Didier BALLAN JAZZ ENSEMBLE chronique de JAPAM

Par Dom Imonk

Parue le 01 janvier 2014 dans la Gazette Bleue n° 2

DIDIER BALLAN JAPAM jacquette ext - Copie (2) - Copie

Musicien en perpétuel mouvement, à la tête ou partie prenante de divers projets, Didier BALLAN vient ainsi de reformer son Jazz Ensemble qui avait déjà tourné de 2004 à 2006. Il a réuni une toute nouvelle équipe, Nolwenn LEIZOUR est toujours à la contrebasse, et l’on s’en réjouit ! Le reste du groupe est formé d’excellents musiciens qu’on connait bien et qui tournent beaucoup, dans diverses formations, sur Bordeaux et la région et même ailleurs : Christophe MAROYE (guitare), Jéricho BALLAN (batterie), Ersoy KAZIMOV (derbouka, bendir) et Emilie CALME (flûte bansuri). Tout le monde se retrouve sur le tout nouvel album du Jazz Ensemble : « JAPAM ». Didier BALLAN est au piano et à l’harmonium et il a composé tous les morceaux, mais il indique bien que c’est un travail collectif, chaque musicien ayant apporté sa pierre à l’édifice. Et puis pour enrichir le tout, Carole SIMON, Magali PIETRI, Indiana BALLAN et Olivier OLIVERO viennent en invités offrir leurs belles voix sur certains morceaux, et c’est Patrick LAFRANCE qui est l’ingénieur du son.
Ce disque est une sorte de carnet de route, ou mieux, notre planète en réduction sous forme de belle mappemonde, éclairée de l’intérieur, qui flotte et s’offre à la vue et à l’écoute.
On pénètre en son atmosphère par le morceau titre, « Japam », tout en douceur. Un raga d’harmonium nous accueille, puis une belle flûte annonce le thème qui ne nous quittera plus. Le pouls du groupe s’amplifie, balais et cymbales, guitare, accords délicats de piano, la guitare revient en un beau solo tout en finesse boisée, le chœur final du morceau nous donne envie d’en savoir plus.
On « atterrit » alors pour visiter deux pays « suggérés ». « Egyptomania » , promenade dans quelque rue du Caire, foisonnantes percussions, piano nostalgique et accords de guitare mystérieux, une belle voix arrive à point nommé pour magnifier le tout, en un scat pour les étoiles, avant qu’un vif solo de guitare ne vienne électrifier le tout, quel son! c’est remarquable, mais l’on n’en restera pas là ! Le morceau se finit, presque calme et serein.
L’étape suivante, c’est l’Inde avec « Madhavi », très beau prénom féminin, mais aussi celui d’une célèbre actrice de ce pays. Ca démarre en voix récitative sur fond d’harmonium méditatif puis la contrebasse nous réveille et nous aspire dans un groove rond et joyeux, tout s’emballe, le groupe fait bloc et l’on pourrait presque danser, comme sur la bo d’un film façon « bollywood », c’est d’un guilleret souffle jazz que le piano reprend les affaires en main, pour ensuite laisser la main à la batterie et aux percussions, final en communion collective et l’on se sent indien.
Les trois morceaux suivants sont peut-être les plus marquants de l’album. On quitte la surface pour un voyage intérieur, au plus profond de l’« Homme », pour évoquer trois de ses plus beaux sentiments. « Amour », qui prend une signification toute particulière car, au moment où j’écris ces lignes, Nelson Mandela vient de nous quitter…Tempo très calme, voix chaleureuses , celle d’un homme à l’accent indien, et paroles d’amour dites en français par une jeune femme à la douce diction, flûte aussi limpide que les eaux d’un lagon, le son de la contrebasse figure de grands arbres protecteurs, aux pieds desquels la guitare semble faire des ronds dans l’eau, et tout est posé sur le battement discret des percussions et des toms. C’est comme un Eden. Très beau.
Après le calme, la tempête, « Kaos » c’est la touche rock du maître des lieux. L’épicentre magmatique de notre petite planète est aussi celui de l’album. C’est le côté tourmenté de l’Homme, ses colères ses conflits. Rock puissant qui rappelle un peu le Led Zeppelin des mid 70s, mais aussi le King Crimson des 80s, ou le plus récent « Crucible » de John Zorn. La voix crépusculaire rappelle un peu celle d’une Diamanda Galas, la batterie puissante propulse le tout vers l’avant, associée à une basse cathédrale, le piano volète ça et là en des accords obliques et la guitare qui ferraille en accords puissants, s’explosera en un magnifique solo acide vers la fin de ce jubilatoire chaos.
Le « Doute » , n’est-ce pas finalement là que la nature humaine est la plus belle ? Sûre de rien, douter de soi, douter de l’autre, se remettre en question. Ce magnifique morceau intemporel retranscrit bien cela. Sonorités délicates et cristallines, comme mues par un rythme universel que l’on ne sait pas bien étiqueter, et c’est tant mieux. Beau comme un lever de soleil hivernal, limpide, avec les jeux combinés du ciel bleu, de l’astre qui s’éveille et des nuages gris orangés, spectacle furtif porteur de paix.
Fin du voyage intérieur et retour en surface avec d’abord « Jeru’s Dance » , une aguichante promenade dans quelque club où un beau jazz fruité se joue et nous emporte en mid tempo sur les rives du ternaire, tout le monde s’affaire avec joie, des cymbales bien décidées du batteur au solo de guitare décidemment fort inspiré. Irrésistible.
Puis l’époustouflant « Massala Café» finit de nous séduire par la fusion épatante et alternative entre une musique world intimement vécue, douce intro de raga, percussions, basse pilon, et une matière plus jazz fusion au thème un peu nostalgique mais fermement drivé par la batterie, la contrebasse, et surtout ce solo de guitare « scofieldien » en diable qui vient totalement fendre le morceau et nous assujettir définitivement à cette fête impie !
Avec « Japam Song », on regagne l’éther, heureux et quiet, la reprise du thème initial est ici chantée, jolies paroles, le piano nous enchante, douceur de ce thème qui nous a conquis et que l’on fredonne. On veut partir avec eux…
C’est vrai, maintenant, on a grande envie de les voir en concert, un tel disque va s’épanouir au contact du public, il est fait pour ça, et puis ce voyage est aussi pour nous. Oui, c’est sûr, on doit partir avec eux !

Par Dom Imonk

Production Didier BALLAN – Copyright © 2013  http://www.didierballan.com/

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