Djamano : du swing manouche au Molly Malone’s

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Fin de dimanche pluvieuse comme l’a été toute la journée à Bordeaux, plutôt l’envie de rentrer chez moi à l’abri avec un petit verre à écouter de la musique. Allez, un peu de courage,  il n’est pas si tard, 18h30, juste un petit set au Molly Malone’s et je rentre. Tu parles…

A l’affiche ce soir le duo Djamano. Mais curieusement sur la micro scène ils sont trois à préparer leurs instruments ; ils seront bien trois : une violoniste et deux guitaristes. Je ne les connais pas mais le style de musique est facile à deviner, ça va swinguer manouche. Non ils ne sont visiblement pas gitans mais gadjos – d’ailleurs ils n’ont rien dit quand j’ai posé mon chapeau sur la table, signe de discorde chez les manouches – ce sont leurs instruments qui les trahissent, les guitares surtout. Deux belles caisses au décrochement caractéristique en bas du manche pour attraper plus d’aigus, une grande bouche (l’ouverture dans la caisse pour le type Maccaferi) et une petite bouche (type Selmer) à cordes métalliques. La première a même un manche – toujours assez fin – qui se prolonge dans la bouche pour en augmenter la tonalité haute. On ne joue pas manouche avec n’importe quoi.

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Ça démarre en swinguant avec le standard « Jersey Bounce » joué à la française selon l’expression consacrée, l’occasion de découvrir le jeu de Jeanne Robert aussi élégant qu’elle, ce qui n’est pas peu dire. Attention à ne pas confondre, ce n’est pas du violon tzigane dont Boby Lapointe disait « Le violon, de deux choses l’une, ou tu joues juste ou tu joues tzigane » et elle joue plus que juste ! Un régal de la voir manier l’archer ou de parfois tenir son instrument et en jouer comme un ukulélé. Quelle douceur et quelle suavité amènent ces cordes frottées en contrepoint des pincements – au médiator car les cordes en métal c’est du costaud – du guitariste soliste et de la pompe du guitariste rythmique. Une magnifique violoniste.

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A la guitare (grande bouche) donc, Renaud Grimoult l’autre titulaire du duo Djamano et Robin Dietrich (petite bouche) qui le transforme de plus en plus souvent en trio. Pour moi la formule idéale, une guitare jouant en soliste l’autre en rythmique, le violon complétant magnifiquement l’harmonie.

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Jeanne et Renaud ne sont pas girondins mais habitent dans le coin depuis quelques années en menant une jolie carrière nationale et internationale ; Jeanne a aussi longtemps tourné avec les Têtes Raides. Robin est plus connu dans le coin avec les Gosses de la Rue, le sextet de swing manouche. Les deux guitaristes alternent avec bonheur les deux postes, soliste et rythmique, dialoguant avec le violon de Jeanne ou entre eux. Une démonstration sans démonstration, sans surenchère ; de la musique.

En trois sets, comme un vrai match de tennis – au fait le même fabricant historique de cordes pour les violons et les raquettes est français – ils vont se mettre le public plus que dans la poche, celui-ci quelque peu bruyant au début se laissant posséder par la virtuosité du trio. Un Molly Malone’s plein à craquer qui va faire une ovation aux musiciens.

Il faut dire que le répertoire est bien choisi, alliant les standards de jazz comme « I Can’t Give You Anything But Love » , « I Don’t Mean a Thing » (commencé comme une fugue de Bach) à la java  ou la valse musette avec « Indifférence » ou aux classiques du manouche de Django et Grappelli tel « Minor Swing ».

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Play list (photo PhD)

Le dernier titre est le bouquet final de ce feu d’artifice, Jeanne portée par la folle rythmique de ses deux gratteurs s’envole littéralement provoquant les hurlements d’une assistance subjuguée. Un bonheur.

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Quel beau concert, qui a dit que les dimanches soir étaient tristes ? Pas ici sûrement !

Au fait il est 21h30 et je suis encore là ! Pas une seconde l’envie de partir ne m’a traversé l’esprit…

Bon, exercice pour la prochaine fois : sur un cahier propre,  dix lignes de bling, dix lignes de blang. Ah non, je confonds, ça c’est de la guitare sommaire, celle de Boby – encore lui – pas de la guitare manouche.

www.djamano.fr

 

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