poulet pour l’âme

« Du bouillon de poulet pour l’âme » : EmYo

par Annie Robert

SoupéJazz Cénac ( 33)
6/05/2017

Lorsque le ciel est froid, les temps météorologiques et humains incertains, rien de tel que des nourritures terrestres et artistiques douces et bonnes pour redonner du peps et de l’évidence au quotidien. Un moment pour soi mais à partager avec d’autres, une bulle irisée, de la chaleur, du réconfort intelligent, bref comme dit une expression yankee « du bouillon de poulet pour l’âme ».

Ce SoupéJazz au restaurant Les Acacias de Cénac en fut un chouette exemple.
L’association Jazz360 en plus des trois jours de concerts du festival (cette année les 9/10 et 11 juin prochains) propose des rendez vous réguliers  pour alimenter l’envie de Jazz et le plaisir de la découverte: 2 soirées –cabarets consacrées à des trios ou quartets et 2 SoupéJazz dans une formule plus intime alliant à la musique un repas soigné, comme ce soir.
Dans la petite salle éclairée de tableaux colorés, les micros attendent sagement, les petites tables se remplissent sans à coups. Les boucles brunes d’Emeline Marcon et la guitare blonde de Yori Moy sont prêtes à nous faire partager leur monde délicat fait de détournements, de bossa nova et d’arrangements inventifs.

EmYo

Ces deux-là se sont bien trouvés. Ils se complètent et se soutiennent dans un exercice plutôt compliqué : un duo guitare/voix ou le moindre faux pas ne pardonne pas, où les appuis ne sont pas nombreux, où il faut savoir travailler sans la rythmique d’une basse mais qui leur donne une liberté folle dont ils vont se servir toute la soirée. C’est pétillant, groovant, joyeux ou mélancolique, sans arrêt étonnant, à s’en pourlécher les babines.
La voix d’Emeline possède la rondeur, le phrasé délicat, le soyeux d’une Stacey Kent, mais aussi la puissance et le sens très développé de l’impro d’une Cyrille Aimé, avec un léger petit voile qui rend ses interprétations émouvantes à souhait. Une chanteuse de haut vol, jolie comme un cœur, toute jeune et pleine de promesses.

Emeline Marcon

L’assistance en est restée baba. Très vite, les fourchettes se sont faites discrètes, les conversations se sont réduites à « passe moi l’eau ou le sel » et le cuisinier a dû voir d’un drôle d’œil ces gens qui ne s’intéressaient que modérément à sa cuisine pourtant savoureuse… Il faut dire que le menu musical était des plus tentants ; le duo laissant s’entremêler audacieusement la poésie de la chanson française et le groove de la pop américaine, sans perdre de vue l’amour pour les musiques découlant du Jazz et de la tradition des îles de la Réunion et du Cap-Vert, le tout sur des arrangements très personnels. On redécouvre Bob Marley et Prince, en passant par des grands standards de Jazz , avec un petit détour par les Beatles ou même Police…Un astérisque particulier à un « Couleur café » introduit par un petit bout de « Saint Thomas » subtilement tricoté et bien gouleyant
Quant au jeu de Yori à la guitare, c’est un modèle de ciselé sans esbroufe inutile, un guitariste comme on les aime. Toujours attentif à sa partenaire qu’il suit et précède dans ses improvisations, il tient le mélodique, l’harmonique et le slapp avec la même aisance. Son travail n’est jamais attendu, mais toujours précis, il sait encourager les folles impros de sa tonique camarade pour la ramener sur le bon accord tonal. Complicité et échange. En permanence. C’est un régal de les voir au travail.

Yori Moy

Le duo n’existe que depuis deux ans et s’amuse pour le moment à la revisite de standards ( mais les compos sont en vue..) On peut les retrouver tous les jeudis aux « Tontons flingueurs » où ils expérimentent leurs nouveaux arrangements ;
Après deux morceaux de Piaf : «  Les ponts de Paris » tout bousculé de bossa et « la vie en rose » sans pathos, les convives restés jusqu’au bout des deux sets se sont séparés sur un dernier morceau de Mayra Andrade et le soleil vivifiant du Cap Vert, ça pétillait dans les yeux après avoir pétillé dans les verres.
On est repartis dans la nuit claire, tous bien repeints de l’intérieur, tous chaudement reconstitués. EmYo c’était bien du « bouillon pour l’âme…. » Longue vie musicale aux deux petits poulets !!

EmYo

 

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