Dianne « Diamond » Reeves

mercredi 13 septembre 2017, Rocher de Palmer

Dianne Reeves : chant
Peter Martin : piano
Romero Lubambo : guitare
Terreon Gully : batterie
Reginald Veal : basse

A l’instar du titre de son dernier album, Beautiful life sorti en 2013 (déjà) chez Concord Records, une soirée avec Dianne Reeves c’est une tranche de belle vie assurée.

Comme d’habitude, le quintet identique qui l’accompagne depuis 4 ans entre en scène et installe l’ambiance ; un jazz blues où le piano et la guitare entament une conversation très savoureuse. Le sens de l’improvisation de Peter Martin éclabousse déjà les premières minutes du concert. A la guitare, Romero Lubambo le brésilien lui répond et soutien l’échange à un très haut niveau. La complicité de ces gars-là, qui se partagent la scène plusieurs centaines de soirs par an, fait plaisir à voir et surtout à entendre.
Dianne Reeves fait son entrée sur les premières notes de « The Twelfth Of Never », un titre enregistré il y a 20 ans sur l’album That Days. Démarrage tout en douceur, presque en retenue. S’amusant sur les octaves de sa large tessiture Dianne chauffe sa voix en scatant son ‘‘bonsoir’’ au public. « nous avons plein de musique pour vous ce soir, alors relaxez-vous, tapez dans vos mains…», une recette qu’elle réussit à merveille pour amener le public et sa voix à bonne température.
C’est avec ‘‘Minuano’’, un titre très mélodique de Pat Metheny que le charme s’installe. Scaté de bout en bout, cet instrumental est interprété comme si Dianne Reeves utilisait sa voix comme un instrument, mimant la gestuelle d’un contrebassiste ou d’un saxophoniste. Le regretté Al Jarreau en avait fait sa spécialité.
‘‘Nine’’, titre star du répertoire de la diva du Michigan est une chanson ritournelle formidablement accompagnée par Peter Martin au piano. 9 ans, dit-elle, c’est le dernier anniversaire de la vie qui s’écrit avec un seul chiffre. Brin de nostalgie de cette grande dame qui a écrit ce texte en 1995 déjà.
Déjà, oui, car elle a 40 ans de carrière, 20 albums sous son nom, 5 grammy awards et 61 printemps souriants et dansants sur scène.
Plusieurs titres s’enchainent, tantôt blues, tantôt jazz, jusqu’au duo guitare voix avec Romero Lubambo, « Love Is Here To Stay ». Plus encore qu’un duo, qu’une conversation musicale, c’est une véritable communion sur fonds de bossa nova. Celui dont elle dit qu’il est le frère d’une autre mère (« my brother from another mother ») donne toute la mesure de sa virtuosité et de sa sensibilité sud-américaine sur sa guitare acoustique. Le Rocher de Palmer se retrouve un instant balayé par les alizés et prend des allures de pain de sucre. C’est Rio de janeiro sur Garonne, c’est la garota de ipanema qui chante en anglais dans le texte.
Dianne enchaine avec un autre tube inamovible de ses tournées, Suzanne, reprise du fameux Léonard Cohen. Dans cette version où la rythmique piano basse captive, on ne ressent plus la mélancolie originale du morceau, et le coffre de Madame Reeves se met au service de la puissance du texte.
Dans la foulée, Dianne Reeves délivre un des plus beaux morceaux de son dernier opus (Beautiful life 2013), ‘‘Cold’’, composition originale de Peter Martin et Terreon Gully, sur laquelle elle a plaqué un texte fort sur la séparation. Avant de quitter le public du Rocher attentif et conquis, elle reprend le célébrissime ‘‘Waiting in vain’’ de Bob Marley, surfant sur cette douce mélancolie et ce thème complexe, universel et inépuisable de l’amour, qui a toujours été celui de prédilection dans l’œuvre de Dianne Reeves.
Ad libitum, le tempo reggae qui tourne bien et qui a fait se lever le public, lui permet de présenter une ultime fois ses musiciens en chantant, comme elle a pris l’habitude de le faire depuis les années 90.
« Peace, light, love and good health » (paix, lumière, amour et santé) lance-t-elle à la salle en s’éloignant.
Applaudis chaleureusement, les musiciens et Dianne réapparaissent rapidement pour un rappel en forme de plaidoyer pour la planète. Pendant l’intro de « You Taught My Heart To Sing » (Album I remember, 1991), Dianne ‘‘Diamond’’ Reeves, porte un regard engagé sur le monde. Elle nous interpelle sur les catastrophes naturelles et les ouragans qui viennent de ravager les Caraïbes. Vivre est déjà bien difficile, n’en rajoutons pas, luttons contre le réchauffement climatique, nous pouvons changer le monde, dit-elle en substance.

Émouvante    et sincère, elle a su partager avec son auditoire un beau moment de vie, une tranche de ‘‘beautiful life’’, un peu comme une célébration pour que le monde sache s’interroger, partager et s’aimer.

Merci Madame Reeves.

Photos : Thierry Dubuc, Action jazz

Un commentaire sur “Dianne « Diamond » Reeves

  1. PIAROU Irène dit :

    Magnifique Vincent, quelle poésie, quelle sensibilité…

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